Le groupe AWPG, présidé par l’animateur et producteur Arthur, a-t-il une stratégie après la vente de Oüi FM ?

Arthur World Participation Group (AWPG), holding de l’animateur et producteur Arthur (Jacques Essebag, de son vrai nom), a cédé fin avril, la radio Oüi FM qu’il avait achetée dix ans plus tôt à Richard Branson. Arthur Essebag se retrouve de fait recentré sur la production télé et le spectacle.

(Cet article est paru dans EM@ daté du 13 mai ; AWPG a annoncé le lendemain le rachat de We Events, une agence de marketing digital)

C’est sans doute le fait que la radio Oüi FM n’ait pas été retenue par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour l’obtention de fréquences nationales, en vue de diffuser en mode numérique DAB+, qui a fait déborder le vase. La station de radio rock, que détenait depuis dix ans le groupe AWPG d’Arthur (photo), était candidate au sésame national de la RNT (1). Mais le régulateur n’a pas retenu le dossier en mars dernier parmi une quarantaine de candidatures pour les 24 fréquences du DAB+ métropolitain (2).
Après des années de doutes et d’hésitations, la holding AWPG s’est finalement délestée de Oüi FM en la cédant – avec Radio Life et Collector Radio présentes en DAB+ local et en webradio – au Groupe 1981, propriétaire de Latina, Swigg, Voltage, Forum, Vibration, Blackbox et Wit (2). Le CSA a donné son feu vert mi-avril. « Ceux qui écrivent que je “jette l’éponge” me connaissent bien mal… On ne jette pas l’éponge lorsque l’on vend une radio en pleine forme », s’est défendu Arthur Essebag (comme il se nomme).

Premier employeur d’Arthur : « Méluche » !
Il se félicite d’être passé de 220.000 auditeurs et 3 émetteurs en Ile-de-France il a dix ans, lors du rachat auprès du milliardaire Richard Branson (3) pour plus de 5 millions d’euros (chiffre non confirmé par Arthur), à 507.000 auditeurs et 28 émetteurs aujourd’hui. « Je regrette néanmoins que le CSA n’ait pas attribué plus de fréquences dans des villes importantes », a-t-il confié.
La radio Oüi FM, dirigée jusqu’alors par Emmanuel Rials, s’est approché du 1 % d’audience nationale sans pour autant l’atteindre. Cela ne l’empêche pas de dépasser une nouvelle fois en Ile-de- France RTL2, Virgin Radio, Fun Radio et Radio Nova, d’après Médiamétrie sur la période janvier-mars. Mais globalement, « la belle endormie » (dixit Artur) a perdu de son âme et la rumeur de sa vente a couru durant… dix ans. Emmanuel Rials a même adressé un droit de réponse à Télérama à la suite d’un article assassin paru il y a un an. Et le CSA n’a eu de cesse d’épingler Oüi FM pour Continuer la lecture

Lagardère cède pour au 1 milliard d’euros d’actifs, mais préserve son pôle News – dont Europe 1 mal-en-point

Alors que l’assemblée générale du groupe Lagardère se tient le 10 mai, les actionnaires surveillent comme le lait sur le feu la stratégie de recentrage engagée il y a un an par Arnaud Lagardère. La sortie progressive des médias – hormis le pôle News (Europe 1, Paris Match, Le JDD, …) –, de la télévision et de la production devrait rapporter 1 milliard d’euros.

Europe 1 a vu au cours des deux dernières années ses audiences chuter de façon spectaculaire, passant de plus de 10 % il y a dix ans à moins de 6 % aujourd’hui – reculs qualifiés d’ « accidents industriels ». La radio-phare du groupe Lagardère fait partie, avec RFM et Virgin Radio, du pôle News où l’on retrouve aussi Paris Match, Le Journal du Dimanche, la régie publicitaire et l’activité de gestion de licences de la marque Elle. Ce pôle News est l’un des cinq pôles (avec le pôle Presse, le pôle TV, le pôle Production et distribution audiovisuelles, le pôle Pure Players et BtoB) issus de Lagardère Active que dirigeait entièrement Denis Olivennes, jusqu’au jour où Arnaud Lagardère (photo) a lui-même repris  les rênes du pôle News en juin 2018 avant de les donner à Constance Benqué en décembre. A part ce pôle News, les quatre autres pôles sont en cours de cession, ou vont l’être, dans le cadre du « recentrage stratégique du groupe sur Lagardère Publishing et Lagardère Travel Retail » engagé depuis un an maintenant.

De nouvelles cessions en vue cette année, dont Gulli à M6
La cession du pôle presse au groupe CMI du milliardaire tchèque Daniel Kretínsky (1) est intervenue le 14 février (2). Billetreduc.com a été cédé le 28 février au groupe Fnac Darty et Plurimedia à Media Press Group. Des actifs radios en Afrique du Sud (3), l’ont été en début d’année. Et ce n’est pas fini : la production audiovisuelle de Lagardère est aussi en vente : « La cession devrait intervenir dans l’année 2019 ». Concernant les chaînes de télévision à l’exception de Mezzo, à savoir Gulli et ses déclinaisons internationales, Canal J, TiJi, Elle Girl TV, MCM, MCM Top, RFM TV et les régies publicitaires associées, « le groupe est entré en négociations exclusives avec le groupe M6 le 31 janvier 2019 ». Arnaud Lagardère en espère 200 à 230 millions d’euros. L’an dernier, Marie Claire, MonDocteur, Doctissimo, ainsi que des radios en République tchèque, Pologne, Slovaquie, Roumanie et au Cambodge avaient déjà quitté le giron de Lagardère. « Nous allons avoir 1 milliard d’euros grâce aux cessions », a indiqué Arnaud Lagardère le 13 mars lors Continuer la lecture

Kazuo Hirai va quitter Sony, dont il est président, au moment où la pression des GAFAN se fait plus intense

Et si Sony vendait son studio de cinéma à Apple ? C’est l’un des scénarios possibles, maintenant que la plateforme de SVOD Apple TV+ est annoncée pour l’automne. Encore faut-il que Kenichiro Yoshida, nouveau PDG depuis un an du géant japonais de l’électronique, soit vendeur… Pour l’heure, tous ses efforts se concentrent sur la future PS5.

Le président de Sony, le visionnaire Kazuo Hirai (photo), a passé il y a un an la direction exécutive du groupe à son directeur financier, Kenichiro Yoshida. « Kaz », comme on le surnomme, quittera définitivement en juin prochain la firme de Tokyo où il a passé 35 ans de sa vie. Ce départ, qui finalise la passation de pouvoirs à la tête du géant mondial japonais de l’électronique grand public, intervient au moment où son avenir devient un peu plus incertain malgré le redressement opéré ces dernières années. Kazuo Hirai laisse derrière lui un groupe en meilleur santé qu’il ne l’avait trouvé comme PDG. Les résultats de l’exercice 2018/2019, clos fin mars, ont été publiés le 26 avril dernier : le chiffre d’affaires global atteint 8.665,7 milliards de yens (69,3 milliards d’euros), en hausse sur un an de 1,4 %, et le résultat net en forte hausse affiche un nouveau record, à 916,2 milliards de yens (7,3 milliards d’euros).

Vendre Sony Pictures à Netflix, Amazon ou Apple ?
Kaz avait pris la tête de Sony il y a sept ans en succédant, le 1er avril 2012, à l’Américain Howard Stringer. Fort de son succès passé à la division Sony Computer Entertainment avec la console PlayStation et son écosystème de jeux en ligne, devenue la locomotive du groupe, le Japonais avait entrepris de généraliser aux autres activités la convergence entre terminaux et contenus via des services en ligne. Pendant son mandat, Kazuo Hirai a dû défendre la division Entertainment en assurant qu’elle n’était « pas à vendre ». En 2013, le fonds d’investissement newyorkais Third Point – actionnaire minoritaire de Sony – avait appelé le géant japonais à s’en séparer et à mettre en Bourse ses activités de contenus musicaux et cinématographiques. Aujourd’hui, ce même hedge fund, créé par le milliardaire Daniel Loeb, est remonté au créneau pour interpeler le nouveau PDG et lui demander de clarifier la stratégie de Sony. Pour faire monter la pression, Continuer la lecture

Outre la production audiovisuelle, Mediawan accélère dans l’édition de chaînes, le digital et l’e-sport

Si la société Mediawan – fondée par Pierre-Antoine Capton, Matthieu Pigasse et Xavier Niel – met en avant ses ambitions de devenir le premier producteur audiovisuel indépendant en Europe, force est de constater que ses chaînes et services digitaux associés génèrent encore le gros de son chiffre d’affaires.

Mediawan, la société d’investissement fondée en 2016 par Pierre-Antoine Capton, Matthieu Pigasse et Xavier Niel,
a tenu son assemblée générale le 5 juin dernier sous la présidence de Pierre Lescure , lequel en est le président du conseil de surveillance depuis le décès de Pierre Bergé en septembre dernier. Les comptes annuels de l’exercice 2017 ont été approuvés à l’unanimité, et la nomination d’un neuvième membre au conseil de surveillance – la haute fonctionnaire retraitée de la finance Anne Le Loirier – a été ratifiée (1). « Si 2017 a été une année de construction pour le groupe, 2018 sera une année de consolidation de nos positions et d’accélération de notre stratégie à l’échelle européenne », déclare Pierre-Antoine Capton (photo), président du directoire de Mediawan, dans le rapport financier 2017 établi en mars. Le groupe de médias a réalisé en un an sept acquisitions pour devenir « un nouvel acteur indépendant des contenus audiovisuels en Europe ». Parmi ces achats : l’éditeur, producteur et distributeur audiovisuel Groupe AB, dont le rachat a été finalisé en mars 2017 pour 280 millions d’euros (2), est devenu « le premier pilier de la constitution de Mediawan ». La société de production documentaire CC&C (Clarke Costelle & Co) a ensuite été acquise en juillet 2017. Engagée à la fin de l’an dernier, la prise de participation majoritaire dans la société de production d’animations ON Entertainment
a été, elle, finalisée le 7 juin.

Groupe AB, CC&C, ON Entertainment, EuropaCorp TV, …
Le début de l’année 2018 a aussi été intense en acquisitions puisque Mediawan a jeté son dévolu sur trois sociétés de productions en France : le rachat de l’activité télévision d’EuropaCorp (hormis les séries américaines), la prise de participation majoritaire dans le capital du producteur Makever, et la finalisation de la prise de contrôle de Mon Voisin Productions. D’ores et déjà, Mediawan revendique être « le 1er groupe de producteurs de fiction et de documentaires en France » (3). Poursuivant sa stratégie « 3C » (convergence, consolidation et complémentarité (4) et de groupe de média intégré, Mediawan s’est en fait structuré autour de quatre métiers que sont les fictions et documentaires, l’animation, la distribution de programmes audiovisuels, et l’édition de chaînes et services digitaux associés.

Chaînes et digital : 70 % du CA en 2017
Or, à la suite de la consolidation du Groupe AB (5), c’est ce dernier segment – chaînes et digital – qui a généré 70 % des 115,6 millions d’euros de chiffre d’affaires de l’année 2017. La production et la distribution de films, séries, animations et documentaires (6) ne représentent que les 30 % restants. Mediawan est donc aujourd’hui plus éditeur de contenus que producteur audiovisuel, sans préjuger ce que sera la nouvelle répartition de ses activités en 2018 où le chiffre d’affaires est attendu à près de 270 millions d’euros. En effet, au-delà de la production de programmes de fiction prime-time, d’animation et des documentaires (environ 80 heures par an), et de 12.000 heures de programmes en catalogue, Groupe AB édite dix-neuf chaînes de télévision et des services digitaux associés tels que RTL9, AB3
(3e chaîne belge francophone), Science & Vie TV, Action, AB Moteurs, Trek, Mangas, etc.
Les chaînes sont diffusées par satellite et reprises sur les services des principaux opérateurs satellite, câble et ADSL français, ainsi qu’en Europe francophone (Belgique, Suisse, Luxembourg, …) et en Afrique. Une grande partie des revenus de l’activité « chaîne et digital » est générée par les redevances provenant des contrats passés entre Mediawan et les principaux opérateurs de télévision payante français pour la distribution des chaînes que le nouveau groupe de médias édite. Les contrats avec deux de ses principaux opérateurs – selon nos informations, Canal+ et Orange – ont d’ailleurs été renouvelés jusqu’en 2020, Mediawan reconnaissant au passage dans son rapport annuel des « risques liés à la dépendance vis-à-vis des opérateurs de télévision payante ». Ses revenus proviennent des redevances et de la publicité.
« De nombreux projets sont également à l’étude pour renforcer le portefeuille de chaînes avec une stratégie de rebranding ou avec le lancement de nouvelles thématiques », indique le groupe. A l’automne dernier, la nouvelle chaîne ABXplore dédiée aux documentaires de divertissement a été lancée en Belgique. AB3 est lancée cette année en Suisse. Sur la chaîne AB1 un magazine eSportZone a été créé avec un partenariat exclusif avec le leader mondial du jeu vidéo Activision Blizzard. Le 19 juin, Groupe AB a annoncé l’acquisition des droits de diffusion et de distribution de la série finlandaise d’e-sport « Dragonslayer666 », et la production du film d’e-sport « Inside Vitality ». Les revenus publicitaires suivent à la hausse l’augmentation de l’audience des chaînes thématiques. Selon Médiamétrie, le classement des programmes TV regardés en live, en différé et en replay sur le téléviseur (7) – par les téléspectateurs recevant une offre de chaînes via le satellite, l’ADSL, le câble ou la fibre optique en France – place la chaîne RTL9 (10,1 millions de personnes) en seconde position, juste derrière Paris Première du groupe M6. Quant à AB1, Science & Vie TV, Mangas et AB Moteurs, elles rassemblent respectivement 4,8 millions, 2,4 millions, 2,1 millions et 2,1 millions de téléspectateurs. L’an dernier, Mediawan avait acquis 35 % de la chaîne généraliste RTL9 à RTL Group. Groupe AB était actionnaire majoritaire de RTL9 depuis 1998 ; il en détient désormais 100 %.
Mediawan étend aussi son offre digitale avec, d’une part, « le lancement de l’application “Mon Science & Vie Junior” sur iOS et Android qui propose des vidéos dédiées aux sciences, du CP au baccalauréat », et, d’autre part, « le développement de chaînes YouTube comme “Instant Saga”, nouvelle chaîne YouTube des plus belles sagas françaises, ou la création de programmes originaux comme le magazine mensuel d’actualité pour les passionnés de nature sur la chaîne YouTube officielle de “Chasse & Pêche” ». En accès libre sur la plateforme vidéo de Google, la chaîne « Chasse & Pêche » compte à ce jour plus de 8.700 abonnés, et « Instant Saga » plus de 3.100 abonnés.
Mediawan ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin dans sa croissance externe, tant dans d’autres productions audiovisuelles en Europe que dans les contenus digitaux. « En 2018-2019, on va frapper encore plus fort », a déjà prévenu Matthieu Pigasse dans une interview aux Echos le 21 mars, précisant que Mediawan avait « la capacité de faire des acquisitions très significatives, de plusieurs centaines de millions ». A plusieurs reprises, des cibles d’acquisition potentielle ont été mentionnées telles que la mini-major EuropaCorp de Luc Besson ou la plateforme de télévision Molotov de Pierre Lescure – le président du conseil de surveillance de Mediawan, par ailleurs président du Festival de Cannes, étant aussi président du conseil d’administration de Molotov… Mais pour ces deux dossiers, Mathieu Pigasse a indiqué que « [les] conditions ne sont pas réunies ».

Un « breakout haussier » en Bourse
Pour l’instant, la capitalisation boursière de la holding de Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse dépasse à peine les 420 millions d’euros. Mais depuis le début de l’année, le titre a bondi d’environ 50 % à la Bourse de Paris. Le 13 juin dernier, et après un « breakout haussier » mi-mai, les analystes de TradingSat.com (édité par NextInteractive, filiale du NextRadioTV détenu par Altice) ont tablé sur « une tendance haussière à moyen terme ». A suivre. @

Charles de Laubier

Comment Arnaud Lagardère purge son activité « médias » et se recentre sur la production audiovisuelle et le digital

Le morcellement de Lagardère Active, l’une des quatre branches d’activité du groupe d’Arnaud Lagardère, laisse craindre pour ses quelque 3.200 salariés une vente de la presse à la découpe. Pour son président Denis Olivennes, il s’agit de tourner la page (exceptés Paris Match et le JDD) pour miser sur l’audiovisuel et
le digital.

Par Charles de Laubier

Les actionnaires du groupe Lagardère SCA – société en commandite par actions, dont Arnaud Lagardère (photo) est le gérant (1) – sont convoqués à la prochaine assemblée générale annuelle qui se tiendra le 3 mai au Carrousel du Louvre à Paris. Il s’agira notamment pour eux d’approuver les comptes consolidés de l’exercice 2017, lequel affiche un bénéfice net
de 178,8 millions d’euros, en hausse de 1,8 % sur un an, pour un chiffre d’affaires en baisse, lui, de 4,4 % à un peu plus de
7 milliards d’euros. Lors de cette grand-messe de ce groupe diversifié et de médias coté en Bourse, il sera proposé de leur verser un dividende unitaire de 1,30 euro par action, un niveau identique à celui de l’année précédente,
soit un montant global maximum pour 2017 d’environ 170,4 millions d’euros sur la base du nombre d’actions composant le capital social à ce jour. C’est toujours bon à prendre, étant donné le contexte incertain dans lequel évolue le groupe d’Arnaud Lagardère.

Médias et audiovisuel : plus que 12,3 % des revenus du groupe en 2017
Depuis la publication, le 8 mars dernier, de ses résultats annuels qui ont quelque peu déçu en termes de rentabilité et de trésorerie, le titre « MMB » – de l’ancien nom de société devenue Lagardère SCA en 1987 – a du mal à se redresser en Bourse après avoir chuté de plus de 7,7 %. Et depuis le pic du 5 mai 2017, l’action a perdu près de
20 %. Pas de quoi pavoiser. Des quatre branches d’activité du groupe – par ordre décroissant de revenus en 2017 : Lagardère Travel Retail (3,4 milliards d’euros), Lagardère Publishing/Hachette Livre (2,2 milliards), Lagardère Active (872 millions), Lagardère Sports et Entertainment (496 millions) –, c’est la troisième qui suscite le
plus d’interrogations et d’inquiétudes. Bien que cette branche historique « médias, numérique et production audiovisuelle » ne pèse plus que 12,3 % du chiffre d’affaires
en 2017 du groupe et ne contribue plus qu’à hauteur de 17,3 % de son résultat opérationnel, Lagardère Active provoque à elle seule un climat anxiogène sur l’ensemble de l’entreprise et une méfiance de la part des investisseurs. En interne d’abord, l’inquiétude est à son comble depuis que le groupe d’Arnaud Lagardère
a lancé une procédure dite d’information-consultation du comité d’entreprise sur
la réorganisation de son activité « médias ».

Arnaud Lagardère préside le pôle « News »
Lagardère Active chapeaute différentes entités telles que Hachette Filipacchi Associés (Journal du Dimanche, Paris Match, Télé 7 Jours, Télé 7 Jeux, France Dimanche, Ici Paris), Lagardère Digital France, Lagardère Publicité Hachette Disney Presse ou encore Plurimédia. Lors d’un comité d’entreprise qui s’est tenu le 20 mars, Denis Olivennes – président de Lagardère Active – a exposé aux représentants des salariés ce qu’il avait déjà présenté le 15 mars aux délégués syndicaux. A savoir : la création de neuf entités indépendantes, dont un pôle « News » présidé par Arnaud Lagardère lui-même et constitué de la radio généraliste Europe 1, des radios musicales RFM et Virgin Radio, ainsi que des hebdomadaires JDD (Journal du dimanche) et Paris Match. Tous les autres titres de presse sont en vente, y compris le magazine hebdomadaire féminin Elle, jusque-là préservé, qui rejoint ainsi – avec ses déclinaisons « décoration » et « à table » – Télé 7 Jours, Télé 7 jeux, France Dimanche, Ici Paris, Public et Webuzz au sein d’un pôle « Presse » en sursis. Les trois autres pôles sont « Télévision » (Gulli, TiJi, MCM, Mezzo, …), dont les chaînes sont aussi à vendre, Lagardère Studios (production et distribution audiovisuelles), et « Pur numérique et BtoB » (Doctissimo.fr, MonDocteur.fr, Doctipharma.fr, Boursier.com, BilletReduc.com, etc.). Ce morcellement de Lagardère Active, qui se recentre ainsi sur la production audiovisuelle et le numérique, n’est pas du goût des salariés. Ils ont voté – « à l’unanimité » de 600 d’entre eux réunis le 16 mars dernier – une motion de défiance à la fois contre la direction de Lagardère Active et contre la direction du groupe Lagardère, et leur projet censé être mené au pas de charge en trois mois.
Choqués et inquiets pour leur avenir, les salariés dénoncent « la brutalité de cet “habillage de la mariée” » et « le montage financier qui doit être réalisé en trois mois afin de pouvoir trouver preneur de l’ensemble de ces nouvelles sociétés (sauf le pôle News) dans le même laps de temps ». Les quelque 3.200 salariés de Lagardère
Active – dont 77 % situés en France – sont échaudés par les plans sociaux successifs. Denis Olivennes a engagé fin 2011 cette mue « médiatique » dans le cadre du projet
« Réinventer Lagardère Active », qui a vu le groupe sortie de la presse magazine à l’international (plus de 100 titres vendus à Hearst) – tout en vendant par ailleurs en 2013 ses participations dans Canal+ et dans le groupe Amaury. Les effectifs de Lagardère Active ont été réduits de 1.000 personnes, auxquels se sont ajoutés plus
de 220 départs volontaires en 2017 chez Télé 7 Jours, Ici Paris et France Dimanche. Auparavant, en avril 2014, Lagardère Active avait déjà cédé dix de ses magazines,
dont huit au français de presse en ligne Reworld Media éditeur de Marie-France (Be, Maison & Travaux, Le Journal de la Maison, Campagne Décoration, Mon Jardin Ma Maison, Auto Moto, Pariscope, Union) et deux au groupe belge Rossel éditeur du Soir (Psychologies Magazine, Première). Le patron de Reworld Media, Pascal Chevalier,
a fait savoir mi-mars (2) qu’il était intéressé à la reprise de titres non seulement de Lagardère mais aussi du groupe italien Mondadori en France (Sciences et Vie, Biba, Grazia, Top Santé). A bon entendeur…
Ces dernières semaines, Lagardère, Mondadori et le groupe Marie Claire (GMC) ont été en discussion en vue d’un éventuel mariage à trois. Mais Arnaud de Contades, directeur général de GMC et arrière-petit-fils de Jean Prouvost, lequel avait créé le magazine Marie Claire en 1937, a fait savoir le 22 mars que son groupe ne participait plus aux discussions avec Lagardère et Mondadori. Et ce, indépendamment du fait que Lagardère détient 42 % de GMC (racheté en 2001 à l’époque à L’Oréal), sans y être impliqué opérationnellement.
Quoi qu’il advienne dans les semaines et mois à venir, les salariés de Lagardère Active ont décidé de se réunir cette année tous les quinze jours en assemblée générale afin d’être tenus au courant des avancées des négociations de ventes ou de fusions. La dernière AG a eu lieu le 27 mars. « L’une des conséquences de cet éclatement est l’éparpillement des élus ; certaines sociétés compteront moins de 50 salariés, sans aucun représentant syndiqué pour les représenter. Une autre conséquence : la dénonciation des accords d’entreprise ; il restera aux élus de réclamer la constitution d’une représentation en unité économique et sociale (UES) », indique le syndicat de journalistes CFDT.

Devenir un leader européen de l’audiovisuel
En purgeant son activité historique dans la presse, héritée de son père Jean-Luc et démarrée avec Hachette Filipacchi (Paris Match, Elle, …) via Matra, Arnaud Lagardère entend se renforcer dans l’audiovisuel (production et distribution), où il compte
« transformer le champion français en leader européen » (dixit Olivennes), ainsi que dans le numérique et la data (3). Après avoir racheté Boomerang TV en Espagne (mai 2015) et de Aito Media en Finlande (octobre 2017), Lagardère Active a annoncé le 12 mars la prise de contrôle de Skyhigh TV aux Pays-Bas. @

Charles de Laubier

Avec sa filiale de production Newen, présidée par Fabrice Larue, TF1 cherche à se mesurer à Netflix et Amazon

Il y a plus de deux ans, TF1 s’emparait de 70 % du capital de la holding FLCP de Fabrice Larue – alors rebaptisée Newen Studios, chapeautant les filiales Newen (production audiovisuelle) et Neweb (activités digitales). Pour compenser les chaînes nationales stagnantes, l’international est un relais de croissance vital.

Au moment où les géants mondialisés Netflix et Amazon vont investir cette année respectivement plus de 7,5 milliards de dollars et 4,5 milliards de dollars dans la production de séries
et de films, le groupe TF1 se sent de plus en plus à l’étroit dans ses frontières nationales. Si les chaînes locales ne sont pas exportables, la production l’est. Et c’est une aubaine pour la filiale du groupe Bouygues, confrontée à la stagnation voire à l’érosion de ses audiences à l’antenne, et donc condamnée à aller chercher des relais de croissance à l’international en (co)produisant des contenus. Quitte à pactiser avec ses deux plus gros concurrents : Netflix et Amazon. « Nous produisons la série “Osmosis”pour Netflix. C’est eux qui sont venus nous chercher,
via notre bureau de Londres et ils voulaient que cela soit fait par les producteurs de
la série “Versailles”, donc Capa [une des filiales de Newen, ndlr]. C’est prévu pour fin 2018-début 2019. Le tournage, en français, devrait commencer l’été prochain – en Île-de-France », a confié le 15 mars Fabrice Larue (photo), président de Newen Studios. Filiale depuis deux ans du groupe TF1, qui détient 70 % de son capital (1), cette holding – présente à la fois dans la production audiovisuelle (Newen) et dans des activités Internet (Neweb (2)) – produit aussi pour Amazon.

Le risque assumé de produire pour Netflix et Amazon
« Nous faisons pour Amazon en France la coproduction de la série “Deutsch-Les-Landes”, tandis que notre partenaire allemand Bavaria le fait pour Amazon en Allemagne », a-t-il indiqué. Diffusion sur Amazon Prime Video : fin 2018. Plutôt discret depuis qu’il est passé sous la coupe du groupe TF1 début 2016, Fabrice Larue s’est exprimé ainsi devant l’Association des journalistes médias (AJM). A la question de savoir s’il y avait d’autres projets avec Netflix et Amazon, sa réponse fut « Non ». Edition Multimédi@ lui a demandé si travailler avec des GAFAN, dont les investissements dans la production sont colossaux, ne présentait pas tout de même
un risque pour TF1. Autrement dit, estce bien raisonnable dans la mesure où une fois qu’ils se seront inspirés des méthodes de production française, Netflix et Amazon pourraient très bien continuer à faire sans Newen qui se retrouverait alors devant d’énormes concurrents ?

« Les GAFAN peuvent nous piquer nos créatifs »
« C’est toujours le problème. Vous avez raison. Nous, nous sommes des producteurs qui vendons des productions à des clients ; on est content de les avoir. Ce qu’il faut effectivement, c’est une relation commerciale qui s’installe et où il y ait une juste répartition de la création de valeur. Elle se fait à notre niveau mais il faut qu’elle se fasse aussi au niveau de la profession », a-t-il répondu. Celui qui est entré dans la production audiovisuelle il y a dix ans – en rachetant en 2008 Telfrance, producteur de la série télévisée « Plus belle la vie », puis en 2009 Be Aware, et en 2010 Capa, pour former alors le groupe Newen (3) – se dit confiant : « J’ai la faiblesse de croire quand même que Newen s’est mis au bon endroit de la création de valeur, c’est-à-dire la création de contenu de qualité : il y a toujours quelqu’un qui vient vous les acheter. Car on est bon en France dans la création ; on a de bons auteurs et de bons réalisateurs ; on n’a pas à rougir en fictions ». Amazon vient d’ailleurs de mettre à son catalogue la série « Demain nous appartient », produite par la filiale Telfrance de Newen et disponible en SVOD 48 heures après sa diffusion sur TF1. Et Fabrice Larue de tenter de rassurer : « Alors les GAFAN peuvent nous piquer nos créatifs… A nous de trouver un système dans lequel ils (les créatifs) s’épanouissent. Si demain, les GAFAN voulaient prendre la création en imposant des choses à leur producteur, ils perdraient en création. Mais vous avez raison, il y a ce risque. Mais si on conserve ce savoir-faire-là, c’est bien ». Le patron de Newen table sur l’indépendance qu’il garantit à tous ses producteurs et se félicite que « TF1 a[it] l’intelligence de laisser l’indépendance à Newen pour la création ».
Newen, qui n’a voulu céder la marque Osmosis à Netflix et qui l’avait déjà exploitée
il y a trois ans avec la première websérie de fiction créée spécifiquement pour Arte Creative, est producteur exécutif d’« Osmosis ». L’histoire racontée par cette série
part d’une application algorithmique qui garantit avec certitude de trouver l’âme sœur. Fabrice Larue, lui, a-t-il trouvé les partenaires idéals avec Netflix et Amazon ?
« C’est une licence de marque, louée à Netflix tant qu’il l’exploite et produise “Osmosis”. Comme il achète la série pour le monde entier, avec des fenêtres de droits sur quelques années, nous n’avons pas à le distribuer. Alors que pour “Deutsch-Les-Landes” avec Amazon, nous avons les droits de distribution mondiale en dehors des pays francophones et germanophones », a-t-il précisé, tout en indiquant que « le coût de production d’”Osmosis” se situe plutôt dans la moyenne supérieure des prix du marché ». Un 52 minutes produit en France coûte en moyenne de 600.000 à 1 million d’euros, sachant que cela peut aller jusqu’à 2,9 millions l’épisode comme pour la série
« Versailles » produite par Capa/Newen (4) et diffusée depuis fin 2015 sur Canal+.
« Aujourd’hui, on est obligé d’avoir des ventes à l’étranger pour pouvoir amortir des budgets comme celui de “Versailles”. Il faut que l’on sorte de la France notre chiffre d’affaires, qui devrait faire en 2018 entre 20 % et 25 % à l’international. France Télévisions n’en représente plus aujourd’hui que 50 % à 55 %, contre 70 % avant
notre rachat par le groupe TF1, lequel génère maintenant 12 % à 15 % de nos revenus, et les10 %-15 % restants sont répartis entre Arte, M6 et Canal+ », a détaillé Fabrice Larue (5).
En rachetant Newen, TF1 s’est en fait offert une planche de salut pour se développer à l’international et y trouver de nouveaux relais de croissance. « TF1 a besoin de trouver des relais de croissance. En dehors de la publicité, il y a deux axes stratégiques : Newen et le digital (Aufeminin acquis fin 2017). Newen doit être un des relais de croissance, notamment à l’international, de TF1 ». Cela passe par des acquisitions : après avoir pris en septembre 2017 le contrôle de Blue Spirit, société française de production d’animations (85 % du capital), les cibles sont maintenant hors de France comme la société de production Tuvalu Media Group aux Pays-Bas rachetée en février 2017 (71 % de son capital). « Si l’on est fort dans la fiction, il faut se développer dans le flux [émissions de jeux, de divertissement, …, ndlr], l’objectif étant d’être présent plutôt en Europe du Nord, nous regardons (d’autres acquisitions possibles) en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves ». Le document de référence de TF1 sur l’exercice 2017, publié le 8 mars dernier, mentionne qu’une « prise de contrôle [est] envisagée par Newen Studios dans Monday Media, 1er producteur indépendant [danois] de programmes de flux, de sport et de fictions, présent dans l’ensemble des territoires scandinaves ».

Newen Network, un réseau international
Le producteur allemand Bavaria, qui pourrait reprendre les licences « Demain nous appartient » et « Plus belle la vie » pour l’Allemagne, serait aussi une cible potentielle de Newen. « Nous avons créé en mai 2011 un réseau international appelé Newen Network, qui compte comme partenaires Bavaria Film en Allemagne, Globomedia en Espagne et Zone 3 au Canada. C’est plus facile de faire des partenariats commerciaux et de coproduire ensemble, avant de prendre des participations capitalistiques », a expliqué Fabrice Larue. @

Charles de Laubier

Doublement empêtré en Italie, Vivendi espère un dénouement rapide pour lancer son « Netflix latin »

Président du directoire de Vivendi et président de Telecom Italia, dont Vivendi est le premier actionnaire, Arnaud de Puyfontaine cherche à sortir de deux conflits en Italie pour lancer « un géant latin des contenus » autour d’une alliance « Canal+Tim » et concurrencer ainsi Netflix et Amazon Video.

La présence du groupe français Vivendi dans le capital de Telecom Italia (Tim), dont il est le premier actionnaire à hauteur de 24 %, tourne à l’imbroglio politico-industriel. C’est même devenu une affaire d’Etat en Italie, où le gouvernement a ouvert une procédure contre l’opérateur télécoms historique italien Tim et indirectement contre son premier actionnaire le groupe français Vivendi, lequel est accusé de ne pas avoir notifié aux autorités italiennes qu’il en détenait le contrôle de fait.
Pour le gouvernement italien, cette omission est d’autant plus fâcheuse et contestable qu’il considère Tim et son réseau – qu’il exige d’être mis dans une entité séparée – comme un actif stratégique, et que l’Etat italien estime avoir été floué en dépit de ses pouvoirs spéciaux (golden power). Reste à savoir quel sera le montant de l’amende dont va écoper Vivendi. Bref, difficile de démêler l’écheveau de
ce conflit et Arnaud de Puyfontaine (photo), à la fois président du directoire de Vivendi et président de Telecom Italia, n’est pas au bout de ses peines.

Vivendi, actionnaire contesté de Tim et de Mediaset
A cela s’ajoute la bataille judiciaire que se livrent, toujours dans « La botte », Mediaset
et Vivendi sur une affaire connexe où le français s’était engagé à racheter 100 % du « Canal+ » italien, Mediaset Premium (1) avec participations croisées de 3,5 % entre Vivendi et Mediaset. L’objectif affiché était alors de concurrencer Netflix dans la vidéo à la demande par abonnement (SVOD). C’est empêtré dans ces deux affaires italiennes que Arnaud de Puyfontaine doit se démener pour tenter de faire émerger une stratégie européenne digne de ce nom, afin de faire contrepoids aux deux géants américains de la SVOD que sont Netflix et Amazon, ainsi qu’au poids lourd de la vidéo YouTube.
Car tel est bien le but de Vivendi depuis que Vincent Bolloré en a pris le contrôle et en assure la présidence du conseil de surveillance. Il y a près de deux ans, le 8 avril 2016, le patron milliardaire annonçait « un partenariat stratégique et industriel » avec le groupe Mediaset appartenant à la holding Fininvest du non moins milliardaire Silvio Berlusconi. L’ambition était clairement de donner naissance à un nouveau géant « latin » des contenus et des médias. Le projet a immédiatement été interprété comme étant un
« Netflix latin » destiné à concurrencer le numéro un mondial américain.

Un chemin semé d’embûches
Mais le partenariat des deux tycoons a tourné court, Vivendi étant revenu sur cet accord avec Mediaset – dans le capital duquel il est en même temps monté de manière hostile (2). La holding de Silvio Berlusconi, Fininvest, premier actionnaire de Mediaset, ne l’a pas entendu de cette oreille et a porté l’affaire devant la justice en réclamant au groupe de Vincent Bolloré un total d’environ 3 milliards d’euros de dommages et intérêts. Une audience est prévue le 27 février prochain devant le tribunal de Milan.
A moins que la querelle et les invectives ne se terminent par un accord à l’amiable
qui pourrait être trouvé in extremis, comme l’espérait encore le 31 janvier Arnaud de Puyfontaine. Depuis octobre dernier, Vivendi propose en effet un compromis à Mediaset qui consisterait en une somme bien moindre mais assorties d’actions, avec la possibilité pour Mediaset de rejoindre le projet de coentreprise dans les contenus annoncé il y a quatre mois entre, cette fois, Telecom Italia (contrôlé par Vivendi) et Canal+ (filiale de Vivendi). Autrement dit, si Bolloré et Berlusconi enterraient la hache de guerre dans un compromis susceptible d’annuler la procédure judiciaire, cela donnerait des chances pour Vivendi de pouvoir enfin lancer son projet de « champion latin des contenus ». D’autant que si les deux magnats se réconciliaient, Mediaset pourrait fournir des contenus audiovisuels à la future entité commune de Tim et Canal+ pour un montant
de 400 millions d’euros sur six ans (3). En contrepartie, Vivendi pourrait verser une compensation à Mediaset pour la rupture du contrat initial et réduire sa participation controversée. Avant l’audience du 27 février, il y a aussi la présentation des résultats annuels de Vivendi le 15 février. Le dénouement semble proche…
Cette joint-venture entre Canal+ et Tim avait été annoncée en juillet dernier dans le but d’acquérir des droits audiovisuels, dont sportifs, et d’investir dans la production ou la coproduction de films et séries (4), alors que Netflix – fort de ses 117 millions d’utilisateurs (dont 110 millions d’abonnés payants) – vient d’annoncer, le 23 janvier, qu’il va investir entre 7,5 et 8 milliards de dollars en 2018 dans des productions. Mais les mois passent et l’accord de principe signé avec Canal+ a expiré le 18 janvier dernier, donc devenu caduc, sans qu’il y ait eu d’accord définitif sur la création de cette coentreprise « Canal+Tim ». Mais la veille de cette échéance, Tim s’est fendu d’un communiqué pour tenter de rassurer sur l’avenir de ce projet dont « les négociations vont reprendre immédiatement afin de parvenir rapidement à une conclusion ». Et l’opérateur télécoms historique italien d’ajouter : « L’offre convergente de contenus vidéo est un des éléments clés du plan stratégique 2018-2020 de Tim ». Mais la procédure même engagée par ce dernier pour autoriser la cocréation de l’entité avec Canal+ est contestée en Italie, notamment par le gendarme de la Bourse italienne (Consob). De son côté, l’« Arcep » italienne (Agcom) avait – en avril 2017 – donné
un an à Vivendi pour se mettre en conformité avec la loi de la péninsule sur les concentrations, à savoir de réduire sa participation soit dans Telecom Italia, soit dans Mediaset. Vivendi avait contesté cette mise en demeure devant le tribunal administratif, où une audience avait été fixée au 7 février dernier avant d’être reportée au 4 juillet prochain. Le projet de Vivendi de faire de l’Italie sa tête de pont pour lancer en Europe, voire dans le monde, un « Netflix latin » devient un vrai sac de nœuds.
Autant dire que la crédibilité d’Arnaud de Puyfontaine se joue dans la péninsule. Il est épaulé par Amos Genish, un transfuge de Vivendi dont l’opérateur brésilien Global Village Telecom (GVT) – que ce dernier avait fondé et dirigé – fut une filiale jusqu’à sa vente en 2014. Il est directeur général de Tim depuis septembre 2017. Mais Vivendi n’est pas le seul maître à bord puisque l’Etat italien, fort de son golden power, veut couper en deux l’opérateur historique italien. Le 7 février dernier, Amos Genish a présenté au ministre italien en charge du Développement économique, Carlo Calenda, le projet – concocté avec l’Agcom – d’entité séparée sous contrôle italien pour accueillir le réseau que le conseil d’administration de Tim doit approuver le 6 mars. L’objectif est de soustraire cet actif stratégique de l’emprise de l’actionnaire Vivendi (5), à qui l’Etat reproche la mainmise sans autorisation sur Tim.

Amende et pression de l’Italie
Le ministre a aussi précisé que si Tim accédait à ses demandes, l’amende qui sera infligée à son premier actionnaire serait revue à la baisse. Encore faut-il que le Conseil d’Etat italien l’y autorise… Rome est actuellement en droit de sanctionner Vivendi à hauteur de 1 % du chiffre d’affaires, soit 300 millions d’euros selon la presse italienne, laquelle parle d’une décision qui pourrait être prise avant les élections législatives italiennes du 4 mars. La pression sur Amos Genish est telle que, fin janvier, Arnaud
de Puyfontaine a dû démentir la rumeur selon laquelle le directeur général de Tim était sur le départ. @

Charles de Laubier