Le peu d’abonnés à la fibre en France est tabou

En fait. Le 8 juillet, se sont tenues les 9e Assises du Très haut débit. Il a beaucoup été question de fibre optique qui doit constituer 80 % du très haut débit pour tous d’ici 2022. Mais la question du peu d’abonnés FTTH – 1 million – par rapport aux 4,3 millions de prises disponibles reste taboue.

En clair. « Le nombre d’abonnés à la fibre optique jusqu’à domicile ne cesse d’augmenter, ce qui est encourageant. Nous sommes sur une tendance de croissance des abonnements au FTTH [Fiber-To-The-Home, ndlr] irréversible. De plus, très peux de ces abonnés ne se désabonnent, car il y trouvent leur intérêt. Dès que nous aurons atteint un taux de transformation de 30 % contre 23 % aujourd’hui [entre le nombre de prises de fibre optique disponibles et le nombre d’abonnements],il y aura alors un effet d’entraînement », a expliqué Antoine Darodes, directeur de la Mission très haut débit,
à EM@, en marge des 9e Assises du Très haut débit. Devenu le 6 juillet directeur de
la nouvelle Agence du numérique, il s’est ainsi voulu rassurant en répondant à notre question sur le faible nombre d’abonnés FTTH en France par rapport aux prises pourtant disponibles. Le 16 juillet, le ministre Emmanuel Macron a d’ailleurs appelé les opérateurs à respecter leurs engagements. En effet, selon les chiffres de l’Arcep au 31 mars dernier (1), la barre du 1 million d’abonnés au FTTH vient à peine d’être franchies malgré plus de 4,3 millions de foyers desservis. Ce qui équivaut aux 23% de transformation évoqués par Antoine Darodes.

Curieusement, aux Assises du Très haut débit, personne n’a souligné le peu d’engouement des Français à s’abonner à la fibre optique. Comme si évoquer cette piètre performance française était tabou. Ce parc de 1 million d’abonnés à la fibre optique de bout en bout fait pour le moins pâle figure malgré les ambitions affichées par le gouvernement et le président de la République de raccorder tous les Français au très haut débit et à 80 % en FTTH d’ici à 2022. La fibre optique ne représente à ce jour que 3,9 % du total des 26,1 millions d’abonnés haut débit et très haut débit confondus. Et ce, malgré plusieurs années d’investissements de la part des opérateurs télécoms et une croissance à deux chiffres (Lire EM@119, p. 4). Pas de quoi pavoiser. Et encore, ce 1 million d’abonnés « FTTH » englobe aussi bien le FTTH proprement dit que le FTTO (Office pour bureaux d’entreprises) car le régulateur ne livre pas de répartition entre ces deux catégories d’abonnements… Finalement, les Français sont toujours satisfaits par leur réseau de cuivre ADSL qui évolue déjà par endroits vers le VDSL2. Cette technologie compte même plus de prises disponibles (5 millions) que n’en a le FTTH. C’est dire que l’extinction du cuivre (2) n’est pas pour demain ! @

Numericable peine à recruter de nouveaux abonnés

En fait. Le 12 mars, Numericable – coté en Bourse depuis près de quatre mois –
a publié ses résultats 2013 : son chiffre d’affaires stagne (+ 0,9 %) à 1,3 milliard d’euros, tandis que son bénéfice net chute (- 32,3 %) à 65 millions d’euros. Malgré son marketing et ses contenus, les abonnés augmentent peu.

En clair. Numericable a beau avoir près de 10 millions de foyers « desservis » en France, c’est-à-dire qui peuvent être connectés au réseau du câblo-opérateur, seuls 17,2 % d’entre eux sont en réalité abonnés – soit 1,7 million au 31 décembre 2013.
Et ce ratio stagne puisqu’il était quasiment le même un an plus tôt, avec 1,6 million d’abonnés. Il était également identique trois ans auparavant, en 2009.
C’est qu’avec ses 1.709.000 abonnés individuels précisément, Numericable a conquis
en un an seulement 4,9 % de nouveaux abonnés – soit 81.000 de plus. « Ce rythme de croissance annuel est en ligne avec l’objectif du groupe d’augmenter sa base de clients
de 200.000 à 250.000 sur la période 2014-2016 », tient à rassurer le câblo-opérateur. Cependant, pour la première fois, la base d’abonnés dite « multiple play » dépasse le cap du million d’abonnés – à 1.041.000 abonnés précisément, grâce à une croissance de 7 %. Mais tous ne sont pas triple play (Internet-TV-téléphonie), beaucoup étant dual play (Internet-téléphonie, TV-téléphonie ou TV-Internet). Tandis que l’ARPU (1), elle, grimpe à 41,5 euros en moyenne par abonné et par mois – en hausse de 2 % sur un an.

Malgré cela, comment expliquer que Numericable face du quasi surplace ? « Numericable, de 2007 à aujourd’hui, n’a pas gagné un abonné sur le marché en France : aucune agressivité, aucun impact concurrentiel, … », a lancé le 10 mars dernier Xavier Niel, le patron fondateur de Free, tout en critiquant le câble comme « une technologie obsolète par rapport au FTTH [Fiber-To-The- Home], un Canada Dry de FTTH » (lire en Une). Une étude sur le très haut débit réalisée en 2011 par le cabinet Analysys Mason, pour l’Arcep, le CSA, l’Hadopi, le CNC, la DGMIC (ministère de la Culture) et la DGCIS (ministère de l’Industrie), n’a-t-elle pas démontré les « limites » et les « inconvénients » du réseau de Numericable (2) câblé avec la norme Docsis 3.0 ?
Pourtant, Numericable ne ménage pas ses efforts dans le marketing et les contenus pour attirer de nouveaux abonnés. En 2013, le câblo-opérateur a dépensé 38,8 millions d’euros en marketing-publicité. Du côté des contenus, Numericable bénéficie notamment pour sa box de 40 à 80 chaînes (selon le forfait) « en exclusivité partagée avec CanalSat », ce qui ne manque pas là aussi d’agacer Xavier Niel… La VOD et la TV en replay se sont étoffées. Autant de produits d’appel. @.

Orange va renégocier cet été avec le cinéma français

En fait. Le 26 mai dernier, le tapis rouge des marches du Palais des Festivals a été ré-enroulé après la clôture du 66e Festival de Cannes. France Télécom était pour la quinzième année « partenaire officiel exclusif télécoms et nouveaux médias » de l’événement. Mais Orange investit moins dans le cinéma français.

En clair. Selon nos informations, Orange Cinéma Séries (OCS) va engager « fin juin-début juillet » avec les organisations du cinéma français – Bloc (1), Blic (2) et ARP (3)
– de nouvelles négociations sur ses engagements dans le financement de films français. Ces discussions vont coïncider avec le bilan annuel que France Télécom
va leur présenter cet été sur la mise en oeuvre de l’accord signée avec elles le 10 novembre 2009. Le retour à la table des négociations s’impose car cet accord quinquennal arrive à échéance le 31 décembre prochain.

Après OCS cette année, Canal+ l’an prochain
Ces discussions estivales revêtent aussi une importance particulière cette année car elles donneront un avant-goût de celles qui se dérouleront l’an prochain avec le premier pourvoyeur de fonds du Septième Art français, Canal+, dont l’accord avec les organisations du cinéma arrive à échéance le 31 décembre 2014, soit un an après
celui d’OCS.
Les deux sociétés sont en outre liées cinématographiquement et au capital, Canal + détenant depuis un an (4) maintenant 33,33 % d’OCS au côté des 66,66 % de France Télécom.
Mais les négociations s’annoncent serrées car les investissements d’OCS dans le cinéma ne cessent de baisser d’année en année. Rien que pour l’an dernier, d’après
les chiffres du CNC, ses pré-achats de films ont chuté de 9,4 % à 18,52 millions d’euros, contre un montant de 20,43 millions en 2011 et 23,38 millions en 2010. Environ 97 % de ces sommes sont investies dans des films d’initiative française. Les organisations du cinéma doivent- elles craindre que la tendance baissière d’OCS n’atteigne à son tour Canal+, ce qui aurait des conséquences autrement plus lourdes ? Pour l’heure, la chaîne cryptée finance chaque année presque la moitié des films français pour un total en 2012 de 186,43 millions d’euros. C’est un niveau en baisse
de 4,1 % par rapport au pic de 2010 à 194,57 millions.
Dans l’immédiat, le Bloc, le Blic et l’ARP devraient tenter de négocier à la hausse le prochain accord avec OCS, tablant sur le fait que le bouquet de 5 chaînes thématiques
a dépassé cette année 1 million d’abonnés grâce à l’élargissement de sa diffusion au-delà d’Orange avec CanalSat et SFR (en attendant d’autre opérateurs). Autre effet de levier possible pour le financement des films français : la fin des « demi-abonnés » mobile pour le calcul du minimum garanti (5), ces derniers devant rapporter autant que les abonnés du fixe triple play. A suivre. @

Télévision de rattrapage : les producteurs de cinéma s’apprêtent à renégocier avec Orange

Les organisations du cinéma français doivent rencontrer avant fin septembre France Télécom pour renégocier leur accord sur la catch-up TV, lequel arrivera
à son terme en novembre prochain – deux ans après sa signature le 10 novembre 2009. Le sort des mobinautes sera au cœur des discussions.

Selon nos informations, c’est fin septembre que les organisations du cinéma français
– le Bloc (1), l’ARP (2) et le Blic (3) – engagent de nouvelles négociations sur la
télévision de rattrapage avec France Télécom. Le premier accord, en vigueur depuis
le 10 novembre 2009, avait été signé pour deux ans, dans le cadre des engagements d’investissement d’Orange Cinéma Séries dans le cinéma français. Bien que les obligations de France Télécom visà- vis du Septième Art aient été signées sur cinq ans (jusqu’en décembre 2013), l’accord sur la télévision de rattrapage avait été limité à deux ans (jusqu’en novembre 2011).

Le calcul des abonnés mobiles
Ces deuxième round de négociations se déroulera cette fois dans l’ombre de Canal+ (premier contributeur du cinéma français) qui doit finaliser au quatrième trimestre son entrée à 33,33 % du capital d’Orange Cinéma Séries que France Télécom ne détiendra plus qu’à 66,66 %. La télévision de rattrapage (ou catch up TV) permet aux téléspectateurs de voir ou revoir un programme ou un film gratuitement et durant sept à trente jours après sa diffusion à l’antenne. Les trois principales organisations du cinéma français entendent faire évoluer les conditions d’exploitation des films sur ces nouveaux services de médias audiovisuels. Contactée, l’ARP nous confirme avoir déjà repris contact avec Orange. L’un des principaux points de discussion sera le sort réservé
aux mobinautes qui utilisent de plus en plus la catch up TV. Pour l’heure, ils ne sont comptabilisés que comme des « demi abonnés » par rapport aux abonnés « pleins »
des offres « triple play » (4). Ainsi, en termes de minimum garanti, Orange ne reverse
aux ayants droits que la moitié de ce qu’il doit normalement pour chaque abonné au
haut débit fixe. Ce que souhaitait France Télécom en 2009, à la différence des organisations du cinéma qui avaient obtenu de limiter ce traitement de faveur à deux ans. « Nous considérons que l’usage est désormais assez significatif pour qu’on le réglemente de manière globale et uniforme en prenant en compte la réalité des pratiques », explique Florence Gastaud, déléguée générale de l’ARP, à Edition Multimédi@. Dès 2009, l’ART avait prévenu : « Il faut prendre garde à ce qu’un abonné, aussi mobile soit-il, ne soit pas considéré comme un demi abonné regardant nos films d’un seul oeil ». A taux plein, les mobinautes coûteront le double à Orange. Autrement dit, France Télécom devra payer pour chaque abonné mobile à son bouquet cinématographique la même somme que pour un abonné ADSL : soit 1,70 euros par mois, porté à 1,90 euros au-delà de 1,5 million d’abonnés et 2,64 euros au-delà de 3 millions d’abonnés. Et ce, en plus de ses engagements de financement des films européens et français à hauteur de respectivement 26 % et 22 % des revenus de son bouquet (5). Car les droits de la catch-up TV ne sont pas décomptés des obligations télévisuelles mais viennent actuellement en plus, contrairement à ce qu’avait demandé Orange en 2009.
Avec 9,3 millions d’abonnés haut débit en France à sa Livebox pouvant avoir accès au service « TV à la demande » de la TV d’Orange, France Télécom peut déjà rapporter gros aux producteurs de cinéma. Mais en y ajoutant des mobinautes cinéphiles, les recettes de la catch up TV devraient faire un bond. D’autant que sur 26,9 millions de clients mobiles que compte France Télécom, 9,4 millions bénéficient du haut débit de
la 3G (6). Lancées d’abord sur l’Internet ouvert et accessibles sur les sites web des chaînes, les offres de catch up TV – MyTF1, Pluzz de France Télévisions, M6 Replay ou encore Canal+ à la demande (7) – se sont généralisés ensuite sur les réseaux « managés » (ADSL/IPTV, câble) des fournisseurs d’accès à Internet (FAI), puis sur les mobiles. La « TV Replay » est désormais accessible par tous les terminaux. La TV connectée devrait accélérer son usage. Gratuite, la catch up TV pourrait s’élargir au payant (8) dans le but de faire progresser l’ARPU (9). C’est une opportunité d’exposition supplémentaire pour le cinéma français. Cependant, les producteurs de films ne veulent pas que la catch up TV gêne le développement de la vidéo à la demande (VOD).

Un milliard de programmes vus
« La télévision de rattrapage est une très belle opportunité pour une meilleure exposition des films mais il faut que nous soyons vigilants pour qu’il y ait pas une trop grande “épanchéité” qui pourrait nuire d’ailleurs au développement des plateformes VOD françaises et européennes », nous indique Florence Gastaux. Selon l’étude annuelle du CNC sur le marché de la vidéo, 52,8 % des internautes pratiquent la télévision de rattrapage. Parmi eux, 78,7 % la regardent à partir de leur ordinateur,
42,6 % sur leur téléviseur et déjà 6,4 % sur leur mobile. Et selon Médiamétrie, la catch up TV compte 14,5 millions d’adeptes en France pour, selon NPA/GfK, 1 milliard de programmes vus depuis début 2011. @

Charles de Laubier