Sébastien Soriano, président de l’Arcep : « Les opérateurs télécoms peuvent investir encore plus »

Le président de l’Arcep, Sébastien Soriano, arrive à mi-chemin de son mandat et préside en 2017 l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (Berec). Alors que l’investissement des opérateurs télécoms en France franchit cette année – et pour la première fois – les 10 milliards d’euros, il répond à Edition Multimédi@.

Propos recueillis par charles de laubier

Edition Multimédi@ : L’investissement des opérateurs télécoms en France a progressé pour la seconde année consécutive à presque 9 milliards d’euros en 2016, soit une hausse de 14 % en un an : à ce rythme, la barre des 10 milliards sera franchie en 2017, ce qui, hors fréquences, serait sans précédent depuis la libéralisation des télécoms en France ?
Sébastien Soriano : Nous ne faisons pas de fétichisme des chiffres… Il n’y a pas d’objectif de franchir les 10 milliards et l’investissement ne se compte pas qu’en euros. Pour autant, le coeur de notre régulation est de pousser les opérateurs télécoms à investir fortement. Nous nous réjouissons du réveil de l’investissement que nous constatons. Nos projections vont bien dans le sens d’une confirmation – encore en 2017 – d’un effort d’investissement important de la part des opérateurs télécoms. On va avoir besoin de cette ambition forte encore pendant plusieurs années. Il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers : ce sont des encouragements mais pas les félicitations du jury ! Nous voulons être d’abord dans l’incitation à investir des opérateurs télécoms, plutôt que dans une logique d’obligation.
Cependant, pour satisfaire l’impératif d’aménagement du territoire, les réseaux doivent arriver jusque dans les zones rurales ou non rentables, selon des calendriers précis et contrôlables. Cela nécessite des instruments d’une autre nature, avec des subventions publiques possibles sur les réseaux fixe ou des contreparties avec les fréquences sur les réseaux mobile. Un cadre juridiquement contraignant est la bonne solution dans le fixe [très haut débit], cadre contraignant que l’on a déjà dans le mobile avec les fréquences. Dans certaines zones, non rentables et où il y a des enjeux de couverture du territoire – dont une partie des zones Amii (1) les moins rentables –, cela nous paraît tout à fait souhaitable qu’il y ait un régime juridiquement contraignant.

EM@ : Comment comptez-vous mettre en place ce régime juridiquement contraignant ? 
S. S. : Nous promouvons l’article L.33-13 du code des postes et communications électroniques [adopté dans la loi « République numérique » du 7 octobre 2016, ndlr] qui permet à un opérateur télécoms de s’engager auprès du ministre chargé des télécoms Lire la suite

Yves Gassot, Idate : « Face aux acteurs du Net, les opérateurs télécoms ne vont pas disparaître »

Alors que l’Idate – institut d’études sur les télécoms, l’Internet et l’audiovisuel – publie le 14 juin son DigiWorld Yearbook 2016, son directeur général Yves Gassot répond aux questions de Edition Multimédi@ sur les défis que doivent plus que jamais relever les opérateurs télécoms face aux acteurs du numérique.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : L’Idate prévoit que, d’ici 2025, les services Internet pourraient dépasser pour la première fois en valeur le marché des services télécoms : soit 51 % sur un total mondial de près de 3.000 milliards d’euros. Que va-t-il advenir des opérateurs télécoms « ubérisés » par les OTT (1) ?
Yves GassotYves Gassot :
Il y a plusieurs interprétations de l’expression « être “ubérisé” ». S’il s’agit de penser que les opérateurs télécoms vont disparaître, j’ai du mal à imaginer ce scénario. Les applications OTT nourrissent une demande croissante en terme d’accès très haut débit everywhere. Il faudra bien qu’il y ait des acteurs qui investissent dans les réseaux, exploitent les accès associés avec des perspectives crédibles de retour sur investissement. La question est donc plus de savoir comment sera organisée la chaîne de valeur. Est-ce que les opérateurs télécoms seront progressivement « désintermédiés », c’est-à-dire repositionnés dans un statut d’opérateur de gros ? On ne peut pas totalement l’exclure, mais cela ne me parait pas devoir être la tendance principale. Il faut aussi s’interroger sur les capacités des opérateurs télécoms à élargir leurs revenus au-delà de ceux de l’accès (2).
De mon point de vue, il est probable que les plus gros opérateurs auront l’ambition et les moyens de construire des offres d’accès qui intègrent des applications et des contenus en mode OTT ou plus directement managés à travers le réseau. Dans ce cas, une partie du chiffre d’affaires Internet sera réalisée par les opérateurs télécoms. Ce phénomène est donc assez directement dépendant de la propension de l’industrie des services télécoms à se consolider.

EM@ : Comment les opérateurs télécoms en Europe cherchent « à tout prix » à augmenter leur ARPU (4) dans le fixe et le mobile. Que pensez-vous de la stratégie de convergence telle que celle engagée par SFR offrant des contenus (télé, vidéo, presse, …) pour augmenter son ARPU ?
Y. G. :
La chute continue des revenus des opérateurs télécoms depuis 2008 pèse sur leurs marges et leurs capacités d’investissement, malgré la baisse des prix des équipements et les efforts de cost-cutting. Les opérations de fusion mobile-mobile ou fixe-mobile peuvent favoriser une légère reprise de la croissance, comme au dernier trimestre pour Vodafone, en freinant les opérations de guerre de prix.
Le challenge fondamental pour les opérateurs est de Lire la suite

Patrice Gélinet, membre du CSA : « Sans Radio France et France Médias Monde, la RNT ne peut réussir »

Au sein du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), dont il est membre, Patrice Gélinet préside le groupe « Radios analogiques et numériques ». Pour EM@, il fait le point sur la RNT. Un deuxième appel à candidatures est prévu début juin. Le gouvernement pourrait donner cette fois le feu vert à Radio France.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Le CSA s’apprête à lancer un appel à candidatures en vue de la diffusion de la RNT sur Lille, Lyon et Strasbourg. Le calendrier initial le prévoyait avant fin mars : pourquoi ce retard (1) et quand est-il prévu de le lancer ? Puis quand l’appel à candidatures suivant – sur Nantes, Rouen et Toulouse cette fois – se déroulera ?
Patrice Gélinet :
Les études d’impact d’éventuelles autorisations en radio numérique terrestre (RNT) et la consultation publique, qui doivent précéder les appels à candidatures à Lille, Strasbourg et Lyon, ont pris plus de temps que prévu. Ce sont quatre études d’impact
– une pour chacune de ces trois villes et une nationale – qui ont été rendues publiques le 19 avril dernier (2). Les réponses à la consultation doivent être rendues au plus tard le 13 mai, si bien que les appels pourraient être lancés le 1er juin en fonction de ces réponses. Les candidats devront remettre leur candidature dans la seconde quinzaine de juillet au plus tard ; la sélection devrait se faire au mois d’octobre. Quant aux appels suivants prévus à Nantes, Rouen et Toulouse, ils devraient pouvoir être lancés au quatrième trimestre de cette année.

EM@ : Alors que les grandes radios privées boudent toujours la RNT qu’elles considèrent non rentable (3), que ressort-il de ces quatre études d’impact en termes de viabilité économique, de publicité et de complémentarité avec la FM
et Internet ?
P. G. :
Il ressort des études d’impact que, dans la phase de déploiement et d’initialisation du parc des récepteurs compatibles, la RNT devrait engendrer des dépenses supplémentaires sans recettes publicitaires suffisantes pour les financer. Mais selon les estimations faites à partir des expériences de Paris, Marseille et Nice,
le coût de diffusion de la RNT est inférieur à celui de la FM lorsque les couvertures
FM et RNT sont équivalentes. L’impact de la RNT sur l’audience et les marchés publicitaires locaux étudiés ne pourra devenir sensible qu’à moyen et long termes. Toutefois, l’enrichissement de l’offre radiophonique – que permet la RNT dans la
quasi-totalité des zones couvertes par ces études – pourrait être perçu par l’auditeur équipé en récepteur compatible avec la RNT dès le démarrage des émissions.

EM@ : Cela fera bientôt deux ans, le 20 juin, que les 107 éditeurs de radios sur
19 multiplex autorisés par le CSA avaient la possibilité de démarrer la diffusion de leurs émissions en RNT à Paris, Marseille et Nice. Quel 1er bilan dressez-vous, économiquement et publicitairement ?
P. G. :
En raison du faible équipement du public en postes RNT, il est encore trop
tôt pour tirer un bilan économique du lancement de la RNT dans les zones de Paris, Marseille et Nice. L’enrichissement de l’offre est d’ores et déjà bien notable : même
à Paris, des formats nouveaux ont vu le jour ! Concernant les éditeurs n’ayant pas démarré leurs émissions à Paris, Marseille et Nice, le CSA a entamé un chantier destiné à permettre la gestion de cette ressource inexploitée. La première phase
s’est traduite par le retrait des autorisations délivrées aux 34 éditeurs qui ne se sont
pas mis d’accord sur le choix conjoint d’un opérateur de multiplex.
En prévision de l’appel aux candidatures sur ces zones prévu en 2017, ce plan d’action va se poursuivre dans les prochaines semaines par l’étude de la composition des multiplex actuellement exploités au regard des souhaits que certains éditeurs nous ont déjà transmis.

EM@ : Cela fait maintenant un peu plus d’un an que la Cour des comptes a dit que Radio France « gagnerait à la clarification de la position du gouvernement sur la RNT et pourrait s’engager dans des expérimentations, en complément de
la FM, dans des lieux pertinents ». Quand l’Etat actionnaire va-t-il enfin se prononcer ?
P. G. :
La présence du service public – Radio France et France Médias Monde (avec RFI) – est une des conditions nécessaires au succès de la RNT. Elle permettrait en outre à Radio France de compenser la perte de couverture provoquée par l’arrêt des ondes moyennes et des grandes ondes, et à certaines de ses stations (FIP, Le Mouv’) de pouvoir couvrir des zones où elles ne sont pas entendues en profitant des avantages que procure la RNT par rapport aux autres modes de diffusion : qualité
du son, gratuité, anonymat, données associées, faible coût de diffusion, ou encore meilleure ergonomie des récepteurs. C’est d’ailleurs ce que préconise le rapport de
la Cour des comptes du 1er avril 2015 consacré à Radio France (4). Jusqu’à présent, en refusant de préempter les fréquences mises en appel à Paris, Marseille et Nice, le gouvernement s’est mis dans une position d’attente. Nous verrons ce qu’il fera lors des prochains appels.

EM@ : La loi de 2007 sur la modernisation de la diffusion audiovisuelle a fixé
un seuil de 20 % de la population française à partir duquel s’impose l’intégration des normes RNT dans les récepteurs : autoradios et « transistors » : ce seuil des 20 % sera-t-il atteint avec en plus Lille, Lyon et Strasbourg ?
P. G. :
Le seuil des 20 % de couverture à partir duquel les fabricants de récepteurs
ont l’obligation d’y intégrer la RNT n’ayant pas été atteint, le parc de récepteurs compatibles est encore insuffisant. En outre, la RNT est encore peu connue du grand public, y compris des propriétaires de certaines marques de voitures équipées en première monte d’autoradios disposant du DAB (5). Le déploiement de ce mode de diffusion numérique, accompagné d’une campagne de communication, devrait permettre une croissance rapide du parc de récepteurs une fois dépassé le seuil des
20 %, ce qui pourrait être le cas dès 2017.
Il est en effet très difficile de se prononcer sur le taux de couverture de la RNT, une fois les émissions sur Lyon, Lille et Strasbourg démarrées. D’une part, le CSA devra fixer
sa méthode d’évaluation de la couverture de la RNT. D’autre part, le taux de couverture de la RNT dépend du choix des sites que feront les opérateurs de multiplex. Ces derniers ont des obligations de couverture progressive des allotissements mis en
appel et peuvent constituer le réseau de diffusion qu’ils souhaitent. Dès lors, le taux
de couverture ne pourra être connu qu’a posteriori, une fois que les opérateurs de multiplex constitués auront choisi leurs sites.

EM@ : Les smartphones bénéficieront-ils de l’obligation d’y intégrer la RNT une fois ce seuil atteint ? Cela pourrait contribuer à son succès…
P. G. :
Les smartphones ne sont pas nécessairement concernés par cette obligation
car la loi ne vise que les équipements qui permettent à titre principal la réception de services de radio : un smartphone peut permettre la réception de services mais il permet également de nombreux autres usages sans rapport avec la radio, à commencer par la communication privée. L’intégration de la RNT dans les smartphones relève donc de l’initiative de leurs constructeurs. Certains ont choisi, comme LG, d’intégrer un « tuner » (syntoniseur) RNT dans un modèle de smartphone : espérons que ce modèle rencontre le succès. Cette intégration présente un avantage pour l’auditeur : l’écoute de la RNT par ce type de smartphone n’est pas décomptée dans la consommation des données transmises souvent plafonnées par les forfaits 3G ou 4G. Dans ce cas, l’écoute de la radio peut être illimitée ! @

Bruno Chetaille, PDG de Médiamétrie : « Nous allons tester un audimètre individuel, miniature et mobile »

Médiamétrie vient d’avoir 30 ans. L’institut de mesure d’audiences, créé le 24 juin 1985, s’est imposé en France dans la télévision, la radio et Internet. Son PDG Bruno Chetaille explique comment l’audimètre devient aussi miniature et mobile. Et en fin d’année, la mesure globale TV et Net sera lancée.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Quel nouvel audimètre prépare Médiamétrie pour suivre le panéliste en mobilité ?
Et pour la version fixe, l’audimètre devient-il une tablette ? Quand ces deux modèles seront-ils installés et sont-ils pertinents à l’heure du multi-écrans et du multitasking ?
Bruno Chetaille :
Depuis 2007, nous avons fait le choix d’une technologie fondamentale pour la mesure d’audience de la télévision : le watermarking. Cette technologie est compatible avec tous les réseaux de diffusion et garantit notre indépendance à l’égard de leurs opérateurs. Surtout, elle permet de prendre en compte la consommation de
la télévision, qu’elle soit en linéaire ou délinéaire, à domicile ou en mobilité. Nous la faisons régulièrement évoluer. Elle intègre d’ores et déjà le multitasking puisqu’elle permet la synchronisation multi-écrans. De même, nos audimètres changent : le prochain modèle sera effectivement une « box » au format tablette, encore plus ergonomique pour nos panélistes. Il sera déployé dès 2016. Enfin, nous avons développé un audimètre miniature, au format d’une montre connectée, qui nous permet de mesurer l’audience de la radio et celle de la télévision en mobilité. Nous allons tester ce modèle d’audimétrie individuelle portée (AIP) en octobre prochain auprès d’un panel de 750 individus : 33 stations de radio et 28 chaînes de télévision vont participer à ce test. L’innovation technologique pour toujours mieux capter les signaux et collecter les données de comportement est pour nous une préoccupation essentielle.

EM@ : Depuis mai 2014, Médiamétrie et Google testent un panel single source multi-écrans : PaME. Quels en sont les premiers enseignements ?
B. C. :
PaME, notre panel « TV + Internet » coproduit avec Google, compte 3.400 foyers équipés de quatre écrans : téléviseur, ordinateur, tablette, smartphone.
Pour la télévision il utilise d’ailleurs notre technologie watermarking.
Ce dispositif ouvert à tous les acteurs du marché est utile pour comprendre les comportements multi-écrans à domicile. Sur un jour moyen, 18 % des Français regardent la télévision tout en surfant sur Internet. Ils y consacrent 38 minutes,
soit un peu plus de la moitié du temps qu’ils passent à naviguer sur Internet et
un peu plus de 15 % de celui qu’ils passent à regarder la télévision.

EM@ : A quand la mesure d’audience « TV 4 écrans » ?
B. C. :
La télévision reste d’abord regardée sur le téléviseur : près de 4 heures par jour. Mais elle l’est de plus en plus sur les trois autres écrans : 6 minutes par jour. Cela signifie par exemple que, sur une journée donnée, 2,8 millions de personnes ont passé 1 heure 51 devant un ou plusieurs de ces écrans. Cette tendance est encore plus forte sur les 15-24 ans qui regardent la télévision 1 heure 45 sur le téléviseur et 15 minutes sur les autres écrans. La mesure « TV 4 écrans » est donc une priorité. Elle reposera sur la fusion des résultats de Médiamat (1) qui reflète tous les usages d’un téléviseur
– en direct ou en rattrapage – et ceux de notre mesure « Internet Global » qui, disponible depuis avril, donne la vision de la consommation Internet sur les trois autres écrans : ordinateur, mobile, tablette. Cette mesure Internet Global réunit les données individuelles de nos trois panels (ordinateur, mobile, tablette), elles-mêmes enrichies par des données de trafic de type site centric ou log des opérateurs. Nous innovons
en conjuguant données panel et big data. Dès l’automne prochain, nous produirons
un volet spécifique de cet Internet Global : la « vidéo 3 écrans ». Puis, en fin d’année, nous le fusionnerons avec le Médiamat pour que la mesure « TV 4 écrans » soit disponible dès le début 2016.

EM@ : En test depuis février, Médiamétrie vient d’officialiser le lancement du
« GRP Vidéo » : qu’apporte ce nouvel indicateur et quelles chaînes et plateformes web l’utilisent ?
B. C. :
Le GRP (2) est un indicateur de performance publicitaire. Il représente le nombre de contacts d’une campagne publicitaire obtenu sur une cible et rapporté à la taille de la cible visée. Pour comparer et additionner TV et Internet, encore faut-il que les contacts soient comparables et additionnables ! C’est tout l’enjeu de ce GRP Vidéo sur Internet qui, à l’instar du GRP TV, intègre la surface visible de la publicité sur l’écran et la durée d’exposition de l’internaute. Nous y travaillons depuis près de deux ans
avec tous les acteurs du marché : chaînes de télévision, éditeurs Internet, agences, annonceurs. Et grâce à notre partenariat avec Integral Ad Science, le service est maintenant techniquement disponible depuis mi-juin. A l’heure du développement
des offres vidéo sur Internet et de la multiplication des campagnes TV + Internet,
ce nouveau standard constitue un facteur clé de confiance pour le marché. Ce GRP Vidéo est maintenant fourni en option de notre service de mesure d’efficacité des campagnes publicitaires Internet, baptisé « nOCR », utilisable sur près de 200 cibles.

EM@ : A l’heure des big data, les panels ont-ils toujours la même valeur ?
B. C. :
L’un et l’autre ne s’opposent pas. Ils se conjuguent. Le panel est un outil neutre garant d’une bonne individualisation des comportements. Mais ses données seront de plus en plus enrichies par des informations venant de sources extérieures. C’est pourquoi, depuis près de cinq ans, nous investissons beaucoup au niveau scientifique dans des méthodes d’hybridation qui marient données « panel » et données « voie de retour ». Notre mesure Internet est déjà hybride ; notre mesure TV est en passe de le devenir (3).

EM@ : Médiamétrie détient une certaine position dominante sur le marché français de la mesure d’audience audiovisuelle et Internet. Quelle est la raison
de cette position et quel est le niveau réel de concurrence ?
B. C. :
La concurrence au plan international comme en France existe sur beaucoup de services : web analytics, services d’efficacité publicitaire, recherches ad hoc, … Pour ce qui est de la mesure d’audience, vous constaterez que dans chaque pays il n’y a qu’un opérateur pour la télévision et la radio et que s’il peut y avoir encore compétition pour Internet, un acteur commence à s’imposer. La spécificité de Médiamétrie est d’être simultanément sur un même pays l’acteur de référence pour la télévision, la radio et Internet. C’est un atout qui nous permet d’aller plus vite dans l’anticipation et l’accompagnement des stratégies pluri-médias de nos clients. Cette position dominante nous donne plus de devoirs que de droits : transparence, tant en terme de méthodes que de tarification, équité de traitement de nos clients, audits externes réguliers du CESP (4)… Plus encore, elle est porteuse de trois exigences : la fiabilité, l’innovation
et l’écoute client. Si nous n’étions pas fidèles à ces trois valeurs, notre position serait rapidement remise en cause.

EM@ : Quels sont les chiffres-clé de Médiamétrie : chiffre d’affaires, taux de croissance, effectifs ?
B. C. : Nous avons réalisé 90 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, enregistrant une croissance de près de 10 % tirée par le numérique, les activités pluri-médias et l’international. Nous avons notamment été retenus par l’Inde pour opérer un transfert
de nos technologies et nos méthodologies de mesure TV. Nous investissons chaque année en moyenne 7 millions d’euros pour faire évoluer nos dispositifs de mesure, développer de nouvelles technologies ou méthodes scientifiques. Médiamétrie emploie 650 personnes, dont près de 250 dans nos centres d’enquêtes à Amiens et Rouen. Cet effectif est en croissance, en raison notamment du recrutement d’ingénieurs, d’experts statisticiens et de data-scientists. @

Frédéric Delacroix, délégué général de l’Alpa : « Le piratage reste à un niveau très important »

L’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa), qui a 30 ans cette année, participe depuis 5 ans maintenant à la réponse graduée sur les réseaux peer-to-peer. Son délégué général estime que les chartes « anti-piratage » concernant tous les réseaux sont des mesures complémentaires à l’action
de l’Hadopi.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Frédéric Delacroix

Edition Multimédi@ : C’est à l’initiative du ministre de la Culture de l’époque, Jack Lang, et des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel que fut créée l’Alpa il y a 30 ans. Quels étaient les fondateurs ?
Frédéric Delacroix :
L’Alpa a été créée le 15 octobre 1985 (date de publication au Journal Officiel) à l’initiative des pouvoirs publics et des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. Les membres fondateurs étaient le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) (1), la Fédération nationale des distributeurs de film (FNDF), le Syndicat de l’édition vidéo numérique (SEVN) (2), la Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique (SDRM), qui dépend de la Sacem (3), l’Association des producteurs de cinéma (APC) (4), ainsi que la Motion Picture Association (MPA),
dont sont membres les principaux studios de cinéma américains (Paramount, Sony Pictures, Twentieth Century Fox, Universal Studios, Walt Disney Studios et Warner Bros.).

EM@ : Ce sont aussi les 5 ans de l’autorisation que la Cnil (5) a accordée à
l’Alpa pour transmettre à l’Hadopi des adresses IP des internautes soupçonnés de piratage de films sur les réseaux peer-to-peer : qu’observez-vous ?
F. D. :
L’Alpa a obtenu en juin 2010 deux autorisations de la Cnil lui permettant de collecter 25.000 adresses IP par jour correspondant aux connexions détectées comme mettant à disposition sur les réseaux P2P des fichiers préalablement identifiés en tant que contrefaçons d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques. Précisons que ce sont les œuvres contrefaites qui font l’objet d’une observation de leur mise à disposition. Ainsi, 24.999 adresses IP par jour font l’objet de procès verbaux (PV) des agents assermentés de l’Alpa, qui sont transmis quotidiennement à l’Hadopi, laquelle identifie les titulaires des connexions auprès des FAI (6), puis leur adresse une première recommandation par e-mail. En cas de deuxième détection, une lettre recommandée est adressée au titulaire de la connexion et en cas de troisième détection de la même connexion, l’Hadopi peut transmettre le dossier au procureur
de la République compétent. L’abonné risque alors une pénalité de contravention de
5e classe pour défaut de surveillance et de sécurisation de sa connexion. Une des autorisations de la Cnil permet, à chaque collecte, d’adresser directement au procureur de la République l’IP de la connexion détectée comme mettant le plus d’œuvres contrefaites (fichiers) à disposition sur les réseaux P2P. Et ce, en vue de poursuite
pour le délit de contrefaçon.

EM@ : A combien d’IP avez-vous culminé par jour ? Et est-ce que la réponse graduée a fait baisser le piratage ? Quel bilan faites-vous ?
F. D. :
Il est évident que l’Alpa n’a pu culminer qu’à hauteur des 25.000 adresses IP
par jour autorisées par la Cnil ! L’envoi des premières lettres recommandées en mars 2011 par l’Hadopi a entraîné une forte baisse de l’utilisation des réseaux P2P. Cependant, depuis 2012, leur utilisation reste sensiblement au même niveau, à savoir plus de 6,5 millions d’utilisateurs uniques par mois.

EM@ : Depuis 2008, l’Alpa associée au CNC, en collaboration avec Médiamétrie
et la société TMG (choisie fin 2009 par l’Alpa, la SCPP, la Sacem et le SPPF pour identifier les pirates d’oeuvres sur le Net), réalise une étude d’audience des sites de piraterie audiovisuelle. Quels sont les derniers constats ?
F. D. : L’étude de l’Alpa de 2008 portait uniquement sur le téléchargement de films sur les réseaux peer-to-peer (P2P) et avait été réalisée avec un autre prestataire. L’étude réalisée avec Médiamétrie, le CNC et TMG en 2014 pour le secteur audiovisuel essaie de mesurer l’ampleur du piratage – tous réseaux confondus – et les contenus les plus piratés sur le streaming et le direct download (DDL).
Celle de 2015, publiée début avril, n’est que la mise à jour de la précédente et montre une relative stabilisation des usages du piratage. A savoir : un tiers sur le P2P, un tiers en DDL, et un tiers en streaming. Le piratage reste à un niveau très important puisque près d’un internaute sur trois a été « vu » utilisant les services d’un site web ou d’un protocole dédiés à la contrefaçon audiovisuelle/cinématographique, soit 13,5 millions d’internautes uniques.

EM@ : L’Hadopi, qui a un budget moindre en 2015 (6 M€ au lieu de 8,5M€), serait tentée de concentrer la réponse graduée sur les plus « gros » pirates du peer-to-peer, quitte à ne plus inquiéter les « petits » : qu’en pensez-vous ?
F. D. : L’Alpa ne dispose d’aucune information sur la stratégie adoptée par l’Hadopi.
Il est évident que, sur les réseaux P2P, cibler les « gros pirates » qui sont en fait techniquement des « gros diffuseurs » de contenus illicites a un sens. En réduisant cette source « d’essaimage » de contenus piratés, cela devrait techniquement faire baisser le piratage sur les réseaux P2P et donc avoir également une incidence sur le nombre de ce que vous nommez les « petits » pirates. Au 31 mars, l’Hadopi a transmis au parquet 249 dossiers, mais nous n’avons aucune visibilité sur les décisions prononcées.

EM@ : En octobre 2014, Nicolas Seydoux, président de l’Alpa, a demandé que soit mis en place des juges spécialisés « propriété littéraire et artistique » dans les tribunaux pour faire face au nombre de dossiers de piratage : a-t-il été entendu ?
F. D. :
La demande du président de l’Alpa semble avoir été entendue puisque le
conseil des ministres du 11 mars dernier fait état de la nomination « d’ici la fin juin »
de « magistrats référents » dans le cadre des affaires de contrefaçon « les plus complexes », suite à la communication faite par la ministre de la Culture et de la Communication sur des mesures pour lutter contre le piratage sur internet.

EM@ : La charte de lutte contre le piratage a été signée en mars par les professionnels de la publicité en ligne et les ayants droits, dont l’Alpa.
Allez-vous aussi cosigner en juin une autre charte avec cette fois les acteurs
du e-paiement ?
F. D. :
La charte signée le 23 mars dernier est une étape importante dans la lutte contre le piratage et le financement des sites dédiés à la contrefaçon. L’origine du piratage est aujourd’hui le fait d’une délinquance organisée, souvent à caractère international, dont le seul but est la recherche de profit. Ces revenus proviennent, pour ce qui concerne notre secteur, essentiellement de la publicité. Les niveaux de fréquentation de certains sites pirates génèrent des revenus très importants. Il est regrettable que les internautes ne se rendent pas compte qu’en utilisant les services de ces sites web, ils contribuent à financer ces réseaux de délinquants. La charte sur les moyens de paiement, à laquelle nous serons probablement associés, est également essentielle pour assécher les revenus de ces sites.

EM@ : Quels sites web l’Alpa a contribué à faire condamner en contrefaçon ?
F. D. :
La dernière condamnation en date, suite à des actions de l’Alpa, concerne le
site Wawa-mania, dont l’administrateur a été condamné à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel. Depuis le début de l’année ont été jugés les administrateurs des sites GKS (6 mois de prison avec sursis et près de 2 millions de dommages et intérêts), Wawa-torrent (3 mois de prison avec sursis et 154 000 euros), eMule Paradise (jugement en délibéré). L’Alpa a de nombreuses affaires en cours auprès de services de police ou de gendarmerie. The Pirate Bay et T411 sont des actions du secteur de
la musique sur du blocage d’accès. Les membres de l’Alpa ont été précurseurs sur
ce type d’action avec l’affaire Allostreaming. @

Virginie Courtieu, YouTube France : « Nous offrons de nouvelles sources de revenus en vidéo »

La directrice des partenariats de YouTube en France estime positif l’entraînement suscité par les 13 chaînes françaises exclusives lancées il y a deux ans. Elle répond aussi sur Netflix, la VOD, la musique – dont la prochaine offre par abonnement – ou encore la radio filmée. La publicité est au cœur de l’écosystème.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Que sont devenues les 13 chaînes originales françaises qui ont signé en octobre 2012 avec YouTube une exclusivité sur trois 3 ans, assortie d’un revenu garanti (MG) la première année ? Mis à part Studio Bagel racheté en mars dernier par Canal+ et à la bonne audience de X-Treme Video, la plupart font une audience décevante. Est-ce un échec pour YouTube en France ?
Virginie Courtieu-Peyraud :
Notre objectif avec ce programme de chaînes originales était de catalyser l’arrivée de contenus originaux
sur la plateforme. Le pari est largement réussi lorsque l’on observe que de nombreux partenaires ont depuis décidé de lancer eux-mêmes, sans contribution de YouTube, leurs propres chaînes originales, comme par exemple Golden Moustache, Euronews Knowledge, ou les chaînes de Endemol Beyond.
Ces chaînes originales ont aussi permis de fidéliser une audience toujours plus large
et engagée (1) : nous observons que le temps passé sur YouTube par les Français augmente de plus de 30 % chaque année. Enfin, les annonceurs et investisseurs sont eux aussi aujourd’hui beaucoup plus engagés sur la plateforme.

EM@ : Est-ce par ailleurs de nouvelles chaînes françaises autres que les
13 initiales bénéficient de l’aide avec minimum garantis (MG) de YouTube ?
V. C-P. :
Non. Comme je vous le disais, notre objectif avec ce programme n’était pas
de le généraliser à toutes les chaînes, mais simplement de catalyser l’arrivée de contenus originaux sur la plateforme – et le pari est réussi ! Nous continuons à investir dans l’écosystème par de nombreux biais, comme par exemple avec la campagne d’affichage que vous avez pu découvrir dans Paris récemment visant à soutenir les YouTubers phares de la plateforme, ou d’autres investissements comme les studios
« YouTube Space » à Los Angeles, New York, Londres et Tokyo. A cet égard, nous avons aussi lancé en septembre un programme inédit avec l’ESRA [Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle, ndlr] pour encourager les partages d’expériences entre YouTubers et étudiants. Ce programme est basé sur l’échange d’expertises entre les YouTubers accomplis et les étudiants, créateurs en devenir.

EM@ : Netflix a lancé en France, le 15 septembre, sa plateforme de SVOD.
Quelle incidence aura sur YouTube l’arrivée de Netflix ?
V. C-P. :
Les marchés du payant et du gratuit sont en général très différents. Ceci dit,
la concurrence est toujours une bonne chose, peu importe d’où elle vient ! Elle nous oblige à nous concentrer sur l’innovation et le service aux utilisateurs. Nous avons passé ces dernières années à développer notre plateforme, en investissant dans nos créateurs et la construction de nos solutions de monétisation. Et nous continuons à observer une très forte croissance.

EM@ : Est-ce que la présence accrue de Netflix en Europe peut inciter YouTube
à rationaliser sa propre offre de VOD, notamment en France et si une offre de SVOD est envisagée ?
V. C-P. :
Les plateformes Google comme Google Play proposent déjà en France
des films à la location ou à l’achat (2). Par ailleurs, quelques dizaines de partenaires YouTube ont choisi de proposer de nouvelles vidéos à travers l’offre de chaînes YouTube payantes avec abonnement mensuel ou annuel (3). Ces chaînes payantes constituent une nouvelle catégorie sur YouTube, en plus de l’offre croissante de chaînes gratuites.

EM@ : Combien de visiteurs uniques par mois compte YouTube en France ?
V. C-P. :
YouTube rassemble près de 26 millions d’utilisateurs chaque mois en France, selon Médiamétrie.

EM@ : YouTube et NRJ ont annoncé début septembre un partenariat par lequel la 1re radio de France va diffuser sur la plateforme de partage des vidéos musicales « les plus populaires [vues sur YouTube] » qui seront commentées à l’antenne. NRJ envisage-t-il aussi de la « radio filmée » diffusée sur YouTube comme le font déjà les BFM Business, France Inter et quelles autres ?
V. C-P. :
C’est déjà le cas. La chaîne YouTube de l’animateur Cauet est en grande partie de la radio « filmée » de son émission C’Cauet sur NRJ, et elle rencontre un
très grand succès [plus de 2,1 millions d’abonnés à ce jour, ndlr]. De même, la chaîne YouTube de Guillaume Pley, autre animateur sur NRJ, fonctionne très bien.
Nous sommes en tous cas très heureux de ce partenariat avec NRJ qui va permettre aux artistes les plus populaires sur YouTube en France de partager leur musique
avec les auditeurs de NRJ et atteindre une audience toujours plus large. Cette émission est une première pour nous en Europe, après notre partenariat avec SiriusXM aux Etats-Unis.

EM@ : Quelle est la politique de partenariat vidéo de YouTube en France ?
Le Revenu pour mille impressions (RPM) est-il toujours de 0,50 euro à 2 euros
les 1.000 vues, en fonction des clics enregistrés sur les vidéos publicitaires ? Comment se répartissent actuellement vos partenariats vidéo entre les médias (audiovisuel ou presse) et les créateurs indépendants ?
V. C-P. :
Nous ne sommes pas en mesure de communiquer les revenus de nos partenaires. Le modèle est toujours le même et il est identique pour tous : il s’agit
d’un partage des revenus publicitaires qui se fait à l’avantage du partenaire. Il existe plusieurs formats publicitaires sur YouTube, et les annonceurs ont la possibilité d’acheter l’inventaire à la réservation ou à l’enchère. L’un des formats stars de la plateforme est le format « Trueview », qui permet aux internautes de choisir les publicités vidéos qu’ils souhaitent – ou non – regarder.
Nous avons par ailleurs lancé récemment l’offre « Preferred », qui permet simplement aux marques de préempter les chaînes YouTube les plus plébiscitées par leurs audiences cibles. Cet inventaire est déterminé par un algorithme qui sélectionne les chaînes avec des audiences significatives, et un niveau d’engagement important. Nous avons lancé cette offre en France en septembre avec GroupM et Vivaki [respectivement groupes WPP et Publicis, ndlr], et sommes impatients de la mettre avec eux au service des marques et de leurs objectifs sur YouTube.

EM@ : Le différend sur les conditions de rémunération, qui oppose depuis le printemps les producteurs de musiques indépendants et YouTube, sur le point
de lancer la plateforme de streaming musical « YouTube Music Key », inquiète
de nombreux ayants droits de la musique ou du cinéma. Qu’en est-il exactement de ce conflit et que dites-vous à ceux qui se méfient de YouTube ?
V. C-P. :
Notre objectif principal est de proposer de nouvelles sources de revenus aux labels et artistes. D’ailleurs, 95 % des partenaires ont déjà signé ! Nous restons optimistes et espérons rapidement finaliser les négociations avec la petite fraction de l’industrie restante.
Nous travaillons dur pour continuer à proposer à nos utilisateurs de nouvelles façons
de profiter de leurs contenus favoris sur YouTube, et pour permettre à nos partenaires de générer toujours plus de revenus sur la plateforme. C’est dans cet esprit que nos équipes se penchent sur le lancement d’une fonctionnalité « abonnement » pour la musique sur YouTube, mais nous n’avons pas de détails à annoncer à ce sujet pour
le moment. @

David Neichel, président du SELL : « Le jeu vidéo en France devrait croître de 7 % cette année »

Le président du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), par ailleurs DG France d’Activision qui vient de sortir « Destiny », espère que la nouvelle génération de consoles de jeux vidéo va permettre au marché français de doubler au cours des prochaines années son chiffre d’affaires.

Propos recueillis par Charles de Laubier

David NeichelEdition Multimédi@ : Le chiffre d’affaires 2013 de l’industrie du jeu vidéo en France est estimé par GfK à 2,5 milliards d’euros, en léger recul de 0,4 % sur un an. Le SELL avance 2,7 milliards en 2013. Pourquoi ce différentiel ? Quel est le chiffre définitif et quelle croissance prévoyez-vous cette année ?
David Neichel : Effectivement, nos prévisions de l’année dernière ont été confirmées et le chiffre d’affaires du jeu vidéo en 2013 a été de 2,7 milliards d’euros (1). Le différentiel avec GfK s’explique par la difficulté à appréhender le marché du dématérialisé.
Ceci dit, nous sommes tout à fait d’accord avec GfK pour prévoir une croissance du marché du jeu vidéo en France de 7 % à fin 2014.

EM@ : Certains pensent que la 8e génération de consoles (PS4, Xbox One, Wii U, …) est la dernière, tant les jeux online et le Cloud Gaming vont les rendre obsolètes (à partir de 2017 environ). Etes-vous d’accord avec cette perspective tout-online ?
D. N. : Nous nous méfions des prévisions de ce type. On nous disait déjà que la 7e génération de consoles serait la dernière. Notre industrie se focalise davantage sur
les contenus que sur les plateformes. Nous irons là où veulent aller les joueurs.
Le dématérialisé est évidemment une tendance de fond, même si 64 % de la valeur
du marché est toujours générée par le jeu physique. Et une grande partie de la valeur du jeu en ligne, qui représente 25 % de la valeur totale, est réalisée sur consoles.
Les différents segments du marché que sont les consoles, les jeux et les accessoires ont eux-mêmes leur propre phénomène de cycle. Naturellement, la transition passe dans un premier temps par un fort développement du parc de consoles, ce qui permet ensuite à celui des jeux et des accessoires de progresser au fur et à mesure. Les consoles de génération 8 ont cependant connu un démarrage extraordinaire, favorable à l’ensemble de l’écosystème. Et de nombreux jeux sont attendus sur le second semestre 2014 (2).

EM@ : Selon l’industrie, chaque génération de consoles de jeu vidéo a permis de doubler son chiffre d’affaires : est-ce à dire qu’à l’issue de cette 8e génération qui devrait prendre fin dans cinq ans, la France du jeu vidéo pèsera 5 milliards d’euros ?
D. N. :
Nous ne pouvons que l’espérer ! Nous constatons en effet que le renouvellement de cycle est favorable à l’ensemble des acteurs du marché. Nous avons constaté qu’à chaque génération précédente, le chiffre d’affaires global a été multiplié par deux. Nous espérons donc qu’il en soit de même pour la génération 8 qui démarre très rapidement, dans l’ensemble de l’Europe. Les consoles connaissent sur
le 1er semestre 2014 une croissance sans précédent, ce qui prouve que le cycle est
en marche et cela promet de belles perspectives. Nous savons également que chaque génération est différente et que l’évolution des modes de consommation et distribution rendent le marché plus complexe à appréhender.

EM@ : Certains pensent que cette 8e génération de consoles est la dernière, tant les jeux online et le Cloud Gaming vont les rendre obsolètes (à partir de 2017 environ). Etes-vous d’accord avec cette perspective tout-online ?
D. N. :
Nous nous méfions des prévisions de ce type. On nous disait déjà que la 7e génération de consoles serait la dernière. Notre industrie se focalise davantage sur
les contenus que sur les plateformes. Nous irons là où veulent aller les joueurs. Le dématérialisé est évidemment une tendance de fond, même si 64 % de la valeur du marché est toujours générée par le jeu physique. Et une grande partie de la valeur du jeu en ligne, qui représente 25 % de la valeur totale, est réalisée sur consoles. Il n’est donc pas très pertinent d’opposer plateforme et mode de distribution.

EM@ : Vous avez eu, le 16 juillet dernier, un entretien avec Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique : que lui avezvous dit ? La réforme du crédit d’impôt jeu vidéo (CIJV) adoptée en décembre vous satisfait-elle ?
D. N. :
Nous avons en effet eu un échange fructueux avec Axelle Lemaire qui connaît bien notre industrie (3) et sait parfaitement ce que le jeu vidéo peut porter en matière d’innovation, de création de valeur et d’emplois. Parmi les sujets importants abordés,
la réforme du crédit d’impôt est un enjeu central pour l’industrie en France. Ce qui a
été voté à l’Assemblée nationale [loi de finances rectificative 2013, ndlr] nous convient : baisse du seuil d’éligibilité, allongement du temps de production et ouverture du crédit d’impôt aux jeux classés 18. Mais le rendre concret prend du temps et nous espérons que tous les détails techniques seront réglés rapidement.

EM@ : Des ayants droits estiment qu’en contrepartie du CIJV, le droit d’auteur devrait s’appliquer dans le jeu vidéo (malgré l’échec de la médiation Chantepie fin 2013) : qu’en pensez-vous ?
D. N. :
Sur la répartition de la chaîne des droits, toutes les professions du jeu vidéo parlent d’une seule voix, respectent et valorisent la place des auteurs, mais ne souhaitent pas qu’on applique des modes de répartition inadaptés à notre nature numérique. @