Le marché mondial du jeu vidéo devrait franchir en 2027 la barre des 200 milliards de dollars

Pour un marché en crise, le jeu vidéo ne s’en sort pas si mal malgré les licenciements et les baisses de régime. D’ici deux ans, son chiffre d’affaires mondial devrait enfin franchir pour la première fois les 200 milliards de dollars – certes, avec un peu de retard sur les précédentes prévisions.

Alors que la sinistrose s’est emparé du salon international du jeu vidéo Gamescom, qui s’est tenu à Cologne en Allemagne du lundi 19 août (avec la conférence des développeurs) jusqu’au samedi 24 août (la soirée de lancement du Gamescom proprement dit ayant eu lieu le soir du 20 août), les prévisions pour l’industrie du 10e Art restent finalement pas si catastrophiques. Bien que les suppressions d’emplois se sont accélérées depuis deux ans, scrutées à la loupe par Game Industry Layoffs (1), sur fond de fermetures de studios (2), on est très loin du game over.

Bien au contraire. 10e Art, vers un nouveau record historique
La croissance de cette industrie culturelle, dépassant largement celle du cinéma, demeure malgré la crise qui la frappe. Pour la première fois, le chiffre d’affaires mondial du jeu vidéo devrait dépasser les 200 milliards de dollars – pour s’établir à 213,3 milliards de dollars, selon les prévisions, revues le 13 août, du cabinet d’études néerlandais Newzoo, qui table sur une hausse moyenne annuelle de + 3,1 % sur la période 2002-2027 (voir graphique ci-dessous). « Alors que le marché connaît une croissance soutenue en 2024 [+ 2,1 %, à 187,7 milliards de dollars, ndlr], la question demeure : cette croissance va-t-elle durer ? La réponse courte est oui », prédit Michiel Buijsman (photo), analyste principal, basé, lui, à Chicago aux Etats-Unis. Mais selon les constatations de Edition Multimédi@, Newzoo a sérieusement décalé dans le temps le franchissement de ce seuil des 200 milliards de dollars qui devait initialement être atteint en… 2022. C’est du moins ce sur quoi tablaient ses anciennes prévisions datées du 5 mai 2022. Cela devait être « un nouveau record » (3).
Mais la crise de croissance s’est accélérée et a amené un an après Newzoo à repousser à 2025 le franchissement de la fameuse barre des 200 milliards de dollars (4). Le ralentissement de la croissance s’éternisant, le cabinet d’étude d’Amsterdam a dû le 13 août dernier (5) repousser une nouvelle fois ce record symbolique à 2027. Rien ne dit qu’un troisième recul sera nécessaire en raison de l’évolution constante de ce marché vidéoludique. Contacté, Michiel Buijsman nous répond

sur ses prévisions : « C’est toujours un défi à relever. Il est fortement lié à la future gamme de logiciels sur consoles ainsi qu’aux nouveaux périphériques matériels de Microsoft et Sony. La génération actuelle [de consoles] lancée en 2020 aura sept ans en 2027, généralement le cycle de vie des consoles. Comme nous l’avons vu avec Nintendo, le fait de retarder la commercialisation du dispositif signifie également que le marché va se renforcer l’année prochaine ». En attendant l’annonce – prévue pour mars 2025 – de sa nouvelle console « Switch 2 » (les ventes de l’actuelle, sortie en mars 2017, ayant ralenti), le japonais Nintendo a présenté le 20 août son propre musée qui ouvrira le 2 octobre prochain à Kyoto, ville japonaise où se situe son siège social.
L’analyste s’attend en outre à ce que le marché mobile – bien que la part des revenus mobile a diminué depuis la fin de la pandémie – enregistre une croissance plus forte une fois que seront relevés les défis d’acquisition d’utilisateurs par Apple et, dans une moindre mesure, Google. « Etant donné que le mobile représente environ la moitié du marché et qu’il est l’appareil le plus répandu dans les régions en croissance, je pense qu’il est encore possible d’atteindre ce seuil de 200 milliards de dollars », nous confie-t-il. Et après de nombreuses années de production, la prochaine génération de contenu devrait relancer le marché. La sortie très attendue et potentiellement déterminante pour le marché de Grand Theft Auto VI y contribuera. @

Charles de Laubier

La plateforme mondiale Netflix s’est lancée en France il y a dix ans, bousculant l’ « exception culturelle » du PAF

Le coup d’envoi de Netflix en France a été donné le lundi 15 septembre 2014 : une date qui reste gravée dans les mémoires depuis dix ans, tant le débarquement de la première plateforme mondiale dans l’Hexagone était redouté des tenants de l' »exception culturelle » mais attendu par de nombreux Français.

Reed Hastings (photo de gauche) et Ted Sarandos (photo de droite), les deux grands patrons emblématiques du géant américain de la vidéo en streaming par abonnement (SVOD), étaient présents (1) le lundi 15 septembre 2014, sous le pont Alexandre III dans le septième arrondissement de Paris, pour cette grande soirée de lancement de Netflix en France. Il y a dix ans. Tapis rouge vif aux couleurs du « N » de la déjà célèbre plateforme de SVOD, paillettes, champagne, hôtesses, personnalités du paysage audiovisuel français (PAF) et du show-biz, journalistes, … Jusqu’à un millier de convives étaient attendus dans la très branchée discothèque Le Faust, avec terrasse en bord de Seine. Pour convaincre ce « tout Paris » de son savoir-faire en matière de streaming vidéo et de recommandations, Netflix n’a pas hésité à offrir – notamment aux médias présents, parmi lesquels Edition Multimédi@ – une carte « VIP » donnant accès gratuitement à la plateforme pendant un an. « Merci de votre présence ! Nous sommes ravis d’avoir fêté ensemble le lancement de Netflix en France ! […] Vous serez ainsi parmi les premiers utilisateurs français de Netflix. Vous trouverez également deux cartes cadeaux que vous pouvez offrir à vos proches pour un accès gratuit pendant 6 mois », peut-on lire sur le carton accompagnant ce pass spécial logé dans un mini coffret noir, comme pour un bijou, estampillé « Netflix » en rouge vif.

De la carte VIP à près de 12 millions d’abonnés
Le tour est joué. L’idée de s’abonner au service vidéo de la firme de Los Gatos (Californie) va se propager ainsi comme une traînée de poudre dans toute la France. Depuis une décennie, Netflix caracole en tête des plateformes de SVOD, de plus en plus nombreuses à être présentes dans l’Hexagone. D’après Digital TV Research, l’année 2023 s’est achevée avec environ 11,6 millions d’abonnés et la barre des 12 millions pourrait être franchie au cours de cette année, avec la perspective d’atteindre les 13 millions d’abonnés d’ici 2030 (2). L’arrivée de Netflix dans le PAF ce 15 septembre 2014 est l’aboutissement de plusieurs années de préparatifs et de discussions avec les pouvoirs publics français, soucieux de canaliser le géant de la diffusion en ligne, doté d’un catalogue de milliers de séries et de films venus du monde entier, mais à dominante nord-américaine.

Le 20 mai 2011, soit deux mois après s’être rendu outre-Atlantique, Frédéric Mitterrand – alors ministre de la Culture et de la Communication – prévient dans Le Figaro, soit trois ans avant le lancement du champion de la SVOD dans le pays de « l’exception culturelle » : « Si Netflix arrive en France, il devra (…) respecter ce socle [qu’est la chronologie des médias] ».

La chronologie des médias à la française
Avec le financement du cinéma français, dont le premier pourvoyeur de fonds est historiquement Canal+, les conditions sont posées. « C’est un tsunami qui se prépare », avait lancé le ministre peu avant le MipTV (3). Avec en toile de fond, l’inquiétude des professionnels du 7e Art sur le risque de voir leurs œuvres piratées par le téléchargement et le streaming illégal. Sur la chronologie des médias, qui régit strictement en France – plus que partout ailleurs dans le monde – la diffusion des nouveaux films français après la salle de cinéma qui en garde le monopole durant quatre mois suivant leur sortie, les pourparlers sont houleux. Car la SVOD est, elle, à… trois ans après la sortie en salle. C’est-à-dire que si Netflix voulait produire ou cofinancer un film pour le sortir en salle, il devait attendre à l’époque 36 mois avant de le diffuser sur sa plateforme (aujourd’hui 17 mois, voire à 15 mois en cas d’accord avec les organisations professionnelles du cinéma). Les dirigeants de Netflix continuent encore de pester contre cette chronologie des médias à la française, qui avantage les salles et, passé de 12 mois à 6 mois, Canal+. La chaîne cryptée du groupe Vivendi, qui se sent alors la première menacée par le débarquement de Netflix (4) mais qui deviendra un distributeur de ce dernier à partir de 2019, continue encore aujourd’hui de faire la pluie et le beau temps sur les fenêtres de diffusion (5).
Les divergences entre le cinéma français et la plateforme de streaming tournent au dialogue de sourds. Lorsque Aurélie Filippetti (photo ci-dessus) va succéder à Frédéric Mitterrand en mai 2012, cela ne va pas s’améliorer. La ministre de la Culture et de la Communication accroît la pression sur les dirigeants de Netflix pour qu’ils donnent des gages avant leur arrivée dans l’Hexagone. « Netflix doit se plier aux régulations qui font le succès de nos industries, notamment en matière de financement de la création. C’est une condition sine qua non pour préserver notre écosystème unique », prévient elle dans une interview au JDD (6). Initialement, Netflix avait prévu de se lancer sur le marché français au printemps 2013, en même temps qu’Amazon Prime Video. Interrogée au mois de novembre suivant par Edition Multimédi@, Kelly Merryman, alors vice-présidente des contenus de Netflix, nous avait répondu : « Pas de plan en France ; oui la chronologie des médias y est plus difficile ». Cependant, le 4 décembre 2013, des dirigeants de Netflix sont pour la première fois convoqués discrètement à l’Elysée par David Kessler, le conseiller médias du président François Hollande. Netflix et le cinéma français se regardent en chiens de faïence, la chronologie restant le point de blocage. « Trop contraignante », juge Netflix, qui prévoit néanmoins de lancer son service en France mais à partir du Luxembourg, où il avait son siège européen (avant d’être transféré en 2015 à Amsterdam aux Pays-Bas), afin de ne pas avoir les obligations de financement et de quotas d’œuvres françaises. Son expansion internationale passe avant tout, la santé financière étant déjà au rendez-vous : sur l’année 2013, Netflix affiche 4,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, pour 112,4 millions de dollars de bénéfice net, grâce à 44,4 millions d’abonnés, dont 80 % aux Etats-Unis. Le début de l’année 2014, la plateforme au « N » rouge vif (voir ci-contre) le passera notamment à négocier en France son intégration dans les « box » d’Orange, Bouygues Telecom, SFR et Free.
Fin mars 2014, Aurélie Filippetti, à la Culture et à la Communication, reçoit des dirigeants de Netflix qui prévoit enfin d’arriver en France à l’automne. Entre mises en garde, craintes, peurs et fantasmes, les chaînes de télévision et les producteurs français n’ont de cesse de crier au loup (7). « Nous ne chercherons pas à contourner quoi que ce soit [en faisant allusion à la chronologie des médias, ndlr].Nous voulons investir en France, dans des contenus français », assure Reed Hastings le 21 juillet 2014. Le gouvernement et le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) imaginent une parade pour contrer l’arrivée prochaine de Netflix en tentant de fédérer – en vain (8), malgré l’insistance d’Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique (9) – les offres françaises de vidéo à la demande, autour soit de Dailymotion (Orange), soit d’Allociné (Webedia).
Faute d’alternative française, la voie est libre pour Netflix dans l’Hexagone. Juste avant l’été 2014, Netflix réunit en toute discrétion un petit groupe de journalistes de la presse française invités au quartier général de Los Gatos. Soumis à un strict embargo fixé jusqu’à fin août, ils n’avaient pas eu le droit de publier leurs articles avant. Le premier communiqué de « Netflix France » est diffusé fin août 2014 pour annoncer la première série française, « Marseille », produite par la plateforme. Gaumont est aussi le premier partenaire français de Netflix, pour les exclusivités « Hemlock Grove » et « Narcos » (10).

Films récents en France : Reed Hasting frustré
Le 15 septembre 2014, tout se passe comme prévu – grâce à la coopération des médias qui font du lancement de Netflix en France un événement national. Mais l’ancien prof de maths, Reed Hasting, cofondateur de Netflix, reste sur sa faim à Paris : « En France, dit-il à l’AFP,nous sommes tenus par la chronologie des médias qui nous empêche d’avoir des films récents. (…) Le danger, c’est que sans cette évolution [des fenêtres de diffusion],le piratage va continuer de croître ». L’abonnement mensuel au géant de la SVOD commence alors à 7,99 euros, un prix bien plus attractif que les 39,90 euros de Canal+. C’était il y a dix ans. @

Charles de Laubier

Paramount (Paramount Global + Skydance Media), sur les traces de Warner Bros. Discovery

Plus de deux ans après la fusion du géant Warner Bros. avec le groupe audiovisuel Discovery, c’est au tour d’une autre major d’Hollywood, Paramount Global, d’être rachetée par l’entreprise de divertissement Skydance Media. Il s’agit là aussi de s’inscrire dans la révolution du streaming.

(Depuis la parution de cet article le 22 juillet 2024 dans EM@ n°326, Reuters a révélé le 19 août 2024 que Edgar Bronfman Jr. a fait une contre-offre de 4,3 milliards de dollars sur Paramount Global. Mais le 26 août, il l’a retirée)

La globalisation du streaming aura décidément fait bouger les lignes dans le monde plus que centenaire des studios de cinéma d’Hollywood et plus encore dans le paysage audiovisuel américain. En avril 2022, Warner Bros finalisait sa fusion avec Discovery pour former un géant du divertissement rebaptisé Warner Bros. Discovery (WBD). La méga-opération était alors réalisée pour 43 milliards de dollars (1). David Zaslav en est le PDG. En juillet 2024, Paramount Global, annonce sa fusion avec Skydance Media pour donner naissance au nouveau Paramount après un accord à 8 milliards de dollars valorisant 28 milliards de dollars « New Paramount » dont David Ellison (photo) sera le PDG.

Industries du divertissement et du numérique
Au-delà de leur taille respective, ces deux méga-fusions hollywoodiennes visent à atteindre une taille globale sur le marché mondial de l’audiovisuel et du divertissement, face à des plateformes de vidéo à la demande internationales telles que Netflix ou Amazon Prime Video. La révolution du streaming est, pour ces grands studios de cinéma légendaires, un défi historique à relever. Cela passe par un changement de paradigme, en prenant une dimension incontournable avec un catalogue d’œuvres encore plus vaste, élargi et diversifié : films, séries, animations, émissions de télévision, retransmissions sportives, ou encore jeux vidéo, ainsi que des licences et droits de propriété intellectuelle (IP).
L’industrie du divertissement rime plus que jamais avec industrie du numérique. La plateformisation des studios et des télévisions est devenue indispensables pour ces vétérans du cinéma et de l’audiovisuel. Mais cela suppose des efforts d’investissement sans précédent dans des infrastructures technologiques. Warner Bros. Discovery mise gros sur Max (2), sa plateforme de streaming vidéo issue de l’intégration de HBO Max et de Discovery+ (3). Également proposé en France depuis le 11 juin, Max contient 18.500 heures de contenus et va profiter des Jeux Olympiques de Paris – du 26 juillet au 11 août 2024 – pour proposer l’intégralité des compétitions sportives sur Eurosport, en live ou à la demande (4). La combinaison des deux plateformes de streaming permet en outre de proposer des forfaits plus attractifs pour les consommateurs du monde entier, avec des abonnements mensuels allant de 5,99 euros pour la version basique AVOD (5) avec publicités, à 9,99 euros voire 13,99 euros pour la SVOD (6) sans publicité.

A quoi faut-il s’attendre dans ce domaine avec cette fois la fusion entre Paramount Global (composé de ses chaînes de télévision CBS, MTV, Nickelodeon, Comedy Central, Showtime, …, ses franchises internationales « Star Trek », « Transformers », …) et Skydance Media (« Top Gun: Maverick », « Mission: Impossible-Dead Reckoning », …) ? Le nouveau Paramount héritera des deux plateformes de l’ancien Paramount Global, à savoir l’offre SVOD Paramount+ et l’offre FAST (7) appelée PlutoTV. De son côté, Skydance Media n’apporte pas de streaming, ayant misé sur les plateformes tierces telles qu’AppleTV+.
« Nous nous engageons à dynamiser l’entreprise et à soutenir Paramount avec une technologie moderne, un nouveau leadership et une discipline créative », a assuré David Ellison, le fondateur de Skydance et futur PDG de « New Paramount ». Fils du milliardaire Larry Ellison, cofondateur et ex-PDG d’Oracle, il a créé son entreprise en 2006 sous le nom de Skydance Productions et avec l’aide financière de son père, entre autres investisseurs. Un premier partenariat pluriannuel de production et de distribution avec Paramount Pictures avait été signé dès 2009. Les deux groupes se connaissent bien, ce qui explique la préférence de Paramount Global – criblé de dettes – pour Skydance Media au détriment d’autres prétendants : Sony Pictures et même Warner Bros. Discovery (8). A l’instar de WBD, le New Paramount fera face à un autre mastodonte d’Hollywood, The Walt Disney Company, qui pousse elle aussi sa propre plateforme de streaming, Disney+.

« Le contenu est roi » (Sumner Redstone)
Quant à l’actuelle présidente de Paramount Global, Shari Redstone, qui préside également la holding National Amusements propriétaire de Paramount Global et de CBS, elle a rappelé qu’« en 1987, [son] père, Sumner Redstone, avait fait l’acquisition de Viacom [en 1987 en prenant le contrôle de l’ex-filiale de CBS, ndlr] et il avait commencé à assembler et à développer des entreprises [Viacom s’est emparé en 1993 de Paramount pour 8,2 milliards de dollars, ndlr] connues aujourd’hui sous le nom de Paramount Global » et qu’« il avait pour vision que “le contenu était roi” » (9). La bataille des titans multimédias ne fait que commencer. @

Charles de Laubier

Ex-HBO Max/Discovery+, Max met le paquet en France

En fait. Le 11 juin, la plateforme de vidéo à la demande par abonnement Max – du groupe américain Warner Bros. Discovery – est sur le point d’être lancée en France. Et une offre de SVOD en plus ! Mais le nouvel entrant venu d’Hollywood entend bien se hisser dans le trio de tête du marché français déjà saturé.

En clair. La plateforme de SVOD de Warner Bros. Discovery aurait déjà séduit 100 millions d’abonnés dans les pays où elle est déjà disponible : depuis mai 2020 aux Etats-Unis, d’abord sous le nom de HBO Max, rebaptisée Max en mai 2023, et depuis février 2024 en Amérique du Sud. En Europe, les premiers à avoir été servis depuis le 21 mai sont les pays nordiques et ibériques ainsi que ceux de l’Europe centrale et orientale.
C’est maintenant au tour de la Pologne, des Pays-Bas, de la Belgique et de la France le 11 juin. Outre un catalogue riche de 18.500 heures de contenus (1), Max va saisir l’occasion des Jeux Olympiques de Paris – du 26 juillet au 11 août 2024 – pour proposer l’intégralité des compétitions sportives sur Eurosport, en live ou à la demande. A condition d’y mettre le prix : l’offre sport – JO inclus mais pas de foot (2) – est soit comprise dans le forfait premium de 13,99 euros par mois, soit en option de 5 euros par mois supplémentaires dans les deux autres forfaits à 5,99 euros (basic avec publicités) et à 9,99 euros (standard sans) : la retransmission de toutes les épreuves olympiques se fera par 62 flux en live streaming pour 3.800 heures de compétitions, avec des commentaires en vingt langues. Le sport est le produit d’appel de Max. Le catalogue hollywoodien complété par des œuvres françaises pourrait fidéliser les abonnés déjà largement sollicités par ailleurs par Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ et une trentaine d’autres plateformes vidéo.

C’est Clément Schwebig, président de Warner Bros. Discovery pour l’Europe de l’Ouest et l’Afrique, qui est à la manœuvre : « Nous voulons être dans le Top 3 des plateformes de streaming dans chacun des pays où on se lance », a-t-il affirmé lors de la présentation de Max le 30 mai dernier. La base line de Max est « Regarder mieux »… que Netflix, le pionnier et numéro un présent depuis bientôt dix ans en France ?
Quant au bouquet OCS, cédé avec Orange Studio par Orange en janvier 2024 à Canal+ (lequel détenait déjà 33,33 %), il était jusqu’à fin 2022 le partenaire exclusif de HBO en France. Depuis le 1er janvier 2023, ce n’est plus le cas. Mais Canal+ sera un des distributeurs de Max à partir du 11 juin, à l’instar d’Amazon Prime Video qui proposera aussi Max, tout comme les opérateurs télécoms Orange, Free et SFR sur leurs box (pas encore Bouygues Telecom). Les Smart TV de Samsung ou de LG seront aussi « au Max ». @

Le marché français de la SVOD devrait saturer un « Max » en 2024 et Netflix y perdre des plumes

Max, la plateforme de SVOD lancée aux Etats-Unis en mai 2023 en lieu et place de HBO Max et de Discovery+, risque d’être la goutte qui fera courant 2024 déborder le vase d’un marché français déjà saturé. A ce nouvel entrant, s’ajoutent les hausses tarifaires et les publicités des autres services.

« Il est libre Max » de choisir, aux Etats-Unis où la plateforme de SVOD (1) de Warner Bros. Discovery a été lancée il y a huit mois, entre trois tarifs mensuels : 9,99 dollars pour deux écrans avec publicités ; 15,99 dollars pour un accès sans publicités ; 19,99 dollars pour une diffusion 4K sans publicités, son immersif Dolby et quatre flux simultanés. Max est la fusion de HBO Max et de Discovery+, les deux services de SVOD issus de la mégafusion en février 2022 entre les groupes américains WarnerMedia et Discovery (2). L’arrivé de Max en Europe commencera au printemps 2024.

Fin des accords HBO, place à Max
Mais la France et la Belgique devront attendre l’été prochain. « Max is not available in your region », nous répond-t-on pour l’instant sur Max.com. Mais d’ores et déjà, la plateforme de Warner Bros. Discovery (WBD) a un double impact sur le marché français. D’une part, il y a un an, l’accord de diffusion entre HBO et le bouquet de télévision payante OCS (codétenu par Orange et Canal+) est arrivé à échéance. En conséquence, la plupart des séries de la chaîne américaine de WBD ont été supprimées du catalogue d’OCS. D’autre part, en mars dernier, Amazon Prime Video et WBD ont lancé le Pass Warner en exclusivité, avec tout le catalogue HBO et 12 chaînes de ce dernier dans un seul abonnement, sur Prime Video Channels et en HD voire 4K pour 9,99 euros par mois. Cet accord ne devrait pas durer au-delà du lancement de Max en 2024. Max sera la quinzième grande plateforme à se lancer en France, alors que la toujours numéro une de la SVOD – Netflix – fêtera les dix ans de son lancement dans l’Hexagone le 15 septembre prochain (3). Selon les informations de Edition Multimédi@, obtenues auprès de Digital TV Research, le service au « N » rouge compte à fin 2023 un peu plus de 11,6 millions d’abonnés sur le marché français, soit pas loin du double de son rival Amazon Prime Video qui arrive en seconde position avec 6,6 millions d’abonnés.

Selon nos calculs basés sur les chiffres et prévisions de Digital TV Research, la France a franchi en 2023 la barre des 30 millions d’abonnements, toutes plateformes de SVOD confondues. Mais d’ici la fin de la décennie en cours, Netflix ne va plus engranger autant de clients français qu’avant, pour atteindre 12,8 millions d’abonnés en 2029, presque rattrapé par Amazon Prime Video avec ses 11 millions d’abonnés (voir tableau cidessous). Le trio de tête – avec les trois géants américains Netflix, Amazon Prime Video et Disney+ – restera le même jusqu’en 2029.
La plateforme française MyCanal de Canal+ (groupe Vivendi) suit avec à peine plus de 3 millions d’abonnés en 2023 et à peine plus de 4 millions en 2029. Reste à savoir si MyCanal rajoutera Max à son pack d’abonnement Rat+ intégrant déjà, pour les moins de 26 ans, Netflix, Disney+, Apple TV+ et Paramount+ et OCS (4). Quant à la nouvelle plateforme française TF1+, lancée le 8 janvier dernier (5), elle n’apparaît pas ici car elle est entièrement gratuite, financée par de la publicité, selon le modèle AVOD (6). En revanche, les plateformes hybrides (SVOD/ AVOD) sont prises en compte, avec en tête Netflix et Disney+ qui proposent chacune un abonnement moins onéreux mais avec une dose de publicités (comme par hasard au même tarif de 5,99 euros par mois). Tandis qu’Amazon Prime Video proposera – à partir du 29 janvier aux Etats-Unis et, selon NPA Conseil, du 10 avril en France et d’autres pays – de payer 2,99 euros par mois en plus de l’abonnement mensuel standard (6,99 euros) pour éviter la publicité.Prix en hausse en pleine inflation
Après les augmentations tarifaires de 2023, notamment chez Netflix et Apple TV+, sur fond d’inflation et de forte montée en charge des abonnements AVOD low cost, l’année 2024 pourrait rebattre les cartes de la SVOD dans le monde en général et en France en particulier. Apple TV+, qui peine à décoller, pourrait même faire cause commune avec Paramount+, d’après les révélations du Wall Street Journal le 1er décembre dernier (7), afin de faire un bundle moins cher. A moins que Warner Bros. Discovery et Paramount Global ne fusionnent, comme l’avance Axios le 20 décembre (8). @

Charles de Laubier