Le marché des NFT cherche à rebondir en confiance

En fait. Le 23 juin, lors de la séance plénière du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), sous tutelle du ministère de la Culture, il a été question (entre autres sujets) de « charte de bonnes pratiques » en matière de NFT. La confiance pourrait relancer les jetons non-fongibles.

En clair. Le marché des jetons non-fongibles – ou NFT, pour Non-Fungible Token – est en quête de sécurisation des contrats (smart contract) et de confiance dans ses pratiques (charte), afin de se relancer et atteindre une phase de maturité, loin de la frénésie spéculative de 2021. Cette année-là, il y avait eu 27,4 millions de ventes pour 17,7 milliards de dollars, impliquant plus de 2,3 millions d’acquéreurs. Les collections Bored Apes et Cryptopunks avaient défrayé la chronique, et l’œuvre numérique « Everydays: the First 5.000 Days » avait été adjugée aux enchères chez Christie’s plus de 69,3 millions de dollars (1). Depuis ce record, les NFT ont subi un krach dont il ne se sont pas encore relevés. En 2024, d’après CryptoSlam, le volume des ventes ne dépassait pas 8,9 milliards de dollars (2).
Si le règlement européen MiCA sur les cryptoactifs ne les englobe pas dans son champ d’application, ces jetons non-fongibles pourraient être intégrés dans « MiCA2 » que devrait proposer la Commission européenne en (suite) 2026. « Intégrer les NFT à une deuxième version de MiCA pourrait permettre de mettre en place des procédures de vérifications des créateurs de NFT, offrant de meilleures garanties sur l’authenticité de ces derniers », ont souligné en mars dans Edition Multimédi@ les avocates Marta Lahuerta Escolano et Diane Richebourg (3). En France, le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) a approuvé, lors de sa séance plénière du 23 juin, un rapport sur les contrats en matière de NFT. Leurs auteurs – l’avocat Jean Martin et la magistrate Stéphanie Kass-Danno – proposent une « charte de bonnes pratiques contractuelles » en matière de jetons non-fongibles, « à laquelle l’ensemble des acteurs sont invités à se conformer ». Il s’agit de « sécuriser » l’exploitation des NFT dans les domaines culturels.
« [Il y a] un grand besoin de transparence et d’une information éclairée, afin de sécuriser et de favoriser l’usage de ce véhicule de gestion juridique et financière que constituent les NFT, particulièrement dans le domaine artistique dont la législation comporte de nombreuses dispositions impératives protectrices de la création. », justifie le rapport (4). Les émetteurs de NFT et les plateformes sont « invités à mentionner de façon visible son adhésion à la présente charte », adhésion qui figurera sur le portail de référencement de l’offre légale de l’Arcom. @

AI Act, DSA, MiCA, … Superposition réglementaire : le casse-tête européen pour les projets innovants

L’ambition européenne pour un « marché unique numérique » a généré un véritable labyrinthe de textes réglementaires que nul n’est censé ignorer, pas même les start-up et les fintech, sauf à devenir hors-la-loi. Mais à ce patchwork s’ajoute le manque de coordination entre autorités compétentes.

Par Arnaud Touati, avocat associé, et Mathilde Enouf, juriste, Hashtag Avocats

L’Union européenne a une ambition manifeste : réguler de manière exemplaire la transition numérique. Du règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act) aux directives concernant les services numériques (DSA/DMA), en passant par la régulation des actifs numériques (MiCA) et la résilience opérationnelle du secteur financier (DORA), le législateur européen ne cesse d’introduire des normes structurantes. Chacun de ces textes, pris séparément, a pour objectif de pallier une carence. Ensemble, ils constituent un écosystème réglementaire complexe, parfois dépourvu de cohérence, souvent difficile à appliquer.

Accumulation de textes sans réelle coordination
Pour les initiatives novatrices, en particulier les start-up et les fintech, cette accumulation de normes peut rapidement devenir complexe. Cela est d’autant plus vrai que les normes et directives techniques ne cessent de croître, changeant constamment le champ de la conformité sans perspective de stabilité à moyen terme ni durabilité juridique. Actuellement, le cadre réglementaire en Europe se fonde sur plusieurs éléments-clés. L’AI Act (1) met en place une catégorisation des systèmes d’intelligence artificielle basée sur leur niveau de risque, imposant des exigences rigoureuses aux systèmes considérés comme étant « à haut risque ». Le DSA (2) et le DMA (3) ont pour objectif de réguler les grandes plateformes numériques tout en offrant une protection accrue aux utilisateurs. MiCA (4) régule la création de jetons et l’offre de services liés aux crypto-actifs. DORA (5) impose des normes rigoureuses de cybersécurité dans le domaine financier. De nombreux intervenants de l’écosystème sont également soumis aux règles (suite) anti-blanchiment. On peut également trouver d’autres documents transversaux, sectoriels ou techniques. Cela constitue un millefeuille réglementaire complexe où les obligations s’accumulent sans véritable coordination, engendrant des superpositions et parfois même des contradictions. Chaque texte s’appuie sur ses propres définitions, logiques, et fait appel à diverses autorités de supervision, sans qu’il y ait une articulation claire entre elles. Une start-up œuvrant dans divers secteurs tels que les actifs numériques et l’intelligence artificielle se voit donc confrontée à des chronologies disparates, des seuils de déclenchement discordants et des demandes de documentation non-uniformes. Ce fractionnement rend les procédures de conformité beaucoup plus lourdes et entrave l’aptitude à innover dans un environnement juridique stable.
Les stablecoins sous MiCA, règlement européen sur les marchés de cryptoactifs, et PSD2, directive européenne sur les services de paiement (6), constituent un cas emblématique. Les jetons de monnaie électronique en eux-mêmes (ou EMT, pour Electronic Money Token, ou E-Money Token), appelés aussi « stablecoins monodevise » (adossés à une monnaie officielle comme l’euro), démontrent les conséquences néfastes que peut engendrer une superposition de la réglementation. Selon MiCA, ces tokens sont considérés comme de la monnaie électronique. Cependant, les transactions de transfert associées peuvent aussi être soumises à la directive PSD2, avec toutes les obligations qui en découlent. Ainsi, un même acteur est soumis à une double contrainte réglementaire : il doit se procurer à la fois une licence en tant que fournisseur de services sur actifs numériques (CASP (7), ou PSCA (8) en français) conformément au règlement MiCA, et une autorisation pour l’établissement de paiement selon PSD2. Ces deux régimes nécessitent des procédures d’approbation différentes, possèdent des critères de capital propre superflus, imposent des responsabilités divergentes et soulèvent des questions concernant la classification juridique de certaines actions, telles que les transferts internes à un utilisateur ou les mouvements vers des portefeuilles autogérés. Malgré les mises en garde des syndicats professionnels, la réaction de certaines autorités de régulation en Europe demeure pour l’instant insuffisante, bien que nos autorités françaises fassent un travail remarquable sur le sujet.

DORA, une usine à conformité pour la finance
Si aucune action n’est entreprise, de nombreux intervenants pourraient abandonner les services de transfert d’EMT, ce qui va à l’encontre des objectifs de MiCA, lequel vise précisément à promouvoir l’adoption de ces actifs numériques. Concernant cette fois le règlement sur la résilience opérationnelle numérique, également connu sous le nom de DORA, il est entré en vigueur à partir de janvier 2025. Il impose aux institutions financières un cadre global de gestion des risques associés aux technologies de l’information. Cela englobe l’élaboration d’un plan de gestion du risque « TIC » (9), l’alerte en cas d’incidents majeurs, la conduite de tests de résilience numérique, ainsi que la nécessité de maintenir un registre précis des contrats avec les fournisseurs de services informatiques tiers. Bien que ces initiatives visent à renforcer la sécurité systémique, leur application s’avère très complexe pour les petites entités. De nombreuses start-up et fintech manquent des ressources et des compétences internes nécessaires pour répondre à ces exigences. La notion de proportionnalité stipulée dans le règlement est fréquemment comprise de façon restrictive et demeure floue quant à ses modalités d’application pratiques.

AI Act : flous techniques, complexité procédurale
La réglementation sur l’intelligence artificielle ajoute une couche additionnelle. L’AI Act impose des exigences strictes aux systèmes classés comme « à haut risque » : documentation technique, supervision humaine, qualité des données, transparence et inscription obligatoire dans une base de données européenne. Il est possible que les sanctions aillent jusqu’à 7 % du chiffre d’affaires à l’échelle mondiale. L’instauration de « bacs à sable réglementaires » est bien prévue, mais leur réalisation prend du temps. Entretemps, les initiatives doivent naviguer entre les réglementations existantes dans leur domaine respectif (santé, automobile, services publics, …) et les exigences récentes imposées par la réglementation sur l’IA, sans aucune coordination entre les autorités compétentes. La définition même de ces systèmes pose problème : IA intégrée, IA générative, open source, … aucune de ces classifications n’est précisément définie, ce qui rend les stratégies de conformité floues. Le dilemme du guichet unique demeure aussi sans solution : une entreprise concevant une IA employée dans divers contextes doit composer avec autant d’autorités qu’il y a de domaines d’application.
Quant aux DSA et DMA, s’ils ciblent prioritairement les grandes plateformes, ces règlements affectent également les plus petits acteurs par ricochet sur l’ensemble de l’écosystème. Une start-up qui propose une solution technique à un acteur qualifié de « gatekeeper » (contrôleur d’accès), se retrouve indirectement soumise à des exigences de conformité étendues : traçabilité, documentation, obligations de transparence, et compatibilité renforcée au RGPD, le règlement général sur la protection des données (10).
Ces obligations s’appliquent même lorsque la start-up ne traite pas directement de données personnelles ou de contenus modérés, mais fournit simplement un service technique – API (Application Programming Interface), infrastructure, algorithmes de recommandation – utilisé en aval par une plateforme réglementée. L’effet est immédiat : elle doit produire des audits, garantir l’interopérabilité, prouver l’absence de pratiques déloyales, et documenter ses choix techniques, parfois en plusieurs langues, à destination des autorités nationales de différents Etats membres. Sans pouvoir de négociation, et sans accès aux ressources de conformité des grands groupes, ces petites structures se retrouvent piégées dans une logique de compliance excessive. Ce n’est plus l’activité elle-même qui génère du risque, mais la simple appartenance à une chaîne de valeur numérique réglementée. Cette situation crée une inégalité de traitement qui freine l’innovation, décourage la prise de risque, et oriente les jeunes pousses vers des marchés plus permissifs. Les investisseurs, eux aussi, deviennent frileux à l’idée d’accompagner des projets exposés à une telle incertitude juridique. Quant aux avocats et aux directions juridiques internes, ils doivent souvent interpréter à l’aveugle des règlements conçus pour des géants du numérique, mais appliqués sans nuance à des entités de dix salariés.
L’approche globale attendue pour tous ces documents devait être celle de la cohérence, de la confiance et de l’indépendance numérique. Toutefois, l’accumulation non-synchronisée de ces réglementations conduit à une situation contradictoire : des normes conçues pour sécuriser les initiatives numériques génèrent l’effet opposé.
La disparité des parties prenantes, les interprétations différentes, les retards d’approbation inconsistants et l’absence de moyens de simplification pour les petites entités rendent le paysage réglementaire de l’Union européenne ardu à déchiffrer. On constate également une instabilité des lignes directrices, qui changent parfois sans consultation préalable ni soutien. Les responsables de la régulation ont également du mal à répondre aux demandes, ce qui prolonge l’incertitude pour les intervenants. Cette complexité induit une réticence à l’innovation, un transfert des projets vers des juridictions plus laxistes, et une constante incertitude juridique. L’Europe dispose à la fois d’expertise et de vision. Cependant, elle a du mal à concilier ses aspirations avec les conditions réelles sur le terrain. Il est crucial de réévaluer la régulation en se basant sur des principes opérationnels : établissement de guichets sectoriels unifiés, standardisation des délais d’autorisation, définition claire des situations de double régulation, application effective du principe de proportionnalité, avancée rapide des mécanismes de bac à sable.

Europe : repenser l’architecture de la régulation
Cela nécessite également d’intensifier la communication entre les instances nationales et européennes, de fournir des modèles de conformité aisément modifiables, et d’établir une direction stratégique de la transition réglementaire par secteur. Les intervenants économiques requièrent de la clarté, de la constance et la possibilité de prévoir. Sans ce remodelage méthodologique, les projets les plus prometteurs risquent de ne plus voir le jour en Europe. Et la régulation, supposée fournir un atout stratégique, se transformera en obstacle persistant à la compétitivité du Continent. Sans parler de la souveraineté numérique européenne qui, face à tant de complexités juridiques, risque de rester un vœu pieu. @

MiCA : opportunités et défis pour les acteurs en quête d’optimisation fiscale et réglementaire

Un crypto-actif est « une représentation numérique d’une valeur ou d’un droit pouvant être transférée et stockée de manière électronique », comme sur une blockchain. Les « prestataires de services sur crypto-actifs » font face à de coûteuses obligations. Certains sont tentés par la délocalisation.

Par Arnaud Touati, avocat associé, et Mathilde Enouf, juriste, Hashtag Avocats

Entré en application le 30 décembre 2024, le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs – surnommé « MiCA » (Markets in CryptoAssets) – a véritablement modifié le paysage réglementaire des crypto-actifs en Europe. Ce texte publié en mai 2023 au Journal Officiel de l’Union européenne (1) vise à harmoniser les pratiques dans les Etats membres pour réduire les disparités entre les Vingt-sept. Avant MiCA, les entreprises devaient naviguer dans des cadres nationaux très différents, ce qui augmentait la complexité.

La France : pionnière mais coûteuse
Avec MiCA, les « prestataires de services sur cryptoactifs » (PSCA ou en anglais CASP (2)) sont tenus d’obtenir un agrément auprès des autorités nationales compétentes, comme l’Autorité des marchés financiers (AMF) en France, ou l’ESMA (3) pour des services transfrontaliers (4). Cet agrément impose des normes élevées en matière de gouvernance et de qualification des dirigeants. Les entreprises doivent prouver leur solidité organisationnelle et leur capacité à protéger les investisseurs contre les abus de marché. En plus de l’agrément, MiCA introduit des obligations strictes de transparence et de gouvernance. Les PSCA doivent impérativement pouvoir garantir la sécurité des actifs confiés par leurs clients et disposer de garanties financières proportionnées à leurs activités. MiCA renforce également la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (5). Les PSCA doivent alors mettre en place des systèmes de contrôle interne robustes, capables de détecter et signaler les transactions suspectes.
La France a joué un rôle précurseur dans la régulation des crypto-actifs (6), bien avant l’entrée en vigueur de MiCA, à travers la loi Pacte de 2019. Ce texte a permis de mettre en place un cadre juridique pour les « prestataires de services sur actifs numériques » (PSAN). L’AMF et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), deux régulateurs français, ont développé une expertise solide et proactive. Leur rigueur est perçue comme un gage de fiabilité par les investisseurs internationaux, renforçant la réputation de la France dans le secteur. En parallèle, la France propose des avantages fiscaux comme le crédit d’impôt recherche (CIR), qui permet de réduire les coûts liés à l’innovation. Des subventions spécifiques soutiennent également les start-up technologiques, contribuant à un écosystème favorable à l’innovation, y compris dans (suite)

les crypto-actifs. Cependant, ces avantages s’accompagnent de défis majeurs. La conformité réglementaire en France est l’une des plus coûteuses d’Europe.
Les entreprises opérant dans le secteur des crypto-actifs doivent investir massivement dans des systèmes de cybersécurité avancés pour se conformer aux exigences des régulateurs comme l’AMF. Ces systèmes incluent notamment la mise en place d’infrastructures sécurisées pour protéger les actifs numériques des cyberattaques, un enjeu central dans un secteur particulièrement exposé.
La cybersécurité ne se limite pas à la protection des données des utilisateurs. Elle implique également la surveillance proactive des réseaux pour détecter et prévenir les intrusions, l’utilisation de technologies comme les pares-feux de nouvelle génération, les systèmes de détection d’intrusion (IDS) et des solutions de gestion des informations et des événements de sécurité (SIEM). Ces outils, bien que nécessaires pour se conformer aux normes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (LCB-FT) et pour garantir la sécurité des transactions, représentent des investissements considérables, tant en termes financiers qu’en termes de main-d’œuvre qualifiée.

Délocalisation en Europe : opportunités et défis
Enfin, les audits réguliers imposés pour maintenir l’enregistrement en tant que PSAN (7) engendrent des frais récurrents. Ces audits, réalisés par des cabinets spécialisés ou des organismes accrédités, examinent non seulement les systèmes de sécurité et les pratiques de gouvernance, mais également la capacité des entreprises à identifier et signaler les activités suspectes. Ces contrôles rigoureux sont essentiels pour garantir la confiance des investisseurs et des utilisateurs, mais leur coût cumulé pèse lourdement, en particulier sur les petites structures et les start-up, qui disposent souvent de ressources limitées. Avec le cadre harmonisé du règlement MiCA, de nombreuses entreprises de cryptoactifs explorent des juridictions européennes plus favorables pour réduire leurs coûts. Bien que MiCA impose des normes communes, les disparités fiscales et administratives entre Etats membres permettent des arbitrages stratégiques.

Mais aussi Dubaï, Singapour, et le Wyoming …
Des pays comme l’Irlande et l’Estonie se démarquent : l’Irlande, avec son impôt sur les sociétés à 12,5 % et un vaste réseau d’accords de double imposition, attire startup et entreprises technologiques cherchant un environnement fiscal stable ; l’Estonie, en exonérant les bénéfices réinvestis, encourage la croissance et réduit les coûts pour les petites structures, tandis que sa numérisation administrative simplifie les démarches, ce qui en fait une destination particulièrement attractive pour les entreprises technologiques.
D’autres pays, tels que le Luxembourg, Malte et le Portugal offrent des avantages spécifiques : le Luxembourg est une référence pour structurer des fonds et actifs numériques grâce à sa régulation stable ; Malte, précurseur en matière de crypto-actifs, propose une fiscalité compétitive et un cadre souple pour l’innovation ; le Portugal attire par ses exonérations fiscales sur les revenus crypto pour les particuliers et un environnement entrepreneurial favorable.
Toutefois, ces avantages s’accompagnent de risques. MiCA impose des normes transfrontalières strictes, notamment sur la sollicitation inversée, limitant les activités des entreprises souhaitant cibler des clients dans des pays comme la France sans respecter les obligations locales. De plus, choisir une juridiction perçue comme moins rigoureuse peut ternir l’image d’une entreprise auprès des investisseurs, qui privilégient souvent des cadres réglementaires solides comme celui de la France.
Face à la concurrence accrue et aux coûts élevés en Europe, certaines entreprises de crypto-actifs explorent des options hors de l’Union européenne (UE). Des destinations comme Dubaï, Singapour et certains Etats américains offrent des régulations plus flexibles et des incitations fiscales attractives, faisant d’eux des choix stratégiques pour certaines entreprises. Dubaï se distingue par ses zones franches, comme le DIFC (8), qui offrent un environnement favorable aux crypto-actifs, avec des avantages fiscaux et une approche ouverte aux technologies innovantes. Singapour, de son côté, combine stabilité politique, fiscalité compétitive et soutien actif au développement de la blockchain, attirant ainsi des acteurs technologiques majeurs. Aux Etats-Unis, bien que le cadre juridique soit complexe et varie selon les Etats, des initiatives pionnières comme celles du Wyoming, avec des lois spécifiques aux crypto-actifs, renforcent son attractivité pour des entreprises cherchant à innover. Cependant, la délocalisation hors Europe s’accompagne de défis. Les cadres réglementaires y sont souvent moins harmonisés, ce qui complique la gestion des opérations internationales. De plus, pour maintenir des activités dans l’UE, les entreprises doivent respecter les normes européennes, notamment celles imposées par le règlement MiCA. Enfin, une implantation hors de l’Europe peut être perçue négativement par les investisseurs européens, qui privilégient des juridictions régulées de manière stricte et fiable.
En résumé, le règlement MiCA offre un cadre harmonieux et structuré pour le développement du marché des cryptoactifs en Europe, ce qui renforce la protection des investisseurs et la sécurité du secteur. Cependant, celuici impose également des obligations strictes pouvant s’avérer être coûteuses, en particulier pour les petites entreprises et start-up.

Pour une approche stratégique et équilibrée
À l’aune de tous ces défis, les acteurs du secteur doivent adopter une approche stratégique, en analysant minutieusement les avantages et inconvénients des différentes juridictions européennes ou internationales. Si la France se distingue par son cadre rigoureux et son écosystème favorable à l’innovation, d’autres Etats membres ou destinations hors de l’UE présentent des avantages d’optimisation fiscale et opérationnelle. Cependant, le choix d’une juridiction doit être modéré entre la recherche d’économies et la nécessité de conserver une réputation solide auprès des investisseurs. @

ZOOM

Une période transitoire jusqu’au 1er juillet 2026
Les prestataires de services de crypto-actifs (PSCA) qui ont fourni leurs services conformément à la législation applicable avant le 30 décembre 2024 peuvent continuer à le faire jusqu’au 1er juillet 2026, ou jusqu’à ce qu’une autorisation leur soit accordée ou refusée en vertu de l’article 63 du règlement européen MiCA, si celle-ci intervient plus tôt. Les Etats membres peuvent décider de ne pas appliquer le régime transitoire pour les PSCA ou de réduire sa durée s’ils estiment que leur cadre réglementaire national applicable avant le 30 décembre 2024 est moins strict que le MiCA. Aussi, chacun des Vingt-sept avait jusqu’au 30 juin 2024 pour notifier à la Commission européenne et à l’Autorité européenne des valeurs mobilières et des marchés – European Securities and Markets Authority (ESMA) – l’option choisie et indiquer la durée de leur régime transitoire. Par exemple, la France a opté pour une période transitoire de 18 mois, comme le Luxembourg ou encore Malte. Selon un document de l’ESMA (9), l’Allemagne, la Belgique, le Portugal et la Norvège n’ont pas encore annoncé leur grandfathering period. @