Dailymotion rejoint myCanal dans Canal+ : fusion ?

En fait. Le 22 octobre, Vivendi a publié ses résultats trimestriels qui sont les derniers avant sa scission en trois entités – Canal+, Havas et Louis Hachette – qui, si l’opération était approuvée à l’AG du 9 décembre, seront cotées le 16 décembre et indépendantes du groupe de Vincent Bolloré. Et Dailymotion ?

En clair. Avec les résultats trimestriels de Vivendi, qui ont été les tout derniers à être publiés avant la scission historique du groupe de Vincent Bolloré prévue en décembre, c’est la première fois que sa filiale Canal+ – qui ne le sera plus à partir du 16 décembre – intègre désormais les activités de Dailymotion. La plateforme de partage vidéo – créée il y aura 20 ans en mars prochain – rejoint ainsi la chaîne Canal+ lancée, elle, il y a 40 ans (le 4 novembre) ainsi que sa plateforme de streaming myCanal. Annoncée en septembre, ce transfert de la maison mère à la filiale audiovisuelle (avant éclatement de Vivendi), a eu lieu au troisième trimestre, en même temps que les activités GVA (Group Vivendi Africa) dédiées, elles, au très haut débit en Afrique.
Ces deux activités étaient jusqu’alors fondues dans la ligne comptable « Nouvelles Initiatives » des résultats financiers du groupe Vivendi.

Sur l’exercice 2023, cet agrégat composé « essentiellement » (1) de Dailymotion et de GVA a généré 152 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 22,4 % sur un an, mais pour une perte opérationnelle de 43 millions d’euros. Près de deux décennies après sa création, Dailymotion est toujours déficitaire, malgré une audience mondiale revendiquée de « 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels », dont 17,2 millions de visiteurs uniques en France où il est en baisse (2). Le groupe de Vincent Bolloré a même dû déprécier l’an dernier la valeur de Dailymotion de 80,7 millions d’euros, alors que la plateforme vidéo cofondée par Benjamin Bejbaum et Olivier Poitrey – acquise en 2013 par Orange qui la cédée en 2017 à Vivendi (3) – lui coûte très cher.
Pour ses deux plateformes myCanal et Dailymotion, Vivendi a englouti « ces dernières années environ 1 milliard d’euros par an ». Edition Multimédi@ n’a pas obtenu de réponse ni de Canal+ ni de Vivendi à la question de savoir si le groupe de Vincent Bolloré envisagerait à terme de fusionner les deux plateformes de streaming ? Car les deux attirent à elles des créateurs de contenus premium (5.000 éditeurs professionnels pour Dailymotion, 2.000 chaînes live chez myCanal) et se développent à l’international. N’ont-elles pas les mêmes publics ? En tout cas, malgré l’intégration de Dailymotion (avec GVA) dans le groupe Canal+, le chiffre d’affaires de celui-ci au troisième trimestre 2024 a tout de même baissé de – 4,6 %, à 1,5 milliard d’euros. @

Comment un ex-informaticien de Tsahal est devenu le roi européen du streaming sportif avec DAZN

Il a été ingénieur informaticien dans l’armée israélienne Tsahal dans les années 90 ; il est depuis janvier 2022 PDG du groupe DAZN. L’Israélien Shay Segev dirige la première plateforme européenne de streaming sportif et poursuit son expansion mondiale pour être le « Netflix du sport ».

« De 1994 à 1998, Segev a travaillé comme ingénieur informatique dans les forces de défense israéliennes », à savoir Tsahal, indique la fiche Wikipedia le concernant (1). Cependant, la fiche LinkedIn de Shay Segev (photo) ne fait pas, elle, référence à ce passé dans l’armée d’Israël, juste avant qu’il ne décroche en 2001 un diplôme en informatique (2) à l’université de Tel Aviv (3). Son parcours professionnel, débuté en Israël (Tsahal, Comverse Technology, Mercury Interactive), l’amènera à partir de 2006 en Estonie, à Londres et à Gibraltar (Videobet, Playtech, Coral, Entain) dans le domaine des jeux d’argent et de hasard en ligne.

DAZN devance Bein Sports et Canal+
Mais c’est en juin 2021 que sa carrière change, lorsque Shay Segev entre chez DAZN – prononcez « Da Zone » – en tant que co-PDG aux côtés de James Rushton, cofondateur de ce groupe britannique de diffusion en streaming d’événements sportifs. Ce dernier, considéré comme un vétéran de l’industrie du sport depuis plus d’un quart de siècle, a passé presque toute sa carrière dans la société londonienne Perform Group à l’origine de DAZN. Après avoir innové dans la diffusion en ligne avec ePlayer proposant de la VOD sportive premium, James Rushton met sur pied en 2015 avec Simon Denyer et d’autres cadres – « frustrés par le status quo » dans la diffusion sportive – la plateforme DAZN « pour les amateurs de sport du monde entier » (4). En 2016, après avoir installé ses premiers bureaux, à Tokyo et à Munich, Perform Group ouvre le service OTT (Over-The-Top) sportif DAZN, d’abord en Allemagne, en Suisse, en Autriche et au Japon. L’offre sportive se concentre sur le football : la Premier League (britannique), la J League (japonaise) pour un contrat de 10 ans, et LaLiga (espagnole). La NFL (football américain) et la NBA (basket américain) sont aussi au programme, rejoints par la boxe britannique. Le service DAZN est ensuite lancé en Italie (2018), en Espagne et au Brésil (2019). A partir de novembre 2020, il est accessible sur la PlayStation 5 de Sony, puis massivement sur les smartphones grâce à des accords avec des opérateurs mobiles à partir de mars 2021.

Lorsque Shay Segev rejoint l’entreprise en juin 2021, le nombre d’abonnés payants ne dépasse pas les 8 millions et accuse même un recul à 7,6 millions lors de l’année covid 2020, donnant un coup d’arrêt à trois ans de croissance spectaculaire (1,4 millions d’abonnés en 2017, 3,5 millions en 2018 et 7,8 millions en 2018). Mais ce sera la remontada avec la reprise des événements sportifs (après ceux annulés ou reportés durant la pandémie). Depuis que Shay Segev est pleinement devenu PDG en janvier 2022, lorsque James Rushton cesse d’être co-PDG (mais continuera à superviser la croissance des marchés locaux, des droits et du contenu), DAZN a vu ses abonnés premium doubler, à 15 millions. Ce qui en fait depuis lors le plus grand diffuseur sportif numérique en Europe, devant Eurosport (Warner Bros. Discovery), Bein Sports (beIN Media Group, ex-filiale d’Al Jazeera), Canal+ (Vivendi) et RMC Sports (Altice).
Le savoir-faire de Shay Segev dans l’expansion d’entreprises s’adressant à un large public en ligne (avec à son actif la forte croissance de la société de paris sportifs et de jeux d’argent Entain dont il fut PDG) profite à DAZN Group. Sa stratégie est de développer, en plus du service de streaming, des contenus interactifs et attrayant pour les fans, afin de devenir un « leader du divertissement sportif » d’envergure mondiale. Ainsi, a été lancé en avril 2022 DAZN Bet, un service de paris sportifs et récréatifs qu’opère de Gibraltar la filiale DZBT Holdings (créée en partenariat avec Pragmatic Group). « La convergence des médias sportifs et des paris est l’avenir. Il y aura des jeux pour le plaisir et des jeux pour l’argent », assure Shay Segev lors de cette annonce (5). Également en 2022, Shay Segev fait aussi une incursion dans le monde des NFT, ces jetons non-fongibles qui permettent de certifier numériquement l’authenticité d’un bien – comme dans la collection des meilleurs buts de la J League nippone disponibles sur la place de marché DAZN Moments (6). Mais Edition Multimédi@ constate que Daznmoments.com ainsi que Daznboxing.io de DAZN Boxing (NFT autour de la boxe) ne sont plus opérationnels.

Arrivée bien tardive en France
C’est seulement en août 2023 que DAZN devient accessible en France, à la faveur d’une « co-exclusivité » avec Canal+ sur la Ligue 1. « Le marché français est un marché que nous étudions depuis longtemps car nous pensons qu’il y a un énorme potentiel […]. En plus de proposer le contenu de qualité DAZN […], nous proposerons d’avoir un canal linéaire, DAZN 1, dans le cadre de notre accord avec Canal+ », expliquait il y a un an Shay Segev (7). En février dernier, Brice Daumin (ex- Canal+) a été nommé patron de la filiale française (8). @

Charles de Laubier

Chronologie des médias : les rediscussions en cours

En fait. Le 11 juillet, lors de l’audition TNT de la chaîne « Canal+ Cinéma(s) », le président de Canal+, Maxime Saada, a abordé la question de la chronologie des médias, dont il souhaite voir la durée passer à 5 ans au lieu de 3 ans, comme pour la durée proposée pour son accord avec le cinéma français.

En clair. « Je veux donner de la visibilité au groupe et aux abonnés. J’aimerais éviter de me retrouver tous les 18 mois à négocier. Les plateformes [de vidéo à la demande, ndlr] partagent aussi ce constat. Elles manquent de recul sur leurs engagements et doivent déjà renégocier leurs accords. Nous appelons à ce que tout le système [de la chronologie des médias et des accords avec les organisations du cinéma français, ndlr] soit sur une durée de cinq ans et non de trois », a insisté le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, lors de son audition le 11 juillet devant l’Arcom, accompagné de Laetitia Ménasé, secrétaire générale de la filiale audiovisuelle du groupe Vivendi (propriété du milliardaire Vincent Bolloré).
Celle-ci a aussi affirmé qu’« il serait dans l’intérêt de tous que la chronologie des médias ait une durée plus longue ». L’accord sur les fenêtres de diffusion des films, signé pour trois ans le 22 janvier 2022, arrivera à échéance en janvier 2025. Canal+, l’un des principaux pourvoyeurs de fonds du cinéma français en échange d’une fenêtre à six mois (après la sortie des nouveaux films en salles), essaie de convaincre depuis février dernier les organisations professionnelles du 7e Art de l’Hexagone de signer un accord sur 5 ans pour un montant d’investissement dans des œuvres supérieur à 1 milliard d’euros (engagements d’OCS inclus).

Mais le cinéma français rechigne à signer pour une durée aussi longue, quand bien même il le voudrait : « Nous pouvons signer un accord sur cinq ans mais nous ne pouvons pas garantir la même durée pour la chronologie des médias, a expliqué mi-juin au Film Français Edouard Mauriat, vice-président “Long-métrage” du Syndicat des producteurs indépendants (SPI).
Pour le moment, le gouvernement ne s’engagera que sur un décret de trois ans, la durée législative maximale dans le cadre d’un arrêt d’extension. Nous ne verrions aucun inconvénient à ce que la loi change » (1). Dans le cadre de la renégociation de la chronologie des médias, engagée le 25 avril, le CNC (2) indique à Edition Multimédi@ qu’il n’a « pas encore » réuni un « groupe de travail » qui doit discuter de l’avancement à 3 mois de la VOD, au lieu des actuels 4 mois après la salle, comme le demandent le Sevad (3) et le SEVN (4). « Les discussions autour de la chronologie des médias se poursuivront à la rentrée », nous dit le CNC. @

Netflix finance des films agréés pour… les salles

En fait. Le 25 mars, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a dressé un état de la production des films français en 2023. Ce bilan montre qu’il a eu l’an dernier deux fois plus de films agréés préfinancés par les services de SVOD. Netflix semble en train de se réconcilier avec les salles de cinéma.

En clair. En France, chronologie des médias oblige, les nouveaux films agréés par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) ont l’obligation de sortir d’abord dans les salles de cinéma qui en ont l’exclusivité durant quatre mois, avant que les chaînes de télévision (payantes puis gratuites) ne s’en emparent, et avant que les plateformes de SVOD ne puissent à leur tour diffuser ces films à 30 mois en cas d’accord d’investissement (sinon à 36 mois). Attendre deux ans et demi voire trois ans, pour diffuser en streaming un film qui n’a alors plus rien de nouveau, explique en creux le peu de films français agréés par le CNC préfinancés par Netflix, Amazon Prime Vidéo, Disney+ et HBOMax (future plateforme Max qui sera lancée en France fin juin/début juillet).

Sur l’année 2023, le montant total des investissements de ces quatre plateformes de SVOD s’élève à 48,2 millions d’euros – pour 40 films, dont 39 dits d’initiative française (voir graphique ci-contre) –, contre 21 millions d’euros en 2022 (alors que c’était à peine 1 million d’euros en 2021). Certes, il y a une montée en charge des streamers dans le financement de films d’initiative française et agréés par le CNC, mais cela reste toujours très modeste par rapport aux grands financeurs-diffuseurs que sont toujours Canal+ (154,1 millions d’euros en 2023), France Télévisions (70,7 millions d’euros via France 2 et France 3) ou encore TF1 (45,3 millions d’euros). La chronologie des médias, défavorable à la SVOD, y est pour quelque chose. @

Echec du rachat d’OCS et Orange Studio par Canal+ ?

En fait. Le 13 décembre, un porte-parole de l’Autorité de la concurrence a indiqué à Edition Multimédi@ que l’examen du dossier de vente d’OCS et Orange Studio à Canal+ (groupe Vivendi) est « encore dans sa phase 1 ». La décision attendue sera un approfondissement (phase 2), un feu vert ou un rejet.

En clair. Avec le projet de rachat par Canal+ de la totalité des actions qu’Orange détient dans le bouquet de chaînes payantes OCS (66,33 %, Canal+ détenant déjà les 33,33 % autres) et dans Orange Studio, filiale de coproduction de films et de séries, l’Autorité de la concurrence (ADLC) est confrontée à une opération plus compliquée que prévu. « Les délais de la “phase 1” d’examen de ce dossier de concentration (25 jours ouvrés maximum) sont largement dépassés, ce qui a été possible par la suspension de la procédure dite “Stop the clock” », explique à Edition Multimédi@ un porte-parole de l’ADLC.
Mais impossible de savoir si le verdict – passage en « phase 2 », feu vert ou rejet de l’opération – tombera avant Noël ou sera repoussé à janvier. La Correspondance de la Presse avait évoqué le 19 décembre (1), sinon le mois prochain. La signature du « protocole d’accord » (2) entre Orange et Canal+ en vue de l’acquisition par ce dernier d’OCS et d’Orange Studio aura alors un an le 9 janvier 2024. L’opération avait été notifiée à l’ADLC le 11 juillet 2023. Mais sans attendre la notification, une phase de « tests de marché » avait été lancée dès le printemps par l’envoi de questionnaires aux acteurs concernés, puis les « tiers » ont eu jusqu’au 3 août 2023 pour faire part de leurs « observations ».

Depuis, silence radio. La fiche de cette opération de concentration (3) sur le site web des sages de la rue de l’Echelle est figée à fin août ! Les concessions faites par le groupe Canal+, et limitées à trois ans, poseraient problèmes au gendarme de la concurrence, selon L’Informé (4).
Parmi les trois propositions : les trois chaînes d’OCS (OCS Max, OCS Pulp et OCS Géants) seraient intégrées au bouquet Ciné+, mais sans que l’on sache si elles seront par la suite maintenues et financées. Une autre proposition porte sur le préachat de films français, avec d’un côté Canal+ et de l’autre OCS/Ciné+, mais sans engagements d’investissement. Or le 9 novembre, lors des Rencontres cinématographiques de L’ARP, Maxime Saada, président du groupe Canal+, avait prévenu : « Si l’Autorité de la concurrence nous autorise dans des conditions acceptables d’acquérir OCS, nous ajouterons à nos obligations celles d’OCS. Nous irons bien au-delà des 200 millions d’euros [par an, ndlr] et nous sommes prêts à nous engager sur un accord de 5 ans. […] En cas d’échec de l’opération, OCS disparaîtra et ses obligations avec » (5). Canal+ est le maître des horloges… @