Cela fera cinq ans fin 2025 que la 5G a été lancée en Europe, dont la France. Mais force est de constater que les abonnés mobiles ne se bousculent pas au portillon – comme ce fut le cas pour le FTTH. Faudrait-il « éteindre » la 4G pour basculer en 5G, comme on coupe le cuivre pour la fibre ?
Edition Multimédi@ fait le parallèle entre la lente adoption de la fibre optique à domicile – le FTTH (1) – au cours de ses dix premières années de déploiement en France (2008-2017) et l’actuelle lente adoption de la cinquième génération de mobile – la 5G – depuis son lancement en France fin 2020. Au-delà du fait que ces deux technologies ont en commun d’offrir du très haut débit, l’une en réseau fixe, l’autre en réseau mobile, elles ont chacune une courbe d’adoption comparable : le FTTH a mis longtemps, comme la 5G actuellement, à attirer des abonnés. Les utilisateurs ne sont pas tous convaincus de l’intérêt du FTTH et de la 5G en termes d’usages par rapport à respectivement l’ADSL et la 4G.
5G et FTTH : plus de 20 millions d’abonnés chacun
Surtout que ces deux très haut débit supposent de payer un forfait mensuel plus élevé et d’avoir, côté mobile, un smartphone compatible et plus coûteux – y compris pour la nouvelle 5G+ (ou 5G SA, pour standalone) qu’Orange est le premier à lancer, le 6 mars (2), auprès du grand public. Près de cinq ans après son lancement, la 5G a franchi seulement au troisième trimestre 2024 la barre des 20 millions d’abonnés, à 22,1 millions d’abonnés précisément au 30 septembre dernier (derniers chiffres en date de l’Arcep pour la 5G, ceux du quatrième trimestre étant attendus pour le 10 avril prochain). Ce qui représente un taux « 5G » de seulement 26,4 % sur le total des 83,8 millions d’abonnés mobile en France.
Il a fallu une dizaine de trimestres (soit deux ans et demi environ) pour que la 5G franchisse le seuil des 10 millions d’abonnés (au deuxième trimestre 2023), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions (au troisième trimestre 2024). Toutes proportions gardées, il a fallu une douzaine de trimestres (soit trois ans) pour que le FTTH passe le cap des (suite)
10 millions d’abonnés (au quatrième trimestre 2020), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions d’abonnés (au troisième trimestre 2023). Aujourd’hui, au 31 décembre 2024, le nombre d’abonnés au FTTH est de 24,3 millions sur un total de 32,5 millions d’abonnés au haut et très haut débit, ce qui correspond à un taux « FTTH » de 74,9 %. C’est au deuxième trimestre 2022 que le nombre d’abonnés FTTH a franchi un cap en atteignant la moitié (50 %) du total des abonnés au haut et très haut débit (à l’époque 31,7 millions d’abonnés). Pour la 5G, ce poids de 50 % sur le total déjà mentionné des 83,8 millions d’abonnés mobile en France est encore loin d’être atteint. D’ici la fin de la décennie en cours ? L’avenir le dira. Reste que l’accélération de l’adoption de la fibre optique à domicile est en partie due par la disparition déjà engagée du réseau de cuivre où se font les accès haut débit ADSL et VDSL2. Le « décommissionnement » du cuivre au profit du FTTH a en réalité commencé dès 2016 – sous l’impulsion de l’ancien PDG d’Orange Stéphane Richard (3) – pour disparaître entièrement des territoires d’ici 2030. Pour les millions d’« usagers », ce basculement du cuivre vers la fibre est quelque peu contraint et forcé (4). Dans le cas de la 5G cette fois, laquelle tarde là aussi à convaincre des millions d’abonnés potentiels, l’idée d’envisager à terme à l’« extinction » de la 4G pour provoquer le basculement vers la 5G n’aura-t-elle pas effleuré l’esprit des opérateurs mobiles ? Ces derniers ont déjà commencé à arrêter leurs réseaux de générations 2G et 3G, une désactivation qui s’étalera de 2025 à 2030. Pour les entreprises, Orange a même prévu l’extinction dès fin 2025 pour la 2G et à partir de fin 2028 pour la 3G. SFR et Bouygues Telecom fermeront leur 2G fin 2026, et leur 3G fin 2028 pour le premier et fin 2029 pour le second.
Autant après la fibre optique, il n’y a pas de nouvelle technologie « filaire » susceptible de lui succéder, autant la 5G, elle, encore partiellement adoptée par les utilisateurs, va être talonnée par la 6G qui – lors du Mobile World Congress 2025 à Barcelone début mars, après avoir pointé le bout de son nez au MWC 2024 (5) – s’est annoncée commercialement pour 2030 en vue de la remplacer à terme. Dans les deux cas (FTTH et 5G), les opérateurs mobiles cherchent à mieux monétiser ces deux réseaux très haut débit qui leur ont demandé des efforts d’investissement élevés.
Rentabiliser la 5G comme le FTTH
Autrement dit, comment rentabiliser ces deux réseaux sur lesquels les utilisateurs ne se précipitent pas ? La problématique se pose à tous les opérateurs fixes et mobiles en Europe. Selon l’association mondiale des opérateurs mobiles, la GSMA, seulement 30 % environ des connexions mobiles effectuées en janvier 2025 sur le Vieux Continent étaient de la 5G. Alors qu’en Amérique du Nord et en Asie la 5G représente plus de 50 % des connexions mobiles sur la même période. Côté FTTH, l’Europe compte environ 130 millions d’abonnés. Dans les deux cas, il reste un fort potentiel d’abonnés à convaincre de basculer. @
Charles de Laubier
« La modernisation des infrastructures d’Internet et de téléphonie est une priorité du gouvernement. Le réseau Internet DSL et téléphonique fixe RTC a été fondé sur une technologie dite “cuivre”. Ce réseau historique est en fin de vie. Il sera définitivement remplacé par le réseau en fibre optique […] entre janvier 2025 et 2030 », écrit le ministre chargé de l’Industrie et de l’Energie, Marc Ferracci (photo), aux abonnés des 22,6 millions de lignes fixes de cuivre du réseau historique d’Orange, hérité de France Télécom.
Orange doit rendre compte à l’Arcep
Y aura-t-il un deuxième « New Deal Mobile » pour ne pas laisser les 2 % des sites mobiles dépourvus de 4G et des milliers de centres-bourgs toujours en zone blanche ? Lorsqu’elle était encore députée, Laure de La Raudière (photo) avait suggéré « un deuxième New Deal Mobile ». Certes, c’était treize mois avant de devenir présidente de l’Arcep. La députée d’Eure-et-Loir avait à l’époque – mais il n’y a pas si longtemps que cela – émis cette éventualité au regard du désaccord qu’elle avait avec le président fondateur de Free (Iliad), Xavier Niel, qu’elle auditionnait le 17 novembre 2020 à l’Assemblée nationale en commission (
Dans les coulisses des infrastructures mobiles, il y a les tours, les toits d’immeubles, les pylônes, les châteaux d’eaux voire des clochers d’églises utilisés pour diffuser les réseaux 3G, 4G et maintenant 5G via des antennes émettrices et réceptrices : les stations de base. La valorisation de ces « points hauts » a augmenté – pour ne pas dire explosée – au fur et à mesure que la couverture mobile des territoires s’est généralisée. A tel point que les sociétés chargées de les gérer, surnommées « TowerCo », valent parfois des milliards d’euros. C’est même devenu un marché hautement spéculatif.