Dailymotion rejoint myCanal dans Canal+ : fusion ?

En fait. Le 22 octobre, Vivendi a publié ses résultats trimestriels qui sont les derniers avant sa scission en trois entités – Canal+, Havas et Louis Hachette – qui, si l’opération était approuvée à l’AG du 9 décembre, seront cotées le 16 décembre et indépendantes du groupe de Vincent Bolloré. Et Dailymotion ?

En clair. Avec les résultats trimestriels de Vivendi, qui ont été les tout derniers à être publiés avant la scission historique du groupe de Vincent Bolloré prévue en décembre, c’est la première fois que sa filiale Canal+ – qui ne le sera plus à partir du 16 décembre – intègre désormais les activités de Dailymotion. La plateforme de partage vidéo – créée il y aura 20 ans en mars prochain – rejoint ainsi la chaîne Canal+ lancée, elle, il y a 40 ans (le 4 novembre) ainsi que sa plateforme de streaming myCanal. Annoncée en septembre, ce transfert de la maison mère à la filiale audiovisuelle (avant éclatement de Vivendi), a eu lieu au troisième trimestre, en même temps que les activités GVA (Group Vivendi Africa) dédiées, elles, au très haut débit en Afrique.
Ces deux activités étaient jusqu’alors fondues dans la ligne comptable « Nouvelles Initiatives » des résultats financiers du groupe Vivendi.

Sur l’exercice 2023, cet agrégat composé « essentiellement » (1) de Dailymotion et de GVA a généré 152 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 22,4 % sur un an, mais pour une perte opérationnelle de 43 millions d’euros. Près de deux décennies après sa création, Dailymotion est toujours déficitaire, malgré une audience mondiale revendiquée de « 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels », dont 17,2 millions de visiteurs uniques en France où il est en baisse (2). Le groupe de Vincent Bolloré a même dû déprécier l’an dernier la valeur de Dailymotion de 80,7 millions d’euros, alors que la plateforme vidéo cofondée par Benjamin Bejbaum et Olivier Poitrey – acquise en 2013 par Orange qui la cédée en 2017 à Vivendi (3) – lui coûte très cher.
Pour ses deux plateformes myCanal et Dailymotion, Vivendi a englouti « ces dernières années environ 1 milliard d’euros par an ». Edition Multimédi@ n’a pas obtenu de réponse ni de Canal+ ni de Vivendi à la question de savoir si le groupe de Vincent Bolloré envisagerait à terme de fusionner les deux plateformes de streaming ? Car les deux attirent à elles des créateurs de contenus premium (5.000 éditeurs professionnels pour Dailymotion, 2.000 chaînes live chez myCanal) et se développent à l’international. N’ont-elles pas les mêmes publics ? En tout cas, malgré l’intégration de Dailymotion (avec GVA) dans le groupe Canal+, le chiffre d’affaires de celui-ci au troisième trimestre 2024 a tout de même baissé de – 4,6 %, à 1,5 milliard d’euros. @

Streaming musical : Tidal a 10 ans le 28 octobre

En fait. Les 28 octobre, la plateforme de musique Tidal fête ses 10 ans. Misant sur la qualité hi-fi, elle a été lancée en 2014 par la société norvégienne et suédoise Aspiro à partir de son premier service de streaming musical pour mobiles, WiMP. Depuis 2021, Jack Dorsey la détient via Block (ex-Square).

En clair. La plateforme de streaming musical hi-fi Tidal a été lancée le 28 octobre 2014 par la société scandinave Aspiro en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au Canada, en plus de la Norvège, Suède, du Danemark, de l’Allemagne et de la Pologne où préexistait depuis quatre ans le service de musique pour mobile WiMP (intégré ensuite dans Tidal). Misant sur la qualité « haute-fidélité sans perte » (1) pour se différencier du suédois Spotify, du français Deezer et de l’américain iTunes (Apple Music), Tidal s’étend en janvier 2015 à l’Irlande, aux Pays-Bas, à la Belgique et au Luxembourg.
C’est durant ce même mois que le rappeur et homme d’affaires américain Jay-Z (alias Shawn Carter) a acquis Aspiro. Jay-Z y voir un double avantage. D’abord, il croit au son hi-fi avec les formats Flac (2), la qualité CD (44,1 Khz), ainsi qu’en la norme japonaise Hi-Res (24 bits/192 Khz) que le français Qobuz (3) a été le premier à adopter.
Ensuite, il voit en Tidal le moyen pour les artistes de s’émanciper de Spotify et de Deezer – contrôlés par les trois majors –, afin de reprendre la main sur leurs titres et le contact avec leurs fans. D’ailleurs, sa femme Beyoncé ainsi que Madonna, Daft Punk, Rihanna, Jack White ou encore Kanye West ont été parmi une quinzaine de stars de la musique – ceux-là même qui se plaignaient d’être exploités et mal payés par les grandes plateformes de streaming – à devenir actionnaires de la plateforme aux Etats-Unis. Tidal va passer de 350.000 abonnés en septembre 2015 à 850.000 abonnés en mars 2016, d’après Dagens Næringsliv (4), bien que Jay-Z prétendait avoir 3 millions d’abonnés. La controverse à l’époque n’empêchera pas le business man-rapper, en mars 2021, de vendre à bon prix – 302 millions de dollars – 80 % de ses parts à son ami Jack Dorsey, PDG de Square – devenu Block – et cofondateur de Twitter. Car Tidal a alors franchi le million d’abonnés et vu sa valorisation multipliée par six.
Cette plus-value, tout en restant actionnaire minoritaire et membre du conseil d’administration de Block, conforte Shawn Carter (Jay-Z) comme premier milliardaire de la hip-hop, ayant aussi fait fortune dans l’alcool (5). Mais au premier semestre 2024, selon les constatations de Edition Multimédi@, Block a dû déprécier la valeur de Tidal de 15 millions de dollars, auxquels s’est ajoutée une charge de 32,2 millions de dollars (6). Tidal a rapporté à Jay-Z mais pas à Jack Dorsey. @

Livre numérique : le marché mondial des liseuses vise les 10 milliards de dollars d’ici 2030

La croissance discrète des liseuses (e-readers), dont la particularité de l’écran est de ne pas produire de lumière grâce à son encre électronique (e-ink) reposante, devrait amener ce marché mondial vers les 10 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. Amazon et Rakuten Kobo sont en tête.

(Michael Tamblyn, PDG de Rakuten Kobo, nous a confié ses doutes sur l’actualisation de l’étude à laquelle cet article de EM@ n°331 fait référence)

Elles ont des tailles d’écran variables, dont la diagonale va de moins de 6 pouces (un peu plus de 15 centimètres) à plus de 8 pouces (plus de 20 cm), en passant par 6 à 8 pouces (d’un peu plus de 15 cm jusqu’à un peu plus de 20 cm). Elles sont fines et légères, et offrent une prise en main confortable. Elles permettent une lecture d’une multitude de livres numériques (ebooks) sans fatigue, grâce à leur écran sans lumière grâce à leur encre électronique (e-ink). Ce sont les liseuses électroniques (e-readers).

Amazon et Rakuten Kobo en tête
Le marché mondial des liseuses pourrait atteindre les 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici la fin de la décennie, contre 7,36 milliards de dollars attendus pour cette année 2024. C’est du moins ce que prévoit Mordor Intelligence, à la faveur d’une croissance annuelle moyenne de 6,31 %. « Le marché mondial des liseuses est modérément consolidé avec la présence de plusieurs acteurs comme Amazon., Barnes & Noble, Rakuten Kobo, Hanvon Technology, Onyx International, etc. », indique ce cabinet d’études indien. Selon lui, l’Asie-Pacifique (dont la Chine) affiche la croissance la plus rapide mais l’Amérique du Nord reste encore pour l’instant le plus grand marché pour les liseuses (1). Bien que les tablettes soient beaucoup plus vendues en nombre dans le monde et bien que restées d’usage secondaire par rapport aux smartphones (2), les liseuses continuent, elles, de maintenir une niche solide grâce à leurs avantages spécifiques pour la lecture.

Le géant du e-commerce Amazon, qui ne divulgue pas les chiffres de ventes de ses liseuses Kindle et Scribe, se maintient toujours comme le numéro un mondial des fabricants de ces e-readers, suivi par le canadien Kobo (propriété du japonais Rakuten). La firme de Jeff Bezos, qui continue d’innover pour ne pas se laisser devancer par la concurrence, a lancé le 16 octobre une nouvelle gamme de ses Kindle avec quatre modèles, dont le tout premier à écran couleur et un autre intégrant de l’IA générative. « Les ventes ont atteint un sommet l’an dernier, la majorité des achats étant effectués par les premiers utilisateurs de Kindle », a déclaré Kevin Keith (photo), vice-président d’Amazon Devices (3). La disponibilité de ces nouvelles liseuses d’Amazon s’échelonnera de ce mois d’octobre (Kindle Paperwhite et Kindle Colorsoft) à début décembre (nouveau Kindle Scribe, avec stylet pour prise de notes). « Les liseuses sont de plus en plus avancées en termes de technologie d’écran, souligne Mordor Intelligence. Leur haute résolution offre aujourd’hui un contraste amélioré, une meilleure précision de couleurs et une réduction des reflets. Cela rend les liseuses plus similaires aux livres imprimés, ce qui apporte aux utilisateurs un confort de lecture. Certaines liseuses disposent également d’un jeu de couleurs réglable ». Grâce à leur encre électronique, les liseuses séduisent des lecteurs de plus en plus nombreux par leur capacité à permettre : une lecture prolongée sans fatigue visuelle, une lisibilité en plein soleil ou quelle que soit la lumière ambiante (même dans le noir), une autonomie prolongée due à l’e-ink consommant peu d’énergie (plusieurs semaines), une lecture similaire à celle d’un livre imprimé du fait de son encre électronique donnant l’apparence de l’encre sur papier.
Avec son Kindle Colorsoft, Amazon n’est pas le premier à avoir sorti une première liseuse couleur. Le canadien Kobo (anagramme de book), détenu depuis 2012 par le japonais Rakuten (4), a lancé en avril dernier ses deux tout premiers modèles à couleurs (Kobo Libra Colour et Kobo Clara Colour). « Nous sommes heureux d’être la première plateforme mondiale de livres électroniques à offrir des liseuses numériques couleur abordables, qui donnent vie à vos livres et à notre librairie. Tout ce que vous aimez dans l’impression, avec tous les avantages de l’e-reading », s’est félicité Michael Tamblyn, PDG de Rakuten Kobo (5). Depuis septembre 2011, l’entreprise canadienne est partenaire de la Fnac (6).

PocketBook, Hanvon et Onyx
La dématérialisation du marché du livre, tant des titres proposés par dizaines de milliers dans les catalogues (achat à l’acte ou par abonnement) que des supports, voit aussi prospérer des fabricants internationaux de liseuses tels que PocketBook. Cette entreprise fondée à Kiev en Ukraine en 2007 est basée depuis 2012 en Suisse, à Lugano. « PB » a vendu plus de 4 millions de liseuses à ce jour dans 35 pays. Les chinois sont en embuscade sur ce marché des e-readers appelé à croître dans le sillage de l’accroissement des ventes de ebooks. C’est le cas de Hanvon (alias Hanwang Technology) et de Onyx International. @

Charles de Laubier

YouTube s’impose de plus en plus face à la télévision traditionnelle et courtise les salles de cinéma

La plateforme vidéo de Google (groupe Alphabet) s’impose comme une alternative à la télévision traditionnelle aux Etats-Unis, en se hissant en tête des audiences audiovisuelles (diffusion linéaire ou à la demande) aux côtés de Disney et de NBCUniversal. YouTube dépasse les 10 % de part d’audience depuis trois mois.

C’est historique dans le paysage audiovisuel américain : YouTube dépasse depuis trois mois consécutifs les 10 % de l’audience total de la télévision aux Etats-Unis, tous moyens de diffusion audiovisuelle confondus, gratuits ou payants : selon les données publiées mi-octobre par l’institut de mesure d’audience Nielsen, YouTube se maintient à un record de 10,6 % de part de marché sur le mois de septembre 2024 (1), score historique déjà atteint en août (2), effaçant les précédents records de 10,4 % en juillet où le seuil des 10 % a été franchi pour la première fois (3), contre 9,9 % au mois de juin (4) et en-deçà les mois précédents. A ce niveau d’audience, mesurée sur tous supports par Nielsen qui publie chaque mois les résultats dans son très suivi baromètre « The Gauge », la plateforme YouTube dispute même la première place de la « télévision » dans son pays d’origine, en ayant réussi en juillet 2024 à coiffer au poteau, excusez du peu, The Walt Disney Compagny et ses 9,9 % de part de marché. Une première historique aux Etats-Unis. La première talonnait la seconde depuis le mois de mars. En août et en septembre (5), YouTube est repassé en seconde position (10,6 %), juste dernière respectivement (sur ces deux mois) NBCUniversal (13,4 %) et à nouveau Disney (11,3 %), en reléguant (en septembre donc) NBCUniversal en troisième place (9,3 %), suivi de Paramount (8,2 %), Netflix (7,9 %), Fox (7,3 %), Warner Bros. Discovery (6,7 %), et, loin dernière, d’Amazon Prime Video (3,7 %).

Etats-Unis : YouTube en tête de la « TV »
Tout en rivalisant avec les groupes américains de télévision traditionnelle qu’elle entend bien à nouveau devancer tous comme en juillet 2024, la filiale YouTube – dont le directeur général est Neal Mohan (photo) depuis février 2023 – conforte en plus sa première place des audiences enregistrées aux Etats-Unis par les seules plateformes de streaming vidéo. Ainsi, toujours selon « The Gauge » de Nielsen, YouTube devance les autres plateformes vidéo (gratuites ou payantes) depuis qu’elles ont intégré cet agrégat audiovisuel en juin 2023.

Les données de Nielsen sur le streaming proviennent d’un sous-ensemble de foyers TV américains équipés d’un « streaming meter » au sein du panel TV national, un mois de diffusion étant basé sur l’écoute « live+7 » (télévision en direct et jusqu’à sept jours plus tard pour les contenus linéaires). Résultat : depuis le mois de février 2024, YouTube a creusé l’écart en points de part d’audience avec Netflix qui – avec 7,9 % en septembre (grâce à sa série originale « The Perfect Couple ») et en août, et 8,4 % en juillet et en juin, et 7,6 % en mai – reste toujours second des « streamers ». Amazon Prime Video reste à distance du duo YouTube-Netflix, même s’il gagne du terrain (3,6 % en septembre, contre 2,8 % en mars).

YouTube s’invite sur la télé dans le salon
YouTube affiche même en un an – septembre 2023 à septembre 2024 – la plus grande avancée de part d’audience parmi toutes les plateformes de streaming, en ajoutant plus de 1,5 point supplémentaire à sa part de TV (9 % à 10,6 %). Selon les constatations de Edition Multimédi@, YouTube continue d’être le premier contributeur au fait que les plateformes de streaming audiovisuelles dépassent ensemble – en septembre 2024 et pour le quatrième mois consécutif – la barre des 40 % de part d’audience TV aux Etats Unis sur le total des distributeurs de médias, linéaires ou non linéaires (40,3 % en juin, 41,4 % en juillet, 41 % en août et 41 % en septembre, contre 38,8 % en mai). Si l’on s’en tient à la France, l’institut de mesure d’audience Médiamétrie place YouTube en troisième position des plateformes Internet avec un peu plus de 48,9 millions de visiteurs uniques sur septembre 2024 (smartphone, ordinateur et tablette cumulés). La plateforme de streaming vidéo de Google devance largement les groupes audiovisuels traditionnels que sont France Télévisions (26,9 millions de visiteurs unique) et TF1 (17,8 millions). Mais, contrairement à Nielsen dont il est partenaire (6), Médiamétrie n’agrège pas encore dans un même indicateur les audiences linéaires et non linéaire (lire page 5).
Au niveau mondial cette fois, la plateforme de partage vidéo que Google a rachetée en 2006 dépasse aujourd’hui – et depuis près de trois ans (7) – les 2,5 milliards d’utilisateurs actifs mensuels, d’après DataReportal (8), qui sont autant de contacts publicitaires (reach) potentiels. YouTube dépasse donc de 10 % les 2,24 milliards d’utilisateur mensuels de Facebook, le réseau social de Meta continuant de devancer sa filiale sœur Instagram et ses 1,68 milliard d’« instagrameurs », ainsi que TikTok et ses 1,60 milliard de « tiktokeurs ». Google savoure la performance de sa plateforme de streaming : « Les gens pensaient que nous étions fous lorsque nous avons acquis YouTube », rappelle encore la maison mère Alphabet dans son dernier rapport annuel, lequel fait état pour l’exercice 2023 de 31,5 milliards de dollars de recettes publicitaires (« YouTube Ads »), en croissance de 7,7 % sur un an. Mieux : au premier semestre 2024 (résultats publiés le 24 juillet dernier), « YouTube Ads » a bondi de 16,6 % par rapport aux six premiers mois de l’année précédente, à un peu plus de 16,7 milliards de dollars. « La croissance a été tirée par nos produits publicitaires de marque, suivis par la publicité en réponse directe [“direct response advertising”, où l’internaute est incité à faire une action immédiate comme acheter ou s’inscrire, ndlr], qui ont tous deux bénéficié des dépenses accrues de nos annonceurs », s’est félicité Alphabet. La publicité continue à faire recette, malgré la montée en charge des abonnements payants YouTube Premium (service remplaçant YouTube Red depuis mai 2018) et plus récemment le moitié moins cher YouTube Premium Lite testé en Australie, en Allemagne et en Thaïlande, d’après Android Authority (9). Après les géants de la SVOD (10) Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou encore Max (Warner Bros. Discovery) qui se sont mis aussi à proposer de l’AVOD (11), YouTube – champion du gratuit – a fait le chemin inverse avec YouTube Premium sans publicités.
YouTube, qui fêtera ses 20 ans en février prochain (cofondé par trois anciens de PayPal (12)), diffuse aujourd’hui plus de 1 milliard d’heures de vidéos en moyenne chaque jour. La plateforme à l’écran rouge avec un bouton « play » blanc au milieu, son logo depuis 2017 (voir ci-contre), est devenue « la plus grande chaîne de télévision au monde » (13). De quoi inquiéter à la fois les chaînes de télévision, les « Netflix » et les salles de cinéma. Le 18 septembre dernier, lors de la 2e édition de son événement « Made On YouTube » à New-York, la filiale vidéo de Google a dévoilé pour son application sur TV connectée de nouvelles fonctionnalités, y compris avec l’aide de l’IA (14), qui seront déployées entre cette année et 2025. Et ce, à destination des créateurs souhaitant faire des séries (« Creator Show Pages ») et développer leurs abonnements (15). Les Youtubeurs créateurs voient leurs revenus croître sur les Smart TV. YouTube s’est invité dans le salon et sur certaines télécommandes de téléviseurs, où la touche « YouTube » côtoie la « Netflix » ou la « Prime Video » d’Amazon.

YouTube lorgne les salles de cinéma
La salle de cinéma est aussi un terrain de conquête : YouTube avait coproduit en 2017 « Bodied », son tout premier long-métrage pour YouTube Premium et quelques salles, et acquis en 2018 les films « Museo » et « Viper Club », projetés en salles puis en streaming, tout en produisant sa première grande série originale « Cobra Kai » (16). Contrairement à Netflix, YouTube courtise des salles obscures, notamment en France depuis 2022 via « un partenariat unique au monde » – dixit Justine Ryst, directrice générale de la filiale française (17) – avec le circuit mk2 afin d’« encourager le retour du public dans les salles », en présence interactive de créateurs de contenus (18). La seconde édition du « YouTube Ciné-Club par mk2 » (19) s’est tenue mi-septembre dans l’Hexagone, les DOM-TOM, en Belgique, Suisse et au Luxembourg, avec en avant-première exclusive le documentaire « Kaizen ». A quand un blockbuster ? @

Charles de Laubier

Le portefeuille digital Wero veut damer le pion aux PayPal, Apple Pay et autres Google Wallet

Le portefeuille numérique Wero, lancé par European Payments Initiative (EPI) en Allemagne, en France, en Belgique et bientôt dans d’autres pays des Vingt-sept, veut être une « alternative souveraine » européenne à PayPal, Apple Pay, Google Wallet, Amazon Pay ou encore Samsung Pay.

« Wero est unique. C’est une solution de pointe souveraine, conçue par et pour les Européens, qui permet de proposer tous les types de paiements, en commençant par ceux de personne à personne, tout en intégrant la promesse de l’immédiateté et de la sécurité bancaire. Nous arrivons à point nommé de l’ère des paiements numériques », s’est félicitée le 30 septembre l’Allemande Martina Weimert (photo), PDG du consortium European Payments Initiative (EPI), basé à Bruxelles. Créé en 2020 par plusieurs banques (1) avec le soutien de la Commission européenne pour concurrencer les américains Visa et Mastercard, cet organisme vient de lancer le système de paiement Wero comme alternative aux GAFAM.

Fini les Paylib, Giropay, iDeal, Blik, …
Avec Wero, constitué d’un réseau de paiement, de portefeuilles numériques et d’un système international de paiements instantanés de compte à compte, l’Union européenne a l’ambition d’être une alternative crédible non seulement aux solutions nationales européennes telles que Swish (Suède), iDeal (Pays-Bas), Bizum (Espagne), Blik (Pologne) ou encore Paylib (France), mais aussi pour contrer dans les Vingt-sept les solutions de e-paiement instantané où se sont imposés PayPal, Apple Pay, Google Wallet (ex-Google Pay), Amazon Pay ou encore Samsung Pay. Wero de l’EPI est présentée comme étant « une alternative de paiement souveraine » mais aussi comme « une plateforme européenne du paiement dans un environnement mondial très concurrentiel ».

L’objectif est que tous les clients des banques européennes et établissements financiers partenaires du consortium EPI – plus d’une quinzaine de membres fondateurs et actionnaires, dont ABN Amro, Belfius, Crédit Mutuel, BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Deutsche Bank, Sparkassen, DZ Bank, ING, KBC, La Banque Postale, Nexi, Rabobank ou encore Société Générale – adoptent Wero. Le consortium EPI procède aussi à des acquisitions de solutions nationales pour imposer Wero dans les pays concernés. Par exemple, il y a un an, ont été clôturées les acquisitions des solutions de paiement néerlandaise iDeal et luxembourgeois Payconiq. Ces marques préexistantes ont été amenées à disparaître pour laisser place à Wero. Objectif : « Fournir un système et une plateforme de paiement instantanés unifiés pour l’Europe », en l’occurrence Wero (2). Cette stratégie d’acquisition et de substitution paneuropéenne au profit d’une seule solution de portefeuille numérique se fait avec la bénédiction de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Eurosystème dont elle est membre avec ses homologues de la zone euro sous la houlette de l’Union européenne (3). Mais cette entente entre les banques européennes pourrait-elle être considérée comme illégale au regard du droit de la concurrence dans l’UE ? La question pourrait se poser si ETI se mettait à son tour à restreindre indûment la concurrence sur le marché du paiement mobile en Europe. C’est loin d’être le cas de figure, l’heure étant plutôt actuellement à l’ouverture aux solutions tierces un marché du e-paiement largement dominé par les GAFAM.
Le portefeuille numérique (wallet) peut être présent sur les terminaux de l’utilisateur – son smartphone le plus souvent (mobile-first wallet) – soit via son application bancaire habituelle, soit via l’application Wero elle-même disponible au téléchargement à partir d’un QR code mis en ligne (4) ou sur toutes les boutiques d’applications (Play Store, App Store, AppGallery, …). « L’application Wero, développée par EPI, sera disponible dans tous les magasins d’applications pour smartphones dès la deuxième quinzaine d’octobre 2024. La première campagne de la marque Wero sera lancée en France le 14 octobre », précise le consortium, à l’occasion du lancement dans l’Hexagone fin septembre de ce portefeuille des paiements numérique européen (5). Le calendrier du déploiement est le suivant : BNP Paribas à partir du 24 octobre 2024, le groupe BPCE du 2 septembre au 2 octobre 2024, le Crédit Agricole le 26 septembre 2024, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale du 25 septembre au 6 novembre 2024, La Banque Postale le 28 octobre 2024, la Société Générale à partir du 24 octobre 2024, et le Crédit Mutuel Arkéa en janvier 2025.

Solution d’e-paiement (wallet) paneuropéen
Wero, ex-Paylib en France, va non seulement se confronter aux PayPal, Google Wallet (ex-Google Pay) et autres Apple Pay, mais aussi aux solutions de e-paiement indépendantes telles que Lydia de la fintech française du même nom, laquelle a aussi lancé sa néobanque Sumeria, ou le suédois Klarna. L’opérateur télécoms Orange avait bien lancé en 2015 le service de paiement mobile sans contact Orange Cash (réservée aux clients Orange et Sosh), mais celuici a été arrêté en 2019 pour ne garder qu’Orange Bank créé deux ans plus tôt (les client d’Orange Bank seront ensuite rachetés en juin 2023 par BNP Paribas via sa banque en ligne « Hello bank! »). La France n’est pas le premier pays européen où est disponible l’application Wero : le service de paiement en ligne a déjà été lancé en Allemagne (6) en juillet dernier (avec les banques Sparkassen, Volksbanken, Raiffeisenbanken et bientôt Postbank de Deutsche Bank), tandis qu’il a commencé à être ouvert en Belgique (avec d’abord KBC). Le Luxembourg et les Pays-Bas suivront.

Transfert d’argent Person-to-Person (P2P)
Quel sera l’avantage pour les utilisateurs qui adopteront Wero ? Le premier service de l’EPI à être lancé est celui des transactions dites P2P (Person-to-Person, ou P2P) : les consommateurs peuvent rapidement envoyer et de recevoir de l’argent, en utilisant simplement un numéro de téléphone ou une application générée par QR code personnel ou une adresse e-mail. Et ce, dans les 10 secondes. L’argent transféré sera reçu ou envoyé directement et instantanément sur le compte bancaire destinataire, sans avoir besoin d’un compte intermédiaire. Les virements au-delà des frontières nationales seront également disponibles, les paiements transfrontaliers étant également intégrés. « Wero donnera aux utilisateurs une vue d’ensemble complète de leur solde et de leurs dépenses en temps réel, directement depuis leur compte bancaire, et leur permettra de gérer leurs paiements de manière sécurisée et pratique », explique l’EPI.
En 2025, les services de Wero s’enrichiront de nouvelles fonctionnalités, notamment la possibilité de payer de « tout petits professionnels » (artisans, commerçants, TPE, …) à partir de ce portefeuille en ligne et sur facture via un QR code. Cela inclura la possibilité pour les consommateurs de gérer les paiements récurrents pour les abonnements ou les versements, mais aussi de payer dans les applications des commerçants, au point de vente, sans passer par la caisse, ou dans tout autre situation où il faut payer. « Les paiements en magasin à la caisse enregistreuse seront également ajoutés en 2026, ainsi que d’autres fonctionnalités, comme le service “Acheter maintenant et payer plus tard”, la fidélisation des commerçants, l’intégration du programme, le partage des dépenses, etc. », prévoit aussi l’EPI.
Le paiement sans contact, qui est déjà entré dans les moeurs grâce aux technologies sécurisées Near-Field Communication (NFC) voire Radio-Frequency Identification (RFID), pourra se faire dans les magasins et restaurants avec un QR code, surtout si l’enseigne, la boutique ou l’établissement n’accepte pas de carte bancaire. A terme, grâce au règlement européen sur les marchés numériques, le Digital Markets Act (DMA), les banques européennes vont être en mesure de concurrencer les solutions « Pay » des géants américains et asiatiques. Par exemple, Apple a dû ouvrir sa puce NFC – à laquelle Apple Pay était le seul portefeuille mobile pouvant y accéder – pour que les solutions tierces qui le souhaitent puissent exploiter directement et gratuitement la fonction sans contact des iPhone, sans être obligés de passer par les applications maison Apple Pay et Apple Wallet. La Commission européenne, qui avait considéré que la firme de Cupertino abusait de sa position dominante dans le paiement mobile sur iOS, s’était réjouie le 11 juillet 2024 des « engagements juridiquement contraignants » pris la marque à la pomme. Depuis lors, Apple est tenu d’autoriser l’accès au NFC en mode « émulation de carte hôte » (Host Card Emulation, ou HCE) et de permettre aux utilisateurs de définir facilement une application de paiement HCE en tant qu’application par défaut pour les paiements en magasin (7).

Portefeuille numérique et portefeuille d’identité
L’Union européenne avance ainsi à son rythme avec une solution « souveraine » de paiement mobile, tout comme elle avance dans son ambition de créer par ailleurs des portefeuilles d’identité numérique pour chaque Européen (EU Digital Identity Wallets), comme moyen d’identification numérique sûr, fiable et privé dans les Vingtsept (8). Chaque Etat membre offrira au moins une version du portefeuille « EUDIW » d’ici 2026 à chacun de ses citoyens. Et il sera a priori compatible avec Wero de l’EPI en particulier et avec le futur Euro numérique en général. @

Charles de Laubier