Fabrice Larue veut rebattre les cartes du jeu vidéo avec Pullup Entertainment (ex-Focus)

Il s’est déjà fait un nom dans l’audiovisuelle (Radio Nostalgie, Telfrance/« Plus belle la vie », Agence Capa, Newen/« Versailles » revendu à TF1 avec Neweb), Fabrice Larue veut aussi gagner dans le jeu vidéo avec la société cotée Pullup Entertainment qu’il détient actuellement à 49,38 %.

« Pullup Entertainment confirme s’attendre à dépasser sur l’exercice 2025/26 [clos le 31 mars 2026, ndlr] sa précédente performance record établie au cours de l’exercice 2022/23 [mais pas au niveau du nouveau record de 2024/2025, ndlr (1)]. L’exercice 2025/26 est notamment porté par un back-catalogue en forte croissance ainsi que par une progression notable du chiffre d’affaires de Dotemu [filiale spécialisée dans le retrogaming ou la réédition de classiques du jeu vidéo, ndlr] », a indiqué la société française de jeux vidéo cotée à la Bourse de Paris. Pullup Entertainment (ex-Focus Home Interactive) est détenue pour moitié par l’homme d’affaires Fabrice Larue (photo), via sa holding Neology.

Un line-up 2026 orienté living games
A 67 ans, cet autodidacte compte bien gagner la partie du jeu vidéo, où il est entré il y a cinq ans en acquérant en juillet 2020 les 35,5 % que détenait Denis Thébaud (2) dans le capital de l’éditeur et distributeur de jeux vidéo Focus Home Interactive – société cotée en Bourse depuis dix ans et devenue Pullup Entertainment en avril 2024. « Deux grandes dynamiques de marché viennent aujourd’hui conforter notre positionnement stratégique. Premièrement, le segment des jeux AA [jeux aux budgets moins élevés que les jeux AAA, ndlr] et indépendants connaît une croissance soutenue. Deuxièmement, le gameplay s’impose à nouveau comme un critère de différenciation majeur. En l’absence de rupture technologique significative sur les nouvelles consoles, les attentes des joueurs se recentrent sur la richesse et la qualité de l’expérience de jeu », a expliqué Fabrice Larue, premier actionnaire mais aussi PDG de Pullup Entertainment, dans son dernier rapport annuel 2024/2025 publié en juin dernier.
La société s’appuie sur (suite) trois piliers : l’édition de jeux A/AA ; l’édition de jeux « indie » (développés par des studios indépendants) et ou « retro » (imitant ou reprenant d’anciens jeux) ; le développement via des studios associés. « Nous soutenons nos partenaires développeurs dans leur vision, participons au financement d’un projet, ou investissons dans les studios via la prise de participation », précise Pullup (voir organigramme (3)). L’activité d’édition de jeux vidéo de sa filiale Focus Entertainment Publishing s’est hissée en 2025 à la 5e position du classement des meilleurs éditeurs mondiaux établi par Metacritic (4). Portée par des succès et le bon accueil de titres tels que « SnowRunner », « Train Sim World », « Space Marine 2 » ou encore « Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder’s Revenge », la société se sent pousser des ailes. « Nous abordons 2025/26 avec confiance, portés par un line-up ambitieux, notamment chez Dotemu, et par la dynamique positive de notre back catalogue », a assuré Fabrice Larue. Il entend améliorer la récurrence des revenus grâce à une « stratégie de jeux “live” et de contenus additionnels pour favoriser l’engagement de long terme ». Ces living games sont des jeux vidéo qui évoluent en continu avec de nouveaux contenus (modes, zones, quêtes, saisons, battle pass, …). « L’écosystème “Train Sim World”, développé par notre studio Dovetail Games, en est une parfaite illustration : plus de 100 DLC (Downloadable Content) représentant 50 % des revenus de la franchise », s’est félicité le PDG.
L’année 2026 s’annonce riche en sorties, dont « War-hammer 40,000: Space Marine 3 ». Quant à la filiale Dotemu, elle prévoit d’accélérer en 2025/26 avec de nouveaux titres comme « Marvel Cosmic Invasion » et « Absolum ». Les lancements de franchises s’enchaînent : « The Surge » en 2017, « A Plague Tale: Innocence » en 2019, « Evil West » en 2022 ou encore « Atlas Fallen » en 2023, ainsi que « Drop Duchy », « RoadCraft » et « Ninja Gaiden: Ragebound » en 2025. Son fond de catalogue étoffé et ses nouveaux opus permettent à Pullup (pull up, en anglais, signifie en informatique « ouvrir » ou « afficher ») de générer des revenus en hausse : 390 millions d’euros sur l’exercice 2024/25, en hausse de 108,2 % sur un an.

Mini-major européenne du jeu vidéo
Pullup Entertainment consolide ainsi ses filiales françaises Focus Entertainment Publishing, Scripteam, Dotemu, Leikir Studio et Douze Dixièmes, ainsi qu’américaine Focus Entertainment USA, allemandes Deck13 Interactive et Black Soup, néerlandaise Blackmill Games, et britannique Dovetail Games. Fin 2023, le groupe a créé un pôle audiovisuel, baptisée Scripteam (filiale détenue à 88,77 % par Pullup), pour produire des films et séries, « notamment à partir de licences de jeux vidéo ». Globalement, Pullup est rentable (19,3 millions d’euros de résultat net en 2024/25, en baisse de – 11 % sur un an) et son endettement a été réduit à 70,1 millions d’euros au 31 mars 2025. Sa valorisation boursière est de 126 millions d’euros. Play again ! @

Charles de Laubier

Qobuz, la plateforme française de streaming musical de haute qualité, à la conquête du canapé

Quatre ans après avoir débarqué sur les téléviseurs connectés de Samsung, Qobuz est depuis début novembre 2025 disponible sous Android TV sur les téléviseurs équipés de Google TV. La plateforme française de streaming et de téléchargement musicaux de haute qualité augmente sa présence dans le salon.

Vous avez aimé écouter Qobuz au casque ; vous adorerez l’entendre dans le salon. En plus de sa présence depuis maintenant quatre ans sur les téléviseurs connectés de Samsung (1), la plateforme française de streaming et de téléchargement musicaux de haute qualité augmente la possibilité d’écouter ses « plus de 100 millions de titres disponibles en lossless » et « le meilleur catalogue Hi-Res au monde » dans un canapé face à une Smart TV. Qobuz a lancé le 5 novembre son application sous le système d’exploitation Android TV, fonctionnant sur tous les téléviseurs connectés, ainsi que d’autres appareils (passerelles ou boîtiers multimédias), équipés de Google TV.

Des smartphones à la télévision
Rien qu’en France, Qobuz accroît sa disponibilité sur les téléviseurs connectés puisque 84 % des foyers français ont une Smart TV effectivement raccordée à Internet – d’après les « tendances audio-vidéo 2025 » de l’Arcom. En plus des téléviseurs connectés Samsung, où Qobuz est disponible depuis novembre 2021, l’application sous Android vient élargir sa présence sur les Smart TV. D’après cette même étude du régulateur, publiée au printemps 2025 (2) sur les équipements audiovisuels et la consommation des contenus audio et vidéo, ils sont 28 % des foyers français à disposer d’un téléviseur connectés fonctionnant sous le système d’exploitation Android TV. Ce qui le positionne en seconde position en France, derrière Tizen de Samsung présent à hauteur de 41 %, et loin devant le webOS de son compatriote sud-coréen LG à 17 %.
« Nos utilisateurs nous réclamaient Android TV depuis longtemps », a précisé Axel Destagnol, le directeur produit chez Qobuz (3). Contacté par Edition Multimédi@, il nous précise : (suite) « Qobuz est déjà disponible depuis 2021 sur les smart TV Samsung où notre app est sous Tizen. On discute avec LG (webOS) et on considère Apple TV, mais rien de concret encore à annoncer sur ces environnements ». L’application Android est disponible directement sur les Smart TV compatibles Google TV (Philips, Sony, Panasonic, TCL, Hisense ou encore Xiaomi). En 2025, hormis les Chromecast et les boîtiers multimédias compatibles, il y aurait entre 1 et 1,5 million de téléviseurs « Google TV » en France, jusqu’à 10 millions en Europe et près de 40 millions dans le monde. Une fois installé dans son canapé – ou son fauteuil, c’est selon –, l’utilisateur peut contrôler la lecture à partir de son smartphone ou de sa tablette. Et ce, grâce à la fonctionnalité Qobuz Connect qui permet le pilotage à distance. Et si son équipement sonore le permet, le mélomane pourra profiter du son haute qualité Qobuz, dite lossless (qualité CD échantillonné à 16 bits, ou qualité Hi-Res échantillonné à 24 bits jusqu’à 192 Khz), où le fichier audio n’a donc subi aucune perte de données lors de la compression (4). Ce son « Hifi » reste la marque de fabrique de cette plateforme française lancée en 2007 et rachetée il y a dix ans presque jour pour jour par Xandrie – société contrôlée par Nabuboto, la holding personnelle de Denis Thébaud (5).
Reste à savoir si l’appli Android TV de Qobuz – disponible partout dans le monde à partir de l’App Store spécifique des Smart TV – rencontrera autant de succès que l’application mobile présente sur les boutiques des smartphones et tablettes.
Sur Google Play Store, l’application mobile Android de Qobuz a été téléchargée plus de 1 million de fois dans le monde et se situe dans le « Top 10 » des applis mobiles « les plus rentables » dans la catégorie « Musique et audio » (6). Aux Etats-Unis, où Qobuz est présent depuis 2019, l’application Qobuz sous iOS rencontre un fort succès puisqu’elle a atteint en novembre la quatrième position sur l’Apple App Store dans ma catégorie « Music », grâce au doublement de ses nouveaux utilisateurs (7). « Hi-Res audio, curation 100 % humaine, meilleures royalties du marché. Qobuz, c’est simple : on ne transige sur rien. Et visiblement, ça marche », s’est félicité sur LinkedIn (8) Georges Fornay (photo), directeur général délégué de Qobuz depuis cinq ans.

Qobuz fait preuve de transparence
Sur les royalties, la plateforme française de streaming musicale a été la première dans le monde à révéler – au printemps 2025 (9) – le taux de redevance moyen par stream (écoutes) qu’elle verse aux ayants droit (sociétés d’auteurs, sociétés de gestion collective, distributeurs/ agrégateurs et labels, qui reversent à leur tour aux artistes et auteurs-compositeurs) : 0,01802 euro par stream, soit 18,02 euros pour 1000 écoutes – « un taux de reversement parmi les plus élevés du secteur » (dixit Georges Fornay). Au total, conformément aux pratiques du marché, environ 70 % des revenus générés de Qobuz sont versés aux ayants droit. @

Charles de Laubier

YouTube se dit « spécifique, unique, pérenne » et « ancré dans l’exception audiovisuelle française »

Alors que YouTube fête en 2025 ses 20 ans, la filiale de Google a profité des 35es Rencontres cinématographiques de L’ARP (début novembre au Touquet) pour assurer que la plateforme de partage vidéo est désormais « ancrée dans l’exception culturelle française » au profit des créateurs.

« Il est important d’apporter des clarifications sur des croyances, ou peut-être des raccourcis qui sont faits, par rapport à la nature de YouTube – lequel est bien spécifique, bien unique et pérenne puisque cela faire 20 ans que nous accompagnons et soutenons la création. Et cela veut dire d’abord par commencer à la protéger, avec un modèle économique », a déclaré Justine Ryst (photo), directrice générale YouTube France et Europe du Sud, le 8 novembre lors des 35es Rencontres cinématographiques de L’ARP (1), qui ont eu lieu au Touquet début novembre.

YouTube contribue au PIB et à la création
« Soutenir la création, cela veut dire avoir un ancrage local. Cela fait 17 ans que l’on existe en France (2) et que l’on s’est ancré dans “l’exception culturelle française” – je devrais même dire “l’exception audiovisuelle française”. Cela a commencé par des accords-cadres avec la SACD (3), la Scam (4), l’ADAGP (5), … Mais mes négociations les plus difficiles sont celles menées en interne [au sein de YouTube, ndlr], pour défendre cette exception culturelle française, a confié Justine Ryst. Ensuite, nous nous sommes rapprochés du CNC (6) pour notamment payer la taxe sur les services vidéo, qui fut surnommée pendant longtemps – car étions les seuls à la payer – la “taxe YouTube” – génial ! Mais on est content de contribuer à toutes ces taxes, dont la “taxe streaming” venues pour financer le CNM (7), et la taxe sur les services numériques [TSN, ou “taxe Gafam”, ndlr]. C’est tout à faire normal ».
Entrée chez YouTube il y a huit ans et demi en tant que directrice des partenariats de contenu pour YouTube en Europe du Sud, avant de prendre la tête de la filiale française durant cinq ans (2019-2023), puis d’être promue sur toute l’Europe de Sud, elle se félicite que « la filière YouTube – les créateurs endémiques – représente 6,4 milliards d’euros de contribution au PIB européen et 185.000 emplois équivalent temps-plein ». Et rien que pour la France, c’est (suite) 850 millions d’euros de contribution au PIB français et 21.000 emplois. « YouTube consiste en un concept unique – et nous sommes les seuls à avoir ce modèle-là – qui reverse plus de la moitié de notre chiffre d’affaires à ce que l’on appelle ‘’les chaînes YouTube’’, c’est-à-dire aux détenteurs de contenus et les ayants droit sur notre plateforme de partage de vidéos », a rappelé Justine Ryst. La plateforme mondiale aux 2 milliards d’utilisateurs par mois en moyenne (8) considère que son modèle économique est à la genèse de la « Creator Economy », « une nouvelle vague de création » qui s’est professionnalisée petit à petit au cours de ses deux décennies d’existence. « Aujourd’hui, les youtubeurs, ce sont des producteurs, ce sont des entreprises médias, a-t-elle affirmé aux Rencontres cinématographiques. Mais il n’y a pas que les youtubeurs endémiques : il y a aussi tout l’écosystème audiovisuel qui est sur YouTube, notamment l’écosystème cinématographique. Sur YouTube, vous pouvez acheter ou louer des films de cinéma. Ce sont les studios eux-mêmes qui décident, en fonction de leurs fenêtres de droit [dans la chronologie des médias, ndlr],de profiter de la fenêtre mondiale qu’est YouTube pour diffuser leurs œuvres. Il y a 10 millions de références “cinéma” qui peuvent être trouvées sur YouTube, véritable écrin pour la cinéphilie ».
Ce n’est pas la première fois que YouTube est invité par L’ARP à ses Rencontres créées en 1990 à Beaune (1990- 1993), avant de déménager à Dijon (1994–2020, où Google pratiquait plutôt la politique de la chaise vide avec de rares interventions comme celle de Laurent Samama (9), ancien directeur des partenariats de Google Europe en 2018). Depuis 2021, ce rendez-vous annuel du cinéma a lieu au Touquet-Paris-Plage (Haut-de-France). La plateforme vidéo de Google y a désormais son rond de serviette. A l’issue de cette 35e édition, L’ARP s’en est d’ailleurs félicitée le 7 novembre : « De toute évidence ce nouvel acteur [YouTube] montre sa bonne volonté. […] YouTube, comme les autres, contribue au modèle cinématographique français » (10). YouTube prendrait-il des airs de « Canal+ » visà-vis du 7e Art français ?

Content ID pour « neutraliser les pirates »
« Protéger la création, cela veut dire lutter contre le piratage, a en outre assuré Justine Ryst. Dès sa création, YouTube a mis en place des infrastructures de protection des œuvres – qui a nécessité un investissement de 100 millions de dollars – pour pouvoir neutraliser les pirates ». Concernant son outil d’empreinte numérique, elle a indiqué le 16 octobre 2025 lors du Marché international du film classique (MIFC) que Content ID est utilisé par « plus de 10.000 ayants droit dans le monde [pour] 800 millions d’empreintes revendiquées en 2024 » (11). Et depuis le lancement de Content ID en décembre 2007, « plus de 12 milliards de dollars ont été reversés aux ayants droit ». @

Charles de Laubier

Molotov TV, Canal TV+, Free TV, … La bataille des agrégateurs TV se corse sous l’œil du régulateur

Près de dix ans après le lancement de Molotov TV et un an et demi après celui de TV+ par Canal+, les opérateurs télécoms – agrégateurs TV via leurs « box » depuis les années 2000 – étoffent leur « bouquet » pour éviter que leurs clients n’aillent voir ailleurs, et conquérir des non-abonnés.

La bataille des agrégateurs TV bouscule le PAF – ce paysage audiovisuel français qui n’en finit pas de se délinéariser en streaming, bien loin des fréquences hertziennes de la TNT dont l’audience décline (1). La plateforme française Molotov TV, créée il y a près de dix ans, et rachetée en novembre 2021 par l’américain FuboTV, et celle lancée il y a un an et demi par le groupe Canal+ sous le nom de TV+ voient monter en puissance leur rival Oqee tout juste rebaptisé Free TV en octobre à l’occasion d’une transformation radicale.

Agrégateurs TV en streaming pour tous
L’opérateur télécoms de Xavier Niel (photo), via sa filiale méconnue Trax, élargit son offre de diffusion de chaînes de télévision et pour la première fois au-delà de sa Freebox. Cette stratégie d’agrégateur TV intégrant des chaînes de la TNT dans une offre accessible à tous – gratuitement et/ou en payant – était jusqu’alors l’apanage de la plateforme pionnière Molotov TV (2) et plus récemment de TV+ lancé en mai 2024 par Canal+. Désormais, il faut compter avec le « nouvel entrant » sur ce marché dit de l’OTT TV (Over-The-Top Television) : Free TV, plateforme opérée par Trax, filiale d’Iliad qui éditait déjà l’application Oqee. Contrairement à Orange TV, B.tv de Bouygues Telecom et SFR TV, qui limitent leur « bouquet » de télévision à leurs seuls abonnés de leur « box », Free TV vient concurrencer frontalement Molotov TV et Canal TV+ en s’adressant à tous publics. Cette offre TV, « sans engagement, sans abonnement et accessible à tous les Français […] abonnés Free ou non », est présentée par Free comme « la plus grande offre TV gratuite de France », en nombre de chaînes incluant TNT et chaînes thématiques en langue française, et pour regarder librement la télévision sur un smartphone, une tablette ou un téléviseur connecté.
Et Iliad via Trax (suite) frappe fort sur ce marché de l’OTT TV gratuite : plus de 170 chaînes, dont 16 de la TNT – y compris les nouvelles T18 (groupe CMI) et Novo19 (Ouest-France) qui ont remplacé cette année C8 et NRJ 12 – mais cependant pas TF1 ni M6, ni même TF1 Séries Films, LCI, TFX, TMC, W9, 6ter ni Gulli. On y trouve en outre des milliers de programmes en replay, le catalogue « Free Ciné » (500 films et 1.000 épisodes de séries), le tout avec les fonctionnalités de contrôle du direct (pause) et de start-over (retour au début). C’est gratuit, que l’on soit abonné à Free ou non. Une option payante, Free TV+ (0,99 euro/mois pendant un an, puis de 5,99 euros/mois pour les non-Freebox), mais incluse pour les abonnés Freebox et 5G), propose encore plus de chaînes, cette fois avec TF1, LCI, TF1 Séries Films, M6, 6ter et Gulli, ainsi que des fonctionnalités supplémentaires. « Regarder la télé, en 2025, c’est une galère : faut télécharger une app pour chaque chaîne, se créer un compte sur chaque app de chaque chaîne… On a décidé de changer tout ça. Maintenant, la télé, c’est simple. Maintenant, la télé, c’est Free », a lancé son fondateur Xavier Niel, cité dans le communiqué du 21 octobre (3).
Cette sortie n’a pas été du goût des groupes privé TF1 et public France Télévisions, qui, le 27 octobre, ont reproché à Free de « repren[dre] leurs chaînes et leurs contenus de streaming, sans concertation préalable, afin de garantir […] des conditions de monétisation appropriées ». Et d’en appeler à l’Arcom et aux pouvoirs publics pour « examiner avec la plus grande attention cette initiative qui déstabilise l’ensemble de l’écosystème » (4). Le groupe M6, lui, n’a dit mot car il a signé en avril 2018 un « accord de distribution global » avec Free (5), soit sept ans avant le lancement de Free TV+. Quant à la chaîne Canal+ en clair, elle est absente de toutes les plateformes d’agrégation TV à part de son offre TV+, d’autant que le groupe Canal+ s’est entièrement retiré de la TNT, même en clair, depuis le 6 juin 2025. Quant aux américain Pluto TV (Paramount), sud-coréen Samsung TV Plus et japonais Rakuten TV, ils n’ont pas vocation, eux, à reprendre les chaînes de la TNT car ces agrégateurs OTT TV misent plutôt sur des chaînes gratuites créées en ligne et financées par de la publicité (Fast (6)).

Des contrats qui échappent à la régulation
Pour les opérateurs télécoms, comme pour Molotov TV et TV+ de Canal, des accords de rémunération et/ou de partage de la publicité sont censés être noués avec les chaînes de la TNT qui sont reprises dans leurs bouquets. Encore faut-il qu’il y ait un contrat, ce qui n’a pas été le cas pour Free TV avec ni TF1 ni France Télévisions. TF1 n’en est pas à son premier différend avec les « box » (7) ou avec Molotov TV (8). Pour les chaînes publiques de France Télévisions, la question du must offer se pose. Quoi qu’il en soit, la reprise des chaînes par les agrégateurs TV et les « telcos » soulève depuis des années de sempiternelles querelles entre éditeurs et distributeurs (9) (*) (**), ce qui relève plus du tribunal de commerce que de la régulation. @

Charles de Laubier

Développement d’applications : OpenAI lance ChatGPT à l’assaut du quasi-duopole « Android-iOS »

C’est la plus mauvaise nouvelle de l’année pour Google et Apple : OpenAI a annoncé que ChatGPT – utilisé chaque semaine par 800 millions de personnes dans le monde – devient aussi une plateforme d’applications. La position dominante de Play Store (Android) et de l’App Store (iOS) est visée.

« Les applications seront disponibles dès maintenant pour tous les utilisateurs de ChatGPT connectés en dehors de l’Union européenne (UE) sur les forfaits Free, Go, Plus et Pro, a annoncé OpenAI le 6 octobre 2025. Nos partenaires pilotes Booking, Canva, Coursera, Figma, Expedia, Spotify et Zillow sont également disponibles dès aujourd’hui dans les pays où leurs services sont proposés à partir de l’anglais. D’autres partenaires pilotes seront lancés plus tard cette année [2025], et nous prévoyons de proposer bientôt des applications aux utilisateurs de l’UE » (1).

Play Store, App Store et… ChatGPT Store
Cette annonce de la licorne à l’origine de l’agent conversationnelle ChatGPT n’est ni plus ni moins qu’une attaque en règle contre le quasi-duopole constitué depuis des années par les deux principaux écosystèmes d’applications mobiles : Android de Google et iOS d’Apple. Ce sont les deux environnements utilisés par des milliards de mobinautes dans le monde, les smartphones étant de loin les terminaux les plus utilisés – y compris pour ChatGPT utilisé à plus de 60 % à partir d’un mobile (2). Avec leur boutique d’applications respective, Google (Play Store) et Apple (App Store) écrasent à eux deux ce marché mondial en cumulant plus de 90 % des téléchargements d’« applis mobiles ». Et d’après les chiffres compilés des sociétés d’études Data.ai, Statista, Sensor Tower et Appfigures, Google Play Store pèse près de 50 % des revenus générés, Apple App Store près de 45 %, laissant à peine 10 % aux autres app stores que sont Samsung Galaxy Store, Huawei AppGallery ou encore Amazon Appstore. En plus des deux seuls logos mentionnant respectivement « Disponible sur Google Play » et « Télécharger dans l’App Store », les utilisateurs pourront (suite) peut-être voir à l’avenir le logo de ChatGPT avec une invite du genre « Discuter avec l’app dans le chat ». Les applications s’intègrent désormais dans la conversation, ChatGPT en en suggérant une « au bon moment » (3), ou si l’utilisateur l’appelle par son nom (4). « Les applications réagissent au langage naturel et incluent des interfaces interactives que vous pouvez utiliser directement dans le chat. Pour les développeurs, la création avec le SDK Apps [nouveau kit de développement lancé à cette occasion, ndlr] permet d’atteindre plus de 800 millions d’utilisateurs de ChatGPT », explique OpenAI, dont la Française Fidji Simo (photo) est directrice générale des applications. Et d’ici la fin de cette année, la licorne de San Francisco commencera à examiner d’autres applis pour les accepter ou pas dans le chat, et précisera alors comment les développeurs pourront monétiser leurs applis. Uber, Tripadvisor et TheFork seront parmi les prochaines applications à intégrer ChatGPT. Selon Bloomberg, OpenAI dénonce auprès de Bruxelles le verrouillage du marché européen par, Google, Apple et même Microsoft (5).
Avec son public qui tend vers le milliard d’utilisateurs, OpenAI est en capacité de disputer la suprématie du duo GoogleApple. Lors du Dev Day (6) du 6 octobre 2025, le PDG cofondateur de l’entreprise « mi-lucrative » (7) a indiqué que 4 millions de développeurs avaient déjà créé avec ses outils, ce qui à ce jour générait « 6 milliards de tokens par minute » sur l’interface de programmation d’applications (API) des modèles de langage GPT. Pour OpenAI, le potentiel est énorme : entre 15 et 25 millions développeurs mobiles dans le monde, nombreux ceux travaillant pour les deux OS, Android et iOS. Plus largement, la transformation de ChatGPT en plateforme d’applications – tout en devenant avec « Buy » acteur du e-commerce (8) – est un événement considérable. « La naissance d’une plateforme est un moment rare, parce que pour qu’elle décolle, il faut une masse critique de développeurs et une masse critique d’utilisateurs. […] OpenAI réussit, avec ChatGPT, à avoir déjà la base d’utilisateurs. Et donc les développeurs d’applications devraient se précipiter pour s’interfacer avec ChatGPT, de peur que leurs concurrents ne le fassent avant eux », fait remarquer Tristan Nitot (9), ancien dirigeant de Mozilla Europe, depuis mars 2023 directeur associé d’Octo Technology (filiale d’Accenture).

ChatGPT échappera-t-il à la « merdification » ?
Mis à part Windows de Microsoft, qui est la plateforme dominante des ordinateurs loin devant MacOS d’Apple et Linux de la Linux Foundation (entre autres entités open source), Android et iOS captent une écrasante partie des développements d’applis. Mais le risque d’une plateforme biface (développeurs-utilisateurs) est de tendre vers la « merdification » (enshittification, en anglais), rappelle Tristan Nitot. Cela passe par quatre étapes : attirer et retenir les utilisateurs, séduire ensuite les entreprises, capter pour toute la valeur pour ses actionnaires, et mourir parce que les utilisateurs les quittent pour une plateforme plus attractive. ChatGPT évitera-t-il de se « merdifier » à terme ? @

Charles de Laubier