Cédric O, porte-voix « French Tech » d’Emmanuel Macron, est secrétaire d’Etat chargé du Numérique depuis 6 mois

Cédric O fut le coorganisateur de la soirée « French Tech » à Las Vegas en 2016, événement qui donna le coup d’envoi de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Depuis plus de 6 mois maintenant, l’ancien trésorier d’En marche (devenu LREM) est au pouvoir et pousse les feux sur le numérique et surtout les start-up.

Six mois maintenant qu’il est à Bercy où il a remplacé Mounir Mahjoubi. Cédric O (photo) est l’un des plus jeunes (36 ans) membres du gouvernement, secrétaire d’Etat chargé du Numérique auprès du ministre de l’Economie et des Finances (Bruno Le Maire) et du ministre de l’Action et des Comptes publics (Gérald Darmanin). Ce portefeuille « par délégation », il l’a remporté à la faveur de l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron, qui fut lui-même ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique (août 2014 à août 2016). Comme Mounir Mahjoubi, Cédric O a été désigné par le locataire de l’Elysée en raison de son engagement politique à ses côtés lorsque ce dernier était candidat aux plus hautes fonctions de l’Etat. Proche conseiller d’Emmanuel Macron, Cédric O a remplacé le 31 mars dernier Mounir Mahjoubi, lequel venait de quitter le gouvernement en vue de se porter candidat aux élections municipales à Paris en 2020 – la macronie ayant finalement préféré investir Benjamin Griveaux. Mais Mounir Mahjoubi avait entre temps retrouvé son siège de député de Paris (1) où il avait été élu en juin 2017, avec comme suppléante une certaine… Delphine O, la soeur cadette de Cédric O.

Celui qui murmure « digital » à l’oreille de Macron
Celle-ci est devenue députée au moment où Mounir Mahjoubi fut de mai 2017 à mars 2019 le « Monsieur numérique » du gouvernement. Redonnant alors son siège de députation à Mounir Mahjoubi en avril 2019, Delphine O intègre le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et est nommée le mois suivant ambassadrice, secrétaire générale de la conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur les femmes depuis juin dernier. Son frère, lui, a profité de ce jeu de chaises musicales en étant nommé secrétaire d’Etat chargé du Numérique. Concours de circonstance ou népotisme ? Quoi qu’il en soit, les deux O, nés d’une Française et d’un Coréen, ne manquent pas d’entregent. Diplômé de HEC Paris en 2006, Cédric O est attiré par la politique et fera partie – avec notamment Benjamin Griveaux – de l’équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn pour la primaire PS de 2006 en vue de l’élection présidentielle à l’époque. Il participe en outre à la création du Continuer la lecture

Le groupe AWPG, présidé par l’animateur Arthur, a-t-il une stratégie après la vente de Oüi FM ?

Arthur World Participation Group (AWPG), holding de l’animateur et producteur Arthur (Jacques Essebag, de son vrai nom), a cédé fin avril, la radio Oüi FM qu’il avait achetée dix ans plus tôt à Richard Branson. Arthur Essebag se retrouve de fait recentré sur la production télé et le spectacle.

C’est sans doute le fait que la radio Oüi FM n’ait pas été retenue par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour l’obtention
de fréquences nationales, en vue de diffuser en mode numérique DAB+, qui a fait déborder le vase. La station de radio rock, que détenait depuis dix ans le groupe AWPG d’Arthur (photo), était candidate au sésame national de la RNT (1). Mais le régulateur
n’a pas retenu le dossier en mars dernier parmi une quarantaine
de candidatures pour les 24 fréquences du DAB+ métropolitain (2).

Premier employeur d’Arthur : « Méluche » !
Après des années de doutes et d’hésitations, la holding AWPG s’est finalement délestée de Oüi FM en la cédant – avec Radio Life et Collector Radio présentes en DAB+ local et en webradio – au Groupe 1981, propriétaire de Latina, Swigg, Voltage, Forum, Vibration, Blackbox et Wit (3). Le CSA a donné son feu vert mi-avril. « Ceux
qui écrivent que je “jette l’éponge” me connaissent bien mal… On ne jette pas l’éponge lorsque l’on vend une radio en pleine forme », s’est défendu Arthur Essebag (comme
il se nomme). Il se félicite d’être passé de 220.000 auditeurs et 3 émetteurs en Ile-de-France il a dix ans, lors du rachat auprès du milliardaire Richard Branson (4) pour
plus de 5 millions d’euros (chiffre non confirmé par Arthur), à 507.000 auditeurs et
28 émetteurs aujourd’hui. « Je regrette néanmoins que le CSA n’ait pas attribué plus
de fréquences dans des villes importantes », a-t-il confié. La radio Oüi FM, dirigée jusqu’alors par Emmanuel Rials, s’est approché du 1 % d’audience nationale sans
pour autant l’atteindre. Cela ne l’empêche pas de dépasser une nouvelle fois en Ile-
de- France RTL2, Virgin Radio, Fun Radio et Radio Nova, d’après Médiamétrie sur la période janvier-mars. Mais globalement, « la belle endormie » (dixit Artur) a perdu de son âme et la rumeur de sa vente a couru durant… dix ans. Emmanuel Rials a même adressé un droit de réponse à Télérama à la suite d’un article assassin (5) paru il y a
un an. Et le CSA n’a eu de cesse d’épingler Oüi FM pour non-respect des quotas francophones.
Arthur a fait ses débuts à Radio Nord-Essonne que dirige, au début des années 1980
et à l’ère des radios libres, un certain… Jean-Luc Mélenchon. « J’ai été le premier employeur d’Arthur, qui se garde bien de le rappeler ! », avait rappelé, dans la revue Charles (6) en octobre 2013, l’actuel président du groupe France Insoumise à l’Assemblée nationale. S’enchaîneront ensuite pour Arthur : RFM, Kiss FM, Skyrock, Fun Radio, Europe 1, Europe 2, et Oüi FM en 2017. Parallèlement, à partir des années 1990, il creuse son sillon à la télévision (TF1, France 2), tout en devenant producteur d’émissions (7). Il entame aussi dans les années 2000 une carrière théâtrale. Entrepreneur, Arthur a en outre créé avec Stéphane Courbit la société Case Productions qui devient ASP (8) avant d’être revendue à Endemol (9), dont il devient
en 2001 vice-président de la filiale française (« Loft Story »/M6, « Star Academy »/TF1, « Les Enfants de la télé »/France 2 puis TF1). En 2018, sa fortune professionnelle est estimée par Challenges à 400 millions d’euros dans le classement des 500 personnes les plus fortunées de France – à la 220e position (10). Il y a six ans, le fondateur d’AWPG transférait son siège social au Luxembourg où la fiscalité est plus clémente. Dans la foulée, fin 2013, Jacques Essebag devenait résident fiscal en Belgique – jusqu’à son retour fiscal en France début 2016. Cet aller-retour lui a valu à partir de 2017 un contrôle fiscal de Bercy, qui s’est terminé en 2019 par un léger redressement (11).
Judith Aboulkheir, l’associée d’Arthur et ancienne attachée de direction d’Endemol France, était la présidente de la filiale française AW Radio qui détenait la radio Oüi
FM depuis 2009. Elle demeure présidente des autres filiales françaises de la holding luxembourgeoise AWPG : Serenity Films Company (cinéma), Satisfaction-The Television Agency (production, achat et vente de programmes, dont le tout nouveau
jeu d’aventure « District Z »), ainsi que la société de spectacles Arthur World ou AW (spectacles vivants). Elle présidait aussi Serenity Fiction (oeuvres pour la télé), qui a été radiée en février 2018. Satisfaction-The Television Agency a acquis il y a un an la société de Ah! Production.

Un nouveau business angel du Net ?
Arthur se fait aussi business angel sur le Net, en devenant en 2017 un des investisseurs de la chaîne « Chefclub » présente sur Facebook, YouTube, Instagram, Snapchat et sur mobiles. Par ailleurs, la même année, Arthur et trois anciens de Dailymotion – dont Martin Rogard – lancent en grandes pompes « We Are TV » qui est présenté comme une application de réalité augmentée pour smartphone et télévision. La start-up newyorkaise du même nom n’a pas fait long feu. Quel sera le prochain investissement ? @

Charles de Laubier

Directive européenne sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique : fermez le ban !

Après un lobbying intense des géants du Net et des industries culturelles
autour du « trilogue » eurodéputés-Etats membres-Commission européenne, les « ambassadeurs » du Cereper ont adopté le 20 février la directive controversée sur la réforme du droit d’auteur dans le marché unique numérique.

Le « trilogue » de négociation sur le projet de directive européenne « Droit d’auteur dans le marché unique numérique » – instance tripartite composée par le Parlement européen, le Conseil de l’UE et la Commission européenne – a finalement trouvé in extremis le 14 février un accord. Les ambassadeurs du Coreper (1) représentant les Etats membres auprès de l’UE l’ont approuvé le 20 février à Bruxelles. La Finlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays- Bas et la Pologne ont dénoncé « un recul ».

La directive « E-commerce » : un garde-fou ?
Après un vote de la commission Juridique du Parlement européen prévu le 26 février,
le vote final en réunion plénière des eurodéputés interviendrait entre les 15 et 18 avril.
Il s’en est fallu de peu pour que les négociations n’aboutissent pas, notamment en raison du très controversé article 13 sur la responsabilité des plateformes numériques dans la lutte contre le piratage. La France et l’Allemagne ont pesé de tout leur poids pour responsabiliser Google, YouTube, Facebook, Yahoo ou encore Dailymotion. Quelques jours avant le compromis obtenu à l’arraché au sein du trilogue, l’association European Digital Rights (EDRi) avait même révélé le 11 février sur son compte Twitter (2) les ultimes modifications proposées par le gouvernement français sur l’article 13 mais finalement non intégrées le 14 février en trilogue dans la version consolidée du texte (3). « La France [avait] proposé de supprimer la référence à la directive “E-commerce” afin de s’assurer que la #CensorshipMachine entre pleinement en vigueur avec des obligations de contrôle général », avait alerté l’EDRi dirigée par Claire Fernandez (photo). Cette association européenne créée en 2002 à Berlin est basée à Bruxelles pour défendre et promouvoir les droits civils dans l’environnement numérique : neutralité du Net, protection de vie privée et des données personnelles, liberté d’expression et de création, adaptation du droit d’auteur, etc.
Dans son amendement (4) soumis au trilogue, le gouvernement français ne voulait pas que le paragraphe 7 de l’article 13 mentionne la directive « E-commerce » de 2000 qui interdit à toute plateforme numérique de filtrer tous les contenus Internet transitant sur ses serveurs d’hébergement. Ce garde-fou contre une surveillance généralisée du Web est clairement maintenu comme principe général. Rappelons que l’article 15 de cette directive « E-commerce » est intitulé justement « Absence d’obligation générale en matière de surveillance ». Ainsi, « les Etats membres ne doivent pas imposer aux prestataires [intermédiaires techniques, hébergeurs, réseaux sociaux, FAI, …, ndlr] une obligation générale de surveiller les informations qu’ils transmettent ou stockent, ou une obligation générale de rechercher activement des faits ou des circonstances révélant des activités illicites ». Est ainsi consacré en 2000 le statut d’hébergeur à responsabilité – dont bénéficient encore aujourd’hui les Google/YouTube, Facebook, Twitter et autres Snapchat. Les limitations de responsabilité des prestataires de services de la société de l’information ou de services intermédiaires ne peuvent être levées que sur décision d’un juge ou d’une autorité administrative.
D’autant que cette même directive « E-commerce » prévoit que « le prestataire agisse promptement pour retirer l’information qu’il a stockée ou pour en rendre l’accès impossible dès qu’il a effectivement connaissance du fait que l’information à l’origine de la transmission a été retirée du réseau ou du fait que l’accès à l’information a été rendu impossible, ou du fait qu’un tribunal ou une autorité administrative a ordonné de retirer l’information ou d’en rendre l’accès impossible ». En France, la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) de 2004 a sanctuarisé dans le droit national ce régime de responsabilité limitée de l’hébergeur.

Dix ans après le Traité de Lisbonne
En matière de jurisprudence, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) s’est
à son tour opposée au filtrage généralisé d’Internet dans deux de ses arrêts dit
« Sabam », le premier daté du 24 novembre 2011 dans l’affaire « Scarlet contre
Sabam » (5) (*) et le second du 16 février 2012 dans l’affaire « Sabam contre Netlog » (6). La CJUE est on ne peut plus claire : les directives européennes concernées (7) et les exigences de protection des droits fondamentaux « s’opposent à une injonction faite par un juge national à un prestataire de services d’hébergement de mettre en place un système de filtrage : des informations stockées sur ses serveurs par les utilisateurs de ses services ; qui s’applique indistinctement à l’égard de l’ensemble de ces utilisateurs ; à titre préventif ; à ses frais exclusifs ; et sans limitation dans le temps ». En cela, cette jurisprudence européenne rejoint une autre directive – et non des moindres – à savoir la directive « Propriété intellectuelle » du 29 avril 2004, selon laquelle « les mesures [pour assurer le respect des droits de propriété intellectuelle] ne doivent pas être inutilement complexes ou coûteuses et ne doivent pas comporter de délais déraisonnables ». Et les juges européens en ont même appelé à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne signée le 7 décembre 2000 et devenue « force juridique obligatoire » depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en décembre 2009.

Œuvres : pas de protection « absolue »
La CJUE a aussi mis les points sur les « i » des questions jurisprudentielles : « La protection du droit de propriété intellectuelle est certes consacrée [par] la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (article 17, paragraphe 2). Cela étant, il ne ressort nullement de cette disposition, ni de la jurisprudence de la Cour, qu’un tel droit serait intangible et que sa protection devrait donc être assurée de manière absolue » (CQFD). L’on retrouve ce passage éclairant aussi bien dans l’arrêt « Sabam » de novembre 2011 que dans celui de février 2012.
Sauf à ce que l’Europe se déjuge, il était dès lors inconcevable que la nouvelle directive « Droit d’auteur dans le marché unique numérique » intègre l’amendement de la France. Celui-ci, tout en supprimant toute référence à la directive « E-commerce »
qui interdit toute obligation de surveillance générale du Net, a tenté de modifier l’alinéa en le formulant de la façon suivante : « L’obligation prévue à l’article 13 [de lutte contre le piratage en ligne par les plateformes numériques, ndlr] ne doit pas amener les Etats membres à imposer quelconque obligation de surveillance qui n’ait pas été basée sur un contenu [musique, film, série, ebook, jeu vidéo, etc., ndlr] identifié par les titulaires de droits ». La France avait justifié son correctif en ce que, selon elle, la référence
à l’article 15 de la directive « E-commerce » n’est pas compatible avec l’article
13 paragraphe 3 du projet de directive « Droit d’auteur dans le marché unique numérique ». Celui-ci prévoit déjà que la responsabilité limitée des prestataires du Net ne s’applique pas en matière de protection des droits d’auteur : « Lorsqu’un prestataire de services de partage de contenu en ligne effectue un acte de communication au public ou un acte de mise à la disposition du public, dans les conditions établies par la présente directive, la limitation de responsabilité établie à l’article 14, paragraphe 1,
de la directive [« E-commerce »] ne s’applique pas aux situations visées par le présent article. Cela n’empêche pas l’application possible de l’article 14, paragraphe 1, de la directive [« Ecommerce »] à ces prestataires de services à des fins qui ne relèvent pas du champ d’application de la présente directive ». Pour autant, pas question de les obliger à mener un filtrage généralisé du Net. Cette volonté d’exclure les plateformes numériques de la responsabilité limitée conférée par la directive « E-commerce »
– dès lors qu’il s’agit de lutte contre le piratage – a été l’un des chevaux de bataille
de la France, poussée par son ministère de la Culture. Le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), dont il dépend, milite de longue date – depuis le rapport « Sirinelli » (8) de novembre 2015 sur « l’articulation » des directives 2000/31 (« Ecommerce ») et 2001/29 (« DADVSI ») – pour une responsabilisation des hébergeurs pour lutter contre le piratage d’oeuvres protégées. Bref, les industries culturelles et leurs ayants droits ont presque eu gain de cause en obligeant – à l’échelon européen – les YouTube, Facebook et autres Dailymotion à filtrer tous les échanges de contenus musicaux, vidéos ou photographiques.
Que de rebondissements autour de cet article 13 controversé, après que les eurodéputés aient d’abord rejeté le 5 juillet 2018 le projet de directive « Droit d’auteur dans le marché unique numérique » (9), puis après l’avoir ensuite adopté le 12 septembre sous une version légèrement amendé. Etaient alors notamment exclues
de son champ d’application « les petites et micro-plateformes ou agrégateurs, afin d’encourager les start-up et l’innovation » (10). Cette exemption de l’obligation de filtrer les contenus pour les PME-TPE du numérique était une exigence de l’Allemagne mais pas de la France.

Les petites plateformes et start-up épargnées
Finalement, lors d’un compris franco-allemand trouvé le 8 février en réunion du trilogue, cette disposition a été maintenue pour les entreprises cumulant trois critères : avoir moins de trois ans d’existence, générer un chiffre d’affaires de moins de 10 millions d’euros, atteindre un niveau d’audience de moins de cinq millions de visiteurs uniques par mois. Au moins cinq pays européens n’ont pas été convaincu de « l’avancée » que constituait cette réforme contestée. Rendez-vous au printemps pour le vote final. @

Charles de Laubier

Pluto TV (Viacom), prêt à se mesurer à Motolov

En fait. Le 22 janvier, le groupe américain Viacom (Paramount, MTV, Nickelodeon, Comedy Central, …) a annoncé l’acquisition de Pluto TV, plateforme de télévisions en streaming, pour 340 millions de dollars. Pour l’Europe, c’est un Français, Olivier Jollet, qui est aux commandes et que nous avons contacté.

En clair. Après avoir débarqué en Europe fin 2018, à commencer par la Grande-Bretagne en octobre (via Now TV de Sky sur la box Roku) puis à la fois en Allemagne et en Autriche en décembre (via Sky Ticket), la plateforme américaine Pluto TV n’exclut pas de se lancer ensuite en France. C’est ce qu’a indiqué Olivier Jollet, directeur général Europe de Pluto TV, à Edition Multimédi@ : « Nous avons l’intention de poursuivre notre développement sur les marchés européens, dont la France, sans qu’il y ait de calendrier précis. Nous voulons d’abord réussir les tous récents lancements en Grande- Bretagne, en Allemagne et en Autriche ». Pour autant, Olivier Jollet, Français lui-même et basé à Berlin où Pluto TV a installé son quartier général européen, est convaincu que la plateforme cofondée par les Américains Tom Ryan et Ilya Pozin en 2013 – et totalisant aujourd’hui outre-Atlantique plus de 12 millions d’utilisateurs actifs par mois – a une carte à jouer sur l’Hexagone face à des offres similaires déjà en place. « Il y a déjà Molotov qui propose une plateforme très performante de distribution de chaînes déjà existantes, alors que Pluto TV s’en distingue par le fait que sur la centaine de chaînes thématiques proposées gratuitement sur notre plateforme nous en avons créées plus de 80 % en éditorialisant les programmes de nos partenaires ». Pluto TV décèle tout de même « une certaine complexité en France » par rapport aux marchés anglo-saxons, en raison de la forte implantation des « box » des fournisseurs d’accès
à Internet (FAI). « Il nous faudra trouver des accords avec Bouygues Telecom, Free
ou Orange, ce qui n’est pas insurmontable. Nous pourrons aussi être présent en OTT [Over-The-Top, soit indépendamment des FAI, ndlr], via par exemple Chromecast, ou les téléviseurs connectés Samsung », nous confie Olivier Jollet. Et d’ajouter : « Avec Pluto TV, les annonceurs de la télévision traditionnelle ont une opportunité nouvelle d’investir aussi sur Internet, à défaut de pouvoir le faire sur la SVOD ». En rachetant 340 millions de dollars la totalité des actions des investisseurs historiques tels que le britannique Sky (1) et l’allemand ProSiebenSat Media (2), le groupe Viacom (3) apporte à la start-up Pluto TV – gardant son indépendance en tant que filiale – une puissance de feu susceptible d’en faire au niveau mondial le « Netflix gratuit » de la télévision. @

Smart Cities : clarifier l’objectif pour trouver intelligemment le chemin et… l’adhésion du public

Les villes intelligentes sont en vogue partout dans le monde, mais les financements ne suivent pas toujours. « Smart City » désigne des projets
de nature bien différente et, parfois, sert à camoufler précisément l’absence
de moyens, d’ambition voire d’adhésion des populations.

Par Rémy Fekete, avocat associé, Jones Day

La « Smart City » a été placée au coeur de la vision européenne
« Horizon 2020 » lancé il y a quatre ans (1). Ce programme vise
à la mise en place de réalisations « durables », sur un mode
« collaboratif, véloce, économe et frugal » en énergie. Derrière des mots qui sonnent comme des sésames administratifs, l’on trouve pourtant des budgets conséquents, placés sous la gouvernance d’une agence européenne – « Innovation and Networks Executive Agency » (INEA) – qui a déjà déboursé, quand même, de l’ordre de 300 millions d’euros en quatre ans pour une dizaine de projets comportant chacun plusieurs villes européennes de pays différents (2).

Des projets en voie de développement
Le concept de Smart City fait florès depuis un peu moins de dix ans dans les pays en développement. Gage de meilleure gouvernance et de projets innovants, il apparaît parfois comme le sésame permettant de débloquer des fonds des bailleurs internationaux. Ainsi, de la Jordanie aux côtes africaines, a émergé un véritable marché hautement compétitif de projets baptisés, parfois un peu rapidement, de Smart Cities, qui tentent, souvent en opposition les uns aux autres, d’attirer les capitaux étrangers. La période des « zones franches » est passée de mode, vive les « villes intelligentes ». La composante technologique de ces villes est pourtant fort variable. En Arabie saoudite, par exemple, un équipementier a pu prendre la direction d’une ville entièrement nouvelle, intégralement pensée dès son édification comme une citée totalement connectée. La fibre court dans chaque rue et connecte 100 % des logements et entreprises. Le système de vidéosurveillance est intégral et interconnecté avec les systèmes de surveillance internes aux habitations. Les digits des immeubles et parkings reliés à des systèmes de « domotique » permettant d’actionner l’ensemble de ses installations à distance (3).
Autre exemple : Tunis Telecom City (TTC) était un projet « greenfield » (créé ad hoc) prometteur, annoncé il y a dix ans pour un investissement potentiel de 3 milliards de dollars, mais qui manquait de contenus. Développé au bord de la méditerranée dans ce qui n’était qu’un terrain vague, le TTC avait pour ambition de se positionner comme un « hub numérique » régional et d’accueillir les entreprises à valeur ajoutée du secteur. Les atouts n’étaient pas minces si l’on cumule : le cadre fiscal et douanier dérogatoire et particulièrement attractif ; la bonne réputation de la Tunisie en matière de cadre de vie, de santé, de niveau scolaire ; la disponibilité de cadres ingénieurs informaticiens locaux ; et l’inscription de la ville intelligente côtière dans le cadre stratégique global du plan d’aménagement numérique haut débit adopté par le gouvernement. Las, les soubresauts politiques affectant la Tunisie depuis le printemps arabe de 2011, et surtout le manque d’investissement porté sur les éditeurs de contenus à vision régionale, ont eu raison de ce projet prometteur. Le projet tunisien n’est pas le seul à avoir vu une ambition globale de nouvelle ville intelligente numérique se transformer peu à peu en une énième zone franche. Ce qui plaçait le projet dans une concurrence délétère au mieux-disant fiscal par rapport à d’autres pays en développement, précisant ceux dans lesquels les ressources budgétaires font défaut.
Plus au Sud, le projet Sèmè City (4) lancé en 2017 avec un budget pluriannuel de 207 milliards de francs CFA (315 millions d’euros environ) dans les prochaines années veut faire la démonstration d’un « Bénin révélé » – du nom du programme d’investissement et de développement – en dédiant un territoire nouveau à une ville entièrement nouvelle et connectée, dédiée à l’enseignement, à la recherche et à l’incubation de start-up.
Ce qui n’est pas évident lorsque l’Afrique demeure le continent le moins connecté du monde, mais les atouts ne manquent pas : en plus des arguments habituels des zones franches (déductions fiscales et douanières), Sèmè City pourra proposer à ses partenaires la connectivité exceptionnelle que peut fournir le câble sous-marin international ACE (l’Africa Coast to Europe, dont environ 20 % seulement des capacités sont utilisées), et la proximité immédiate du plus grand marché africain : le Nigéria.

Des applications orientées populations
Le projet Sèmè City est entièrement concentré depuis sa genèse sur les contenus à valeur ajoutée à développer localement, et visant des publics ou clientèles cibles en Afrique de l’Ouest. Développer un savoir-faire éditorial local, enseigner les techniques de l’audiovisuel, imaginer les futures médecines douces adaptées aux maladies tropicales, favoriser l’incubation de start-up locales, au service des publics de la sous-région, sont autant d’orientations à même de favoriser l’implantation effective d’investisseurs internationaux, le cadre fiscal attractif n’intervenant qu’en appui.
De Londres à Cotonou, de Amman à Dakar, les projets de Smart Cities germent
dans le monde mais ne fleurissent pas toujours. Au-delà des effets d’annonce et du déploiement d’infrastructures de télécommunications, l’essentiel est ailleurs. Il consiste à donner un contenu réel, de la chair et du goût, à des applications sincèrement orientées vers les besoins des populations.

Smart City, Smart Grid, Smart… Data
Les consommateurs français semblent pour certains encore réticents à livrer les indicateurs de leur vie personnelle au grand nuage du Big Data. Le pêcheur de Sèmè ne sera à défaut pas plus prêt à s’inscrire dans un développement numérique que l’agriculteur de Saint-Macaire (Gironde) n’est enclin à laisser s’installer un compteur électrique connecté Linky. La multiplication des oppositions farouches aux projets de changements technologiques de toute nature rend indispensable un changement de paradigme s’agissant de la prise en considération de la composante humaine. En France, une étude récente dénombre pas moins de 25 Smart Cities, la plupart installées dans des agglomérations anciennes de plus de 200.000 habitants (5). La plupart de ces villes intelligentes disposent d’un service d’opérations data (notamment pour permettre aux usagers de circuler de manière plus intelligente), un wifi linéaire disponible pour le public (lire aussi ci-contre sur le «Wifi4EU » européen), une plateforme participative ou encore des services d’eadministration. Le mobilier urbain, lui, est rendu communiquant et certaines agglomérations vont jusqu’à installer un éclairage public intelligent, et même une collecte intelligente des déchets.
La ville intelligente se définit comme celle d’une agglomération qui met à profit les technologies de l’information pour améliorer la qualité des services rendus et réduire ses coûts. Selon Information Age (6), c’est Bill Clinton aurait mis à l’honneur ce concept en 2005. Depuis, les projets les plus innovants ont fini par imaginer des cités idéales, dignes des romans de science-fiction de Barjavel, dans lesquels l’onirisme rivalise avec une angoisse sourde. La Smart City, qui repose sur la conviction que le numérique, permet de fournir des services parfaitement adaptés à la réalité des existences et ainsi améliorer la vie en communauté au sein d’environnements urbains. Elle nécessite bien évidemment la disponibilité de moyens de communication haut débit. Il n’est pas inutile de rappeler ce postulat, alors que le niveau de qualité de service des accès à Internet demeure notoirement insuffisant au sein de l’Union européenne. La poursuite du déploiement de la fibre, notamment dans le cadre de projets FTTH (7), et l’avènement futur de la couverture 5G devraient aboutir à fournir au citoyen européen, à tout le moins à celui qui vit en ville, la connectivité suffisante à l’utilisation de services administratifs dits « intelligents ». Surtout, le déploiement de réseaux de collectes de données via l’Internet des Objets est en cours. On estime à plus de 50 milliards le nombre d’objets connectés dans le monde d’ici deux ans (2020). Tout est transformé
en capteur de données : l’intégralité du mobilier urbain, les véhicules, la plupart des bâtiments, des objets de la vie quotidienne, les appareils électroménagers, l’outillage sportif et jusqu’aux habits. Comme dans la chanson populaire, « tout, tout, tout, vous saurez tout » (8) sur l’intimité des comportements de vos prochains. Ou presque car, gage de protection des données personnelles, celles-ci sont collectées par un opérateur de réseau IoT (9), elles sont traitées par un agrégateur et leurs enseignements soigneusement sélectionnés en fonction de chaque type de clientèle.
Certes, l’affaire « Cambridge Analytical » touchant Facebook, et son rôle dans le basculement des grands électeurs des Etats du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie en faveur de Donald Trump, ont mis le projecteur sur la facilité d’exploitation de données personnelles pour orienter les convictions d’une partie de
la population. Les armes juridiques ont sans doute évolué depuis, du moins en Europe à la faveur du RGPD (10), il reste que les réticences de la population à l’irruption de collecteurs de données personnelles dans leur vie personnelle ont manifestement été minorée. Les nombreuses oppositions au déploiement du compteur Linky en est une illustration (11). Pourtant cet équipement est au cœur des nombreux projets de Smart Cities et de leur promesse de « smart grid », réseau de distribution d’électricité intelligent : le compteur indique la consommation en temps réel, avec la promesse d’une réduction significative de la consommation des ménages (12). Il promet même
à terme une orientation bidirectionnelle, ce qui devrait permettre à chacun, grâce à
des sources individuelles de production d’énergie (13), de devenir tour à tour consommateur ou fournisseur d’électricité pour son voisinage. @

ZOOM

Wifi4EU : du Wifi gratuit en ville pendant au moins trois ans
L’Union européenne a placé l’accès Internet au centre de sa stratégie de marché unique numérique. L’initiative Wifi4EU est destinée aux communes européennes qui peuvent candidater selon une procédure relativement simple. L’enjeu est l’attribution
de « coupons » de 15.000 euros par appel à candidatures. Cette somme a pour objet l’installation d’un point d’accès Wifi et sa mise en fonctionnement dans un « centre de vie publique ». Il restera à la commune de prendre en charge le coût de l’appel d’offres, la mise en place du réseau de collecte si nécessaire et le coût de la connectivité, tout en s’engageant à fournir un accès totalement gratuit aux utilisateurs pendant une durée d’au moins trois ans. @