Le groupe AWPG, présidé par l’animateur et producteur Arthur, a-t-il une stratégie après la vente de Oüi FM ?

Arthur World Participation Group (AWPG), holding de l’animateur et producteur Arthur (Jacques Essebag, de son vrai nom), a cédé fin avril, la radio Oüi FM qu’il avait achetée dix ans plus tôt à Richard Branson. Arthur Essebag se retrouve de fait recentré sur la production télé et le spectacle.

(Cet article est paru dans EM@ daté du 13 mai ; AWPG a annoncé le lendemain le rachat de We Events, une agence de marketing digital)

C’est sans doute le fait que la radio Oüi FM n’ait pas été retenue par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour l’obtention de fréquences nationales, en vue de diffuser en mode numérique DAB+, qui a fait déborder le vase. La station de radio rock, que détenait depuis dix ans le groupe AWPG d’Arthur (photo), était candidate au sésame national de la RNT (1). Mais le régulateur n’a pas retenu le dossier en mars dernier parmi une quarantaine de candidatures pour les 24 fréquences du DAB+ métropolitain (2).
Après des années de doutes et d’hésitations, la holding AWPG s’est finalement délestée de Oüi FM en la cédant – avec Radio Life et Collector Radio présentes en DAB+ local et en webradio – au Groupe 1981, propriétaire de Latina, Swigg, Voltage, Forum, Vibration, Blackbox et Wit (2). Le CSA a donné son feu vert mi-avril. « Ceux qui écrivent que je “jette l’éponge” me connaissent bien mal… On ne jette pas l’éponge lorsque l’on vend une radio en pleine forme », s’est défendu Arthur Essebag (comme il se nomme).

Premier employeur d’Arthur : « Méluche » !
Il se félicite d’être passé de 220.000 auditeurs et 3 émetteurs en Ile-de-France il a dix ans, lors du rachat auprès du milliardaire Richard Branson (3) pour plus de 5 millions d’euros (chiffre non confirmé par Arthur), à 507.000 auditeurs et 28 émetteurs aujourd’hui. « Je regrette néanmoins que le CSA n’ait pas attribué plus de fréquences dans des villes importantes », a-t-il confié.
La radio Oüi FM, dirigée jusqu’alors par Emmanuel Rials, s’est approché du 1 % d’audience nationale sans pour autant l’atteindre. Cela ne l’empêche pas de dépasser une nouvelle fois en Ile-de- France RTL2, Virgin Radio, Fun Radio et Radio Nova, d’après Médiamétrie sur la période janvier-mars. Mais globalement, « la belle endormie » (dixit Artur) a perdu de son âme et la rumeur de sa vente a couru durant… dix ans. Emmanuel Rials a même adressé un droit de réponse à Télérama à la suite d’un article assassin paru il y a un an. Et le CSA n’a eu de cesse d’épingler Oüi FM pour Lire la suite

Comment l’Autorité de la concurrence dénonce une régulation audiovisuelle « profondément inadaptée »

La Cour des comptes, le CSA et le rapport « Bergé » ont déjà mis en évidence les faiblesses du système français de régulation de l’audiovisuel. L’Autorité de la concurrence va plus loin en en dénonçant la « complexité rare » et le caractère « très atypique », voire « non-équitable et inefficace ».

François Brunet* (photo) et Winston Maxwell,

avocats associés, cabinet Hogan Lovells

L’Autorité de la concurrence plaide pour une réforme qui permettrait aux acteurs français de la télévision de se débarrasser de contraintes, lesquelles, aujourd’hui, n’ont plus aucun sens économique – voire, risquent de condamner à la stagnation et au déclin l’ensemble des filières audiovisuelle et cinématographique françaises. Son analyse commence par un panorama détaillé du nouveau paysage concurrentiel de l’audiovisuel. L’Autorité de la concurrence met en avant l’existence d’une « révolution numérique », qui a « profondément modifié les usages de l’audiovisuel » et qui a permis le développement de nouveaux opérateurs issus du monde de l’Internet, en particulier celui des GAFAN. Elle constate ainsi que ces nouveaux acteurs ne connaissent pas les mêmes contraintes réglementaires que les acteurs traditionnels français de l’audiovisuel et sont, en conséquence, capables de proposer des offres plus flexibles et moins coûteuses pour les consommateurs.

Une dérégulation inéluctable du secteur
Ainsi, Netflix augmente aujourd’hui le nombre de ses abonnés de 25 % à 30 % par an et dispose d’une base mondiale de 140 millions d’abonnés – dont près de 5 millions en France. De même, après seulement deux années d’existence, Amazon Prime Video totalise déjà 100 millions d’abonnés dans le monde. A l’inverse, Canal+, qui, depuis 20 ans, s’est désinvesti de nombreux marchés étrangers, notamment de l’Italie et des pays scandinaves, voit sa base française d’abonnés décliner chaque année (le nombre d’abonnés aux offres historiques de Canal+ a enregistré une baisse de 230 000 en 2018). L’Autorité de la concurrence note également, dans la lignée de son avis de mars 2018 relatif à la publicité en ligne (1), que cette révolution numérique s’accompagne « d’une rapide évolution du secteur de la publicité télévisuelle, confrontée à la très forte croissance de la publicité en ligne ». Dans ce nouvel environnement, Lire la suite

Franck Riester est le 27e ministre de la Culture de la Ve République, et après ?

Le nouveau locataire de la rue de Valois, nommé le 16 octobre dernier, se retrouve face à une montagne de sollicitations et de revendications de la part des différentes industries culturelles. La musique, le cinéma, la télévision, la presse, la radio, les auteurs, … Tous attendent Franck Riester au tournant du quinquennat.

Ce fut la 26e passation de pouvoirs après André Malraux pour une 27e personnalité nommée à ce ministère qui fêtera ses 60 ans en 2019. Si Françoise Nyssen a provoqué de la déception (1) ; Franck Riester (photo) suscite, lui, de l’espoir de la part des industries culturelles. Les réactions des producteurs, des éditeurs, des médias ou encore des auteurs et des artistes ont été nombreuses après la nomination surprise du député (ex-UMP/LR) de Seine-et-Marne et ancien rapporteur – il y aura dix ans l’an prochain – des deux lois « Hadopi » (2), instaurant la haute autorité éponyme dont il fut membre durant six ans – de fin 2009 à fin 2015 (3).
Depuis six mois, Franck Riester (44 ans) ne cachait pas son ambition de remplacer Françoise Nyssen (67 ans) en difficulté politiquement et judiciairement. Mais il n’était bien sûr pas le seul pressenti à recevoir le maroquin de la Culture (4). Les attentes et les impatiences sont aussi à la mesure de l’accueil, voire de l’ovation, que lui ont réservé les mondes de la culture et du divertissement.

Ce que lui demandent le Snep, l’UPFI, la Spedidam, la SACD, le Bloc, l’ARP, …
Le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) voit la nomination de Franck Riester comme « un signal positif ». Et s’en explique : « Son expertise reconnue de la filière musicale et des défis à relever dans le nouvel écosystème numérique constitue un atout indéniable (…), s’agissant notamment des enjeux de financement et de régulation contre les usages illicites », souligne le syndicat affilié au Medef. Représentant les majors de la musique (Universal Music, Warner Music et Sony Music) – parmi une cinquantaine de producteurs ou fabricants membres –, le Snep dit apprécier le nouveau ministre pour « son efficacité à protéger la propriété intellectuelle ».
Sur la perspective d’un Centre national de la musique (CNM), qui s’inspirerait du CNC dans le cinéma, l’audiovisuel et le multimédia, le « Medef » de la musique ne tarit pas d’éloges en « salu[a]nt le volontarisme affiché par [Franck Riester] il y a sept ans déjà, à l’occasion du rapport ‘’Création musicale et diversité à l’ère numérique’’ qui préfigurait le projet de CNM et dont il était le co-auteur » (1). Pour autant, les producteurs de musique s’inquiètent du fait que Lire la suite

Altice n’a toujours pas remplacé la marque SFR par la sienne, ce qui brouille un peu plus son image

L’opérateur télécoms SFR n’est toujours pas passé sous pavillon « altice », près de cinq ans après son rachat par Patrick Drahi. Il y a un an, le 9 octobre 2017, le groupe SFR était retiré de la Bourse – son capital étant détenu par Altice France (89,4 %) et Altice Europe (9,3 %). L’ « Altice Campus » n’affiche plus le logo SFR.

SFR n’a pas été rebaptisé Altice au premier semestre 2018, contrairement à ce que Patrick Drahi (photo) avait décidé l’an dernier lorsqu’il avait annoncé le 23 mai 2017 de New York qu’Altice allait devenir la marque unique de toutes ses activités dans le monde. En France, la marque SFR – héritée de la « Société française du radiotéléphone » créée il y a 30 ans – devait disparaître. Il n’en a rien été et ce n’est pas pour demain. « Pas de changement prévu », nous a répondu le 4 octobre Alain Weill, DG d’Altice Europe, maison mère d’Altice France et de SFR dont il est PDG depuis près d’un an. Il venait, la veille, d’inaugurer les nouveaux locaux de BFMTV et de RMC au sein de l’immeuble « Altice Campus ».
Juste après l’éviction en novembre 2017 de Michel Combes, qu’Alain Weill a remplacé depuis, le président fondateur de la maison mère Altice Europe, Patrick Drahi, avait lui-même confirmé le 15 novembre (1) que le remplacement en France de la marque SFR par la marque Altice était « différé ».

L’Altice Campus inauguré sans SFR au complet
Pour autant, le milliardaire franco-israélien et actionnaire majoritaire du groupe basé au Pays-Bas n’avait pas donné les motifs de ce report. Le passage de SFR sous pavillon « altice » n’est donc pas intervenu en début d’année, mais en réalité ce changement de marque a déjà commencé discrètement de façon désordonnée.
Edition Multimédi@ s’est procuré le message qu’Alain Weill a diffusé en interne le 9 octobre afin d’annoncer à ses salariés – non conviés – la soirée prévue ce jour-là pour « inaugur[er] officiellement l’Altice Campus en présence de nombreuses personnalités ». Seul le logo « altice » apparaît en en-tête, alors qu’il y parle pourtant d’ »expérimentation 5G » et de « télécoms et médias »… Mais officiellement, la marque SFR ne disparaît pas. « Nous avons pour l’instant renoncé à ce projet car en France la priorité est la reconquête des clients », avait expliqué Alain Weill dans une Lire la suite

Les podcasts sont de plus en plus natifs mais cherchent toujours leur mesure d’audience

Alors que seuls Europe 1, RTL et Radio France mesurent l’audience de leurs podcasts de radio de rattrapage avec Médiamétrie, qui ne publie plus de chiffres depuis 2013, les éditeurs indépendants de podcasts originaux (dits natifs) espèrent trouver une solution commune d’ici la rentrée.

Après ses podcasts « Minute papillon ! » (flash info) et
« Terrain glissant » (sur le football), le quotidien gratuit 20 Minutes a lancé début juillet deux nouveaux podcasts :
« Sixième science » (en partenariat avec Sciences et Avenir) et « Juste un droit » (questions sur la justice en France). Ces bulletins audios sont disponibles non seulement sur le site web 20Minutes.fr mais aussi sur Deezer, SoundCloud et les applications sous iOS (Apple) et Android (Google).

Binge Audio, FrenchSpin, Nouvelle Ecoute, …
Le gratuit 20 Minutes, détenu depuis 2016 par le groupe belge Rossel et Sipa/Ouest-France, actionnaires chacun à 49 % (de ce journal fondé par le norvégien Schibsted), fait ainsi partie des nombreux médias qui misent sur les podcasts. L’Equipe, Europe 1, Radio France, Radio Nova, Arte Radio, Les Echos, Slate.fr avec Audible (Amazon) et bien d’autres donnent aussi de la voix. Mathieu Gallet, ancien président de Radio France, serait aussi en train de créer sa propre société de production de podcasts (1). Lorsqu’il était encore à la Maison Ronde, il prévoyait de faire payer les podcasts après un certain temps de gratuité, ce que sa successeuse Sibyle Veil n’envisage pas (lire en Une). Le podcast – contraction de « iPod » et de « broadcasting » – s’est affranchi en partie de l’antenne, en n’étant plus seulement de la Catch up Radio, mais aussi un média délinéarisé à part entière.
La multiplication des podcasts natifs, productions audio originales (info ou fiction), le prouve. Outre les smartphones, premier terminal d’écoute des podcasts, l’avènement des assistants vocaux – enceintes connectées en tête (2) – dotés d’Alexa/Amazon, d’Assistant/Google ou de Siris/Apple (3) devrait booster leur audience. Or la mesure d’audience pose justement un problème. Médiamétrie ne publie plus depuis fin 2013 les résultats « eStat » de la mesure des podcasts radio, que seuls Lagardère Active (Europe 1),
RTL et Radio France utilisent pourtant. Mais tous les éditeurs de podcasts n’ont pas les moyens de financer une telle mesure. Selon nos informations, Médiamétrie – qui ne nous en dit pas plus – mène actuellement des discussions avec les éditeurs indépendants de podcasts natifs pour leur proposer « une solution alternative » (4). A défaut d’une mesure globale
des podcasts en France, des solutions moins coûteuses sont proposées par Podtrac, Triton ou encore Aqoa, mais force est de constater qu’elles ne font pas consensus et qu’elles pêchent par l’absence de tiers de confiance pour certifier les résultats. De plus, la mesure de l’écoute effective du téléchargement reste une difficulté (5). « Nous travaillons activement avec tous les éditeurs sur une mesure marché, entre la commission audio-digital du Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne (Geste) et les éditeurs indépendants. Nous devrions arriver à une tendance vers la rentrée », indique à Edition Multimédi@ Joël Ronez(photo), président et cofondateur de la société de production de podcasts Binge Audio, et ancien directeur des nouveaux médias de Radio France et ex-responsable web d’Arte. Cet éditeur audio et réseau de podcasts – le plus écouté en France avec plus de 1,5 million d’écoutes au premier trimestre 2018, selon Podtrac – utilise depuis fin 2017 la solution de mesure d’audience de l’américain Podtrac justement. D’autres éditeurs indépendants tels que FrenchSpin, Riviera Ferraille, Nouvelle Ecoute, Riviera Ferraille, MadmoiZelle, Histoire de Darons ou encore Usbek & Rica l’ont aussi retenue, « L’implémentation de Podtrac se fait au moyen d’un préfixe sur les flux RSS », indique le groupe de travail audio-digital du Geste. Tant que l’audience ne sera pas commune et certifiée en France et les tarifs pour les annonceurs raisonnables (6), la monétisation des podcasts par de la publicité audio sera difficile à réaliser. Aux Etats- Unis, où Podtrac mesure les podcasts et publie les audiences « US Ranking », la publicité sur les podcats a atteint 314 millions de dollars de recettes en 2017 grâce à une croissance de 86 %. Selon l’Interactive Advertising Bureau (IAB), organisation professionnelle de la pub online, et une étude du cabinet PwC dévoilée en juin dernier, ce marché devrait atteindre les 659 millions de dollars en 2020.

Après le transistor et la radio, le podcast ?
Le boom du podcast sera-t-il pérenne ? C’est toute la question. Tout dépend de sa rentabilité future. Pas de mesure certifiée fiable, pas de publicité audio, donc pas d’avenir. Bing Audio, pourtant le réseau indépendant le plus écouté perd de l’argent, et les suivants aussi. Cela n’empêche pas les producteurs de podcasts d’être plus nombreux encore : BoxSons, RadioKawa, LouieMedia, … Selon Médiamétrie, 4 millions de Français écoutent des podcasts chaque mois. @

Charles de Laubier

Daniel Kretínsky, le magnat tchèque des médias via Czech Media Invest, avance ses pions en France

C’est au printemps dernier que le premier groupe de médias tchèque Czech Media Invest (CMI), cofondé par Daniel Kretínsky, a dévoilé ses ambitions en France.
En deux mois, le milliardaire basé à Prague a racheté à Lagardère des magazines (Elle, Version Femina, Télé 7 Jours, …). Maintenant, c’est au tour de Marianne.

Tout a été dit ou presque sur le Tchèque milliardaire Daniel Kretínsky (photo), qui est en train de s’emparer non seulement de plusieurs magazines du groupe Lagardère en France, mais aussi de ses radios d’Europe de l’Est. Czech Media Invest (CMI), la holding qu’il contrôle avec Patrik Tkác, était entré en négociation exclusive avec le groupe français le 18 avril dernier pour racheter « Elle et ses déclinaisons, y compris les sites Internet de Elle en France, Version Femina, Art & Décoration, Télé 7 Jours et ses déclinaisons, France Dimanche, Ici Paris et Public » (1).
La veille, le 17 avril, le groupe Lagardère avait annoncé la vente au même CMI de ses actifs radios en République tchèque, Pologne, Slovaquie et Roumanie pour un montant de 73 millions d’euros. Avant même que l’acquisition des magazines de Lagardère ne soient finalisée, le groupe de Daniel Kretínsky s’est emparé de 91 % du capital de la société Marianne SA – éditrice de l’hebdomadaire éponyme, ses hors-séries et ses déclinaisons web (Marianne.net) et mobiles. Depuis le 7 juin, le fondateur du news magazine – Jean-François Kahn – n’est plus membre du conseil d’administration de Marianne . C’est un tournant historique pour cet hebdomadaire d’actualité que « JFK » avait créé en 1997 et que Yves de Chaisemartin (ex-patron de la Socpresse/Le Figaro du temps de Robert Hersant) avait racheté dix ans après pour en devenir l’actionnaire majoritaire et, en tant que PDG, président du conseil d’administration.

Conseil d’administration : Etienne Bertier remplace JFK
Si Daniel Kretínsky souhaite que Yves de Chaisemartin garde ses fonctions de PDG et de directeur de la publication, c’est son bras droit en France – Etienne Bertier – qui vient de remplacer Jean- François Kahn en tant qu’administrateur, d’après La Lettre A. JFK n’était plus directeur de Marianne depuis 2007 et n’y écrivait plus depuis 2011 ; il sera rappelé quelques mois en 2013 par Yves de Chaisemartin pour rediriger la rédaction de Marianne déjà en difficulté. Etienne Bertier, lui, est inconnu du grand public. Il fut journaliste économique dans les années 1980-1990, avant de devenir chargé de mission auprès du ministère des Finances (1993-1995), secrétaire général d’EDF (2002-2007), puis PDG d’Icade, filiale immobilière de la Caisse des dépôts (2002-2007), d’où il était parti sur un désaccord stratégique avec une indemnité forfaitaire de 1,3 million d’euros critiquée par la Cour des comptes. En 2010, il a créé sa propre société de conseil et de lobbying Erias basée à Bruxelles.

CNC, premier groupe de médias tchèque
Marianne avait stabilisé sa diffusion à 147.000 exemplaires imprimés chaque semaine, tandis que ses éditions numériques avaient progressé à 6 millions de visites mensuelles. Mais la société éditrice était en redressement judiciaire ; elle est désormais la propriété de Czech Media Invest depuis la validation du tribunal de commerce de Paris. « La rédaction de Marianne pourrait même être renforcée », avait dit Daniel Kretínsky dans un entretien au Figaro le 20 avril.
Le groupe de médias de cet « oligarque» tchèque, dont la fortune vient
du charbon, du gaz et de l’électricité (lire ci-dessous), s’appelle Czech News Center (CNC) et est né de l’acquisition en 2014 des activités du suisseallemand Ringier Axel Springer en République tchèque. CNC publie d’ailleurs dans ce pays de l’Est – outre le quotidien populaire Blesk,
le tabloïd Aha! et le journal Sport, « l’équivalent du Marianne tchèque » (dixit Yves de Chaisemartin) – le news magazine Reflex. Il compte aussi des magazines d’autos et de motos, ainsi que le site web d’actualité Info.cz lancé en novembre 2016. Au total, CNC revendique 5 millions de lecteurs et 7 millions de visiteurs uniques sur ses sites web. Le groupe multimédia tchèque a aussi lancé en 2012 un opérateur mobile virtuel (MVNO) baptisé Bleskmobil. La holding CMI possède en outre, via Euromedia Group (EMG) et První novinová spolecnost (PNS), deux imprimeries et une position de leader national tchèque de l’édition de livres et de la distribution de presse à travers 18.000 points de vente.
Pendant ce temps, la finalisation de la transaction entre le groupe Lagardère et Czech Media Invest suppose une offre ferme de l’acquéreur, qui, mi-mai, n’avait pas encore été faite. Une fois que cela sera le cas, la cession « restera notamment soumise à la consultation des instances représentatives du personnel de Lagardère Active et à l’approbation des autorités de concurrence, le cas échéant », dixit le groupe d’Arnaud Lagardère, lequel a reçu les représentants syndicaux concernés le 20 juin.
Il est aussi prévu que Denis Olivennes, président de Lagardère Active depuis novembre 2011, quitte le groupe une fois que les cessions auront abouti. « Nous sommes là pour aider au développement de ces titres et
leur permettre d’envisager sereinement l’avenir. (…) Je suis optimiste pour trouver un modèle économique solide. Il faut notamment permettre à Elle d’être plus présent sur le digital », avait indiqué Daniel Kretínsky au printemps dernier.

L’indépendance des médias en question
En passant sous pavillon tchèque, une partie de la presse française se retrouve ainsi entre les mains d’un nouveau milliardaire industriel – mais cette fois étranger. C’est une première. Jusque-là, la spécificité des médias français – quasiment unique au monde – était d’être en grand partie propriétés d’industriels milliardaires français tels que Serge Dassault/Le Figaro . Matthieu Pigasse/Xavier Niel/Le Monde/Le Nouvel Observateur, Bernard Arnault/Le Parisien/Les Echos, Arnaud Lagardère/Europe 1/Paris Match/Le Journal du dimanche, Patrick Drahi/Libération/L’Express, François Pinault/Le Point ou encore Vincent Bolloré/Canal+/CNews. « J’ai un grand respect pour ces magazines et pour le travail de leurs équipes. Ce n’est pas dans notre intérêt d’abîmer ces marques. Cet héritage sera traité avec prudence et respect », a promis Daniel Kretínsky il y a deux mois. La société des rédacteurs de Marianne a tout de même indiqué qu’elle veillera à son indépendance.
Pour ce qui est de Czech Media Invest, l’organisation Reporters sans frontières avait alerté en juillet 2016 sur « les médias tchèques dominés par les conflits d’intérêts avec les oligarques locaux » – dont Daniel Kretínsky. @

Charles de Laubier

FOCUS

Daniel Kretínsky (43 ans), un « oligarque » tchèque francophile francophone
Le nouveau magnat des médias en France, ou tycoon français (c’est au choix), qui a 43 ans ce 9 juillet, a fait une partie de ses études de droit à l’université de Dijon. « Il est passionnément francophile et naturellement francophone », a dit de lui Yves de Chaisemartin le 26 avril. Il est devenu la cinquième fortune en République tchèque (2,6 milliards de dollars à juin 2018, selon Forbes) après avoir créé Energeticky a Prumyslovy Holding (EPH), dont il détient 94 %, opérateur d’énergies en Europe : transport du gaz naturel, centrales à charbon, de production et distribution d’électricité, biomasse et extraction minière.
Daniel Kretínsky détient en outre plusieurs industries en République tchèque et une participation dans Mall Group, un acteur majeur du e-commerce en Europe centrale et orientale (Mallgroup.com). Il est par ailleurs copropriétaire du club de football Sparta Prague. Son nom est mentionné dans l’enquête des « Panama Papers » en 2014 pour une société qu’il possède dans les îles Vierges britanniques. @

Réforme de l’audiovisuel : l’acte I élude les vraies questions sur l’avenir des «missions de service public»

En publiant le 4 juin sa « présentation du scénario de l’anticipation » pour l’audiovisuel public, le gouvernement ne va pas au bout de sa réflexion. Il se polarise sur la quatrième révolution du secteur sans s’interroger pour l’avenir sur la légitimité des « missions de service public ».

Par Rémy Fekete, associé Jones Day

L’article 43-11 de la loi du 30 septembre 1986 relative
à la liberté de communication – article confiant aux entreprises publiques de l’audiovisuel « des missions de service public » (1) – n’en finira pas de passionner les exégètes, les contempteurs des travers de la société contemporaine, les analystes des lâchetés politiques et
les légistes encore en quête de sens. Au fil des réformes régulières de la régulation audiovisuelle, gouvernements et parlementaires ont empilé sur le dos de l’audiovisuel public autant de « missions de service public » qu’il existe d’impératifs politiques ingérables, de déficiences sociales incurables, d’objectifs collectifs inaccessibles.

« Qui trop embrasse mal entreint »
C’est à la télévision publique que le législateur assigne ses nobles objectifs de diversité, de pluralisme, d’exigences de qualité, d’innovations, mais aussi de respect des droits de la personne et des principes démocratiques. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que la télévision publique fournisse à la fois de l’information, de la culture, de la connaissance, du divertissement et du sport. A qui revient la charge de « favoriser le débat démocratique, les échanges entre les différentes parties de la population, ainsi que l’insertion sociale et la citoyenneté » ? A la télévision publique. La cohésion sociale,
la diversité culturelle, la lutte contre les discriminations et les droits des femmes ? L’audiovisuel public ! L’égalité entre les femmes et les hommes,
la lutte contre les préjugés sexistes, les violences faites aux femmes, les violences commises au sein du couple, la représentation de la diversité de
la société française notamment d’Outre- Mer : encore des obligations qui, selon le législateur, relèvent de l’audiovisuel public. Mais il faut aussi que la télévision publique assure la promotion de la langue française, des langues régionales, mette en valeur la diversité du patrimoine culturel et linguistique français. On aurait pu penser qu’il revenait à l’Education nationale d’assurer « la diffusion de la création intellectuelle et artistique
et des connaissances civiques, économiques, sociales, scientifiques, et de favoriser l’apprentissage des langues étrangères ». Quelle erreur ! Ce sont
là les missions de l’audiovisuel public tout autant que l’éducation à l’environnement et au développement durable, l’information sur la santé
et la sexualité.

Ces missions seraient bien évidemment considérées étriquées, insuffisantes et somme toute insignifiantes si le législateur n’avait pas veillé à leur assurer une dimension mondiale en imposant également à la télévision publique « le rayonnement de la francophonie et la diffusion de la culture et de la langue françaises dans le monde » (2). De fait, depuis que les critiques jupitériennes se sont abattues sur le secteur public de l’audiovisuel, il est aisé de multiplier les critiques et l’ironie à l’encontre
de la télévision publique à qui l’on demande tout et que l’on critique également à peu près en tout : programmation, effectif pléthorique et budget gargantuesque. Maintenant que l’acte I de la réforme de l’audiovisuel tant attendu du ministère de la Culture est connu avec la présentation du « scénario de l’anticipation » par la ministre le 4 juin dernier, on aimerait pouvoir penser un nouveau modèle pour l’audiovisuel public français. Le constat dressé par le gouvernement était connu de tous et, largement annoncé, mais il a intérêt de la précision et d’objectiver les évolutions des usages des téléspectateurs. De fait, au cours des dix dernières années, le secteur de l’audiovisuel a connu quatre révolutions :
• Si la radiotélévision française date de la fin des années 1940, et l’ORTF de 1964, la première décennie-clé de l’audiovisuel français est celle des années 1970 qui voit la création de Radio France, TF1, Antenne 2, France 3, Télévision de France, RTDF, la Société française de production et de création audiovisuelle (SFP) et de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Cette décennie fait passer le taux d’équipement des ménages français de 1/10 à 9/10 et voit également le passage à la télévision en couleur.
• Les années 1980 sont celles de la libéralisation du secteur hertzien et de l’apparition de chaînes privées : le modèle original payant de Canal+ à partir de novembre 1984 et le lancement de « la 5 » dans sa première version « berlusconienne » à partir de 1986, suivis par la création de M6 à partir de 1987, année de la privatisation de TF1.

Foisonnement de chaînes
• Les années 1990 marquent la troisième révolution de l’audiovisuel avec le foisonnement de la création de chaînes thématiques du câble et du satellite, distribuées d’abord par Canal Satellite et des réseaux câblés locaux puis également par TPS avant que plus tard, au cours d’un grand mouvement de concentration à la fois, TPS et Canal Satellite fusionnent et que l’ensemble des réseaux câblés soient réunis au sein de Noos Numéricable (désormais Altice France).
• Mais c’est sur les évolutions intervenues au cours de la dernière décennie que s’est le plus intéressé le rapport gouvernemental (3), en constatant à la fois une explosion de l’offre hertzienne avec l’introduction de la télévision numérique terrestre (TNT) et le passage à vingt-sept chaînes gratuites et l’émergence de nouveaux acteurs-clés. Prenant appui sur le succès du triple play, ce sont aujourd’hui plus de 500 chaînes de télévision qui sont très largement diffusées sur le territoire français.

Des années 2000, et après ?
La décennie des années 2000 a vu l’irruption des acteurs issus du monde de l’Internet (Amazon), de nouveaux géants de la production et de diffusion (Netflix (4)). Surtout le produit audiovisuel, la « vidéo », est sorti du champ professionnel pour devenir un outil de communication individuel que chacun pratique sans complexe tant dans sa vie personnelle que professionnelle, en usant des réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn, YouTube, …) pour lui faire atteindre des audiences inespérées. Les années 2000 ont également vu se disséminer très rapidement de nouveaux usages associés à des nouveaux écrans (5). Ce n’est plus seulement sur sa télévision que l’on visionne un programme audiovisuel, c’est – de manière de plus en plus indifférenciée – sur une multitude de supports avec un mode de consommation qui ne répond plus à la programmation habituellement linéaire des chaînes de télévision.
Le rapport ministériel s’arrête malheureusement au constat des évolutions passées sans rechercher à déceler, en particulier aux Etats-Unis dont proviennent le plus souvent les évolutions dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, les prémices des évolutions futures qui affecteront l’audiovisuel dans les années à venir. C’est d’autant plus dommage que la French Tech, si elle avait été mieux consultée ou plus écoutée, aurait pu faire état des signes annonciateurs d’évolutions futures (accélération de la production de vidéos personnelles, réalité de l’Internet des objets, uniformisation des modes de consommation orientée vers des marques, produits et événements-phares (6) – notamment sportifs).
De nombreuses autres évolutions à la fois sociétales et technologiques sont à l’oeuvre et on regrettera que le rapport ministériel ne confronte pas plus l’audiovisuel public français aux enjeux de l’avenir. Ainsi, le rapport n’annonce pas de clarification sur l’enjeu essentiel de savoir s’il existe toujours des besoins impérieux qui imposent, dans un paysage d’une telle richesse, que l’Etat consacre des moyens budgétaires significatifs à l’édition de ses propres médias (7). Et croiton encore vraiment, comme le prétend le rapport, que « pour beaucoup les chaînes et les antennes du service public sont le seul moyen d’accéder à la culture, à des divertissements de qualité » (8). Si le rapport sur le scénario de l’anticipation rappelle avec pertinence la qualité des missions devenues cultes de la radio publique française, qui au travers de France Inter, France Culture et France Musique offre effectivement une programmation différenciante et de qualité par rapport aux radios privées, le rapport est moins convaincant lorsqu’il tente de convaincre qu’il en va de même s’agissant des chaînes de télévision publique. En n’ayant pas le courage de marquer le déficit de légitimité de la télévision publique par rapport aux radios du secteur public, le rapport minore un des aspects essentiels de la crise de la légitimité de l’audiovisuel public.
Il n’est donc pas étonnant que le « scénario de l’anticipation » que prétend définir le rapport ministériel revienne à rappeler six axes d’évolution dont on ne peut dire qu’ils vont bouleverser les plans des médias publics : devenir plus distinctif, plus numérique, un média de plus grande proximité, rajeunir l’offre. Ces quatre premiers axes de développement pourraient aussi bien être ceux de TF1. L’attention se fixera donc plutôt sur le cinquième axe qui consiste à positionner l’audiovisuel public comme « fer de lance de la création », avec « une plus grande prise de risque », ainsi
qu’à participer au développement de coproductions européennes et à mieux valoriser la création sur les antennes. Enfin, le sixième axe de développement semble annoncer le vrai sujet : il s’agit de développer
« des coopérations renforcées et des gains d’efficience pour financer les priorités ». En d’autres termes, faire mieux avec moins, en mettant un terme progressif aux redondances de compétences, notamment entre les antennes locales de France 3 et de Radio France. Le sujet des 4,4 milliards d’euros et des 18.000 salariés de l’audiovisuel public français reste une préoccupation prégnante des argentiers de l’Etat, surtout si la programmation ne se distingue qu’à la marge de celle des médias privés.

Prochain rendez-vous : le 15 juillet
Suivra dans un second temps une nouvelle réforme des textes de lois applicables à la régulation de l’audiovisuel et au financement de l’audiovisuel public. On attend les premiers résultats de cette commission
le 15 juillet prochain. On comprend que ces annonces ne forment que le premier étage d’une fusée qui portera ensuite sur une transformation des entreprises publiques menées par une mission de concertation dont il n’est pas anodin que la secrétaire générale, Catherine Smadja-Froguel, ait travaillé à la BBC au cours des dix dernières années, précisément sur les programmes « de transformation ». Peut-être que le gouvernement et le Parlement pourraient en saisir l’occasion pour réviser l’article 43-11 dans un sens plus réaliste ? @