Le magnat du câble et des médias John Malone, qui vient d’avoir 80 ans, consolide son empire « Liberty »

L’Américain multimilliardaire John Malone, « modèle » pour Patrick Drahi dont il est le « protégé », a fêté ses 80 ans le 7 mars dernier. Président de Liberty Media, de Liberty Global et de Qurate Retail (ex-Liberty Interactive), le « cow-boy du câble » poursuit sa stratégie de convergence aux Etats-Unis et en Europe.

(Une semaine après la parution de cet article dans Edition Multimédi@ n°255, AT&T a annoncé le 17 mai 2021 qu’il allait fusionner sa filiale WarnerMedia avec le groupe de télévision Discovery, lequel est détenu à 21 % par John Malone).

Le discret marché des Smart TV étoffe ses bouquets de services à l’ombre des chaînes de télévision

Les téléviseurs connectés continuent de faire recette sur l’Hexagone. L’an dernier, selon l’institut GfK, il s’en est vendu plus de 3,2 millions d’unités. Samsung continue de se tailler la part du lion, suivi de loin par LG et TCL. Leurs bouquets de services s’étoffent discrètement à l’ombre des chaînes.

Le fabricant sud-coréen Samsung a conservé et même renforcé en 2020 sa position de numéro un des Smart TV en France, avec une part de marché de 30,4 % en volume et 37,3 % en valeur, selon l’institut GfK. La firme de Séoul garde à distance son compatriote LG, lequel réussit à tirer son épingle du jeu sur l’Hexagone avec 14,7 % de part de marché en volume et 18,3 % en valeur. Le chinois TCL arrive en troisième position avec 8,6 % en volume (devançant Philips et Sony) mais 6,2 % en valeur (devancé par Sony et Philips).

Introduction en Bourse du français Alchimie, qui veut devenir le « Netflix » de la SVOD thématique

Depuis son rachat il y a cinq ans par Nicolas d’Hueppe, associé à la holding HDL (Decaux, De Agostini, …), Cellfish – ex-filiale multimédia mobile de Lagardère – a « pivoté » dès 2016 pour devenir Alchimie, une plateforme de SVOD qui ambitionne d’être le « Netflix » thématique. La Bourse s’imposait.

Soutenue financièrement par les fortunés Decaux, De Agostini, Dentressangle, Bébéar ou encore Mustier, via leur holding « familiale » HLD, la société Alchimie (ex- Cellfish) s’introduit en Bourse à Paris sur le marché Euronext Growth pour lever des capitaux dans la zone euro (au moins 20 millions d’euros escomptés), sans pour autant supporter des coûts d’une cotation sur un marché réglementé classique. L’introduction a démarré le 10 novembre.

TVPlayer va remplacer Watch-it
Active sur Internet avec ses marques «Watch it » (watch-it.tv), « TV Player » (tvplayer.com), « Cultivons-nous » (cultivonsnous.tv) ou encore « Humanity » (humanity.tv), Alchimie veut se donner les moyens de devenir le « Netflix » thématique. Ayant pivoté en 2016 d’une société de distribution de jeux, de musiques ou encore de vidéos sur mobile (l’activité de Cellfish au sein de Lagardère) à une plateforme de vidéo et de télévision à la demande par abonnement (SVOD et TVOD), la société que dirige Nicolas d’Hueppe (photo) déploie désormais son activité d’agrégateur audiovisuel en Europe et à l’international. Sa stratégie OTT (1) affichée de diffuseur sur Internet et indépendant des opérateurs de réseaux, n’exclut pas pour autant des accords de distribution avec ces derniers lorsque ce n’est pas avec de grandes plateformes numériques ou des places de marché en ligne.
Ainsi, pour son bouquet TVPlayer (hérité d’une société britannique acquise il y a un an) ou pour les chaînes de télévision thématiques disponibles chacune en SVOD, Alchimie s’appuie sur une soixantaine contrats de distribution : non seulement avec des opérateurs télécoms (Orange, Bouygues Telecom, SFR, T-Mobile, Movistar, EE, Vodafone, …) et des fabricants de smartphones et/ou de tablettes (Huawei, Samsung, Xiaomi, Apple, Amazon Fire, …), de téléviseurs connectés (Samsung, LG, …), voire de « box » (Netgem), mais aussi avec des acteurs du Net (Amazon Channels, Google, …). Alchimie indique que « sur la facturation de l’abonnement mensuel ou hebdomadaire, les plateformes de distribution retiennent entre 10 % et 40 % des revenus, avec une moyenne à 20%». A travers eux, le potentiel d’abonnés à la SVOD et TVOD d’Alchimie se compte par millions à travers le monde (2). « Alchimie distribue à ce jour 55 chaînes thématiques affinitaires coéditées avec des groupes de médias, des personnalités ainsi que des influenceurs. Notre offre innovante a déjà séduit plus de 300.000 abonnés payants en Europe. Ce projet d’introduction en Bourse nous permettra d’accélérer le lancement de nouvelles chaînes originales exclusives et d’accompagner notre déploiement à l’international dans les quatre langues (3) dans lesquelles le groupe opère déjà », a précisé Nicolas d’Hueppe, PDG d’Alchimie, dans le document d’enregistrement approuvé le 23 octobre dernier par l’Autorité des marchés financiers (AMF). TVPlayer, qui a été lancé en France en septembre, va remplacer progressivement Watch-it, et ce dans un souci d’uniformisation des marques. L’entreprise vise pour 2024 un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros avec plus de 3 millions d’abonnés, contre 21 millions d’euros en 2019. Son ambition est aussi d’atteindre le seuil de rentabilité (4) d’ici fin 2022, année qui devrait générer 58 millions d’euros de revenus. Son catalogue est composé d’une multitude de centres d’intérêt : nature, investigation, voyage, histoire, science, automobile, bien-être, armée, environnement, animaux, chasse, astronomie, etc.
La société se fait fort de lancer une nouvelle chaîne thématique par semaine, sachant que pour chacune cela demande d’investir dans en moyenne de 50 heures de contenus. « La consommation de contenus est d’environ 4 heures par mois et par abonné sur l’ensemble des chaînes SVOD lancées », précise-t-elle. Le catalogue totalise à ce jour plus de 60.000 heures, grâce à des accords non exclusifs d’une durée d’un an renouvelables par tacite reconduction et signés avec plus de 300 ayants droits internationaux (dont Arte, Mediawan, France Télévisions, Zed, Reworld Media, Prisma Media, ZDF Entreprises/Allemagne, Zinet Media/Espagne, …, mais aussi des célébrités et influenceurs tels que Jacques Attali, Guillaume Canet, Poisson Fécond, Jérôme Le Banner, Dr Whatson, …), avec partage de revenus mais sans minimum garanti. Au 31 décembre 2019, le montant des droits reversés aux ayants droit s’élevaient à 3,4 millions d’euros.

OTT thématique face aux généralistes
Alchimie, avec son TVPlayer à 4,99 euros par mois, n’entre pas en concurrence frontale avec les plateformes de SVOD généralistes (Netflix, Amazon Prime Video, Disney+, Salto, …), ni même avec les plateformes dites AVOD (telles que YouTube). Son terrain de jeu est celui des services de catalogues spécialisés comme Gaia, Cinedigm, CuriosityStream ou encore Mubi. @

Charles de Laubier

 

Services interactifs et publicités ciblées sur la TNT et en OTT : Amazon adhère à l’association HbbTV

Selon les informations de Edition Multimédi@, la firme de Jeff Bezos vient de devenir membre de l’association HbbTV qui promeut la norme des services interactifs et de la publicité ciblée pour, notamment, la télévision numérique terrestre (TNT). Cette adhésion surprise révèle l’intérêt d’Amazon pour cette technologie audiovisuelle hybride.

Le géant du e-commerce Amazon – également champion mondial de la diffusion audiovisuelle en OTT (Over-the-Top), c’est-à-dire en streaming sur Internet, avec Amazon Prime Video, Prime Video Channels, Fire TV et , aux Etats-Unis, IMDb TV – s’intéresse à la TNT, aux services interactifs associés et à l’arrivée de la publicité TV ciblée. Selon nos informations, son adhésion surprise à l’association HbbTV basée à Genève a été signée le 6 novembre dernier par Amazon à Seattle, où se situe le siège social mondial de la firme américaine (1) fondée par Jeff Bezos (photo). La HbbTV Association, d’origine franco-allemande, fixe et promeut depuis plus de dix ans maintenant les spécifications techniques du standard industriel ouvert : Hybrid Broadcast Broadband Television. Objectif : faciliter la création de services TV innovants associant la diffusion de la télévision sur la TNT (linéaire par voie hertzienne) et la réception de flux Internet (délinéarisés). Et ce, afin que les utilisateurs puissent avoir accès à des services interactifs, à la télévision de rattrapage (replay), à la vidéo à la demande (VOD), ou encore au contrôle du direct (timeshifting), sans oublier la publicité ciblées (targeted advertising) qu’ils peuvent recevoir. Mais, jusqu’à maintenant, le HbbTV n’a pas rencontré le succès espéré auprès des téléspectateurs – du moins en France faute de communication suffisante sur cette norme, les Italiens, les Allemands et les Espagnols y étant, eux, plus réceptifs.

La plateforme Salto est payante et… avec publicités

En fait. Le 20 octobre, le groupe public France Télévisions et ses concurrents du privé TF1 et M6 ont enfin lancé leur plateforme commune de TV et de SVOD pour jouer la carte de « l’exception culturelle française » face aux Netflix, Amazon Video et autres Disney+. Salto est payant mais la publicité n’est pas bien loin.

En clair. Pour les abonnés de Salto, il leur en coûtera 6,99 euros par mois pour un seul écran, 9,99 pour deux écrans, ou 12,99 pour quatre écrans. Mais à ce prix-là, y aura-t-il de la publicité sur cette plateforme « publique-privée » de télévision (live ou replay) et de vidéo à la demande (par abonnement donc) ? « Oui et non », diraient les adeptes du « en même temps ». La plateforme que dirige Thomas Follin – transfuge du groupe M6 – assure qu’« il n’y a pas de publicité sur le catalogue Salto, qu’il s’agisse de films et séries en VOD, d’avant-premières, des nouvelles saisons mises à disposition en intégralité ou en US+24 ». Mais, car il y en a un, « en revanche Salto distribue des chaînes et des programmes télé qui seront diffusées avec leur publicité » (1). Autrement dit, sur le bouquet d’une vingtaine de chaînes de télévision proposées par Salto – dont celles déjà accessibles par ailleurs gratuitement sur la TNT (TF1, France 2, France 3, France 4, M6, W9, 6ter, TMC, TFX, LCI ou encore Franceinfo (2) –, les abonnés payants de Salto auront droit à la publicité de ces chaînes-là. Sans parler du fait que les chaînes du groupe public France Télévisions sont, elles, déjà payées par la redevance audiovisuelle – 138 euros en 2020 – dont tout abonné « Salto » est censé déjà s’acquitter. Ils se retrouvent donc à payer deux fois certains contenus de Salto (3). Des chaînes thématiques s’ajoutent au bouquet : TV Breizh, Téva, Paris Première, Ushuaïa TV ou encore Histoire TV.
Concernant cette fois la partie SVOD de Salto, avec son « catalogue en illimité (…) de plus de 10 000 heures [15.000 à terme, ndlr] de séries, films, documentaires et programmes jeunesse », n’y aura-t-il vraiment pas de publicités comme sur Netflix, Amazon Prime Video, Disney+ ou encore AppleTV+ ? Si l’on en croit Salto, il n’y en aura pas. Mais si l’on se réfère à son site web, à propos de la dépose de cookies sur le terminal (ou les terminaux) des abonnés, le propos est alors ambigu : « Avec votre consentement, les cookies sont utilisés sur cette plateforme par Salto et ses partenaires aux fins de réaliser des statistiques de visites et vous proposer des publicités, services et offres adaptés à vos centres d’intérêts » (4). Contacté par Edition Multimédi@, Thomas Follin nous répond via une porte-parole : « Pour l’instant aucune (publicité) ; il n’y a pas de projet en ce sens ». @