Malgré les restrictions occidentales, Huawei a démontré sa résilience au MWC de Barcelone

Le géant chinois Huawei Technologies brave les restrictions occidentales – dont celles de l’Europe – à son égard, et a tenu à se montrer indemne lors du Mobile World Congress, qui s’est tenu à Barcelone début mars 2026. La firme de Shenzhen occupait le plus grand stand de ce méga-salon. Incontournable.

Près d’un mois et demi après que la Commission européenne a présenté (le 20 janvier 2026) la révision de son Cybersecurity Act, renforçant les restrictions à l’encontre des fournisseurs « à haut risque », le chinois Huawei – qui est parmi les entreprises visées sans être nommées – est venu en force en Europe pour afficher ses ambitions intactes au Mobile World Congress (MWC) qui s’est tenu à Barcelone du 2 au 5 mars 2026. La firme de Shenzhen semble aussi indifférente aux restrictions américaines qui se sont accumulées depuis 2017 au nom de la « sécurité nationale » (1) (*) (**).

Fournisseur considéré « à haut risque »
Les Occidentaux ont peur que leurs données ne tombent dans les mains du Parti communiste chinois, et qu’ils ne soient victimes d’un cyberespionnage chinois. Après sa « boîte à outils 5G » qui recommandait à partir de 2020 aux Etats membres d’exclure les chinois Huawei et ZTE pour leurs réseaux mobiles (2), la Commission européenne a présenté le 20 janvier 2026 une proposition de révision du Cybersecurity Act qui, dans le but de renforcer la sécurité numérique, vise à interdire de se fournir auprès d’entreprises étrangères considérées « à haut risque ».
Cela concerne non seulement les systèmes d’énergie solaire, les scanners de sécurité, les infrastructures critiques mais aussi – pour les opérateurs télécoms de l’Union européenne (UE) – les réseaux de communications. Jusqu’à maintenant, des Etats membres (suite) continuaient de s’équiper auprès de Huawei ou de ZTE. C’est le cas de l’Espagne – pays hôte du MWC – qui a attribué en 2025 à Huawei un contrat de 12 millions d’euros pour le stockage de données. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, n’a pas cédé à la pression de Bruxelles et de Washington qui ont exprimé leurs « inquiétudes » (3). La Commission européenne exhorte depuis plusieurs mois les Vingt-sept à abandonner progressivement le chinois Huawei au profit d’« alternatives européennes plus fiables ». Un porte-parole en Europe de la firme de Shenzhen avait assuré, en juillet 2025 lorsque le contrat espagnol avait été révélé par TheObjective (4), que « tous les produits Huawei disponibles sont pleinement conformes aux lois, réglementations et critères et normes applicables en matière d’admission des produits », et « toutes les informations stockées dans le matériel appartiennent au client et sont à sa disposition exclusive ». L’Espagne n’est pas la seule à rester ouverte à Huawei. La Hongrie l’est aussi, tandis que la France est depuis longtemps dans un « en même temps » – ou dans le « Je t’aime, moi non plus » (5), c’est selon. L’Hexagone cherche cependant à s’éloigner du chinois Huawei, lequel s’interroge sur sa future méga-usine prévue en Alsace, à Bernolsheim dans le Bas-Rhin (6). Ce site industriel situé sur la zone d’activités de Brumath, qui devait coûter 300 millions d’euros, était censé commencer à produire des antennes 3G, 4G et 5G pour les opérateurs de télécoms à partir de… 2026.
Quant à la Belgique, il y a un an, elle a ouvert une enquête policière sur des soupçons de corruption présumée de certains eurodéputés par la société Huawei au lobbying puissant. Le chinois est membre d’organisations bruxelloises telles que le think tank européen Bruegel et le Centre de politique européenne (EPC), ainsi que d’influents groupes de pression comme Digital Europe et Business Europe. L’enquête financière belge a en fait débuté en 2021, bien que révélée en mars 2025, sur des faits présumés de corruption active, blanchiment d’argent, organisation criminelle, faux et usage de faux. Le parquet fédéral a demandé en mai 2025 la levée de l’immunité parlementaire de cinq eurodéputés (7), mais cela a provoqué une levée de boucliers au Parlement européen qui a néanmoins a suspendu en prévention l’accès de tous les lobbyistes Huawei à ses bâtiments (Bruxelles et Strasbourg). L’instruction se poursuit, tandis que Huawei nie fermement les accusations et dénonce une « campagne de diffamation ».

D’équipementier télécoms à architecte IA
En Espagne, à Barcelone, Huawei Technologies était le bienvenu. Plusieurs cadres dirigeants se sont exprimés dans des conférences ou des keynotes très suivies, notamment celle de Yang Chaobin (photo ci-dessus), directeur général de la division ICT Business Group de Huawei pour le marché des entreprises. La firme de Shenzhen ne se présente plus comme un équipementier télécoms mais comme « l’architecte de l’IA » (8) à l’ère du « tout intelligence » (« All Intelligence » en anglais, avec le A et le I, pour AI, de la même couleur rouge). Le fabricant chinois a présenté, entre autres (9), l’Atlas 950 SuperPoD, une grappe (cluster) de calcul IA massif avec processeurs neuronaux, comme alternative à l’américain Nvidia pour les centres de données. @

Charles de Laubier

Le marché des lunettes connectées cherche à y voir plus clair avec l’intelligence artificielle

L’IA s’impose dans les lunettes connectées, au point de donner un second souffle à ce marché mondial toujours en quête de visibilité. Alors que Meta – en tête des ventes grâce à Essilor Luxottica – s’apprête à lancer en septembre des « lunettes AI », la concurrence s’intensifie.

Meta, Snap, Xiaomi, Alibaba, TCL-RayNeo, Kopin Solos, Thunderobot, Google, Samsung, Apple, … La concurrence s’intensifie sur le marché mondial des lunettes connectées. Dix ans après l’échec des Google Glass, les fabricants américains et asiatiques s’y bousculent. Le groupe Meta Platforms, qui s’est associé sur plusieurs années avec le franco-italien EssilorLuxottica pour créer les Ray-Ban Stories en 2021 et les Ray-Ban Meta en 2023, mène la danse et s’apprête à lancer le 17 septembre une nouvelle paire boostée à l’intelligence artificielle.

Meta Connect 2025 (17-18 septembre)
« Pour continuer à rapprocher les mondes physique et numérique, EssilorLuxottica a prolongé son partenariat avec Meta [en septembre 2024] en concluant un nouvel accord à long terme en vertu duquel les deux sociétés collaboreront au cours de la prochaine décennie pour développer des lunettes intelligentes multigénérationnelles et pour établir de nouveaux standards pour le secteur », signale le géant du verre et de l’optique, dans son rapport annuel publié en mars 2025. Après le lancement réussi il y a quatre ans des Ray-Ban Stories, le duo MetaEssilorLuxottica a lancé il y a deux ans les Ray-Ban Meta, une nouvelle génération de lunettes connectées intégrant l’intelligence artificielle et des capacités de streaming en direct. « Ray-Ban Meta est la toute première paire de lunettes dotée d’une fonction de diffusion en direct et de l’intelligence artificielle Meta intégrée, d’une caméra grand-angle 12 MP [mégapixels], de discrets haut-parleurs à oreilles libres pour une expérience audio globale, et de cinq micros intégrés pour passer facilement de la musique aux appels, tout en permettant aux porteurs de lunettes de rester à l’écoute du monde qui les entoure », explique le franco-italien.
Ces lunettes intelligentes en mode « mains libres » promettent (suite) de donner aux consommateurs des « superpouvoirs », tels que la possibilité de passer des appels téléphoniques, de capturer et de partager des photos et des vidéos, d’écouter de la musique, de diffuser du contenu en direct, ou encore d’avoir la traduction instantanée. Le porteur peut utiliser des commandes vocales pour se connecter à des smartphones et à d’autres appareils. Le prochain modèle de Ray-Ban Meta devrait être présenté le 17 septembre et commercialisé à partir de cette date, selon Bloomberg (1), qui évoque des lunettes connectées dotées d’un écran de réalité augmentée et un prix à moins d’un millier de dollars. Le nom de code du projet au sein de la firme de Menlo Park (Californie) serait « Hypernova » et, d’après des médias spécialisés, le nom commercial pourrait être « Meta Celeste ». Elles pourraient être l’aboutissement du projet « Orion » dévoilé en 2024, qui consiste en une paire de lunettes AR (Augmented Reality) qui superposent du contenu sur le monde physique. Le 17 septembre s’ouvre justement en live streaming sur deux jours le grand rendez-vous annuel Meta Connect que le cofondateur PDG Mark Zuckerberg (photo) inaugurera en levant le voile sur, officiellement, « les dernières nouveautés en matière de lunettes IA et la vision de Meta concernant l’intelligence artificielle et le métavers » (2). La nouvelle paire IA devrait intégrer un écran situé en bas à droite du verre droit, ce qui permettrait de visualiser des informations et des images, tandis qu’un bracelet neuronal appelé « Ceres » donnerait le contrôle par gestes.
Quant à l’appareil photo de ces nouvelles lunettes IA, il devrait faire des merveilles et même rivaliser avec celui de l’iPhone 13, dit-on. Si le prix de base est attendu à moins de 1.000 dollars (800 dollars, d’après Bloomberg), contrairement aux estimations antérieures, la facture pourrait rapidement grimper en fonction des différents styles proposés et des verres correcteurs. Meta Platforms complètera ainsi sa gamme de lunettes connectées, après les Ray-Ban Stories, les Ray-Ban Meta (3) et, depuis juin dernier pour les athlètes et amateurs de sport, les Oakley Meta (4) qui sont issues d’un partenariat avec Oakley – une filiale du même groupe EssilorLuxottica. Les prix varient de 329 à 599 dollars selon les modèles. Les prochaines lunettes IA se situent donc dans le haut de gamme.

Ray-Ban Meta : plus de 2 millions vendues
Des capacités de fabrication ont été mises en place à Dongguan, en Chine, pour fabriquer des lunettes RayBan Meta et plus de 290 options personnalisables pour différents verres et montures. En février 2025, le PDG d’EssilorLuxottica Francesco Milleri avait indiqué lors d’une conférence téléphonique avec des analystes – selon ses propos rapportés par Reuters (5) – que son groupe avait vendu plus de 2 millions d’unités de Ray-Ban Meta depuis son lancement en septembre 2023. Aussi, a-t-il annoncé que sa capacité de production allait être augmentée pour atteindre 10 millions d’unités annuelles d’ici la fin de l’année prochaine (2026) – la production supplémentaire étant prévue en Chine et dans d’autres usines en Asie du Sud-Est. Francesco Milleri avait confirmé que le groupe franco-italien réfléchissait à de nouvelles versions avec de nouvelles fonctionnalités et de nouvelles marques, tout en précisant qu’il s’agissait d’« un modèle ouvert, une plateforme partagée prête à se lancer dans des marques tierces et de nouvelles fonctions, également sous la forme de services d’abonnement ». En tout cas, au vu du taux d’activation et du temps d’utilisation, il assure que les lunettes connectées font « désormais partie de notre vie quotidienne ».

Meta en tête, mais Xiaomi en embuscade
Selon le dernier relevé effectué par le cabinet d’étude hongkongais Counterpoint Research et publié le 12 août dernier, « la part de Meta sur le marché mondial des lunettes intelligentes est passée à 73 % au premier semestre 2025, malgré le lancement de nouveaux produits par d’autres entrants ». Flora Tang (photo ci-contre), analyste principale, constate au premier semestre 2025 que les livraisons de lunettes Ray-Ban Meta boostées à l’IA ont augmenté de plus de 200 % par rapport à l’année précédente au cours de la période, reflétant la forte demande du marché et l’augmentation de la capacité de fabrication d’EssilorLuxottica.
Ce bond correspond à près du double par rapport à la croissance mondial de ce marché sur la même période, qui s’établit à 110 % en glissement annuel grâce non seulement à Meta mais aussi à l’entrée de nouveaux acteurs tels que Xiaomi, TCL-RayNeo et d’autres marques. L’intelligence artificielle intégrée aux lunettes connectées fait que « les lunettes intelligentes IA ont représenté 78 % des expéditions totales au premier semestre 2025, contre 46 % sur les six premiers mois de 2024 et 66 % sur le second semestre 2024, en grande partie en raison de la domination des lunettes Ray-Ban Meta AI ». Résultat : le segment des lunettes d’IA a augmenté de plus de 250 % par rapport à l’année précédente, dépassant considérablement le marché global. Et pour Flora Tang « la crise tarifaire mondiale pour les appareils électroniques au cours du premier semestre de l’année a eu un impact limité sur le marché des lunettes intelligentes jusqu’à présent, car la situation semble toujours gérable pour les principaux équipementiers et leurs partenaires de fabrication ». La concurrence stimule le marché mondial des Smart Glasses. Counterpoint Research a donc révisé à la hausse ses prévisions de marché des lunettes intelligentes pour 2025 et 2026, à plus de 60 % de croissance moyenne annuelle jusqu’en 2029, mais sans indiquer de chiffre d’affaires généré sur le marché des lunettes intelligentes. Le cabinet d’études américain ABI Research anticipe, lui, 7,8 milliards de dollars en 2026, soit une multiplication par 3,5 par rapport à 2024 (6).
Meta Platforms a beau caracoler en tête des ventes de ces prothèses oculaires de nouvelle génération, les rivaux n’ont pas dit leur dernier mot : les acteurs chinois veulent aussi voir loin sur ce marché en plein boom : TCL-RayNeo avec sa série RayNeo V3, Xiaomi avec ses premières lunettes Xiaomi AI, Thunderobot avec les lunettes intelligentes Aura, et Kopin Solos avec sa série AirGo V. « Les lunettes IA de Xiaomi sont apparues comme un cheval noir [comprenez un outsider, ndlr] sur le marché mondial des lunettes intelligentes, fait remarquer Counterpoint Research, devenant le quatrième modèle le plus vendu dans l’ensemble et le troisième produit le plus vendu dans le segment des lunettes IA – bien qu’elles n’aient été en vente que pendant environ une semaine au premier semestre 2025. Les ventes de l’appareil Xiaomi ont été stimulées par le fort soutien des passionnés de technologie et des fans de Mi en Chine. Nous nous attendons à ce que Xiaomi continue d’améliorer les performances du produit grâce à des mises à jour logicielles dans les mois à venir » (7).
Le chinois Alibaba, le sud-coréen Samsung et les américains Google et Apple sont annoncés sur ce marché mondial des lunettes connectées. La filiale d’Alphabet veut faire oublier l’échec passé des Google Glass en préparant le lancement de lunettes IA basées sur Gemini et Android XR, et en s’associant aux lunetiers Gentle Monster, Warby Parker, et Kering Eyewear (Gucci, Cartier, Balenciaga, …), comme annoncé au Google I/O en mai 2025 (8).

Alibaba, Google, Samsung et Apple en vue
Apple et Samsung y verront plus clair en 2026, tandis qu’Alibaba fait pression avec ses Quark AI Glasses en pré-commande avant leur sortie officielle, en Chine, prévue pour la fin de l’année. « Optimisé de manière transparente par le modèle de langage large Qwen et les capacités d’IA multimodale de Quark, l’appareil est conçu pour servir d’assistant portable intelligent tout au long de la journée », a expliqué la firme de Hangzhou le 28 juillet dernier (9). De son côté, l’américain Qualcomm a lancé en début d’année une version améliorée de son SoC (System on a Chip) de lunettes intelligentes haut de gamme, plus petites et moins énergivores. Dans ce domaine des puces pour Smart Glasses, le chinois Allwinner Technology devrait tirer les prix vers le bas. @

Charles de Laubier

Pour ses 30 ans, l’OMC est au cœur des batailles des technologies et de la propriété intellectuelle

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) se retrouve sous le feu des projecteurs depuis que les Etats-Unis ont déclenché une guerre commerciale et douanière à l’encontre de la Chine, de l’Europe, du Canada et du Mexique. Parmi les différends qu’elle doit tenter de régler : les technologies et les brevets.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC), que dirige Ngozi Okonjo-Iweala (photo) depuis mars 2021, fête cette année son trentième anniversaire dans une période sans précédent de fortes turbulences, alors qu’elle est censée assurer la solidité et la stabilité de l’économie mondiale en réglant les différends.
Et ils s’accumulent. Parmi les toutes dernières plaintes déposées à Genève en Suisse, où se trouve son siège social : celle de la Chine, qui, le 4 février 2025, conteste devant l’OMC les droits de douane additionnels de 10 % à 20 % sur les marchandises provenant de l’Empire du Milieu. Décidées par décret présidentiel de Donald Trump, ces nouvelles taxes douanières sont considérées par Pékin comme contraires à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) de 1994. Avant ces différends sur les tarifs douaniers infligés par les Etats-Unis à son encontre, mais aussi envers l’Union européenne, le Canada ou encore le Mexique, la Chine a aussi porté plainte dès novembre 2022 devant le gendarme du commerce mondial contre les restrictions à l’exportation vers elle, ou de pays ou d’entreprises en relation avec elle, « de certaines puces semi-conductrices informatiques de pointe, de certains produits pour superordinateurs, de certains produits de fabrication de semi-conducteurs et d’autres produits, ainsi que de leurs services et de leurs technologies connexes » (1).

Les Etats-Unis piétinent l’accord du GATT
La Chine, qui a adhéré à l’OMC en décembre 2001, s’insurge aussi du fait que les Etats-Unis invoquent des questions de « sécurité nationale », lesquelles, selon Washington, ne peuvent être réglées dans le cadre d’un règlement de différend à l’OMC. Le régime de contrôle des exportations est administré par la direction de l’industrie et de la sécurité (Bis) du Département du commerce des Etats-Unis (DoC).
Là aussi, devant l’OMC, Pékin accuse son rival américain d’enfreindre l’accord du GATT de 1994 – lequel fait d’ailleurs partie intégrante (c’est une annexe) de l’Accord de Marrakech signé le 15 avril 1994 pour fonder l’OMC justement, qui est entrée en fonction le 1er janvier 1995 – il y a 30 ans (2). Le GATT de 1994 reprend (suite)

alors en le modernisant le GATT de 1947, traité commercial international visant à réduire les barrières douanières et à promouvoir le libre-échange entre les pays membres. Aujourd’hui, cette organisation internationale indépendante – non rattachée aux Nations Unies et chargée de réguler le commerce mondial – compte 166 pays membres (3), dont les Etats-Unis. Mais ces derniers bloquent depuis 2011 – décision prise en premier par l’administration « Obama I » – la nomination des juges de l’organe d’appel de l’OMC, aboutissant fin 2019 – depuis l’administration « Trump I » – à sa paralysie complète faute de juges en nombre suffisant (le minimum requis étant trois).

« Commerce Control List » et « Entity List »
Pour justifier son blocage, Washington critique les pouvoirs de l’organisation accusée d’outrepasser ses compétences, de manquer d’impartialité et d’empiéter sur la souveraineté des Etats-Unis, lesquels veulent pourvoir imposer des mesures commerciales, notamment contre la Chine – son souffre-douleur.
Les « disputes » devant l’OMC sont initiées par des Etats membres, et non par des entreprises privées. Ainsi, le géant chinois des télécoms Huawei ou son compatriote ZTE ne peuvent pas porter plainte directement auprès du « gendarme de la mondialisation ». En revanche, la Chine a déposé plainte auprès de l’OMC contre les Etats-Unis, notamment en réponse aux sanctions américaines qui empêchent des entreprises comme Huawei d’accéder à des technologies avancées. Huawei, ZTE et des centaines d’autres comme Tencent figurent dans deux listes – Commerce Control List et Entity List – gérées par le Bis (4). En les blacklistant « entreprises chinoises militaires » (5), les Etats-Unis restreignent – au nom de la « sécurité nationale » – leur possibilité de se fournir en semiconducteurs et en technologies américains soumis à restrictions (6). Autre arme de Washington : le Foreign Direct Product Rule (FDPR), un règlement limitant les produits chinois incluant des technologies américaines (7).
Le 5 mars 2025, l’ambassadeur de la Chine aux EtatsUnis a mis en garde : « Si la guerre est ce que veulent les Etats-Unis, qu’il s’agisse d’une guerre tarifaire, d’une guerre commerciale ou de tout autre type de guerre, nous sommes prêts à nous battre jusqu’au bout » (8). Deux jours après, la directrice générale de l’OMC, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala – de Genève et aux côtés de l’Allemande Angela Merkel, ancienne chancelière de son pays – a appelé les partenaires commerciaux à « ne pas paniquer » et à « engager le dialogue » avec Donald Trump (9). La propriété intellectuelle – brevets, marques ; droits d’auteur, … – est aussi sujette à litiges entre Etats membres de l’OMC, dans le cadre de l’« Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce » (ADPIC (10), ou TRIPS en anglais), signé le même jour que l’Accord de Marrakech. Autant l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), créée en 1967 comme agence des Nations Unies, n’a pas de pouvoir de régler les différends en cas de contrefaçon ou de piratage (ses arbitrages ne sont pas contraignants), autant l’OMC peut résoudre les différends commerciaux liés à la propriété intellectuelle.
Par exemple, l’Union européenne (UE) a lancé le 18 février 2022 auprès de l’OMC une procédure à l’encontre de la Chine au sujet de « mesures qui étaient préjudiciables à la protection des droits de propriété intellectuelle et aux moyens de les faire respecter » (11). L’UE dénonce le fait que la Chine interdise aux détenteurs de brevets de revendiquer leurs droits dans d’autres juridictions et tribunaux non chinois, comme ce fut le cas dans l’affaire « Huawei contre Conversant », le second – basé au Luxembourg (12) – accusant le premier de violation de ses brevets dans les réseaux mobiles. Le « tribunal populaire suprême » (TPS) chinois avait prononcé une « injonction antipoursuite » au détriment du luxembourgeois. Ce fut aussi le cas dans d’autres affaires : « Xiaomi contre InterDigital », « ZTE contre Conversant », « Oppo contre Sharp » ou encore « Samsung contre Ericsson ». Selon les constations de Edition Multimédi@, le « groupe spécial » constitué il y a deux ans (en mars 2023) pour régler ce différend « UE-Chine » remettra son rapport final aux parties « d’ici à la fin du premier trimestre de 2025 ».

Actée depuis 2022, la réforme de l’OMC à l’étude
Lors de la réunion du conseil général de l’OMC les 18 et 19 février derniers (il y en a six par an), Ngozi OkonjoIweala a annoncé un « examen approfondi » en vue de réformer l’institution pour « qu’elle soit vraiment adaptée aux défis du commerce mondial au XXIe siècle ». Un « groupe indépendant » (13) va être constitué et chargé de remettre son « rapport intermédiaire » pour la 14e conférence ministérielle (la CM14) de l’OMC prévue en mars 2026 au Cameroun (il s’en tient une tous les deux ans). La CM12 de 2022 avait déjà acté la décision de réformer l’OMC. « [Il faut] que l’OMC demeure la pierre angulaire du système commercial multilatéral fondé sur des règles », a prévenu le nouveau président pour un an du conseil général de l’OMC, le Saoudien Saqer Abdullah Almoqbel, qui a succédé mi-février au Novégien Petter Ølberg. @

Charles de Laubier

Comme pour le FTTH à ses débuts, la 5G est en mal d’abonnés : mettre fin à la 4G comme l’ADSL ?

Cela fera cinq ans fin 2025 que la 5G a été lancée en Europe, dont la France. Mais force est de constater que les abonnés mobiles ne se bousculent pas au portillon – comme ce fut le cas pour le FTTH. Faudrait-il « éteindre » la 4G pour basculer en 5G, comme on coupe le cuivre pour la fibre ?

Edition Multimédi@ fait le parallèle entre la lente adoption de la fibre optique à domicile – le FTTH (1) – au cours de ses dix premières années de déploiement en France (2008-2017) et l’actuelle lente adoption de la cinquième génération de mobile – la 5G – depuis son lancement en France fin 2020. Au-delà du fait que ces deux technologies ont en commun d’offrir du très haut débit, l’une en réseau fixe, l’autre en réseau mobile, elles ont chacune une courbe d’adoption comparable : le FTTH a mis longtemps, comme la 5G actuellement, à attirer des abonnés. Les utilisateurs ne sont pas tous convaincus de l’intérêt du FTTH et de la 5G en termes d’usages par rapport à respectivement l’ADSL et la 4G.

5G et FTTH : plus de 20 millions d’abonnés chacun
Surtout que ces deux très haut débit supposent de payer un forfait mensuel plus élevé et d’avoir, côté mobile, un smartphone compatible et plus coûteux – y compris pour la nouvelle 5G+ (ou 5G SA, pour standalone) qu’Orange est le premier à lancer, le 6 mars (2), auprès du grand public. Près de cinq ans après son lancement, la 5G a franchi seulement au troisième trimestre 2024 la barre des 20 millions d’abonnés, à 22,1 millions d’abonnés précisément au 30 septembre dernier (derniers chiffres en date de l’Arcep pour la 5G, ceux du quatrième trimestre étant attendus pour le 10 avril prochain). Ce qui représente un taux « 5G » de seulement 26,4 % sur le total des 83,8 millions d’abonnés mobile en France.
Il a fallu une dizaine de trimestres (soit deux ans et demi environ) pour que la 5G franchisse le seuil des 10 millions d’abonnés (au deuxième trimestre 2023), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions (au troisième trimestre 2024). Toutes proportions gardées, il a fallu une douzaine de trimestres (soit trois ans) pour que le FTTH passe le cap des (suite)

10 millions d’abonnés (au quatrième trimestre 2020), et une quinzaine (soit près de quatre ans) pour dépasser les 20 millions d’abonnés (au troisième trimestre 2023). Aujourd’hui, au 31 décembre 2024, le nombre d’abonnés au FTTH est de 24,3 millions sur un total de 32,5 millions d’abonnés au haut et très haut débit, ce qui correspond à un taux « FTTH » de 74,9 %. C’est au deuxième trimestre 2022 que le nombre d’abonnés FTTH a franchi un cap en atteignant la moitié (50 %) du total des abonnés au haut et très haut débit (à l’époque 31,7 millions d’abonnés). Pour la 5G, ce poids de 50 % sur le total déjà mentionné des 83,8 millions d’abonnés mobile en France est encore loin d’être atteint. D’ici la fin de la décennie en cours ? L’avenir le dira. Reste que l’accélération de l’adoption de la fibre optique à domicile est en partie due par la disparition déjà engagée du réseau de cuivre où se font les accès haut débit ADSL et VDSL2. Le « décommissionnement » du cuivre au profit du FTTH a en réalité commencé dès 2016 – sous l’impulsion de l’ancien PDG d’Orange Stéphane Richard (3) – pour disparaître entièrement des territoires d’ici 2030. Pour les millions d’« usagers », ce basculement du cuivre vers la fibre est quelque peu contraint et forcé (4). Dans le cas de la 5G cette fois, laquelle tarde là aussi à convaincre des millions d’abonnés potentiels, l’idée d’envisager à terme à l’« extinction » de la 4G pour provoquer le basculement vers la 5G n’aura-t-elle pas effleuré l’esprit des opérateurs mobiles ? Ces derniers ont déjà commencé à arrêter leurs réseaux de générations 2G et 3G, une désactivation qui s’étalera de 2025 à 2030. Pour les entreprises, Orange a même prévu l’extinction dès fin 2025 pour la 2G et à partir de fin 2028 pour la 3G. SFR et Bouygues Telecom fermeront leur 2G fin 2026, et leur 3G fin 2028 pour le premier et fin 2029 pour le second.
Autant après la fibre optique, il n’y a pas de nouvelle technologie « filaire » susceptible de lui succéder, autant la 5G, elle, encore partiellement adoptée par les utilisateurs, va être talonnée par la 6G qui – lors du Mobile World Congress 2025 à Barcelone début mars, après avoir pointé le bout de son nez au MWC 2024 (5) – s’est annoncée commercialement pour 2030 en vue de la remplacer à terme. Dans les deux cas (FTTH et 5G), les opérateurs mobiles cherchent à mieux monétiser ces deux réseaux très haut débit qui leur ont demandé des efforts d’investissement élevés.

Rentabiliser la 5G comme le FTTH
Autrement dit, comment rentabiliser ces deux réseaux sur lesquels les utilisateurs ne se précipitent pas ? La problématique se pose à tous les opérateurs fixes et mobiles en Europe. Selon l’association mondiale des opérateurs mobiles, la GSMA, seulement 30 % environ des connexions mobiles effectuées en janvier 2025 sur le Vieux Continent étaient de la 5G. Alors qu’en Amérique du Nord et en Asie la 5G représente plus de 50 % des connexions mobiles sur la même période. Côté FTTH, l’Europe compte environ 130 millions d’abonnés. Dans les deux cas, il reste un fort potentiel d’abonnés à convaincre de basculer. @

Charles de Laubier

La bataille des IA génératives d’images et de vidéos s’exacerbe, avec les Etats-Unis en force

Après deux ans de bataille des IA génératives textuelles, déclenchée fin novembre 2022 par ChatGPT d’OpenAI, l’année 2025 s’annonce comme celle des IA génératives d’images et de vidéos. Edition Multimédi@ passe en revue une sélection de concurrents, tous d’origine américaine. Mais les chinois sont en embuscades.


Grok
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : xAI (Elon Musk)
Lancement : novembre 2023
Générateur de textes et d’images
https://x.ai/grok, https://x.com/i/grok
Disponibilité : gratuit depuis le 14-12-24
Accessible en France : oui
Remarque : Grok est développé par la start-up xAI créé en juillet 2023 par le milliardaire Elon Musk (cofondateur d’OpenAI qu’il a quitté en 2018). En plus de générer du texte, Grok peut aussi faire de même en créant des images réalistes grâce à son modèle text-to-image Aurora.


Sora
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : OpenAI (Sam Altman)
Lancement : février 2024
Générateur de vidéo ultraréalistes
https://openai.com/sora, https://sora.com
Disponibilité : payant dans ChatGPT Plus et Pro
Accessible en France : non
Remarque : Sora est un modèle de type text-to-video développé par OpenAI, déjà à l’origine de ChatGPT, lequel intègre Sora depuis début décembre 2024 via les abonnements payants ChatGPT Plus et ChatGPT Pro. Sora signifie en japonais « ciel » (potentiel illimité). (suite)


Dall-E
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : OpenAI (Sam Altman)
Lancement : janvier 2021
Générateur d’images
https://openai.com/index/dall-e-3, https://chatgpt.com
Disponibilité : gratuit (limité) et payant (au-delà)
Accessible en France : oui
Remarque : Dall-E est le pionnier du text-to-image grand public, développé par OpenAI (ChatGPT). Sa version actuelle, Dall-E 3, est disponible depuis septembre 2023, intégrée depuis dans ChatGPT via les abonnements payants ChatGPT Plus et Enterprise.


Gen (Gen-2, Gen-3)
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : Runway AI
Lancement : février 2023
Générateur de vidéos
https://runwayml.com, https://app.runwayml.com
Disponibilité : gratuit (limité) et payant (au-delà)
Accessible en France : oui
Remarque : La start-up newyorkaise Runway AI a été créée en 2018 par les Chiliens Cristóbal Valenzuela et Alejandro Matamala, ainsi que par le Grec Anastasis Germanidis. Ses modèles sont de type text-to-video et video-to-video, utilisés notamment par des producteurs de films.


Firefly
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : Adobe
Lancement : mars 2023
Générateur d’images, de vidéos et d’audio
https://firefly.adobe.com
Disponibilité : gratuit (limité, sur inscription) ou payant (entreprises)
Accessible en France : oui
Remarque : Abobe, éditeur des logiciels de création Photoshop, Acrobat, Illustrator et Premiere Pro, a lancé la première version de Firefly en mars 2023. Le modèle text-to-video a été lancé en octobre 2024 en version bêtapublique limitée (sur inscription en liste d’attente).


Midjourney
Pays d’origine : Etats-Unis
Propriétaire : Midjourney
Lancement : juillet 2022
Générateur d’images
https://www.midjourney.com/explore
Disponibilité : payant (abonnements)
Accessible en France : oui
Remarque : La start-up californienne Midjourney a été créée par David Holz. La version actuelle, la V6.1, a été lancée fin juillet 2024. Le mois suivant, elle a été rendue accessible à partir du Web et non plus seulement à partir de Discord comme auparavant.

Se sont aussi jetés dans la bataille du text-to-image et du texte-to-video : le chinois ByteDance (maison mère de TikTok) avec X-Portrait 2 et MagicVideoV2 ; le chinois Faceu Technology (filiale de ByteDance) avec Jimeng AI ; le chinois Kuaishou Technology avec Kling ; le chinois Zhipu AI avec Ying ; le chinois Shengshu Technology avec Vidu ; l’américain Google (Alphabet) avec Lumiere ; son compatriote Meta avec Make-A-Video et Movie Gen ; le français Turbo Studio avec Submagic ; la britannique Synthesia avec Synthesia ; la californienne World Labs avec « GenAI 3D » (lire EM@334, p. 5).