Les livres générés par de l’IA bousculent les maisons d’édition traditionnelles du monde entier

Alors que le Syndicat national de l’édition (SNE) – qui regroupe les majors françaises du livre parmi plus de 700 membres – organise le 42e Festival du Livre de Paris (12-13 avril), les IA génératives s’invitent parmi les « auteurs » avec des ouvrages dont elles ont écrit tout ou partie. Disruptif.

Pendant que l’industrie du livre fait son festival à Paris, l’intelligence artificielle vient jouer les trouble-fête en s’immisçant de plus en plus dans le monde de l’édition. Une nouvelle génération d’éditeurs, férus de technologies, s’apprêtent à disrupter la production de livres en accélérant leur mise sur le marché grâce notamment à l’IA générative pour raccourcir le temps de l’écriture et les éditer le plus rapidement possible auprès des lecteurs.

L’IA édite un livre en quelques jours
« Le monde de l’édition a peu changé depuis l’époque de Gutenberg et appelle à la transformation », prévient la startup américaine Spines (ex-BooxAI), cofondée en 2021 par l’Israélien Yehuda Niv (photo de gauche). Spines est une plateforme d’édition basée sur l’intelligence artificielle, qui propose aux auteurs « un moyen facile de publier, distribuer et commercialiser leurs livres, le tout en un seul endroit, en seulement 8 jours, du manuscrit à un titre publié, y compris la relecture, le formatage, la conception de la couverture, la distribution et le marketing sur tous les principaux canaux et plateformes ». Une semaine ! Là où les maisons traditionnelles mettent des mois avant de publier un livre. Yehuda Niv, PDG de la startup basée en Floride (1), et ses équipes veulent « réinventer le futur de l’édition ». « Nous voulons publier jusqu’à 8.000 livres en 2025. L’objectif est d’aider 1 million d’auteurs à publier leurs livres », avait déclaré Yehuda Niv, en novembre dernier à The Bookseller (2).
La plateforme Spines revendique (au 11 avril 2025) plus de (suite)
2.800 auteurs édités. « Il vous suffit de télécharger votre manuscrit et, en quelques jours, de le voir se transformer en un chef-d’œuvre publié et apprécié par les lecteurs du monde entier. Notre IA est comme un éditeur vigilant, scannant méticuleusement votre manuscrit à la recherche de tout problème de grammaire ou de zones qui bénéficieraient d’une amélioration », promet-elle aux auteurs. C’est de l’auto-édition à compte d’auteur boostée à l’IA, moyennant 1.200 à 5.000 dollars, les droits d’auteur lui revenant intégralement. Au Texas cette fois, les jumeaux Mikkelsen – Christian (photo de droite), PDG, et Rasmus, directeur technique, cofondateurs en 2018 de la société d’auto-édition Publishing.com – ont lancé en août 2024 Publishing.ai, leur plateforme logicielle conçue pour « rationaliser le processus d’édition de livres en exploitant l’intelligence artificielle éthique de pointe pour permettre aux auteurs, éditeurs et créateurs de contenu de produire des livres de haute qualité plus rapidement, plus facilement et plus économiquement que jamais » (3). L’IA va prémâcher en quelques minutes le travail de l’auteur, en lui suggérant les idées de livres les plus vendues, avec analyse du lectorat potentiel. Et en quelques heures, un « Manuscript Assistant » va lui produire un brouillon de 30.000 mots, construit selon ses spécifications et prêt pour des touches personnelles. L’IA permet en outre la personnalisation du style d’écriture et du ton en fonction de ce que souhaite l’auteur. Son manuscrit, unique, est alors prêt à être édité ! « Nos outils sont conçus pour améliorer votre créativité, pas la remplacer », assure Rasmus Mikkelsen. Et selon les jumeaux, avec Publishing.ai, « il n’est pas nécessaire d’embaucher de coûteux écrivains fantômes [ghostwriters, ou « nègres » selon la regrettable expression remplacée par « prête-plume », ndlr] »… De leur côté, Microsoft et ByteDance (maison mère de TikTok) sont en embuscades avec leur nouvelle maison d’édition, respectivement 8080 Books et 8th Note Press.
En France, la « maison d’auto-édition et agence littéraire » Libranova, cofondée en 2014 par Charlotte Allibert (photo ci-contre) et Laure Prételat, « suppose que ce sont plusieurs milliers d’ouvrages qui ont été rédigés par l’IA et publiés en France, notamment via la plateforme Amazon Kindle Direct Publishing ». Le géant du e-commerce autorise chaque compte KDP à publier jusqu’à trois publications par jour (4), afin de limiter l’édition massive facilitée par l’IA, « ce qui implique qu’un compte peut [tout de même, ndlr] générer environ 1.095 titres par an », relèvent-elles.

« Human Authored » et « Création Humaine »
Il y a un an, Libranova s’est associé au label payant « Création Humaine » (5), lancé en 2023 par Nicolas et Cécile Gorse, pour certifier que le contenu n’a pas été généré par une IA (6). Aux Etats-Unis, en janvier 2025, la Authors Guild a lancé dans le même esprit la certification « Human Authored » (7) pour « préserver l’authenticité de la littérature », ayant constaté que « les livres générés par l’IA inondent les marchés en ligne et ressemblent de plus en plus à des livres d’auteurs humains ». Les maisons d’édition risquent d’en perdre leur latin. @

Charles de Laubier

Livre numérique : le marché mondial des liseuses vise les 10 milliards de dollars d’ici 2030

La croissance discrète des liseuses (e-readers), dont la particularité de l’écran est de ne pas produire de lumière grâce à son encre électronique (e-ink) reposante, devrait amener ce marché mondial vers les 10 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. Amazon et Rakuten Kobo sont en tête.

(Michael Tamblyn, PDG de Rakuten Kobo, nous a confié ses doutes sur l’actualisation de l’étude à laquelle cet article de EM@ n°331 fait référence)

Elles ont des tailles d’écran variables, dont la diagonale va de moins de 6 pouces (un peu plus de 15 centimètres) à plus de 8 pouces (plus de 20 cm), en passant par 6 à 8 pouces (d’un peu plus de 15 cm jusqu’à un peu plus de 20 cm). Elles sont fines et légères, et offrent une prise en main confortable. Elles permettent une lecture d’une multitude de livres numériques (ebooks) sans fatigue, grâce à leur écran sans lumière grâce à leur encre électronique (e-ink). Ce sont les liseuses électroniques (e-readers).

Amazon et Rakuten Kobo en tête
Le marché mondial des liseuses pourrait atteindre les 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici la fin de la décennie, contre 7,36 milliards de dollars attendus pour cette année 2024. C’est du moins ce que prévoit Mordor Intelligence, à la faveur d’une croissance annuelle moyenne de 6,31 %. « Le marché mondial des liseuses est modérément consolidé avec la présence de plusieurs acteurs comme Amazon., Barnes & Noble, Rakuten Kobo, Hanvon Technology, Onyx International, etc. », indique ce cabinet d’études indien. Selon lui, l’Asie-Pacifique (dont la Chine) affiche la croissance la plus rapide mais l’Amérique du Nord reste encore pour l’instant le plus grand marché pour les liseuses (1). Bien que les tablettes soient beaucoup plus vendues en nombre dans le monde et bien que restées d’usage secondaire par rapport aux smartphones (2), les liseuses continuent, elles, de maintenir une niche solide grâce à leurs avantages spécifiques pour la lecture.

Le géant du e-commerce Amazon, qui ne divulgue pas les chiffres de ventes de ses liseuses Kindle et Scribe, se maintient toujours comme le numéro un mondial des fabricants de ces e-readers, suivi par le canadien Kobo (propriété du japonais Rakuten). La firme de Jeff Bezos, qui continue d’innover pour ne pas se laisser devancer par la concurrence, a lancé le 16 octobre une nouvelle gamme de ses Kindle avec quatre modèles, dont le tout premier à écran couleur et un autre intégrant de l’IA générative. « Les ventes ont atteint un sommet l’an dernier, la majorité des achats étant effectués par les premiers utilisateurs de Kindle », a déclaré Kevin Keith (photo), vice-président d’Amazon Devices (3). La disponibilité de ces nouvelles liseuses d’Amazon s’échelonnera de ce mois d’octobre (Kindle Paperwhite et Kindle Colorsoft) à début décembre (nouveau Kindle Scribe, avec stylet pour prise de notes). « Les liseuses sont de plus en plus avancées en termes de technologie d’écran, souligne Mordor Intelligence. Leur haute résolution offre aujourd’hui un contraste amélioré, une meilleure précision de couleurs et une réduction des reflets. Cela rend les liseuses plus similaires aux livres imprimés, ce qui apporte aux utilisateurs un confort de lecture. Certaines liseuses disposent également d’un jeu de couleurs réglable ». Grâce à leur encre électronique, les liseuses séduisent des lecteurs de plus en plus nombreux par leur capacité à permettre : une lecture prolongée sans fatigue visuelle, une lisibilité en plein soleil ou quelle que soit la lumière ambiante (même dans le noir), une autonomie prolongée due à l’e-ink consommant peu d’énergie (plusieurs semaines), une lecture similaire à celle d’un livre imprimé du fait de son encre électronique donnant l’apparence de l’encre sur papier.
Avec son Kindle Colorsoft, Amazon n’est pas le premier à avoir sorti une première liseuse couleur. Le canadien Kobo (anagramme de book), détenu depuis 2012 par le japonais Rakuten (4), a lancé en avril dernier ses deux tout premiers modèles à couleurs (Kobo Libra Colour et Kobo Clara Colour). « Nous sommes heureux d’être la première plateforme mondiale de livres électroniques à offrir des liseuses numériques couleur abordables, qui donnent vie à vos livres et à notre librairie. Tout ce que vous aimez dans l’impression, avec tous les avantages de l’e-reading », s’est félicité Michael Tamblyn, PDG de Rakuten Kobo (5). Depuis septembre 2011, l’entreprise canadienne est partenaire de la Fnac (6).

PocketBook, Hanvon et Onyx
La dématérialisation du marché du livre, tant des titres proposés par dizaines de milliers dans les catalogues (achat à l’acte ou par abonnement) que des supports, voit aussi prospérer des fabricants internationaux de liseuses tels que PocketBook. Cette entreprise fondée à Kiev en Ukraine en 2007 est basée depuis 2012 en Suisse, à Lugano. « PB » a vendu plus de 4 millions de liseuses à ce jour dans 35 pays. Les chinois sont en embuscade sur ce marché des e-readers appelé à croître dans le sillage de l’accroissement des ventes de ebooks. C’est le cas de Hanvon (alias Hanwang Technology) et de Onyx International. @

Charles de Laubier

Accessibilité : freins pour les livres numériques ?

En fait. Le 28 novembre prochain, les 24ès Assises du livre numérique, organisées à Paris par le SNE, auront pour thème cette année : « Pour des livres numériques nativement accessibles ». Elles mettront en lumière les contraintes qui pèseront à partir de 2025 sur le marché des ebooks – déjà à la peine.

En clair. Les obligations d’« accessibilité » qui pèseront à partir du 28 juin 2025 sur les maisons d’édition – pour que leurs livres numériques soient utilisables aussi par des lecteurs présentant des handicaps visuels, auditifs ou cognitifs – ne vont-elles pas… handicaper le marché des ebooks en France ? Si l’on peut se féliciter de cette perspective pour les lecteurs concernés, cela n’empêche pas de se demander si ces contraintes techniques, et donc financières, ne vont pas pénaliser les éditeurs sur un marché français du livre numérique qui peine toujours à décoller dans l’Hexagone.
Lors de son assemblée générale annuelle le 29 juin dernier, le Syndicat national de l’édition (SNE) – qui a créé il y a 25 ans les Assises du livre numérique et les organise chaque année – a fait état pour l’année 2022 d’une hausse de seulement 4,4 % du marché français des ebooks. Avec 285,2 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, l’édition numérique pèse encore moins de 10 % du marché global de l’édition en France (9,8 % précisément), soit sur un total de 2,9 milliards d’euros (1) en recul, lui, de -5,4 %.

Toujours est-il que la directive européenne « Accessibilité applicables aux produits et services » de 2019 doit entrer en vigueur dans les Vingt-sept, au plus tôt le 28 juin 2025 pour les nouveaux livres numériques publiés à partir de cette date, et au plus tard le 28 juin 2030 pour les titres parus avant ce 28 juin 2025 (2). Sont concernés par cette obligation d’accessibilité des ebooks aux personnes handicapées de nombreux autres appareils électroniques grand public et logiciels d’exploitation (3). Pour les ebooks : le titre, le logiciel d’exploitation associé ainsi que les liseuses numériques devront être nativement « accessibles » aux personnes empêchées de lire. Et dans près d’un an et demi pour les nouveautés. En France, la transposition de la directive s’est faite par un décret daté du 14 août 2023 paru au JORF (4).
La Bibliothèque nationale de France (BnF) a, elle, mis en place la Plateforme de transfert des ouvrages numériques : Platon (5). Au niveau européen, l’ABE Lab (Accessible Backlist Ebooks Laboratory) est une plateforme collaborative aidant les éditeurs sur les solutions et les coûts pour adapter leurs ebooks (6). Bien que la directive ne précise pas de format de fichier, le standard ouvert Epub3 de l’International Digital Publishing Forum (IDPF) fait consensus. @

Le groupe français OVH veut surfer en Bourse sur le marché ouvert du « cloud souverain » dans le monde

La souveraineté nationale et/ou européenne de l’informatique en nuage (cloud) est à géométrie variable, mais elle constitue un marché prometteur pour les fournisseurs comme le français OVHcloud qui va faire son entrée en Bourse. Mais les américains et les chinois veulent aussi leur part du gâteau.

« Souveraineté des données » (50 fois), « cloud souverain » (2 fois), mais aussi « cloud souverain européen », « souveraineté des données en Europe », « souveraineté numérique de l’Europe », « cloud de données sécurisées et souveraines », « souveraineté et de sécurité des données », « bases de données souveraines » : le document d’enregistrement boursier du groupe OVH (alias OVHcloud), approuvé le 17 septembre 2021 par l’Autorité des marchés financiers (AMF), montre que la « souveraineté » est devenue le leitmotiv dans le nuage.

Youboox fête ses 10 ans de lecture en streaming et envisage une nouvelle levée de fonds en fin d’année

Cofondée le 22 juillet 2011 par Hélène Mérillon, la société Youboox – éditrice de la plateforme de lecture en streaming par abonnement lancée en mars 2012 – se développe en révolutionnant le monde du livre. Le « Netflix de l’écrit », mais aussi du livre audio, affirme être rentable et envisage une troisième levée de fonds.

« Notre modèle économique n’a pas changé depuis la création de la société, mais nous avons développé nos offres via plusieurs canaux de distribution : d’abord en nous appuyant sur de grand partenaires B2B comme les opérateurs télécoms SFR et Free [ainsi qu’Orange Belgique et Orange Tunisie, ndlr], les groupes hôteliers comme Accor, ou des compagnies aériennes comme Air France, puis en accélérant nos investissements marketing digitaux en B2C », indique à Edition Multimédi@ Hélène Mérillon (photo), présidente de Youboox. Aujourd’hui, avec un catalogue disponible en streaming illimité de 400.000 contenus provenant de 1.500 éditeurs (ebooks, livres audios, bandes dessinées, quotidiens, magazines, guides de voyages, guides pratiques, …), Youboox revendique 2,5 millions d’utilisateurs francophones partout dans le monde. Avec une gratuité sur les trente premiers jours (1), les deux offres d’abonnement mensuel (l’une classique à 7,99 euros mais restreinte aux ebooks et aux BD, et l’autre à 11,99 euros avec livres audio et presse compris) ont séduit à ce jour plus d’un demi-million d’abonnés payants. Pour le prix d’un livre de poche, le lecteur peut s’offrir « un buffet littéraire à volonté » (dixit Orange Belgique) et un kiosque à journaux illimité.