Meta Platforms accélère dans l’intelligence artificielle et ambitionne d’être l’Apple-killer, quoi qu’il en coûte

La firme Meta est entrée dans sa 5e année depuis son changement de nom pour coller aux métavers. L’échec cuisant a valu à la division Reality Labs de cumuler 77 milliards de dollars de pertes depuis 2021. Mais l’ex-groupe Facebook avec Instagram et WhatsApp reste une cash machine. Et mise sur l’IA contre Apple.

Meta Platforms (ex-groupe Facebook), maison mère de Instagram, WhatsApp, Oculus et aussi éditrice des services Messenger et Threads, a franchi pour son exercice 2025 – dont les résultats ont été présentés le 28 janvier – la barre des 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Lors de ses précisions pour l’année 2025, établie fin octobre (lors de la présentation des résultats du troisième trimestre), la directrice financière du groupe, Susan Li (photo de gauche) n’avait pas exclu de parvenir à dépasser cette barre symbolique.
Avec un peu plus de 200,9 milliards de dollars encaissés l’an dernier, cela représente un bond de 22,1 % sur an. Le groupe cofondé en 2004 et dirigé par Mark Zuckerberg continue d’être une cash machine très rentable, avec plus de 60,4 milliards de dollars de bénéfice net, bien qu’en léger recul de – 3 % par rapport à l’exercice précédent. Mais le revers de la médaille est que Meta est aussi un cash burner – une machine à brûler de la trésorerie. Et c’est Reality Labs qui est le gouffre financier de la firme de Menlo Park (Californie), cette activité accusant à elle seule une perte opérationnelle de près de 20 milliards de dollars (19,2) en 2025, aggravée de – 8,2 % en un an.

RL, jusqu’à 88 milliards de $ perdus depuis 2019
« Zuck » a payé très cher sa précipitation dans le métavers, non seulement en rebaptisant son entreprise Facebook en « Meta », mais surtout – selon les calculs de Edition Multimédi@ – en y injectant depuis 2021 près de 77 milliards de dollars. Puits sans fond, l’entité Reality Labs (RL, ex-Facebook Reality Labs), que dirige depuis 2017 Andrew Bosworth (photo de droite) en tant que directeur de la technologie (CTO) de Meta Platforms depuis 2022, cumule même – toujours selon notre pointage – une perte opérationnelle de plus de 88 milliards de dollars depuis l’année 2019 pré-covid. RL regroupe les activités de réalité virtuelle (VR), de réalité augmentée (AR) et de métavers. Ainsi, Mark Zuckerberg a misé très gros sur tout ce qui n’était pas publicitaire numérique ni réseau social, à savoir les casques VR Quest et Quest Pro (ex-Oculus), le métavers Horizon (XR) et tous ses déclinaisons (Worlds, OS, Workrooms, …), les lunettes connectées Ray Ban Meta en partenariat avec le fabricant franco-italien EssilorLuxottica.

Arrêt des solutions métavers aux entreprises
Alors que Meta Platforms est en train de licencier environ 10 % des effectifs de Reality Labs, soit un millier et demi d’emplois sur un total de 15.000 employés « RL », Susan Li a indiqué le 28 janvier que (suite) sur l’ensemble de l’année 2026 en cours « les pertes opérationnelles de Reality Labs rest[eraient] similaires aux niveaux de 2025 » – soit à nouveau un déficit opérationnel d’environ 20 milliards de dollars. Et toutes activités confondues, Meta s’attend cette année à dépenser au total « entre 162 et 169 milliards de dollars » dans des infrastructures (centres de données, cloud, techniciens, …) et les activités de Meta Superintelligence Labs (laboratoire IA créé en juin 2025). Meta prend ses distances avec les métavers et essaie d’y voir plus clair avec ses lunettes IA, lesquelles sont devenues « la priorité » depuis l’an dernier (1) et plus encore en 2026, en raison d’une plus forte demande pour ces prothèses oculaires connectées que pour les mondes virtuels en manque d’avatars et de débouchés commerciaux. Depuis son lancement en 2023, la gamme des lunettes intelligentes Ray-Ban Meta – venue après le Ray-Ban Stories lancées en 2021 – s’est vendue à plus de 2 millions d’exemplaires.
Mais Meta veut voir aussi plus loin que le bout de son nez : sur les traces des pionniers des assistants portatifs dopés à l’IA que sont Humane avec AI Pin et Rabbit avec R1, Mark Zuckerberg (photo ci-contre) s’apprête aussi à se lancer dès cette année sur le marché naissant du « post-smartphone » (2) avec des appareils légers intelligents (épingles IA, écouteurs IA, microphones IA et autres AI wearables). Le designer d’Apple depuis près de 20 ans (conception d’« interfaces humaine »), Alan Dye, vient d’être débauché par Meta. Une réponse à OpenAI qui, à partir de 2023, s’est attaché les services d’une autre pointure d’Apple, Jony Ive (designer de l’iPhone) pour concevoir lui aussi un « smartphone-killer » (3).
Résultat : l’horizon de Meta a changé de ligne. D’autant que « Zuck » verrait bien Meta comme le nouvel « Apple ». Conséquence de cette offensive dans les « AI devices » : Horizon Workrooms va être désactivé et les services Meta Horizon aux entreprises ne seront plus commercialisés. C’est « à partir du 16 février 2026 » que sera supprimé le métavers Horizon Workrooms, conçu comme un espace virtuel pour la collaboration dans le monde du travail. « A partir de cette date, vous ne pourrez plus accéder à Workrooms, et toutes les données associées à Workrooms seront supprimées », prévient Meta (4). Puis c’est « à compter du 20 février 2026 » que ne seront plus vendus aux entreprises les services gérés Meta Horizon et les identifiants des casques VR Meta Quest. « La clientèle pourra toujours accéder aux services gérés Meta Horizon pour Meta Quest 3 et 3S jusqu’au 4 janvier 2030 », précise cependant Meta (5). Les utilisateurs de casques VR, eux, sont invités à « essayer plusieurs applications du Meta Horizon Store telles que Arthur, Microsoft Teams immersif et Zoom Workplace » pour se réunir et collaborer. Et pour continuer à interagir avec ses amis, sa famille et sa communauté, il y a les univers de Meta Horizon Worlds (6). Le métavers n’est donc pas abandonné, mais ses développements moins dispendieux seront orientés plus vers les smartphones que sur les casques VR. Andrew Bosworth, qui a accordé plusieurs interviews à Davos lors du Forum économique mondial (WEF) de janvier, a déclaré que Meta allait « redoubler d’efforts pour apporter les meilleures expériences Horizon et les meilleurs outils de création d’IA sur le mobile ». Les mondes totalement immersifs, vers lesquels « Zuck » s’était précipité beaucoup trop vite, ne sont plus le Graal recherché.
Place donc aux dispositifs portables intelligents. « Meta prototype toutes sortes d’idées folles que vous pouvez imaginer. Il y a plein de gens qui jouent avec tous les formats. Vous avez des pendentifs, des stylos, des épingles et des poignets. Vous pouvez supposer sans risque que nous jouons avec tout cela. En interne, nous avons une très bonne équipe », a notamment confié Andrew Bosworth le 21 janvier au média indien Moneycontrol (7). Le CTO (8) de Meta à la tête de Reality Labs et de Meta Superintelligence Labs (MSL) prévoit que les dispositifs d’IA finiront par donner aux consommateurs « une ouïe, une vision, une cognition et une mémoire surhumaines », à tel point que s’ils les enlèvent, ils se sentiront désavantagés, tout comme quelqu’un qui a besoin de lunettes de correction est pénalisé par rapport à d’autres personnes qui n’en ont pas besoin. A Davos, Andrew Bosworth n’a pas démenti que la nouvelle équipe de MSL travaillait sur un modèle d’IA texte appelé Avocado, dont le lancement serait prévu pour ce premier trimestre 2026, ni sur un modèle axé sur l’image et la vidéo appelé Mango. Quoi qu’il en soit, il s’attend à ce que 2026 et 2027 soient deux années « plus affirmées » pour l’IA grand public.

Trop accro à la publicité, bientôt des abonnements
Reste que le chiffre d’affaires de la division Reality Labs atteint « seulement » 2,2 milliards de dollars sur l’année 2025, soit une petite hausse de 2,8 % sur un an. Alors qu’elle est le principal foyer de pertes de la firme de Menlo Park, cette entité ne génère que 1 % du chiffre d’affaires global du groupe. La publicité en ligne sur Facebook, Instagram, Messenger, WhatsApp et autres services – logée dans l’agrégat Family of Apps (FoA) – constitue encore l’essentiel des revenus du groupe : FoA a généré près de 198,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, soit 98,9 % des recettes globales. Le conglomérat Meta a indiqué au média américain TechCrunch le 26 janvier qu’il allait bientôt proposer des abonnements payants sur Instagram, Facebook et WhatsApp, donnant accès à des fonctionnalités IA et vidéo exclusives via aussi son nouveau réseau social Vibes lancé l’an dernier. @

Charles de Laubier

Comment l’intelligence artificielle perturbe les prévisions de croissance de l’économie mondiale

Retour sur les prévisions de croissance pour 2026 avancées par le Forum économique mondial (WEF), qui s’est tenu à Davos du 19 au 23 janvier. L’IA a contraint les économistes en chef à revoir leurs chiffres, sans vraiment savoir sur quel pied danser : entre optimisme et inquiétude.

« Avec 53 % des chefs de l’économie s’attendant à un affaiblissement de la conjoncture économique mondiale, 28 % ne prévoyant aucun changement et 19 % tablant sur une économie plus vigoureuse, les perspectives pour l’économie mondiale sont négatives pour l’année [2026], même si le sentiment s’est amélioré par rapport aux prévisions de l’an dernier. […] A moyen terme, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) reste une source clé d’opportunités et de risques pour l’économie mondiale. », a résumé le Forum économique mondial (WEF), dans son rapport sur les perspectives des économistes en chef. Ils sont 75 cette année à avoir livré leur analyse.

Les conséquences incertaines de l’IA
Bien que 53 % des économistes en chef s’attendent encore, en janvier 2026, à ce que les perspectives mondiales s’affaiblissent au cours de cette nouvelle année, il s’agit d’une amélioration par rapport aux 72 % d’entre eux qui s’attendaient, en septembre 2025, à ce résultat. Ce regain d’optimisme, même s’il n’est pas consensuel, trouve sa source dans la déferlante de l’intelligence artificielle. « L’adoption rapide de l’IA se distingue à la fois comme une source d’optimisme et un catalyseur de perturbation. Bien que le potentiel d’améliorations importantes de la productivité soit largement reconnu, le rythme et la répartition de ces avantages devraient varier considérablement selon les régions, les industries et la taille des entreprises », nuancent ces économistes en chef dans leur Chief Economists’ Outlook (1), dont le Français Pierre Olivier Gourinchas (photo), chef économiste du Fonds monétaire international (FMI). Quant à l’impact de l’IA sur l’emploi, il reste incertain à leurs yeux, exprimant des opinions divergentes à long terme mais s’accordant sur « une perturbation modeste prévue à court terme ».
Alors que les Etats-Unis connaissent une augmentation des investissements dans l’infrastructure de l’IA et des centres de données, cela alimente « les espoirs d’une relance de la productivité », même si « des questions persistent sur la portée et la durabilité de ces gains ». La quasi-totalité (97 %) des chefs économistes interrogés s’attendent à ce que (suite) l’impact direct des investissements en IA sur la croissance des Etats-Unis soit significatif (89 %) ou très significatif (8 %). Et ce, dans un contexte de risques à la baisse importants sous forme de « prix des actifs gonflés », de « niveaux accrus de dette publique » et d’« incertitude géopolitique élevée » – certains économistes en chef interrogés par le WEF ayant fréquemment cité le « risque d’éclatement de la bulle des actifs ». L’éclatement potentielle de la bulle IA est, depuis plusieurs mois, dans toutes les têtes (2). Mais les économistes en chef de Davos tentent d’apaiser les inquiétudes : « Les marchés mondiaux au cours de l’année écoulée ont été motivés par un boom concentré sur des actions [participations au capital, ndlr] de sociétés américaines, parmi les leaders de l’IA. Bien qu’elles soient encore inférieures aux niveaux atteints au sommet de la bulle Internet [dot.com, dans le texte, ndlr], les évaluations des sept plus grandes entreprises technologiques américaines – les magnificent seven (M7) – ont maintenant atteint les 10 % les plus élevés de leurs distributions historiques ». Ces « M7» font référence aux sept Big Tech américaines qui dominent la capitalisation du S&P 500, à savoir : Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta, Nvidia et Tesla. Les gains en actions ont été largement concentrés dans ces entreprises technologiques : « La part des M7 dans la capitalisation boursière totale de l’indice a augmenté pour atteindre près de 35 %, contre environ 20 % en novembre 2022 », font remarquer les économistes interrogés par le Forum économique mondial.
Pour autant, d’autres actifs ont également connu des développements remarquables : alors que le bitcoin et d’autres cryptomonnaies ont chuté, l’or a bondi de 60 % en 2025 en raison d’une forte incertitude favorisant une demande de valeurs refuges, y compris de la part des banques centrales – sa meilleure performance annuelle depuis 1979. Pendant ce temps, le dollar américain a repris du poil de la bête (voir tableau page suivante).

La bulle IA loin de l’ex-bulle Internet
Pour cette année 2026, une majorité d’économistes en chef (52 %) s’attend à ce que les actions liées à l’IA aux Etats-Unis diminuent, tandis qu’une minorité (9 %) anticipe une baisse significative. Cependant, ils sont tout de même nombreux (40 %) à s’attendre à d’autres gains générés par l’IA, bien qu’une majorité (58 %) s’attend également à ce que les valeurs liées aux actions IA plafonnent ou diminuent. Toutes ces réponses démontrent l’incertitude de la situation actuelle. « En même temps, temporisent quand même nos économistes en chef du Davos 2026, il existe des arguments crédibles contre le fait de considérer le boom de l’IA comme une bulle, ce qui tempère l’argument en faveur d’une correction vers le bas [pour ne pas dire d’éclatement de la bulle IA, ndlr]. Contrairement à l’ère dot.com, les principales entreprises d’IA d’aujourd’hui sont déjà très rentables, avec une forte croissance des bénéfices soutenant la hausse des prix des actions et un investissement réel important dans les centres de données et l’infrastructure ».

Vers un possible krach boursier mondial
Les multiples cours/bénéfices – Price-Earnings Ratio (PER) – pour les principaux acteurs de l’IA se situent à des niveaux qui supposent plusieurs années de croissance ininterrompue, mais ils restent en dessous de certains sommets atteints pendant la bulle Internet. Le Forum économique mondial relève d’ailleurs que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), d’une part (3), et le FMI, d’autre part (4), soulignent tous deux que les dépenses d’investissement liées à l’IA ont apporté un soutien significatif à la croissance américaine en 2025, y compris après neutralisation des effets d’anticipation des investissements induits par les droits de douane – l’arme favorite de Trump.
Mais la situation économique outre-Atlantique pourrait se retourner : près des trois quarts des économistes en chef (74 %) s’attendent à ce qu’une baisse importante de la valeur des actifs d’IA aux Etats-Unis ait un impact généralisé sur l’économie mondiale, tandis qu’un quart l’envisage plus contenue. « Certaines estimations suggèrent qu’un krach boursier aux Etats-Unis pourrait engendrer des pertes potentielles pouvant aller jusqu’à 35 trillions de dollars [35.000 milliards de dollars, ndlr] », prévient le Chief Economists’ Outlook du WEF. Ce chiffre monstrueux a été avancé par l’ancien économiste en chef du FMI (de 2019 à 2022, promue première directrice générale adjointe du FMI), l’Indo-américaine Gita Gopinath (photo ci-dessus), dans The Economist (5).
En ce qui concerne l’or, les cryptomonnaies ou les actions en Chine ou en Europe, la majorité des économistes prévoit que l’impact d’une baisse significative sera contenu. Quant aux dépenses énergétiques, elles seront en hausse dans les économies avancées (selon 74 % des économistes) mais aussi dans les marchés émergents (43 %). « Les capacités d’IA croissantes relient les deux domaines à mesure que la demande croissante en énergie des centres de données se déplace vers le projecteur de la révolution IA en cours », constatent-ils aussi (6). Rien qu’aux Etats-Unis, les augmentations annuelles des dépenses pour les seuls centres de données devraient se situer entre 100 et 225 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années (7). Dans le même temps, la Chine adopte de grands modèles de langage (LLM) open source et moins énergivores, tout en promouvant l’essor rapide de fabricants nationaux de puces IA : 83 % des économistes sondés par le WEF s’attendent à ce que l’impact direct des investissements liés à l’IA sur la croissance de l’Empire du Milieu soit significatif (77 %) ou très important (6 %).
Quant à l’Europe, elle suscite des doutes sur sa capacité à rivaliser dans les technologies qui stimuleront la croissance future, en particulier l’IA. Seulement 42 % des économistes en chef interrogés s’attendent à un impact direct significatif des investissements liés à l’IA sur la croissance de l’Europe, une part nettement inférieure à celle des Etats-Unis et de la Chine. « L’Europe a du mal à suivre la course mondiale à l’IA. [Elle] devrait commencer à récolter les bénéfices de productivité de l’adoption et du déploiement de l’IA d’ici environ trois ans. Bien que plus de la moitié (56 %) s’attendent à un retard de trois à quatre ans, près de quatre personnes sur dix (38 %) sont plus optimistes quant à la rapidité potentielle de l’adoption », indique le Chief Economists’ Outlook. Concernant l’impact de l’IA sur l’emploi dans le monde, près de trois économistes sur quatre (72 %) s’attendent à des pertes d’emplois modestes (66 %) voire importantes (6 %) au cours des deux prochaines années. Autrement dit, l’intelligence artificielle va perturber à court et moyen terme l’économie mondiale – pour ne pas dire le capitalisme. @

Charles de Laubier

« Physical AI » : pourquoi Nvidia ne lancera pas son propre robot humanoïde nouvelle génération

Au CES 2026 de Las Vegas, Nvidia a donné un coup d’accélérateur à sa conquête des « cerveaux » de robots humanoïdes. Cette diversification, au-delà des centres de données et des IA génératives, devrait conforter sa place de première capitalisation boursière mondiale.

« Le prochain voyage, la prochaine ère pour les systèmes robotiques, ce sera les robots, et ces robots viendront dans toutes sortes de tailles différentes », a lancé Jensen Huang (photo), le PDG fondateur de Nvidia, lors de son intervention ultramédiatisée au CES 2026 de Las Vegas, le 5 janvier, où ont évolué sur scène à ses côtés de petits robots humanoïdes dignes de la saga Star Wars (R2-D2, C-3PO, …), ainsi que le robot infirmier Nurabot développé par le taïwanais Foxconn avec Nvidia et Kawasaki. Agibot du chinois Zhiyuan Robotics et Chenille du sud-coréen LG Electronics étaient aussi de la partie (1).

Boston Dynamics, Neura, Franka, Humanoid, …
« Et voilà donc le prochain chapitre. Nous parlerons beaucoup plus de robotique à l’avenir, mais ce n’est pas seulement des robots au final. […] Et l’une des industries les plus importantes au monde qui sera révolutionnée par l’IA physique et la physique de l’IA est celle qui nous a tous fondés », a prédit l’Américano-Taïwanais Jensen Huang, lors de sa keynote aux allures de one-man-show.
Le patron emblématique des puces IA a cité de nombreux clients partenaires de Nvidia tels que : l’américain Boston Dynamics (détenu depuis 2021 par le sud-coréen Hyundai Motor Group), qui a sorti son robot humanoïde Atlas de son laboratoire pour lancer sa version commerciale durant ce CES 2026 (2) ; l’allemand Neura Robotics, qui a lancé aussi à Las Vegas sa nouvelle génération de robots humanoïdes 4NE (3) ; le britannique Humanoid, qui a annoncé au CES son premier robot humanoïde baptisé « HMND-01 Alpha » (4), roulant et bipède, intégrant « dans sa pile technologique » (technology stack) les technologies Nvidia que sont (suite) Jetson Thor, Isaac Sim et Isaac Lab. La société centenaire américaine Caterpillar (fondée en 1925), fabricants de machines de construction et de vêtements de travail, n’a pas annoncé d’ouvrier humanoïde au CES 2026, mais un partenariat élargi avec Nvidia pour apporter l’IA sur les chantiers (5). Pas de robot humanoïde non plus chez l’entreprise allemande Franka Robotics (ex-Franka Emika, détenu par Agile Robots depuis 2023, s’appuyant également sur les solutions IA de Nvidia, mais de la robotique manipulatrice comme avec les deux bras de FR3 Duo (plateforme bimanuale) dont les tâches sont alimentées par « GR00T N1.6 », le modèle d’IA physique (Physical AI) de Nvidia (6). C’est autant de clients d’envergure, dont les partenariats stratégiques expliquent pourquoi Nvidia ne prendra pas le risque de se lancer luimême dans la fabrication de robots humanoïdes, comme Tesla avec Optimus. « N’est-ce pas incroyable ? C’est comme ça que tu as appris à être un robot. Tu as tout fait à l’intérieur d’Omniverse. Et le simulateur de robots s’appelle Isaac, Isaac Sim et Isaac Lab », s’est enthousiasmé Jensen Huang. La firme de Santa Clara (Californie) s’est fait un nom en devenant le numéro mondial des processeurs graphiques (GPU) et des puces IA pour les centres de données ; elle compte s’imposer maintenant dans la robotique industrielle mais aussi dans les robots humanoïdes grâce à ses « piles » matérielles, logicielles et IA intégrées. Cela passe par sa plateforme Omniverse (7), offrant des bibliothèques et des microservices pour développer des jumeaux numériques industriels et des applications de simulation d’IA physique.
« Les avancées en IA physique permettent à l’IA de passer des écrans à notre monde physique, et juste à temps, alors que le monde construit des usines de toutes sortes pour des puces, des ordinateurs, des médicaments vitaux et l’IA. Alors que la pénurie mondiale de main-d’œuvre s’aggrave, nous avons plus que jamais besoin d’automatisation alimentée par l’IA physique et la robotique », a développé le PDG de Nvidia à Las Vegas (8). Le marché de masse n’est pas loin, et Jensen Huang veut en être le n°1. Une rare prévision chiffrée, avancée par Research Nester, estime le marché mondial des robots humanoïdes à plus de 3,1 milliards de dollars en 2025 et prévoit plus de 81,5 milliards de dollars d’ici 2035, à raison d’une croissance moyenne annuelle de 38,5 % sur la période (9).

Marché grand public à partir de 2026
« La nouvelle ère des robots » est décidément en marche (10). La fabrication de robots humanoïdes commence à entrer dans une phase de production industrielle, au rythme de dizaines de milliers d’unités chaque année chez Tesla, BYD, Agibot ou encore Agility Robotics, certains modèles étant désormais vendus en dessous de 10.000 dollars. La société d’études ResearchAndMarkets parle de « déploiement grand public attendu à partir de 2026 » (11), à l’instar de Tesla qui prévoit d’atteindre 100.000 Optimus cette année. @

Charles de Laubier

Perplexity AI veut se donner les moyens d’être le futur « Google » à l’ère de l’intelligence artificielle

Start-up cofondée en août 2022 par l’Indo-américain Aravind Srinivas, le Biélorusse Denis Yarats et les Américains Andy Konwinski et Johnny Ho, Perplexity AI monte en charge avec l’ambition de mettre un terme au quasi-monopole de Google dans la recherche sur le Web, grâce à son agent IA combiné à un moteur de réponse.

« Perplexity n’est pas un chabot. C’est un outil », avertit sur son site web (1) la licorne californienne Perplexity AI – qui n’est pas encore cotée en Bourse mais qui est, en moins de trois ans d’existence, déjà valorisée près de 10 milliards de dollars… pour l’instant. Son « outil » n’est autre qu’un agent conversationnel basé sur l’intelligence artificielle combiné avec un moteur de réponse. L’outil « AI-native search » de Perplexity est à la start-up Perplexity AI ce que le moteur de recherche Google est au géant du Net devenu monopolistique. Le premier rêve de détrôner le second, coûte que coûte.
Depuis qu’ils ont cofondé en août 2022 leur entreprise à San Francisco (Californie), Aravind Srinivas (photo), Denis Yarats, Andy Konwinski et Johnny Ho ont levé à ce jour environ 675 millions de dollars. Il y a un an, la start-up devenait une licorne à la faveur d’une quatrième levée de fonds – en avril 2024 (auprès notamment de Jeff Bezos et de Nvidia) – portant sa valorisation à un peu plus de 1 milliard de dollars. Deux autres tours de table – en juin (auprès de Softbank) et la dernière en date en novembre 2024 (auprès de Nvidia entre autres) – ont fait exploser sa valorisation à respectivement 3 milliards puis 9 milliards de dollars. Et encore, cela ne tient pas compte d’un investissement non divulgué du fonds Samsung Next en mai 2024 (voir tableau page suivante).

Accord avec Motorola, et bientôt Samsung ?
Sur sa lancée, Perplexity AI discute actuellement avec des investisseurs d’une nouvelle levées de fonds qui, d’après Bloomberg, se situerait entre 500 millions de dollars et 1 milliard de dollars, ce qui pourrait doubler sa valorisation, à 18 milliards de dollars (2). L’Indo-américain Aravind Srinivas (directeur général), le Biélorusse Denis Yarats (directeur technique) et les Américains Andy Konwinski (président) et Johnny Ho (directeur de la stratégie) sont décidé à mettre les bouchées doubles pour s’attaquer à la position dominante de la filiale d’Alphabet. C’est du côté du numéro un mondial (3) des smartphones – Samsung Electronics, déjà investisseur depuis un an dans Perplexity AI – que se trouve la clé de ses ambitions face à Google, tout en rivalisant avec le nouvel entrant de la première heure, OpenAI et son « ChatGPT Search » (4) lancé fin octobre 2024. Des négociations sont en cours avec le fabricant sud-coréen des Galaxy, fonctionnant tous – ironie de l’histoire – sur (suite)

le système d’exploitation le plus répandu au monde dans les smartphones, Android de… Google.

Préinstallé sur des millions de smartphones
Par ailleurs, Perplexity AI vient de conclure un accord mondial avec un autre fabricant de téléphones mobiles, de moindre envergure celui-là, Motorola, filiale du chinois Lenovo depuis 2014. « Perplexity sera préinstallé sur des millions de smartphones dans le monde [dont les modèles pliables Razr, ndlr], offrant aux utilisateurs de Motorola un accès direct à notre moteur de réponse et à notre assistant », a annoncé le 27 avril (5) la licorne. Mais c’est avec Samsung que le petit rival de Google pourrait devenir grand, le sudcoréen détenant en 2024 une part de marché mondiale des smartphones de 18,1 %, d’après IDC – contre seulement 3,7 % pour Motorola.
Préinstaller Perplexity sur les millions de Galaxy vendus chaque année (223,5 millions d’unités vendues l’an dernier) lui offrirait une véritable rampe de lancement. « Les termes pourraient inclure l’offre de Perplexity comme une option d’assistant IA par défaut ou en préchargeant l’application Android au démarrage sur les téléphones. Samsung pourrait également promouvoir fortement l’assistant comme une option dans le Galaxy Store, où les utilisateurs téléchargent des applications », ont indiqué à Bloomberg le 17 avril des personnes au fait des discussions (6). Ni Perplexity ni Samsung n’ont souhaité commenter ces informations. Des sources de l’agence de presse new-yorkaise ont en outre indiqué que, après le premier investissement via son Next il y a un an, « Samsung envisage de faire un autre investissement dans Perplexity dans un proche avenir » et dans le cadre du nouveau tour de table financier que la licorne de San Francisco tente de constituer pour lever jusqu’à 1 milliard de dollars. Si les négociations entre Perplexity AI et Samsung aboutissaient, Google pourrait se sentir doublé, lui qui a noué dès janvier 2024 un partenariat d’envergure avec le fabricant mondial des smartphones. Ainsi, Gemini Pro et Imagen 2 de Google DeepMind – respectivement le modèle IA multimodal et l’IA générative d’images – sont accessibles sur des millions de Galaxy. Et lors du procès antitrust en cours aux Etats-Unis contre Google accusé de « monopole illégal », procès où Perplexity a d’ailleurs été appelé à donner son avis (7)), des témoignages recueillis montrent que la filiale d’Alphabet paie chaque mois à Samsung « une énorme somme d’argent » pour préinstaller son application IA, Gemini, sur les appareils Samsung.
Perplexity AI n’est pas le seul à essayer de trouver avec Samsung un accord mondial pour concurrencer Google dans la « Galaxy » Samsung : Microsoft, OpenAI et Meta, dont la messagerie WhatsApp accueille Perplexity depuis le 26 avril (8), ont eux aussi approché le fabricant sud-coréen, pour tenter d’être aux premières loges. « Perplexity AI est dirigé par une équipe fondatrice de quatre personnes aux compétences diverses mais complémentaires. Aravind Srinivas, le PDG, apporte une riche expertise en IA acquise chez OpenAI, mettant en évidence un leadership fort et une vision stratégique pour l’entreprise [Denis Yarats, lui, fut chercheur en AI durant six ans chez Facebook, ndlr]. Leur expérience collective couvre l’IA, le développement commercial, l’ingénierie et les technologies perturbatrices, ce qui les positionne bien pour relever les défis du développement d’un moteur de recherche de nouvelle génération », expliquait admiratif Samsung Next il y a un an (9).

Perplexity, candidat au rachat de TikTok US
En mars dernier, Aravind Srinivas a indiqué sur LinkedIn (10) que la licorne a franchi la barre des 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Les quatre cofondateurs ont en outre créé la surprise en se portant candidat au rachat de la filiale américaine de TikTok, que les Etats-Unis pressent la maison mère chinoise ByteDance de céder. « La combinaison du moteur de réponse de Perplexity avec la vaste vidéothèque de TikTok nous permettrait de créer la meilleure expérience de recherche au monde », a assuré le 21 mars la start-up qui propose de « reconstruire l’algorithme de TikTok sans créer de monopole » (11). Donald Trump a donné à ByteDance jusqu’au 19 juin comme nouvelle date limite de vente de TikTok US. La licorne a face à lui d’autres candidats au rachat : Microsoft, Oracle, Frank McCourt ou encore MrBeast. @

Charles de Laubier

Avec son copilote CarPlay, la marque à la pomme veut faire oublier son projet mort-né d’Apple Car

Huit mois après l’abandon de son projet Apple Car, la firme de Cupertino promet « en 2024 » une nouvelle génération de son « copilote » CarPlay, lequel a déjà séduit en dix ans plus de 800 modèles de voitures. Lancement de « CarPlay 2 » au Mondial de l’Auto avec Aston Martin et Porsche ?

Si elle n’était pas présentée à la 90e édition du Mondial de l’Auto, qui se tient du 14 au 20 octobre 2024 à Paris Porte de Versailles, ce serait une belle occasion manquée pour Apple. Il s’agit de la « nouvelle génération » tant attendue de CarPlay, le « copilote » qui fête ses 10 ans cette année. C’est la version embarquée du système d’exploitation iOS et fonctionnant à ce jour sur plus de 800 modèles de voitures dans le monde (1). Héritier d’« iOS in the Car », CarPlay avait été lancé en mars 2014 lors du Salon international de l’automobile de Genève. Apple en promet une « nouvelle génération » avec – « dès cette année » – les premiers modèles de voitures compatibles.

« CarPlay 2 » sur Aston Martin et Porsche
« Avec la nouvelle version de CarPlay, retrouvez le meilleur de l’expérience iPhone, directement dans votre voiture », promet la firme de Cupertino dirigée depuis treize ans par Tim Cook (photo). Apple promet même pour cette « nouvelle génération » de CarPlay les « premiers modèles dès cette année » (2). Dix ans après Genève, le Mondial de l’Auto à Paris pourrait montrer les premières voitures dotées de cette nouvelle version du copilote boosté cette fois à l’intelligence artificielle. La marque à la pomme, qui n’a jamais été présente sur un salon de l’automobile dans le monde, ne le sera pas plus cette fois-ci. En revanche, deux marques automobiles emblématiques – ayant prévu dès l’an dernier d’intégrer dans de prochains modèles le futur CarPlay « nouvelle génération » (surnommé aussi « CarPlay 2 ») – seront bien à Paris pour le Mondial de l’Auto : le britannique Aston Martin et l’allemand Porsche. Ce que confirme à Edition Multimédi@ Serge Gachot, directeur du Mondial de l’Auto : « Oui. Et il y aura notamment trois modèles d’Aston Martin exposés par le groupe BPM [distributeur automobile, ndlr] ».

Les deux constructeurs de voitures de luxe avaient présenté, en décembre 2023 (3), leurs premiers tableaux de bord de véhicules prenant en charge la nouvelle génération de CarPlay annoncée pour 2024. Dix mois ont passé et le Mondial de l’Auto pourrait enfin faire la lumière sur le tant annoncé CarPlay 2, et pourquoi pas à commencer par les modèles Vanquish d’Aston Martin et Macan de Porsche. Le moment est venu pour la « NextGen » de CarPlay, qui avait fait l’objet d’une session spéciale à la conférence des développeurs (WWDC24) d’Apple en juin (4). Le succès relativement discret de CarPlay fera-t-il oublier l’échec de dix ans de recherche autour du projet « Titan » alias Apple Car que pilotait Kevin Lynch jusqu’à son abandon pur et simple en février et malgré « plusieurs milliards de dollars » investis (5) par la Pomme ? L’américain Tesla a tué dans l’oeuf l’« iCar » et le chinois Xiaomi (6), qui n’est pas présent cette année au Mondial de l’Auto avec sa voiture électrique SU7 (pas encore en Europe), est en train de réaliser le rêve de la firme de Cupertino, laquelle a préféré réorienter son budget R&D vers l’IA, notamment vers Apple Intelligence qui va profiter à iOS 18 et à… CarPlay 2.
Qu’apportera au juste cette nouvelle génération du copilote à la Pomme pour le conducteur, à part obtenir des indications routières, passer des appels, envoyer et recevoir des messages ou encore écouter sa musique préférée ? « Lorsque vous êtes au volant, votre véhicule et votre iPhone ne font plus qu’un, assure Apple, et vous profitez d’une interface cohérente sur tous les écrans, y compris sur le tableau de bord, avec des designs adaptés à chaque constructeur […]. Vous pouvez contrôler différentes fonctions comme la radio et la température, directement depuis CarPlay. Et avec les multiples options de personnalisation, comme les widgets ou toute une sélection de compteurs et de jauges, l’expérience au volant est vraiment unique ». CarPlay propose aussi de nombreuses applications, dont des applis de navigation tierces telles que Google Maps, Sygic Navigation, TomTom Go ou encore Waze, et des fonds d’écran personnalisés pour le tableau de bord, ainsi qu’une cartographie plus détaillée, des itinéraires guidés à voix haute et des expériences en 3D immersives. Une fois à destination, CarPlay peut trouver ce qu’il y a à voir et à faire sur place : points d’intérêt, bons restaurants ou stations essence à proximité.

Le nouveau CarPlay, plus intelligent (IA)
Il suffit de le demander à l’assistant vocal Siri, qui intègre l’IA « Apple Intelligence » et qui prend désormais en compte les différents « scénarios de conduite », d’après Auto Illustrierte (7). « Envoyez des messages audio avec Siri sur iOS et CarPlay, et ne regardez plus jamais votre iPhone pendant que vous conduisez. Si vous utilisez Apple Maps, vous pouvez aussi demander à Siri d’envoyer votre heure d’arrivée estimée aux personnes que vous souhaitez tenir informées », indique Apple. Si « CarPlay 1 » a réussi à conquérir plus de 800 modèles de véhicules, le CarPlay 2 devrait continuer sur cette lancée. @

Charles de Laubier