Bernard Arnault, le nouveau magnat de la presse française, reprend sa revanche sur le numérique

L’homme le plus riche de France, deuxième fortune européenne et onzième mondiale, est en passe de faire du groupe Les Echos – qu’il a racheté au prix fort il y aura dix ans cette année – non seulement le pôle multimédia de son empire du luxe LVMH, mais aussi une société de services « high-tech » pour entreprises.

Il y a dix ans, en juin 2007, le PDG du groupe LVMH, Bernard Arnault (photo), jetait son dévolu sur Les Echos, premier quotidien économique français qu’il rachètera finalement – malgré l’opposition de la rédaction et la dimension politique de l’événement – pour près de 350 millions d’euros (dettes comprises). Tombent alors dans l’escarcelle de l’homme le plus riche de France (1) et d’Europe le journal Les Echos, assorti de son site web Lesechos.fr, mais aussi le mensuel Enjeux-Les Echos, Radio Classique ainsi que Investir et Connaissance des Arts. Malgré la résistance de la rédaction des Echos à l’époque et la création de la société des journalistes, malgré l’interpellation du président de la République (Nicolas Sarkozy, dont Bernard Arnault fut le témoin de mariage) et de la ministre de la Culture et de la Communication (Christine Albanel), et malgré une contre-offre de rachat présentée par Fimalac (groupe de Marc Ladreit de Lacharrière), Les Echos passeront en fin de compte des mains du groupe britannique Pearson (alors encore propriétaire du Financial Times) à celles du groupe de luxe LVMH.

Un nouveau « papivore », de plus en plus numérique
Bernard Arnault a ainsi réussi à s’emparer en novembre 2007 du premier quotidien économique français et à céder dans le même temps son concurrent chroniquement déficitaire La Tribune qu’il possédait depuis 1993. Depuis, la rédaction vit avec le risque de conflits d’intérêt permanent avec son unique propriétaire industriel multimarque – Louis Vuitton, Moët Hennessy, Christian Dior, Kenzo, Givenchy, Chaumet, Château Yquem, Krug, Berlutti ou encore Guerlain (2) – et par ailleurs actionnaire de Carrefour (à 8,74 %), sans parler de ses multiples participations via notamment son fonds personnel Aglaé Ventures (Netflix, Spotify, Airbnb, Devialet, SeLoger, Slack, Betfair, Back Market, …) ou via ses holdings Groupe Arnault et Financière Agache. Si l’intervention directe de Bernard Arnault dans le contenu éditorial du quotidien des affaires Lire la suite

Le groupe Amaury s’inspire de la musique en ligne pour sa stratégie « omnimédia » numérique

Philippe Carli, directeur général du groupe Amaury, explique pourquoi la presse devrait s’inspirer de la musique en ligne et comment le groupe de Marie-Odile Amaury met en place une nouvelle plate-forme de vente en ligne pour les sites web de L’Equipe, du Parisien ou encore de la chaîne L’Equipe 21.

Par Charles de Laubier

Philippe CarliLe groupe Amaury entame sa mue numérique en se dotant d’une plate-forme de vente en ligne déjà utilisée par The Times, BSkyB ou encore Universal Music (Vivendi). Développée par la société britannique MPP Global Solutions, elle va permettre aux sites web des quotidiens Le Parisien-Aujourd’hui en France et L’Equipe de vendre plus facilement des articles à la demande et des abonnements numériques. « Comme Amazon ou Apple, nous allons offrir une expérience d’achat très simple – en un seul clic (après avoir renseigné une première fois ses données et sa carte bancaire) – pour le client qui sera plus impliqué », a expliqué Philippe Carli (photo), directeur général du groupe Amaury, le 9 avril dernier devant l’Association des journalistes médias (AJM). Sport oblige, L’Equipe sera prêt au mois de mai en prévision de la Coupe du monde de football démarrant en juin.
Le Parisien suivra en juillet.

Plate-forme MPP : relation clients en ligne et paiement en un clic
La plate-forme MPP installée chez le groupe Amaury s’appuiera sur la nouvelle base de données qui réunit l’ensemble des contacts clients des journaux (imprimés et numériques), des sites web de la chaîne de télévision L’Equipe 21 et des événements sportifs (1). « Ce CRM (2) va nous permettre de proposer à l’ensemble de nos clients en contact avec nos marques des offres conformes à leurs attentes, et plus ciblées, pour
les fidéliser », s’est félicité le bras droit de Marie-Odile Amaury, présidente et propriétaire
du groupe familial de médias presque septuagénaire (3).
Cela lui demandera un effort d’investissement de « plusieurs millions d’euros » sur trois
ans, tandis que le groupe prévoit un retour à l’équilibre en 2015 de l’activité presse (4). Alors qu’Universal Music est un client de longue date de MPP, Philippe Carli voit plus généralement dans la musique en ligne des enseignements à tirer pour la presse numérique : « Ce qui s’est fait dans la musique est très intéressant : on est passé progressivement d’un modèle propriétaire – j’achetais des titres, lesquels étaient
souvent piratés – à un modèle d’usage. Aujourd’hui, les principaux sites de musique
en ligne ne sont plus des sites où l’on va acheter mais où l’on va écouter de la musique parmi une très grande quantité de titres et de contenus, et vous pouvez définir vos propres playlists ».

Digital : environ 90 millions d’euros en 2013
Et d’ajouter : « Comme le site est intelligent, il va être capable de vous proposer – sur
la base de vos propres playlists – des morceaux qui sont assez similaires aux titres de musiques que vous aimez. Vous pouvez aussi les partager sur les réseaux sociaux ou avec d’autres abonnés (famille ou autres) ».
Comme pour la musique qui s’appuie sur ses métadonnées pour faire de la recommandation et de la reconnaissance en ligne (5) afin d’inciter les consommateurs à acheter plus, la presse aurait ainsi tout à gagner à exploiter elle aussi son « Big Data ».
« Avant, vous ou vos enfants téléchargiez énormément de titres sur un disque dur pour se retrouver avec des milliers de morceaux et de groupes. Mais ce n’est pas parce que vous avez beaucoup de musiques que vous allez écouter ce que vous voulez. Pour nous dans la presse, c’est un peu le même principe : nous avons énormément d’informations disponibles mais comment amener la bonne information avec en lien des compléments, des vidéos ou de l’historique, afin de donner du sens et une expérience différente des modes de lecture des sites habituels ? », s’est interrogé Philippe Carli.
C’est pour répondre à cette recherche d’optimisation de l’offre numérique et répondre à la demande des consommateurs prêts à payer pour des contenus de qualité que le groupe Amaury s’est équipé de cette plate-forme intégrée de paiement en ligne, de gestion des relations avec les clients et de commerce électronique. « Depuis janvier 2014, nous avons une base de données dé-dupliquée de l’ensemble de nos contacts pour tous les titres et sites du groupe », a détaillé le patron des Editions Philippe Amaury (EPA) qui a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires de 670 millions d’euros.
Les revenus numériques représentent près de 15 % du total, « soit environ 90 millions d’euros l’an dernier », a-til précisé à Edition Multimédi@. Les rédactions et leurs journalistes ne sont pas en reste : « Nous venons de signer un accord ‘’Omnimédia’’
– plurimédia [papierweb- mobile, ndlr] plus télévision – pour l’évolution de la rédaction
de L’Equipe qui va permettre d’avoir une approche globale sur nos différents supports
et d’enrichir nos contenus en permanence 24h/24 ». Mais le problème est que les sites web du groupe Amaury, comme tant d’autres dans la presse française, ne sont pas adaptés pour faire du paywall metering (ou metered paywall), c’est-à-dire de permettre
à l’utilisateur de lire un certain nombre d’articles avant de se voir proposer un paiement
ou un abonnement – comme le fait par exemple Spotify. Là encore, les plates-formes de musique en ligne montrent la voie : « En général, la proposition de valeur qui est faite est gratuite et, au bout d’un mois ou deux durant lesquels vous êtes finalement adapté à cette expérience, on vous propose de vous abonner en fonction de ce qui est important pour vous (titres de musique, radios en ligne, …). Et vous pouvez même ne plus être ennuyé par la publicité si vous êtes prêt à payer plus », a indiqué Philippe Carli.

C’est ce que commence à généraliser le groupe Amaury sur plusieurs mois, avec une simplicité dans la gratuité et différents niveaux de tarification. « Comme pour la musique en ligne, on a la variété et la diversité des contenus, et le côté plaisir bien qu’écouter de la musique est différent. En tout cas, il faut que l’on réinvente », a-t-il ajouté.
Avec MPP, le groupe va pouvoir proposer des offres croisées, des essais gratuits, des promotions, des réductions, des bons d’achat, des abonnements mensuels ou encore du paiement à l’acte à l’ensemble de ses clients (248.815 exemplaires payés en moyenne par jour en 2013 pour L’Equipe, 164.600 pour Aujourd’hui en France, 5 millions de visiteurs uniques par mois sur lequipe.fr, 0,3 % de parts d’audience TV pour L’Equipe 21, etc).
« On s’attend à ce qu’il y ait d’ici trois ans 40 millions de personnes en contact avec nos marques, contre 24 millions aujourd’hui », prévoit Philippe Carli.
Pour lui, l’avenir des recettes de la presse en ligne passe moins par la vente des versions numériques de ses journaux de type PDF (seulement 1,84 % des ventes payantes de L’Equipe en 2013 selon l’OJD qui les certifie dans la diffusion payée) que par l’accès à des sites fremium ou des sites de metered paywall comme aux Etats-Unis. « Cette solution est une tendance dans le monde. Progressivement, nous aurons de vrais changements en terme de plate-forme d’ici 24 à 36 mois », a-t-il prévu.

Web TV en septembre, aidée par Google
En outre, le groupe Amaury a sollicité le fonds de Google (FINP) pour le titre d’information de politique général Le Parisien/Aujourd’hui en France avec des projets de Web TV qui seront lancées à la rentrée prochaine. « Ce sont des projets sur trois ans, pour plusieurs millions d’euros d’investissement, qui ont pour objectif d’augmenter de manière très importante le nombre de vidéos, avec la création d’un studio d’ici la fin de l’année »,
a encore précisé Philippe Carli devant l’AJM. @

Le Monde et la presse française se préparent à un exercice 2014 à haut risque, sur fond de consolidation

Le premier quotidien national fête cette année ses 70 ans. Mais Le Monde, comme l’ensemble de la presse française, est remis en question par les géants de l’Internet et par une chute « violente » de ses recettes publicitaires. Son président, Louis Dreyfus, s’interroge sur son avenir papier-numérique.

Louis Dreyfus-bisL’année 2013 aura été une annus horribilis pour la presse française : recul des ventes de journaux, chute des recettes publicitaires, pertes financières, suppression d’emplois, grèves à répétition, monétisation difficile du numérique, …
Rien que la chute de 7,1 % des ventes de quotidiens nationaux en kiosque sur la majeure partie de l’année 2013 a jeté un froid avant un hiver glacial en diffusion et publicité (1).
« Depuis octobre, on voit sur l’ensemble du marché de la presse une baisse forte, brutale, des recettes publicitaires. Il y a un refroidissement très net de la tendance. C’est une baisse à un chiffre mais importante en moyenne », s’est inquiété mi-décembre Louis Dreyfus (photo), président du directoire du Monde, devant l’Association des journalistes médias (AJM).

« La presse vit un crash industriel. C’est la sidérurgie des années 1980 »
Et 2014 ne se présente pas sous les meilleurs auspices, d’autant que les débuts d’année sont traditionnellement des périodes de vaches maigres pour la presse en matière de publicité. « Ce qui est en train de se passer dans la presse va forcer à une consolidation », a-t-il ajouté (2).
Le Monde, premier quotidien national, est à cet égard emblématique et illustre bien les doutes et interrogations qui taraudent la presse française en général face à ce énième « trou d’air » dû aux « à-coups très violents » du marché publicitaire.
« La presse vit un crash industriel. C’est la sidérurgie des années 1980 », a même osé lancer de son côté Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, le 9 janvier dernier.

A l’ère du digital, le papier peut encore sauver les meubles
Après une perte nette d’environ 2 millions d’euros en 2013, aggravée par rapport à
1,1 million de déficit net enregistré en 2012, le patron du groupe Le Monde – dont le quotidien perçoit près de 20 millions d’euros d’aides d’Etat par an – ne désespère pas pour autant. « On prévoit un retour à l’équilibre en 2014 », a-t-il assuré. Mais, en creux,
il y a tout de même péril en la demeure. Sur les 110 millions d’euros que le trio formé par Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse s’étaient engagés à injecter dans Le Monde, en échange de la prise de contrôle du groupe en novembre 2010, plus de la moitié a déjà été consommée à ce jour. Il ne reste donc plus qu’une cinquantaine de millions d’euros disponibles, dont une partie devrait aller au financement de la restructuration de l’imprimerie du Monde à Evry, déficitaire et en grande difficulté. Paradoxalement, en pleine révolution numérique, c’est le journal papier qui peut encore sauver les meubles mais en prenant un premier grand risque : la hausse du prix de vente de la version imprimée du quotidien Le Monde, passée à 2 euros (contre 1,80 euro) depuis le 4 janvier dernier, et même à 3,80 euros (au lieu de 3,50 euros) pour le quotidien du week-end flanqué de son magazine M très apprécié des médias-planneurs.

Hausse des tarifs mais baisse du lectorat
Mais cette augmentation tarifaire, à laquelle se sont résolus d’autres quotidiens nationaux en mal d’argent frais (Le Parisien, Libération, Les Echos, …), n’ira pas dans le sens d’une progression de la diffusion de la presse en France – bien au contraire. « On ne considère pas que l’on aura plus de lecteurs en augmentant le prix, mais cette hausse est inéluctable », a reconnu le patron du groupe Le Monde devant l’AJM.
Cette hausse, qui semble tenir d’une fuite en avant, touche aussi l’édition numérique du Monde, passant de 1,79 euro à 2 euros à partir de mi-janvier pour les ventes à l’acte, tandis que l’abonnement digital à 15 euros par mois passe à 17,90 euros sur lemonde.fr, et de 17,99 euros à 19,99 euros sur le kiosque d’Apple où il est présent depuis novembre dernier (3). Et ce, conformément à ce qu’a décidé le conseil de surveillance du groupe le 17 décembre. Pour l’heure, Le Monde vend moins de 280.000 exemplaires en moyenne par jour, en baisse de près de 5 %, dont 126.500 abonnés à l’édition digitale – parmi ces derniers, 56.500 l’étant uniquement en numérique. « Nous avons fixé un objectif de 200.000 abonnés numériques à deux ou trois ans », a rappelé Louis Dreyfus, qui ne semble pas craindre un ralentissement des ventes numérique sur l’abonnement nettement plus cher. Il prévoit en tout cas de lancer en avril prochain un autre journal tactile payant qui sera disponible en fin de journée (à partir de 18 heures) – en plus de l’édition payante de 14 heures.
En revanche, il ne parle pas d’objectif pour le papier… Et pour cause. Cette surenchère tarifaire va à l’encontre de ce principe démocratique selon lequel la presse imprimée devrait être accessible au plus grand nombre. En France, cette idée devient-elle un vœu pieux en ce nouvel an ? Cette inflation accentue une dichotomie confuse entre le gratuit et le payant, qui frappe la presse face à l’Internet. De ce point de vue, Le Monde et ses confrères ne savent plus bien à quel saint se vouer. Plus d’une décennie après avoir ouvert la boîte de Pandore du gratuit sur Internet (4), les quotidiens se livrent
– en déversant une quantité de leurs articles rendus accessibles librement auprès des internautes et mobinautes – à une course à l’échalote avec la multitude de sites web gratuits couvrant l’actualité. Aujourd’hui, les éditeurs s’en mordent les doigts et Louis Dreyfus en convient : il y a un vrai problème. « La question est plutôt de savoir comment on organise notre offre, payant sur le papier, gratuite et payante sur le web. (…) On a besoin d’avoir une offre gratuite, mais il faudra que l’on précise notre offre payante pour que la différence entre le gratuit et le payant soit plus évidente ».
Car c’est là que le bât blesse. Tant que la presse ne limitera pas la gratuité à l’information factuelle – par ailleurs disponible librement et massivement sur Internet et les mobiles –
et qu’elle n’étendra pas le payant à tous les articles à valeur ajouté (décryptage, analyse, enquêtes, interview, …), elle prendra un second grand risque, celui de dévaloriser son fond de commerce éditorial. « De manière générale, on a un modèle freemium sur le numérique : il y a du gratuit et du payant. Le gratuit ne peut pas être du payant en moins bien ! Car on a vocation à élargir l’audience de notre site web. Il faut que le payant soit compréhensible pour les internautes. Chaque fois que l’on créera des produits spécifiques payants, cela nous aidera à préciser la promesse éditoriale », a expliqué Louis Dreyfus. Cette quadrature du cercle – pour ne pas dire quadrature du Net – n’est pas impossible, à condition qu’il y ait une profonde remise en question éditoriale des éditeurs dans leur façon de proposer l’information. Publier le lendemain dans l’édition papier vendue 2 euros de l’actualité factuelle qui a été très largement divulguée gratuitement la veille sur l’Internet mondial, sur les « Google News » et via les dépêches d’agences de presse (AFP, Reuters, AP, Bloomberg, …) de plus en plus visibles librement sur tous les terminaux (5), ce n’est plus possible !
Troisième grand risque pris par la presse : celui d’une frontière plus poreuse entre la partie éditoriale et la partie publicité, aussi bien sur papier qu’en numérique, au risque de malmener la déontologie journalistique.

Des articles financés par les annonceurs…
L’année 2014 s’annonce en effet pour la presse comme étant celle du publi-information, appelé aussi « Native Advertising » pour désigner ces articles sponsorisés par des annonceurs. « Il y a une demande forte des annonceurs pour que l’on imagine de nouveaux formats. En même temps, nous sommes très vigilant sur la distinction entre ce qui est produit par la rédaction et ce qui ne l’est pas. Cela doit être clair », a voulu rassurer Louis Dreyfus, précisant que Le Monde pratique déjà cela sur mobile et sur son site web. Espérons que les lecteurs, eux, n’auront pas l’impression que leurs journaux y perdent leur âme. @

Charles de Laubier

Presse IPG : Aurélie Filippetti met en garde Google

En fait. Le 17 octobre, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a exprimé des réserves sur la gouvernance du Fonds pour l’innovation numérique de la presse (FINP) – pourtant signé à l’Elysée par Google
et l’AIPG en présence de François Hollande. Elle demande de la transparence.

Aurélie FilippettiEn clair. « Concernant la gouvernance du fonds [créé par Google et l’Association de la presse d’information politique
et générale (AIPG), ndlr], il faut faire attention que Google
ne prenne pas le pouvoir et qu’il ne soit pas le décideur à
qui finalement vont aller ces aides », a déclaré la ministre de
la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti (photo), invitée par l’Association des journalistes médias (AJM).
« C’est là qu’il faut être très vigilants. Il faut que les projets de modernisation financés ne soient pas des projets estampillés Google. Je suis d’accord avec vous [sur le fait que ce fonds n’est pas transparent].
Je pense que la place importante que Google occupe dans la gouvernance peut être contestable. On peut s’interroger », a-t-elle poursuivi.

60 millions d’euros sur trois ans : 7 premiers dossiers retenus sur 26
Ce manque de transparence du Fonds pour l’innovation numérique de la presse (FINP), réservé exclusivement à la presse d’information politique et générale (1) et financé par Google seul à hauteur de 60 millions d’euros sur trois ans, est aussi dénoncé par le Syndicat de la presse indépendante en ligne (Spiil).
Ce dernier n’excluait pas fin septembre de porter plainte en France et en Europe pour « conflit d’intérêt et distorsion de concurrence » (2). La ministre, elle, a rappelé qu’elle
avait une préférence pour une loi et a mis en garde Google sur la gestion de ce fonds.

« Je veux que ce fonds, conçu pour récupérer de la valeur qui a été transférée vers Google, serve à tout l’amont et pas pour des projets estampillés Google. Je demande un suivi de l’utilisation de ce fonds [dont le conseil d’administration se réunissait le 17 octobre pour ne retenir que 7 premiers dossiers sur 26, ndlr (3)]. Il faut passer à des versements de Google par tranches et non pas par projets. (…) Quand l’Etat accompagne des projets avec le fonds stratégique [fonds SPEL pour les services de presse en ligne, ndlr], eux disent qu’ils ne financent pas. Alors qu’il n’y a pas de raison. Sinon, il va falloir se lever tôt pour consommer les 60 millions d’euros ! ». Quid de la presse non IPG ? « Je considère que ces 60 millions sont peu par rapport à la valeur dégagée pour Google. Donc, on pourrait légitimement demander à Google à avoir des négociations semblables avec d’autres secteurs, notamment la photo et pourquoi pas d’autres. C’est aux professionnels de le demander, pas au gouvernement », a-t-elle répondu. @

Le Monde : les défis de Natalie Nougayrède pour fin mars

En fait. Le 21 février, Natalie Nougayrède – proposée par le trio actionnaire Bergé-Niel-Pigasse pour succéder à Erik Izraelewicz à la tête du Monde – a présenté son projet devant la rédaction du quotidien. Journaliste internationale, il lui est reproché de méconnaître la mutation numérique du journal.
(Depuis la publication de cet article dans Edition Multimédi@ n°74, Natalie Nougayrède a été élue à 79,4 % des suffrages exprimés le 1er mars 2013 )
NNEn clair. La future patronne du Monde, Natalie Nougayrède (photo), n’aura qu’un mois pour se mettre au diapason, entre le vote du 1er mars où elle doit recueillir au moins 60 % des suffrages de la rédaction pour valider sa nomination et le 31 mars où le journal doit étoffer son contenu imprimé et numérique.
Le président du directoire du groupe Le Monde, Louis Dreyfus, avait en effet esquissé mi-décembre deux grandes évolutions éditoriales prévues d’ici « fin mars » : sur le papier, un cahier quotidien sur l’économie sur le modèle des pages saumon du Figaro ; sur le web, des espaces premium à l’attention des abonnés.
Orchestrer papier et digital, articuler gratuit et payant
Ces enrichissements rédactionnels du quotidien du soir interviendra trois mois après être devenu généraliste le plus cher (1) avec 1,80 euro l’exemplaire papier (3,50 le weekend) et à 15 euros par mois pour la version numérique (24,90 par mois pour l’intégral papier-web-mobile-tablette).
Mais le grand défi de Natalie Nougayrède sera d’orchestrer une vraie rédaction bimédia (digital-papier) et d’accroître l’articulation freemium (gratuit-payant). Lors d’un débat sur la presse le 8 février dernier, Louis Dreyfus a indiqué que « 15 % des lecteurs achètent le journal en version digitale, on va arriver rapidement à 20 %, mais il faut quand même avoir des sites gratuits forts ». Lire la suite

Nicolas Beytout aurait levé 12 sur 15 millions d’euros

En fait. Le 21 novembre, un « propre du dossier » a indiqué à EM@ que Nicolas Beytout, l’ancien PDG des Echos et ex-directeur de la rédaction du Figaro, va pourvoir lancer début 2013 son « Mediapart de droite » – quotidien papier et site web. Il aurait levé 12 millions d’euros sur les 15 millions nécessaires.

En clair. Le projet bi-média de Nicolas Beytout va pouvoir être lancé au début de l’année 2013. Selon nos informations fin novembre, l’ancien PDG du groupe Les Echos aurait
déjà récolté 12 millions d’euros auprès de plusieurs investisseurs, amis et mécènes. Cela représente l’essentiel des 15 millions qu’il doit atteindre pour financer le lancement de son quotidien papier et de son site web d’informations politiques et économiques destinés aux décideurs. Bien qu’il n’ait pas pu boucler cette levée de fonds dès l’été dernier comme il l’espérait, Nicolas Beytout, y parviendrait avant fin décembre. Les deux médias à valeur ajoutée et complémentaires vont faire la part belle aux analyses, commentaires (sur le modèle de la « lex column » du Financial Times), paroles d’experts et enquêtes/investigations. Le site web génèrera l’audience et le quotidien papier ciblera son lectorat CSP++. D’un côté, le quotidien papier haut de gamme d’une vingtaine de pages sera diffusé – dans un premier temps gratuitement – à plus de 10.000 exemplaires auprès de lecteurs très qualifiés. Il sera financé par la publicité et les abonnements. De l’autre,
le site de presse en ligne sera lui aussi haut de gamme, avec une diffusion multi-support (web, édition numérique, application mobile), et donnera de la visibilité à l’ensemble.
Evoqué dès la rentrée, mais avec une certaine confusion sur la périodicité de la version papier, quotidienne ou hebdomadaire (1), le projet bimédia de Nicolas Beytout s’inspire
du quotidien italien Il Foglio qui diffuse non seulement une version print dans certains kiosques ou par abonnement, mais aussi des versions numériques pour ordinateurs, tablettes et smartphones. Le principe rédactionnel de Il Foglio, dont va s’inspirer celui
qui fut directeur de la rédaction des Echos (2) puis du Figaro, consiste à proposer des résumés d’actualités du jour les plus marquantes accompagnées chacune de commentaire et analyse. Les formules d’abonnement vont de un mois (25 euros) à un µ
an (205 euros). Le quotidien italien est également publié le samedi. Il a également déjà
été dit que le site web de Nicolas Beytout serait un « Mediapart de droite ». Le site web d’informations de politique générale fondé par l’ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, propose des formules d’abonnement à 9 euros par mois ou à 90 euros pour un an. @