Baptême du feu pour le tout nouveau patron d’Amazon France, Jean-Baptiste Thomas

Cela fait plus de 25 ans qu’Amazon est présent en France et cela fait plus de 25 ans que le géant mondial du e-commerce y est la cible de détracteurs. Jean-Baptiste Thomas vient à peine de prendre ses fonctions de directeur général d’Amazon.fr qu’il doit faire face à plusieurs controverses.

Un quart de siècle après le lancement d’Amazon.fr – à Paris, quai François-Mauriac, au pied de la Bibliothèque nationale de France (BnF) François-Mitterrand – en présence de Jeff Bezos lui-même (fondateur et patron de la start-up de l’époque), JeanBaptiste Thomas (photo) est pleinement entré en fonction début mars 2026. « Mon dernier jour était le 28 février », indique à Edition Multimédi@ Frédéric Duval, son prédécesseur, lequel quitte le groupe Amazon où il était entré il y a près de vingt ans (en juin 2006).

Amazon renonce au Festival du Livre
« Depuis le premier jour (1), a déclaré Jean-Baptiste Thomas lors de l’annonce en décembre 2025 de sa promotion au sein du groupe Amazon qu’il a rejoint en 2009, nous investissons en France pour offrir une expérience inégalée à nos clients – plus de 30 milliards d’euros sur les 15 dernières années seulement – défendant le pouvoir d’achat des Français, construisant des carrières pour nos 25.000 salariés, et soutenant le tissu économique du pays » (2). Mais le déploiement du géant du e-commerce dans l’Hexagone a toujours eu ses détracteurs. Dernière controverse en date : (suite) le partenariat d’Amazon avec le Festival du Livre de Paris, dont l’américain devait être pour la première fois sponsor, du 17 au 19 avril 2026 au Grand Palais à Paris.
Cet accord avait été mis en place par Frédéric Duval avec le Syndicat national de l’édition (SNE) qui organise l’événement : « Dans un contexte où la lecture recule, avait alors expliqué en février le patron sortant d’Amazon France, le Festival du Livre de Paris est une opportunité précieuse d’échanger au sein de la filière et avec les lecteurs, pour raviver ensemble le goût de lire, permettre à chaque livre de trouver son public et faciliter l’accès aux livres partout et pour tous » (3). Mais ce partenariat n’a pas été du goût du Syndicat de la librairie française (SLF) qui l’a « dénoncé » le 2 mars, soit dès le premier jour ouvrable de l’entrée en fonction de Jean-Baptiste Thomas. Le SLF a annoncé « son retrait de la manifestation », tout en incitant « tous les libraires, professionnels du livre et lecteurs sensibles à la préservation du livre et de son économie à en faire de même ». Et en plus de cet appel au boycott, le syndicat s’en est pris vertement à Amazon : « Comment associer à la grande fête nationale du livre un acteur dont la stratégie conduit à déstabiliser l’écosystème du livre en attaquant le prix unique du livre et le réseau des librairies indépendantes ou encore en cherchant à inonder le marché de faux livres générés par IA, promus par de faux commentaires, rédigés par de faux lecteurs et remontant en tête de faux palmarès ? Amazon n’est pas un ami du livre ». Et le SLF, dont le délégué général est Guillaume Husson, s’enfoncer le clou : « Si la multinationale américaine, soutien de premier plan de Donald Trump, a de l’argent à dépenser, qu’elle commence par payer ses impôts en France comme le font tous les auteurs, les éditeurs et les libraires » (4).
C’est sous la nouvelle direction de Jean-Baptiste Thomas qu’Amazon France a finalement annoncé le 4 mars son retrait de cette 42e édition du Festival du Livre de Paris, dénonçant « cette manœuvre partisane du SLF qui [s’appuie] sur des allégations infondées et trompeuses » et « cette polémique absurde » (5). D’autant que la présence du géant du e-commerce à cette fête du livre (6) ne date pas d’hier : son premier stand en 2012 présentait sa liseuse Kindle et l’abonnement Kindle Unlimited.« Amazon contribue à rendre la lecture plus accessible partout en France, notamment dans les territoires les moins desservis : près d’un livre sur deux vendu sur Amazon.fr est ainsi acheté par un habitant de petite ville ou zone rurale », revendique la filiale française d’Amazon, qui vend chaque mois plus de 300.000 titres différents. Le SLF ne veut rien savoir, accusant la plateforme de contourner la loi sur le prix unique du livre en appliquant – en plus de la livraison gratuite – une remise de 5 % sur le prix des livres neufs lorsque ceux-ci sont retirés dans des points de retrait. Amazon ne cesse de dénoncer les frais de port obligatoires de 3 euros pour l’achat de livres en ligne en dessous de 35 euros, taxe censée soutenir les libraires (7).

Retrait d’un livre « KDP » controversé
Jean-Baptiste Thomas reste vice-président en charge des produits électroniques et de divertissement d’Amazon Europe, au moment où sa plateforme d’autoédition Kindle Direct Publishing (KDP) a dû retirer le 24 février le roman de dark romance « Corps à cœur » contenant des scènes de violences sexuelles et incestueuses sur mineur. L’auteure Jessie Auryann, qui s’en défend et porte plainte pour cyberharcèlement, est accusée d’« apologie de pédocriminalité ». Par ailleurs, Amazon est critiqué pour ses entrepôts, son empreinte écologique, la surveillance illégale de ses salariés ou encore la sous-traitance malmenée dans ses livraisons. @

Charles de Laubier

DeepSeek fête ses un an et pourrait profiter de la Fête des Lanternes pour lancer sa V4

Le « ChatGPT » chinois DeepSeek, qui avait secoué les IA américaines après son lancement low cost et frugale il y a un an, va lancer la version 4 de son modèle d’IA open source. L’Empire du Milieu et l’Occident sont ses terrains de jeu. Son fondateur Liang Wenfeng fait frémir Sam Altman (OpenAI).

En Chine, avec ou sans intelligence artificielle, le Nouvel An lunaire donnant le coup d’envoi de la Fête du Printemps se célèbre – cette année 2026 – du 17 février au 3 mars, le dernier jour des festivités étant la Fête des Lanternes, connue aussi pour ses boulettes de riz gluantes (tuanyuan). Pour marquer les un an de son IA générative DeepSeek, dont la « R1 » avait été lancée massivement et mondialement le 20 janvier 2025 (1), la société éditrice Hangzhou DeepSeek AI (2), fondée par son PDG Liang Wenfeng (photo), pourrait dégainer son modèle V4 d’ici au 3 mars.

Les « sino-AI » se sont multipliées
Les administrations « Trump I », « Biden » et « Trump II » ont eu beau restreindre les exportations de puces IA américaines les plus avancées, dont les GPU (3) de Nvidia, cela n’a pas empêché des rivaux chinois des ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google et autres Claude d’Anthropic de relever le défi des IA génératives entraînées sur de grands modèles de langage (LLM) performants. Un an après le lancement de la première version de DeepSeek par la société de Hangzhou (capitale de la province du Zhejiang, dans l’Est de la Chine), les « sino-AI » se sont multipliées pour conquérir le monde : Qwen d’Alibaba, Doubao de ByteDance, Hunyuan de Tencent, Ernie de Baidu, M de MiniMax, Kimi de Moonshot AI, Spark d’Iflytek, Ziyue de Netease Youdao, DM0 de Dexmal, ou encore GLM de Zhipu AI.
Publiée en janvier 2026, une étude de l’organisation américaine à but non lucratif Research and Development (Rand) – émancipée de l’US Air Force depuis 1948 mais toujours financé en grande partie par le gouvernement fédéral américain – constate que (suite) « les modèles chinois coûtent entre un sixième et un quart du prix des rivaux américains ». Mais cette étude pro-américaine (4) fait l’impasse sur la sobriété énergétique des IA chinoises qui ont un avantage sur leurs concurrents américains énergivores. De plus, DeepSeek s’est d’emblée démarqué de ses rivaux américains en étant open source. Bien qu’il ne soit pas le seul à être libre (5), son IA low cost et low energy – du moins jusqu’alors dans sa version V3.2 – est en pole position dans les catégories de raisonnement avancé, d’efficacité/coût, de mathématiques/coding et d’adoption massive sur des plateformes d’hébergement et de téléchargement telles que Hugging Face (6), Ollama ou GitHub. DeepSeek surpasse parfois GPT-5 ou Gemini 3.0 Pro sur des tâches spécifiques. Cette ouverture du chinois attire développeurs et entreprises, favorisant l’adoption rapide de DeepSeek, y compris en France (7). « La part de marché mondiale des LLM chinois est passée de [moins de] 3 % à [plus de] 13 % en deux mois [entre décembre 2024 et février 2025, ndlr], principalement portée par DeepSeek, alors même que le trafic des sites web des LLM américains a continué d’augmenter régulièrement durant cette période », relève l’étude de Rand. La ville de Hangzhou, où se situe aussi le siège mondial du géant chinois Alibaba, n’a rien à envier à la Silicon Valley et est devenu une plaque tournante de l’IA mondiale. Avec sa V4 – entraînée malgré l’embargo sur des puces IA Nvidia, d’après Reuters le 24 février (8) –, DeepSeek entend ne pas se faire distancer au niveau mondial. D’autant que s’endormir sur ses lauriers serait laisser la part belle aux autres LLM ouverts dits « open-weight » (« poids du modèle » téléchargeable) que sont, par exemple, les modèles Llama de Meta, populaire chez les développeurs, Gemma de Google ou encore Large, Ministral, Devstral et Magistral du français Mistral AI.
La société Hangzhou DeepSeek AI, privée et principalement financée par le fonds High-Flyer Quant (fonds spéculatifs, ou hedge fund, piloté par l’IA) appartenant à Liang Wenfeng, se concentre pour l’instant sur la recherche fondamentale (R&D), plutôt que sur la réalisation d’un chiffre d’affaires : non divulgué, celui-ci ne dépasserait pas les 50 millions de dollars en 2025 selon les spéculations (9). Reste à savoir aussi combien de temps le PDG de DeepSeek résistera aux sirènes de la Bourse.

Liang Wenfeng s’apprête à sortir une AGI
Dans une rare interview, accordée à 36Kr (le « TechCrunch » chinois) en juillet 2024 (10), soit trois après la sortie de la V2 de DeepSeek et six mois avant le lancement mondial de sa R1 bien plus puissante, Liang Wenfeng a dévoilé ses ambitions : « La chose la plus importante est de faire partie de cette vague mondiale d’innovation. […] Les API et l’IA devraient être abordables et accessibles à tous. […] Mais notre l’objectif est l’AGI [Artificial General Intelligence, capable de surpasser les humains, ndlr]. Cela peut être dans deux ans, cinq ans ou dix ans […] OpenAI n’est pas une entité toute-puissante qui peut toujours être en première ligne ». DeepSeek s’inscrit dans le temps long. @

Charles de Laubier

« Pour accélérer l’avenir de l’humanité » (Musk), xAI rejoint SpaceX : transparence boursière en vue

Depuis le rachat de Twitter en 2022 par Musk pour 44 milliards de dollars, la société – devenue X Corp sans oiseau bleu – a été retirée de la cote. Après l’opacité totale pour cette entreprise dévalorisé d’environ 60 %, la mise en Bourse de sa maison mère xAI marquera le retour à la transparence.

Presqu’un an après que la société xAI fondée par Elon Musk (photo) est devenue la maison mère de X (ex-Twitter) (1), celui-ci a annoncé le 2 février 2026 qu’elle allait « rejoin[dre] SpaceX pour accélérer l’avenir de l’humanité » : « [la société de fusées et de satellites] SpaceX a acquis xAI pour former le moteur d’innovation le plus ambitieux et verticalement intégré sur Terre (et en dehors), avec l’IA, les fusées, l’Internet spatial, les communications directes vers les appareils mobiles et la principale plateforme mondiale d’information en temps réel et de liberté d’expression » (2).

X (ex-Twitter) mis sur l’orbite de xAI
Jusqu’à maintenant, le constructeur de voitures électriques Tesla est la seule entreprise cotée – depuis près de 15 ans – que dirige Elon Musk, en tant que PDG. La société Twitter était bien en Bourse lorsque l’homme d’affaires multimilliardaire l’a rachetée en octobre 2022 pour 44 milliards de dollars, lors d’une OPA jugée hostile au nom de la « liberté d’expression » (3), mais il a décidé de la retirer aussitôt du New York Stock Exchange (Nyse) où l’action TWTR était cotée depuis novembre 2013. La finalisation de l’acquisition a été actée le 27 octobre 2022 et Twitter disparaissait de la Bourse une douzaine de jours après, tandis qu’Elon Musk (suite) tweete le 4 novembre 2022 : « Twitter a connu une chute massive de ses revenus [publicitaires, ndlr], à cause de groupes d’activistes qui font pression sur les annonceurs, même si rien n’a changé avec la modération du contenu et que nous avons tout fait tout ce que nous pouvions pour les apaiser. Vraiment dégueulasse ! Ils essaient de détruire la liberté d’expression en Amérique » (4).
En retirant Twitter de la Bourse, l’entreprise de microblogging redevenue privée évite alors une chute de son titre et n’a depuis lors plus de comptes à rendre à l’autorité des marchés financiers américain (la SEC), ni à publier ses comptes trimestriels et annuels, ni encore à déclarer le nombre de ses utilisateurs actifs qui sont alors 237,8 millions quotidiennement au 30 juin 2022 – en hausse de 16,6 % en un an (5). Ses motivations pour privatiser Twitter sont en fait à l’époque triples : • Avoir un contrôle total : en privatisant l’entreprise, Musk évite les pressions des actionnaires publics, des rapports trimestriels et des obligations réglementaires liées à une cotation en Bourse. • Promouvoir la liberté d’expression : Musk a déclaré que Twitter n’atteignait pas son potentiel en tant que « place publique numérique » pour des débats libres, et qu’il voulait réduire la modération excessive qu’il percevait comme une entrave à la liberté d’expression. • Corriger des dysfonctionnements : il a critiqué l’interférence passée de Twitter dans les élections, la censure influencée par des gouvernements ou des activistes, et la perte de revenus due à des pressions extérieures, notamment sur les annonceurs publicitaires.
Elon Musk le sait : le retour de X (ex-Twitter) en Bourse – quand bien même cela se fera via l’introduction prochaine de sa désormais maison mère SpaceX – va lui faire perdre « l’indépendance » qu’il avait acquises en privatisant Twitter il y a un peu plus de trois ans. Cette perspective explique sans doute pourquoi Elon Musk ne s’est toujours pas exprimé lui-même sur la prochaine IPO, depuis son « Comme d’habitude, Eric a raison » tweeté le 11 décembre 2025 (6) en réponse à un article de Ars Technica où le journaliste Eric Berger a eu la confirmation auprès de l’équipe d’Elon Musk d’une introduction prochaine de Space X, laquelle interviendra en 2026. Et ce, « après des années de résistance » de son PDG fondateur.
Avec ce revirement, l’homme le plus riche du monde cède au principe de réalité financière : « Une grande partie de la course à l’IA se résume à amasser et déployer des ressources qui fonctionnent plus rapidement que vos concurrents. Un grand trésor de guerre résultant d’une introduction en Bourse aidera grandement sa cause et désavantagera tous les autres concurrents. C’est le moment où une introduction en Bourse est soudainement entrée en jeu après avoir été improbable pendant si longtemps », a déclaré à Ars Technica (7) Abhi Tripathi, qui a passé dix ans chez SpaceX.

Vers une valorisation à 1.500 Mds de $
Le 2 février 2026, Elon Musk justifie la fusion-absorption de xAI par SpaceX en regardant le ciel : « A long terme, l’IA basée sur l’espace est évidemment la seule façon de se développer ». Mais il ne dit mot sur la future introduction en Bourse de sa firme SpaceX, laquelle cherche à lever 50 milliards de dollars pour une valorisation d’environ 1 500 milliards de dollars (8), la plus importante de l’histoire depuis l’entrée en bourse de Saudi Aramco en 2019. @

Charles de Laubier

Le moteur de recherche Qwant, « dont vous êtes l’utilisateur, pas le produit ! », joue la transparence

Basé en France, Qwant revendique être « l’un des premiers moteurs de recherche indépendants en Europe » et assure ne pas conserver les données de recherche ni les vendre. Son PDG, Olivier Abecassis, se veut transparent, y compris vis-à-vis de l’Arcom dans le cadre du DSA.

L’Arcom (1) a indiqué le 12 janvier qu’elle avait été « dans l’incapacité de trouver un rapport de transparence RSN [en référence au règlement européen sur les services numériques, ou DSA, ndlr] » pour au moins une douzaine de plateformes de « services intermédiaires » qu’elle doit superviser en France, parmi lesquels Qwant. Pourtant, le Digital Services Act (2) leur impose des obligations en matière de rapports de transparence qu’ils doivent mettre « à la disposition du public […] au moins une fois par an […] sur les éventuelles activités de modération des contenus auxquelles ils se sont livrés au cours de la période concernée » (3) : injonctions reçues, activités de modération, réclamations reçues, moyens automatisés utilisés, …

DSA : des obligations de transparence
Contacté par Edition Multimédi@ sur cette absence de rapport de transparence qu’a pointée le régulateur (4), le PDG de Qwant, Olivier Abecassis (photo), nous apporte l’explication suivante : « En effet, notre rapport était rédigé mais n’était pas en ligne, ce qui a été fait dès que l’Arcom nous l’a rappelé ». Le premier rapport de transparence du moteur de recherche français a donc finalement été publié le 14 janvier sur le site web de l’entreprise basée à Paris (5). Tenant sur une page, ce document fait état d’une (suite) douzaine d’injonctions de retrait ou de désactivation de contenus illicites : onze concernant des « jeux de hasard illégaux » et une portant sur le « respect des lois internes ».
Il est précisé que le traitement des injonctions des autorités s’est fait dans un délai de 72 heures. En revanche, il n’y a pas eu d’« injonction de communication d‘informations sur des utilisateurs », ni de « modération de contenu exercée à l’initiative de Qwant », ni encore de « signalements reçus ». Qwant précise en outre qu’il n’y a pas d’outils de modération. Ces indications de transparence ont été portées à la connaissance de l’Arcom, qui est – au regard du DSA – un coordinateur pour les services numériques (CSN) chargé d’assurer la cohérence de la mise en œuvre de ce règlement à l’échelon national. A ce titre, l’Arcom fait partie du Comité européen des services numériques (EBDS), que préside la Commission européenne et où siègent les CSN de chacun des vingt-sept Etats membres de l’UE (6). Le moteur de recherche français aux ambitions européennes, fondé sur la confidentialité des données et la souveraineté technologique, ne tombe pas sous le contrôle direct de la Commission européenne, dans la mesure où il est encore loin d’atteindre les 45 millions d’utilisateurs mensuels requis pour être classé VLOSE – Very Large Online Search Engines (7).
Pour l’heure, Qwant – société rachetée en juin 2023 par Octave Klaba (président d’OVH) et son frère Miroslaw Klaba pour 14 millions d’euros via l’entreprise Synfonium créée à cette occasion avec la Banque des Territoires de la CDC (8) – dépasse à peine les 25 millions de visiteurs par mois. A précisément 25,1 millions d’utilisateurs si l’on se réfère à son audience de décembre 2025 mesurée par Similarweb, tous pays confondus – dont 52,5 % provenant de France et près de 10 % de l’Allemagne (9). Le nom de domaine qwant.com concentre l’essentiel du trafic, qwant.fr restant marginal et qwantjunior.com et qwantjunior.fr redirigeant vers l’adresse principale. Pour la France, Qwant n’est ni audité par Médiamétrie ni par l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), et la société ne publie pas elle-même de chiffres certifiés. « Nous ne souscrivons pas au panel dans chaque pays, mais surtout notre modèle privacy/B2B (10) sous-évalue notre couverture. Nous suivons nos requêtes quotidiennes. Nous restons majoritairement en France (80 %), puis l’Allemagne (7-8 %) et les USA (5 %) », nous précise Olivier Abecassis. Pour fournir ses résultats de recherche, Qwant a recours en partie depuis 2016 à la technologie de Bing, le moteur de recherche de Microsoft, mais accuse ce dernier d’abuser à la fois de sa position dominante à son détriment. Pour autant, l’Autorité de la concurrence a rejeté le 27 novembre 2025 sa plainte (11).

Accord avec une partie de la presse française
Qwant se veut aussi transparent envers la presse française, avec une partie de laquelle – via l’Alliance de la presse d’information générale (Apig) – un accord a été annoncé le 15 janvier sur les droits voisins, couvrant les moteurs Qwant, Qwant Junior et Lilo. « Ce nouvel accord […] prouve la pertinence de la négociation collective », s’est félicité Pierre Louette, alors président de l’Apig. Cet accord – négocié par la Sacem (12) – définit « les conditions générales de rémunération des contenus, permettant ensuite à chaque éditeur membre de conclure sa propre licence individuelle [avec] sa liberté de négociation » (13). Et ce, alors que le « Chat IA » est disponible depuis le 29 janvier sur Qwant et Lilo. @

Charles de Laubier

« Physical AI » : pourquoi Nvidia ne lancera pas son propre robot humanoïde nouvelle génération

Au CES 2026 de Las Vegas, Nvidia a donné un coup d’accélérateur à sa conquête des « cerveaux » de robots humanoïdes. Cette diversification, au-delà des centres de données et des IA génératives, devrait conforter sa place de première capitalisation boursière mondiale.

« Le prochain voyage, la prochaine ère pour les systèmes robotiques, ce sera les robots, et ces robots viendront dans toutes sortes de tailles différentes », a lancé Jensen Huang (photo), le PDG fondateur de Nvidia, lors de son intervention ultramédiatisée au CES 2026 de Las Vegas, le 5 janvier, où ont évolué sur scène à ses côtés de petits robots humanoïdes dignes de la saga Star Wars (R2-D2, C-3PO, …), ainsi que le robot infirmier Nurabot développé par le taïwanais Foxconn avec Nvidia et Kawasaki. Agibot du chinois Zhiyuan Robotics et Chenille du sud-coréen LG Electronics étaient aussi de la partie (1).

Boston Dynamics, Neura, Franka, Humanoid, …
« Et voilà donc le prochain chapitre. Nous parlerons beaucoup plus de robotique à l’avenir, mais ce n’est pas seulement des robots au final. […] Et l’une des industries les plus importantes au monde qui sera révolutionnée par l’IA physique et la physique de l’IA est celle qui nous a tous fondés », a prédit l’Américano-Taïwanais Jensen Huang, lors de sa keynote aux allures de one-man-show.
Le patron emblématique des puces IA a cité de nombreux clients partenaires de Nvidia tels que : l’américain Boston Dynamics (détenu depuis 2021 par le sud-coréen Hyundai Motor Group), qui a sorti son robot humanoïde Atlas de son laboratoire pour lancer sa version commerciale durant ce CES 2026 (2) ; l’allemand Neura Robotics, qui a lancé aussi à Las Vegas sa nouvelle génération de robots humanoïdes 4NE (3) ; le britannique Humanoid, qui a annoncé au CES son premier robot humanoïde baptisé « HMND-01 Alpha » (4), roulant et bipède, intégrant « dans sa pile technologique » (technology stack) les technologies Nvidia que sont (suite) Jetson Thor, Isaac Sim et Isaac Lab. La société centenaire américaine Caterpillar (fondée en 1925), fabricants de machines de construction et de vêtements de travail, n’a pas annoncé d’ouvrier humanoïde au CES 2026, mais un partenariat élargi avec Nvidia pour apporter l’IA sur les chantiers (5). Pas de robot humanoïde non plus chez l’entreprise allemande Franka Robotics (ex-Franka Emika, détenu par Agile Robots depuis 2023, s’appuyant également sur les solutions IA de Nvidia, mais de la robotique manipulatrice comme avec les deux bras de FR3 Duo (plateforme bimanuale) dont les tâches sont alimentées par « GR00T N1.6 », le modèle d’IA physique (Physical AI) de Nvidia (6). C’est autant de clients d’envergure, dont les partenariats stratégiques expliquent pourquoi Nvidia ne prendra pas le risque de se lancer luimême dans la fabrication de robots humanoïdes, comme Tesla avec Optimus. « N’est-ce pas incroyable ? C’est comme ça que tu as appris à être un robot. Tu as tout fait à l’intérieur d’Omniverse. Et le simulateur de robots s’appelle Isaac, Isaac Sim et Isaac Lab », s’est enthousiasmé Jensen Huang. La firme de Santa Clara (Californie) s’est fait un nom en devenant le numéro mondial des processeurs graphiques (GPU) et des puces IA pour les centres de données ; elle compte s’imposer maintenant dans la robotique industrielle mais aussi dans les robots humanoïdes grâce à ses « piles » matérielles, logicielles et IA intégrées. Cela passe par sa plateforme Omniverse (7), offrant des bibliothèques et des microservices pour développer des jumeaux numériques industriels et des applications de simulation d’IA physique.
« Les avancées en IA physique permettent à l’IA de passer des écrans à notre monde physique, et juste à temps, alors que le monde construit des usines de toutes sortes pour des puces, des ordinateurs, des médicaments vitaux et l’IA. Alors que la pénurie mondiale de main-d’œuvre s’aggrave, nous avons plus que jamais besoin d’automatisation alimentée par l’IA physique et la robotique », a développé le PDG de Nvidia à Las Vegas (8). Le marché de masse n’est pas loin, et Jensen Huang veut en être le n°1. Une rare prévision chiffrée, avancée par Research Nester, estime le marché mondial des robots humanoïdes à plus de 3,1 milliards de dollars en 2025 et prévoit plus de 81,5 milliards de dollars d’ici 2035, à raison d’une croissance moyenne annuelle de 38,5 % sur la période (9).

Marché grand public à partir de 2026
« La nouvelle ère des robots » est décidément en marche (10). La fabrication de robots humanoïdes commence à entrer dans une phase de production industrielle, au rythme de dizaines de milliers d’unités chaque année chez Tesla, BYD, Agibot ou encore Agility Robotics, certains modèles étant désormais vendus en dessous de 10.000 dollars. La société d’études ResearchAndMarkets parle de « déploiement grand public attendu à partir de 2026 » (11), à l’instar de Tesla qui prévoit d’atteindre 100.000 Optimus cette année. @

Charles de Laubier