La solution ouverte de gestion des droits numériques (DRM) pour livres numériques, LCP, est utilisée pour plus de 12 millions de titres dans le monde par des éditeurs et des distributeurs d’ebooks dotés d’un numéro ISBN. Cette technologie ouverte est développée depuis 10 ans par l’EDRLab.
« En extrapolant sur la base de nos connaissances des fournisseurs de LCP, nous estimons qu’au moins 12 millions de titres sont disponibles et que plus de 10 millions de licences sont générées par an », avait indiqué en octobre (1) Laurent Le Meur (photo), directeur de l’European Digital Reading Lab (EDRLab), laboratoire de développement européen d’outils pour l’édition numérique. Cette association basée à Paris a été cofondée il y a dix ans (2) par Editis, Hachette, Madrigall, Média Participations, le Syndicat national de l’édition (SNE), le Cercle de la librairie, le Centre national du livre (CNL), avec le soutien de l’Etat français (3).
LCP sur 30 % des ebooks dotés d’un ISBN
Surtout financé par la Commission européenne – via le programme Creative Europe – à hauteur de 60 % de son budget, l’EDRLab est l’antenne européenne de deux instances créées et basées aux Etats-Unis que sont l’International Digital Publishing Forum (IDPF) et la Readium Foundation, chargées de développer respectivement le format ouvert Epub pour publications numériques et les technologies d’implémentation logicielle du standard Epub3. Parmi ces logiciels, il y a LCP (Licensed Content Protection), appelé aussi Readium LCP, un outil de gestion des droits numériques – ou DRM (Digital Rights Management). (suite)
Le newyorkais Bill Rosenblatt, expert en protection numérique de la propriété intellectuelle, lui avait consacré en 2012 un article (4) avant que le projet ne soit confié en décembre 2015 à l’EDRLab, qui est en outre membre de l’association américaine W3C (5). Devenu norme internationale ISO en 2020, révisée en 2024 (6), LCP s’adresse principalement aux éditeurs et aux distributeurs de livres numériques, de livres audio et de PDF.
Open source et interopérable, il est une alternative aux DRM « propriétaires », donc verrouillés, Amazon, Apple, Adobe, Kobo (Rakuten) ou encore Google Widevine. La France a été le premier pays à l’adopter, suivie de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et d’autres pays européens et au-delà (7). D’après Laurent Le Meur, les 12 millions de titres disponibles avec la protection LCP le sont dans 84 pays. Pour autant, le Readium LCP est-il un succès au bout de dix ans ? Au regard des quelque 331 millions de titres de livres numériques disponibles dans le monde, selon Sci-Tech Today (8), cela ne représente que 3,6 % du total. Contacté par Edition Multimédi@, Laurent Le Meur nous apporte la précision suivante : « Les livres protégés par DRM sont des livres commercialisés par des éditeurs, donc des livres dotés d’un ISBN (9). La base ISBN compte en ce moment 41 millions de livres. LCP en couvre donc déjà 30 % ». Et encore, il ne s’agit là que d’une estimation avancée après que l’EDRLab ait lancé un sondage et mené des entretiens auprès notamment des « 54 serveurs de licences LCP déployés jusqu’à présent, dont 11 ont répondu à notre demande de données », ces derniers distribuant plus de 6 millions d’ebooks protégés par LCP. « En raison de la nature distribuée de la technologie, on ne peut pas obtenir automatiquement des données sur le nombre de titres accessibles par LCP. Comme c’était la première fois que nous faisions cet exercice, les données étaient encore incomplètes et nous avons dû faire des extrapolations. Nous consoliderons ces renseignements au cours des prochaines années », précise-t-il sur le site web de l’EDRLab.
Le laboratoire lance d’ailleurs un appel à tout ceux qui développent une application ou un appareil de lecture conforme au LCP pour se faire connaître, afin d’y voir plus clair sur l’utilisation réelle de ce DRM européen à travers le monde. Pour l’heure, EDRLab a identifié comme « LCP Inside » : 92 applications mobile (sur Android et iOS), 13 applications sur ordinateur (Thorium Reader, FBReader, Vivlio, …), 21 liseuses à encre électronique (Tolino, Pocketbook, Vivlio, inkBook, Bookeen, …) et un terminal de braille (Braillesense de Selvas). En outre, l’European Digital Reading Lab précise que « tous les livres électroniques des éditeurs “Big Five” [Penguin Random House, HarperCollins, Macmillan Publishers, Simon & Schuster, et Hachette Livre, ndlr] sont protégés par LCP sur différents marchés ». Pourquoi seulement 12 millions de titres de livres numériques dans le monde ont adopté LCP ?
Toute l’édition française a misé sur LCP
« Les éditeurs ne choisissent pas directement le DRM pour protéger leurs livres et audio books : les distributeurs d’ebooks et parfois les libraires choisissent et installent un ou deux DRM dans leur flux de distribution. Les éditeurs ont cependant des exigences de protection qui peuvent être assez précises », précise EDRLab. Néanmoins, la France – pays hôte de l’EDRLab cofondé par les gros éditeurs du SNE – fait partie de certains pays où « tous les éditeurs ont explicitement adopté le LCP comme DRM de choix pour protéger leurs ebooks ». @
Charles de Laubier
La plupart des maisons d’édition, des libraires, des bibliothèques et des plateformes de distribution de ebooks l’ont adoptée : la solution de gestion de droits numériques développée et promue par l’association européenne EDRLab, basée à Paris, est en train de se généraliser au monde du livre après un an de test. Baptisé Readium LCP, cet outil DRM se veut une alternative ouverte aux verrous propriétaires des Amazon, Apple, Adobe et autres Kobo (Rakuten). La France a été le premier pays à l’adopter, suivie de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et d’autres pays européens, voire partout dans le monde (