Tout en justifiant son soutien à la directive « Copyright », Qwant prépare une grosse levée de fonds et vise la Bourse

Slogan de Qwant : « Le moteur de recherche qui respecte votre vie privée » – … « et le droit d’auteur », rajouteraiton depuis que son PDG Eric Léandri soutient la directive « Droit d’auteur » – adoptée le 26 mars. Mais il se dit opposé au filtrage du Net. Côté finances, le moteur de recherche veut lever 100 millions d’euros et vise la Bourse.

Qwant, société franco-allemande dont le capital est détenu majoritairement par son PDG fondateur Eric Léandri (photo), à 20 % par la CDC et à 18,4 % par le groupe de médias allemand Axel Springer (1), cherche d’abord à lever 30 millions d’euros de cash dans les deux mois. Objectif : accélérer le développement de ses plateformes. « Nous sollicitons des investisseurs, tandis que nos actionnaires CDC et Axel Springer nous suivent. Ensuite, nous irons vers une vraie belle augmentation de capital d’ici la fin de l’année ou début 2020, avec une levée de fonds à 100 millions d’euros », indique Eric Léandri à Edition Multimédi@. Avec une introduction en Bourse à cette occasion ? « Allez savoir… Rien n’est fermé ! Pour cela, vous avez des obligations d’être propre au niveau comptable », nous a-t-il confié. Concernant le financement de 25 millions d’euros consenti par la Banque européenne d’investissement (BEI) en octobre 2015, le solde a finalement été entièrement versé en 2018.

Liberté de l’Internet versus presse indépendante ?
Le renforcement financier de Qwant prend du temps, l’explication de son soutien à la directive européenne « Droit d’auteur dans le marché unique numérique » aussi ! Eric Léandri ne cesse de devoir justifier son choix – mais en assurant qu’il est contre les robots de filtrage automatisé que permet l’article 13 (devenu 17) de cette directive adoptée le 26 mars. « Il fallait que la directive “Droit d’auteur” soit votée pour que la presse finisse par être indépendante et libre. Sinon, d’ici trois ans, il n’y aura plus de journaux, sauf quelques-uns financés par des géants et des journalistes payés au lance-pierre. Et sans presse, un moteur de recherche n’est pas capable de vous donner autre chose que les résultats de l’Internet », nous explique-t-il. D’un côté, il est salué par le ministre de la Culture, Franck Riester, pour « a[voir]annoncé le 20 mars son engagement en faveur de la directive “Droit d’auteur” ». De l’autre, il est critiqué pour avoir appelé à voter pour un texte qui déroule le tapis rouge aux robots filtreurs au profit des  Lire la suite

Rêve de Robots

Aujourd’hui est un jour particulier au boulot. Une matinée consacrée à l’accueil d’un nouveau collaborateur. En principe, pas de quoi se relever la nuit. Sauf que cette fois-ci, je ne suis pas le seul à être sur les dents. La curiosité de toute l’équipe est, depuis des semaines, mise à rude épreuve car notre nouveau collègue est un robot.
Un robot de bureau multi-tâches venant épauler notre petite entreprise, autant pour nous aider dans les tâches répétitives que pour les travaux d’experts qu’il maîtrise,
qu’il apprend ou qu’il acquiert sur le réseau. Et le soir, quand tout le monde est parti, il continue de travailler tout en assurant la télésurveillance de notre bâtiment. Je vous dois de préciser que nous sommes loin d’être des pionniers et que notre investissement, bien réfléchi, s’inscrit dans un mouvement d’équipement des entreprises qui adoptent de plus en plus ces assistants d’un nouveau genre. Nous voici partie prenante de cette nouvelle phase majeure du développement de la robotique professionnelle, qui, avec la « cobotique », conduit de nombreuses entreprises à faire cohabiter humains et robots. Quel chemin parcouru depuis Unimate, ce premier robot industriel intégré aux lignes d’assemblage de General Motors en 1961. Les robots ont rapidement colonisés les sites industriels à partir des années 1980, jusqu’à représenter un parc de plus de 1 million de machines dans le monde dès 2012. La plupart sont issus des lignes de production des leaders ABB, Fanuc Robotics, Kuka ou Motoman, destinés à doper la productivité des usines. Ce qui n’a pas été sans provoquer d’importantes tensions sur l’emploi des ouvriers confrontés à cette concurrence, alors même qu’il fallait se battre sur le front des bas salaires des économies émergentes.

« Ce peuple de machines intelligentes trône
désormais au sommet d’une nouvelle espèce
composée de myriades d’objets communicants. »

Ce second âge de la robotique se caractérise par une large prolifération de ces
machines polyvalentes et professionnelles au sein des ateliers des PME, grâce à
une programmation facile et un prix accessible. Ce fut le cas des bras articulés et commercialisés avec succès dès 2008 par la start-up danoise Universal Robots.
Les activités tertiaires ont suivi. A tel point que le taux d’automatisation de l’industrie et des services devrait franchir le seuil des 50 % avant 2030. Mais l’une des conséquences les plus importantes est la relocalisation des fonctions de production au plus près
des zones de consommation, sous la pression de l’explosion des coûts de transport
mais aussi grâce aux nouvelles possibilités permises par ce que l’on appelle la
« robocalisation » : la robotisation des entreprises comme moyen de faire revenir en Europe des emplois industriels.

Le plus marquant est sans doute le succès des robots personnels qui envahissent également notre vie quotidienne : robotique des transports, robotique médicale, robotique rééducative grâce à des prothèses intelligentes et des exosquelettes. Nos robots compagnons assurent désormais les tâches domestiques, la surveillance mais également des jeux ou des séances d’éducation. Parfois maladroitement humanoïdes, ils prennent des formes multiples, lorsqu’ils ne sont pas invisibles. Ce peuple de machines intelligentes trône désormais au sommet d’une nouvelle espèce composée de myriades d’objets communicants. La croissance de ce nouveau marché a été au rendez-vous, multiplié
par 30 en dix ans. Entre 2013 et 2016, 22 millions de robots de tout type furent commercialisés. La plus grande part, plus de 15 millions, sont des robots domestiques (aspirateurs, tondeuse, nettoyeurs de fenêtre, …), le reste étant dédié au jeu, l’éducation et à la recherche. Pour ne pas être en reste, la France lança en 2013 une politique ambitieuse en vue de se classer parmi les 5 premiers pays mondiaux. Les trois premiers étaient d’ores et déjà bien connus : le Japon, la Corée et les Etats-Unis. La même année, Google a de son côté essayé d’organiser cet écosystème complexe avide de data, en multipliant des acquisitions de start-up.
Cette évolution d’une humanité complétée d’un double mécanique, rêvée depuis l’Antiquité et prenant forme avec les premiers automates au XVIIIe siècle, est l’une des composante clés de notre siècle, avec sa face inquiétante décrite dans de si nombreux romans d’anticipation, et qui donne toute sa saveur à ce mot de Jacques Prévert : « Le progrès : trop robot pour être vrai ». @

Jean-Dominique Séval*
Prochaine chronique « 2025 » : Le mobile.
* Directeur général adjoint de l’IDATE,
auteur du livre « Vous êtes déjà en 2025 »
(http://lc.cx/b2025).