Plongée dans la cash machine mondiale de la chanteuse Taylor Swift, devenue businesswoman

La chanteuse américaine et auteure-compositrice-interprète Taylor Swift est depuis le 30 septembre 2025 la première femme à avoir dépassé les 100 millions d’albums vendus, selon la Recording Industry Association of America (RIAA). Devenue milliardaire, c’est la mieux payée de l’industrie musicale.

Le dernier coup d’éclat en date de Taylor Swift (photo) est la sortie le 3 octobre 2025 de son album « The Life of a Showgirl », accompagné d’un film intitulé « Taylor Swift: The Official Release Party of a Showgirl », lequel a été projeté durant trois jours dans des centaines de salles de cinéma du circuit américain AMC aux Etats-Unis et des milliers d’autres salles obscures via des distributeurs partenaires, y compris en Europe – dont la France (UGC, Pathé, CGR, …) – et dans le reste du monde. Selon Box Office Mojo, le film a engrangé dans le monde plus de 50 millions de dollars en un week-end (1).

Taylor Swift en mondovision partout
A 12 dollars le billet, avant les frais de réservation en ligne supplémentaires, pour la voir au cinéma, l’artiste-businesswoman américaine – milliardaire avec une fortune de 1,6 milliard de dollars, selon Forbes (2) – a décidément le sens des affaires. Un site web dédié avait même été mis en place pour géolocaliser les cinémas dans le monde où était projeté son film (3). Le précédent « Taylor Swift: The Eras Tour », sorti en 2023, est de loin le film-concert le plus rentable de l’histoire. Il a rapporté un chiffre d’affaires mondial était de 262 millions de dollars. Ce film avait été diffusé sur la plateforme de streaming Disney+ cinq mois après sa sortie en salles, ce qui sera (suite) sans doute le cas pour cette nouvelle production de 89 minutes. Quant à son dernier album « The Life of a Showgirl », il s’en est déjà vendu 3 millions d’unités (achats numériques et physiques), selon Luminate. C’est la deuxième (4) plus grande semaine de vente pour un album, depuis que l’ex-Nielsen Music a commencé mesurer électroniquement les données en 1991. Et, depuis fin septembre 2025, Taylor Swift est la première femme à avoir dépassé les 100 millions d’albums vendus (5).
Taylor Swift est aussi une championne mondiale du e-commerce, avec sa boutique en ligne Store.taylorswift.com qui vend en exclusivité – et pour une durée limitée – quatre nouvelles variantes CD de l’album (12 chansons de l’album et deux pistes bonus uniques pour chaque), ainsi qu’un coffret CD de luxe en réédition. « Ces quatre CD rejoignent les 23 versions physiques de l’album précédemment disponibles (en vinyle, CD et cassette) et deux éditions numériques en téléchargement (une version standard large et une version exclusive à iTunes avec une vidéo bonus) », rapporte le magazine Billboard (6). Store.taylorswift.com est gérée – comme pour tout le marketing et l’engagement des fans – par la société Taylor Nation, qu’elle détient à 100 %, et qui distribue via UMG Stores, la logistique de la première major mondiale de la musique Universal Music. L’ancienne filiale musicale de Vivendi, qui n’en détient plus que 14,6 % du capital (mais plus de 53 % des droits de vote), distribue depuis novembre 2018 les albums de Taylor Swift sous le label Republic Records. Le contrat conclu il y a sept ans prévoit que, dans l’éventualité où Universal Music vendrait une partie de sa participation dans Spotify (que la major détient à l’instar de Sony Music et Warner Music), Taylor Swift a la garantie que la somme issue de la vente de ces actions dans la plateforme suédoise – où elle est en plus en tête des streams – sera répartie entre les artistes (7). « Taylor Swift a été l’artiste le plus diffusé dans le monde sur Spotify, Amazon et Deezer », indique Universal Music dans son rapport annuel 2024 publié cette année.
Une autre clause conclue avec la première major du « disque », et non des moindres, permet à la chanteuse de conserver la pro-priété de ses masters, ces enregistrements originaux pour fabriquer copies numériques, CD/DVD et vinyles). Taylor Swift en a fait son cheval de bataille, ayant même annoncé le 30 mai 2025 – dans une lettre (8) à ses fans, les « Swifties » – avoir réussi à racheter à Shamrock Capital les droits et les masters des six premiers albums de sa carrière. Pour la production de contenu comme les clips vidéo, films de concerts et les tournées, la reine de la pop détient aussi 100 % de Taylor Swift Productions. C’est cette entité qui, avec la société de production Taylor Swift Touring, a géré sur deux ans « The Eras tour », la dernière tournée mondiale (2023 et 2024) de la chanteuse, laquelle est surnommée Tay ou T-Swizzle. Son équipe a indiqué au New York Times qu’elle avait vendu pour plus de 2 milliards de dollars d’entrées (9). Sans précédent dans l’industrie musicale.

Sa holding de tête : 13 Management
C’est dire que le chiffre 13, porte-bonheur de Taylor Swift, la comble. La businesswoman en a fait la dénomination de sa holding, 13 Management, qui, de Nashville (Tennessee) où elle est arrivée adolescente, gère toute sa carrière et qui contrôle totalement Taylor Nation et Taylor Swift Productions. Ainsi va le « Swift business », pour le plus grand plaisir de ses fans, lesquels seraient plus d’un demi-milliard dans le monde, dont 281 millions sur Instagram (10) ou encore 33 millions sur TikTok (11). @

Charles de Laubier

Ce que disent les syndicats américains à propos du projet de scission de Warner Bros. Discovery

Plus d’un mois après avoir annoncé qu’il se scinderait en deux sociétés, en séparant « studios et activités de streaming » des « réseaux de télévision par câble », le géant américain Warner Bros. Discovery suscite des inquiétudes syndicales plutôt discrètes face au risque de réduction d’effectifs.

La scission de « WBD » en deux sociétés cotées en Bourse, devrait être achevée d’ici mi-2026. L’actuel PDG de Warner Bros. Discovery (WBD), David Zaslav (photo de gauche), conservera alors les studios et l’activité de streaming au sein d’une société appelée pour l’instant « Streaming & Studios », tandis que le directeur financier Gunnar Wiedenfels (photo de droite) dirigera le groupe dérivé des actifs câblés, y compris CNN, au sein de « Global Networks ». Tous deux continueront d’occuper leurs fonctions actuelles chez WBD jusqu’à la séparation.

Méga-split sur fond de cord-cutting
L’annonce a été faite le 9 juin (1). Le 26 juin, WBD a annoncé avoir obtenu de la banque JPMorgan « un prêt à terme de 18 mois d’une valeur de 17 milliards de dollars (2) pour financer son split d’envergure. A peine plus de trois ans après la méga-fusion entre la major d’Hollywood Warner Bros. avec son compatriote Discovery – c’était en avril 2022, moyennant 43 milliards de dollars versés à l’opérateur télécom AT&T (3) –, voici que son PDG David Zaslav (ex-patron de Discovery) va détricoter ce qu’il avait mis en œuvre. Si ce split à venir est salué par la majorité des analystes financiers, qui y voit un moyen de « libérer de la valeur » par les deux futures sociétés cotées, il suscite néanmoins des inquiétudes du côté des syndicats américains présents dans l’actuel WBD – et ils sont nombreux : il y a (suite) la Writers Guild of America (WGA) pour les scénaristes de cinéma, de télévision et de streaming, la Screen Actors Guild and American Federation of Television and Radio Artists (Sag-Aftra) pour les acteurs, doubleurs, animateurs et journalistes, l’International Alliance of Theatrical Stage Employees (IATSE) pour les techniciens, monteurs, décorateurs et costumiers, la Directors Guild of America (DGA) pour les réalisateurs et assistants réalisateurs, la Communications Workers of America (CWA) pour les journalistes, techniciens et employés, notamment à CNN, ou encore l’International Brotherhood of Teamsters (IBT) pour les chauffeurs, logisticiens et travailleurs.
Tous vont suivre de très près les conséquences sociales de la naissance de cette hydre à deux têtes, participer aux renégociations de plusieurs conventions de travail, dans le streaming notamment, ainsi qu’aux accords pour l’usage des IA génératives dans les productions. Avant même l’annonce du futur split, le média américain Variety révélait le 4 juin des licenciements dans les activités de télévision linéaire, notamment sur les réseaux câblés : Turner Network Television (TNT), Turner Broadcasting System (TBS), Cable News Network (CNN) ou encore The Learning Channel (TLC). Le nombre de suppression d’emplois porterait sur près de 100 employés (4). Mais le chiffre de 500 layoffs est évoqué par d’autres médias. Les chaînes payantes sont parmi les plus touchées en raison du déclin du nombre de leurs abonnés, provoqué par le cord-cutting. Ce phénomène, bien connu aux Etats-Unis, désigne le fait que les abonnés aux chaînes câblées résilient leur contrat au profit de l’accès direct par Internet aux plateformes audiovisuelles.
Les résultats du premier semestre 2025, que WBD présentera le 7 août (5), devraient être marqués – à l’instar du premier trimestre – par la chute du chiffre d’affaires de l’activité mondiale de réseaux de télévision linéaire. Car moins d’audience, c’est moins de publicités. En mai, S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit de Warner Bros. Discovery à un statut « indésirable » (junk) sur la base de la baisse des prévisions de bénéfices de la société pour 2025-2026, principalement en raison de la « baisse continue des revenus et des flux de trésorerie de ses activités de télévision linéaire ». WBD a déjà déprécié en 2024 ses actifs « TV networks » à hauteur de 9,1 milliards de dollars. Quant aux actionnaires, ils ont voté – lors de l’assemblée générale 2025 du groupe le 2 juin (6) – contre la hausse de 4,4 % de la rémunération de David Zaslav pour 2024, à 51,9 millions de dollars. Le PDG qui ne dirigera plus que la société Streaming & Studios (HBO, Max, Warner Bros., Games, …), après la scission et jusqu’en 2030, sera moins payé (en-dessous de 10 millions de dollars).

Syndrome « Vivendi » du split décevant
Le plan de rupture de Warner Bros. Discovery a plutôt bien été accueilli par les analystes et investisseurs. A son annonce le 9 juin, l’action « WBD » (7) au Nasdaq a bondi de près de 10 % et n’a cessé de grimper depuis, à 13,5 dollars (au 25-07- 25), mais elle est loin de son plus haut niveau atteint en avril 2022 à 24,43 dollars. La capitalisation boursière de WBD (8) est elle aussi en hausse, à 28,4 milliards de dollars (au 25-07- 25). Mais comme l’a montré de Vivendi, dont le spin-off de décembre 2024 en trois sociétés cotées (Canal+, Louis Hachette Group et Havas) a déçu les actionnaires (9), le split de WBD pourrait ne pas produire l’effet boursier escompté. @

Charles de Laubier

L’industrie musicale veut plus d’abonnés en France

En fait. Le 11 mars, le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) a présenté le bilan 2024 du marché français de la musique enregistrée, lequel refranchit au bout de 20 ans la barre du milliard d’euros. Pour autant, les Français ne se précipitent pas pour s’abonner aux plateformes de streaming.

En clair. Les 174 maisons de disques et labels membres du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep), parmi lesquels les trois majors mondiales de la musique (Universal Music, Sony Music et Warner Music), se plaignent de ne pas arriver à convaincre suffisamment d’utilisateurs à s’abonner aux plateformes de streaming musical.
Pourtant, ce n’est pas les « streamers » qui manquent sur le marché français : Spotify, Deezer, Qobuz, YouTube Music, Amazon Music, Apple Music ou encore Napster. Dans son bilan 2024 publié le 11 mars, le Snep fait état de « seulement » 12,3 millions d’abonnements (périodes d’essai comprises). Ces abonnements au streaming musical correspondent à 522,3 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, soit tout de même une hausse de 11,4 %, pour représenter plus des trois-quarts (77,5 %) du total des revenus numériques de la musique enregistrée. (suite)

Alors pourquoi tant de déception de la part des producteurs de musiques ? « Le streaming par abonnement touche seulement plus du quart de la population française (25,9 % en incluant les utilisateurs des comptes familles et duos, soit un total de 17,7 millions de personnes). Mais cette proportion est très éloignée des autres grands marchés de la musique – Royaume-Uni, Allemagne ou Etats-Unis – où le taux de pénétration demeure très largement supérieur », explique le Snep, qui parlait déjà en 2023 d’« anomalie du marché français » (1). Par exemple, aux Etats-Unis, ce taux dépasse les 30 %. Et le syndicat des majors de la musique de regretter ce particularisme français : « Le rythme auquel grandit le nombre d’utilisateurs reste trop faible : en hausse de 7,3 % sur un an. Cette évolution est 3,3 points en-deçà de la moyenne mondiale ».
Universal Music (acquéreur en 2011 d’EMI), Sony Music et Warner Music ont poussé les plateformes comme Spotify et Deezer – dont ils étaient actionnaires minoritaires (2) (*) (**) via des bons de souscription d’actions (BSA) – à basculer du gratuit (3) à l’abonnement payant (4). Quels sont les freins ? Le Snep n’évoque pas l’augmentation tarifaire des forfaits, notamment due à la taxe streaming (5), ni l’attrait du gratuit chez YouTube. En revanche, le syndicat constate que les adultes (+ 50 ans) « demeure[nt] fortement sous-représenté[s] dans le streaming payant » (29,8 %, contre 39,7 % pour les 15-34 ans), alors qu’ils représentent près de la moitié de la population française. @

The Walt Disney Company se sent pousser des ailes avec Disney+, notamment en France face à Canal+

La major américaine du cinéma et de l’audiovisuel qu’est The Walt Disney Company – plus que centenaire – a présenté le 5 février les résultats financiers du premier trimestre de son année fiscale décalée 2025. En streaming, la rentabilité de Disney+, Hulu et ESPN+ s’améliore.

« Nos résultats de ce trimestre [octobre à décembre 2024, soit le premier trimestre de l’année fiscale 2025 qui sera clos fin septembre, ndlr] démontrent la force créative et financière de Disney […]. Nous avons encore amélioré la rentabilité de nos activités de diffusion en streaming », s’est félicité Robert Iger (photo), PDG de la Walt Disney Company. Alors que le chiffre d’affaires sur son marché domestique (les Etats-Unis et le Canada) stagne, celui réalisé à l’international accuse une baisse à deux chiffres (- 31 % sur le premier trimestre).

151,5 millions d’abonnés au total
La plateforme de streaming Disney+ fait état, au 31 décembre 2024, de 124,6 millions d’abonnés payants, en baisse de – 1 % par rapport au trimestre précédent. Elle en compte cependant plus à l’international (54,4 %), devenu majoritaire, qu’aux Etats-Unis et au Canada confondus (45,6 %). Quant à l’autre service de streaming, Hulu, dont les contenus sont plus pour adultes (là où Disney+ propose plutôt un catalogue familial), il compte 56,3 millions d’abonnés, en hausse trimestrielle de + 3 %. Hulu est un pionnier de la VOD, qui fut cocréé en 2007 par AOL, NBCUniversal (racheté par Comcast), Yahoo et Myspace (repris par News Corp). News Corp cèdera finalement à Disney en 2019 sa participation de 30 % dans Hulu que détenait sa filiale 21st Century Fox, laquelle fut revendue aussi Disney. C’est en novembre 2023 que Comcast cède à son tour sa participation dans Hulu à Disney, qui en devient ainsi le seul propriétaire (1). (suite)

La troisième plateforme du groupe est ESPN+, dédiée aux sports. Détenue à 80 % par The Walt Disney Company et à 20 % par le groupe de médias Hearst Communications, elle compte 24,9 millions d’abonnés, en baisse trimestrielle de – 1 %.
Ainsi, au total, la firme de Burbank – où se trouve son siège social, à dix minutes en voiture d’Hollywood – compte 151,5 millions d’abonnés, soit moitié moins que son rival dans le streaming Netflix qui a annoncé en janvier 2025 avoir franchi les 300 millions d’abonnés dans le monde. Au-delà des publics visés (famille pour Disney+, adultes pour Hulu, sportifs pour ESPN+), la différence entre les trois plateformes de la major américaine réside dans le revenu mensuel moyen par abonné payant : il est de 7,55 dollars pour Disney+, bien endeçà des 99,22 dollars pour Hulu, mais mieux que les 6,36 dollars de ESPN+, tous les trois en croissance trimestrielle de respectivement 5 %, 4 % et 7 % (notamment en raison de hausses de tarifs d’abonnement). Malgré des coûts de programmation et de production trimestriels avoisinant les 3,6 milliards de dollars (62,7 % pour Hulu et 37,3 % pour Disney+), Robert Iger – « Bob » pour les intimes – assure donc que le streaming « améliore » sa rentabilité sans que l’on sache le résultat opérationnel de cette activité.
Selon les calculs de Edition Multimédi@, la Walt Disney Compagny a réalisé au premier trimestre de l’exercice en cours 11,6 % de son chiffre d’affaires en Europe, en hausse de 9,4 % sur un an. Au cours de son dernier exercice fiscal 2024 (clos le 28 septembre 2024), le chiffre d’affaires y a dépassé pour la première la barre des 10 milliards de dollars (à 11,2 milliards précisément) sur un total annuel global de 91,3 milliards de dollars. La France est un des pays européens les plus stratégiques pour la major d’Hollywood, pas seulement pour son parc Disneyland Paris (détenu à 100 %), situé à Marne-la-Vallée (sur 5.200 hectares), mais aussi parce qu’elle vient de décrocher une avancée historique dans la chronologie des médias à la française. Le 29 janvier 2025 marque la date de signature de deux accords – l’un avec le cinéma français (2) et l’autre avec l’audiovisuel français (3) – qui propulse Disney+ à 9 mois après la sortie des nouveaux films en salles de cinéma, au lieu de 17 mois requis pour les plateformes de SVOD ne disposant pas d’accord de ce type (4). Premier à bénéficier de cette avancée sur Disney+ : le film américain « Deadpool & Wolverine » à partir du 25 avril prochain. De quoi rendre nerveux Canal+ qui était jusqu’alors le seul positionné à 6 mois en tant que premier pourvoyeur de fonds historique du 7e Art français.

115 millions d’euros sur trois ans en France
En contrepartie, Disney s’est engagé à investir 115 millions d’euros sur trois ans dans l’achat ou le préachat d’au moins 70 films français (5). « Nous en sommes à notre 16e production originale, nous avons déjà acquis une centaine de films français et nous avons également préacheté 23 longs métrages français. Nous allons accroître nos investissements en France de 5 points en consacrant désormais 25 % de notre chiffre d’affaires à la création française contre 20 % auparavant », révèle Hélène Etzi (photo du milieu), présidente de The Walt Disney Company France, dans une interview exclusive au Film Français (6). @

Charles de Laubier

Llama Groupœuvre pour l’indépendance des artistes et labels face aux trois majors de la musique

Llama Group (ex-Audiovalley) est sorti d’une zone de turbulences financières provoquées en 2023 par la chute du cours de l’action de la société néerlandaise Azerion qui venait de lui racheter l’activité audio digital de Targetspot (Radionomy). Le belge se concentre désormais sur Winamp.

« Dans un marché [mondial de la musique] qui pèse plus de 50 milliards de dollars et dominé par trois sociétés [Universal Music, Sony Music et Warner Music, ndlr], un nouvel équilibre verra le jour dans les prochaines années. Une redistribution des revenus moins concentrées a commencé. Aujourd’hui, et notamment grâce au succès des plateformes digitales, l’essentiel des transactions sont digitales. Des acteurs qui apportent de l’innovation et de la technologie vont être capables de participer à l’économie du secteur ».

Winamp, plateforme pour artiste et labels
C’est ce qu’avait déclaré Alexandre Saboundjian (photo), PDG de Llama Group (ex-Audiovalley), en préambule de son dernier rapport annuel publié au printemps dernier. Il avait ajouté : « Winamp sera le produit de la fusion de différentes entités du groupe ». La société belge, basée à Bruxelles, possède actuellement non seulement la plateforme Winamp de gestion administrative des artistes et de leurs flux de monétisation, mais aussi la société de gestion de droits d’auteur Bridger (plus 27.000 œuvres à ce jour) et la société de licences musicales Jamendo. Sans parler du bouquet Hotmix de plus de 60 radios digitales gratuites et financées par de la publicité. Winamp a vocation à devenir l’activité centrale de Llama Group. La version 2.0 de cette plateforme – « Winamp for Creators » – a été lancée le 2 juillet 2024 et sa commercialisation a débuté le mois dernier. (suite)

Lors de la présentation le 17 octobre de ses résultats financiers du premier semestre, la société belge Llama Group a confirmé son ambition de connecter au travers d’une plateforme unique – Winamp – trois communautés, à savoir : les artistes et labels de musique ; les collaborateurs que ces derniers peuvent recruter partout dans le monde et qui aideront ces artistes à gérer et à monétiser leurs œuvres ; les consommateurs de contenus. « Notre objectif est de donner aux artistes et aux labels un outil de gestion complet et intégré, une plateforme qui se concentre d’abord sur la capture de différents types de revenus et sur la création d’une équipe de collaborateurs. Avant la fin de l’année, nous ajouterons divers services de marketing et de promotion, tels que la gestion centralisée des réseaux sociaux et la création de sites web et d’applications mobiles. Viendront ensuite les outils d’analyse des performances », a expliqué Alexandre Saboundjian (1). Il ambitionne de faire de Winamp l’outil de gestion le plus complet pour un potentiel de plusieurs dizaines de millions d’artistes dans le monde, lesquels pourront échanger directement avec leurs fans via des « fanzone » (contenus exclusifs, expériences et échanges, voire contenus sous forme de NFT). Historiquement, Winamp est né en 1997 sous la forme d’un lecteur multimédia gratuit proposé initialement sur Windows à l’époque du format musical MP3. Devenu populaire et étendu aux Mac et à Android, le player Winamp – initialement développé par Nullsoft – avait été racheté il y a dix ans à AOL par la société Radionomy, cofondée en 2007 par Alexandre Saboundjian. AOL lui a aussi cédé Shoutcast, un lecteur de streaming. Conjuguant « radio » et « autonomie », Radionomy est une plateforme de webradios qui sera vendue à Vivendi fin 2015, avant d’être reprise par Alexandre Saboundjian et sa société Audiovalley qu’il a créée en 2003, laquelle est rebaptisée Llama Group en janvier 2023 (2). Et ce, à la suite de la vente de Targetspot au néerlandais Azerion, payable majoritairement en actions de ce dernier.
Or c’est là que les ennuis financiers ont commencé pour le groupe belge : « La baisse du cours de l’action Azerion, dans les 90 jours qui ont suivi le closing, a plongé notre entreprise dans une situation qui ne nous permettait plus de faire face à ces deux objectifs initiaux [faire face aux échéances de dettes et assurer le financement du projet Winamp, ndlr] », avait expliqué fin avril (3) Alexandre Saboundjian, actionnaire à 57,2 % du capital de Llama Group (4), lequel est coté sur Euronext Growth Bruxelles et Paris (5). Un accord a cependant été trouvé avec Azerian en juin 2024. Quant au plan de réorganisation, contesté par des actionnaires, il avait finalement été validé par la justice en février 2024 avec réduction de l’endettement et des effectifs.

La version 2.0 intègrera le nouveau player
Avant la vente de Targetspot/Radionomy, le chiffre d’affaires était en 2021 de 28,3 millions d’euros (6). En 2023, il se retrouve à 1,8 million d’euros. Recentré, le belge de la monétisation audio compte sur sa nouvelle plateforme Winamp 2.0, à laquelle est désormais intégré le lecteur d’écoute musicale éponyme. « Le player Winamp connaîtra des changements importants d’ici la fin de l’année. En effet, une première version complètement revisitée du player mobile sortira en janvier 2025 », a annoncé le 17 octobre Llama Group. A suivre. @

Charles de Laubier