45e président des Etats-Unis, Donald Trump sera le 47e : que devient sa société cotée Trump Media ?

« Votre voix. Votre liberté. » Le slogan du réseau social que Donald Trump a lancé en 2022 sous le nom de Truth Social, après avoir été banni de Twitter et de Facebook, sonne aujourd’hui différemment depuis que l’ancien locataire de la Maison-Blanche a été élu le 6 novembre 47e président des Etats-Unis.

Le 8 novembre, Donald Trump (photo), élu deux jours plus tôt 47e président des Etats-Unis, a lancé sur son réseau social « Truth Social » à propos de rumeurs selon lesquelles il comptait céder sa société cotée Trump Media & Technology Group (TMTG) dont il détient 52,9 % du capital au 30 septembre 2024 : « Je n’ai pas l’intention de vendre ! » (1). Rappelez-vous : il y a trois ans, Donald Trump lançait son propre réseau social Truth Social pour « résister à la tyrannie des géants technologiques » que l’ancien locataire de la MaisonBlanche a accusés de l’avoir « réduit au silence » après les événements du Capitole en 2021.
Pour éditer cette plateforme destinée à être plus qu’un simple site de microblogging, le candidat Républicain à l’élection présidentielle américaine fonde alors sa start-up TMTG et l’enregistre dans l’Etat du Delaware, l’un des premiers paradis fiscaux américains. Slogan de Truth Social, considéré un temps comme un « clone de Twitter » : « Votre voix. Votre liberté. » Le 5 novembre, soit la veille de la victoire présidentielle de Donald Trump, la société cotée TMTG a réaffirmé dans ses résultats du troisième trimestre 2024 que « depuis son lancement, Truth Social a connu une croissance substantielle, passant de zéro à un total d’environ 9 millions d’inscriptions à la mi-février 2024 via iOS, Android et le web ».

Actions « DJT » : 8 mois de turbulences
Selon les relevés de Demandsage et de Searchlogistics, le nombre d’utilisateurs actifs ne dépasserait pas les 2 millions (2), alors que « Trump Media » en revendiquait au printemps dernier 5 millions. Pas de quoi pavoiser pour autant face aux quelque 300 millions d’utilisateurs de X (ex-Twitter) et encore moins par rapport aux plus de 2 milliards de profils sur Facebook. En remportant largement la présidentielle américaine le 6 novembre face à la Démocrate Kamala Harris, Donald Trump a revigoré l’action de TMTG au Nasdaq, où son entreprise est directement cotée depuis mars dernier sous le symbole DJT – ses propres initiales : Donald John Trump. Auparavant, TMTG était en Bourse depuis octobre 2021 mais via une société d’acquisition (3), Digital World Acquisition Corp. (DWAC), avec laquelle TMTG a fusionné. (suite)

Avec un démarrage en trombe de l’action à l’ouverture de Wall Street le 26 mars 2024, la société Trump Media se retrouve valorisée plus de 10 milliards de dollars dès le premier jour de cotation. La popularité de Donald Trump, que l’on aime ou que l’on déteste, a alors joué à plein auprès de nombre d’investisseurs.

Trump contre « Big Media » et « Big Tech »
Le titre DJT culmine un temps à plus de 78 dollars l’action, rendant encore plus riche le milliardaire-président (4). Les utilisateurs affluent dans le sillage du candidat pour la troisième fois à la présidentielle américaine et de son mouvement « Make America Great Again » (MAGA). Oubliées les difficultés des débuts de Trump Media et de son véhicule boursier DWAC confronté à un problème de trésorerie en 2022 et dans le même temps visé par une enquête de la SEC, le gendarme boursier américain. Sans parler du fait que la marque « Truth Social » n’a pas pu être enregistrée (5), après le refus du Bureau américain des marques et brevets (USPTO). Mais l’embellie boursière de TMTG ne durera pas. Plus dure a été la chute : durant la première quinzaine d’avril 2024, l’action DJT s’effondre de plus de 50 %, à seulement 22 dollars. Et après une remontée éphémère le mois suivant, elle touchera le fond le 23 septembre dernier, à 12,15 dollars. Depuis, Trump Media a repris un peu des couleurs à la faveur de la campagne présidentielle très suivie et commentée. Et l’élection du 6 novembre remportée par le principal actionnaire de TMTG n’a pas eu un effet bonus sur le titre en Bourse : au 15 novembre, l’action ne valait pas plus de 26,99 dollars (6) et la valorisation boursière 5,85 milliards de dollars (7).
Le quartier général de Trump Media, dont le PDG n’est pas Donald Trump mais Devin Nunes (photo ci-dessus), est installé à Sarasota en Floride. L’entreprise, qui bénéficie par ailleurs de la fiscalité avantageuse de l’Etat du Delaware, perd beaucoup d’argent faute de publicités suffisantes pour monétiser Truth Social. La publication le 5 novembre de ses résultats sur les neuf premiers mois de l’année fait état d’un chiffre d’affaires (au 30 septembre) de 2,6 millions de dollars, en baisse de 23 % sur un an. Tandis que les pertes nettes sur la même période atteignent 361,2 millions de dollars, en explosant de 641 % sur an (8). Reste à savoir si le Grand Chelem de Donald Trump permettra à Truth Social de redresser la barre sur le quatrième trimestre en cours. « You are the media now », a exulté le 6 novembre (9) son plus fervent supporteur-milliardaire, Elon Musk, première fortune du monde (10), patron de Testa et propriétaire de X (ex-Twitter), le réseau social qui a réhabilité « @realDonaldTrump » il y a deux ans maintenant. Trump Media, dont le fils aîné de Donald Trump – portant le même prénom (Donald Trump, Jr) – est membre du conseil d’administration, mise en outre sur Truth+, la nouvelle plateforme de streaming de contenus annoncée en août dernier. « La liberté d’expression est assurée par Truth+, où vous pouvez regarder les actualités en lesquelles vous avez confiance et des émissions et des films que Big Media a essayé de mettre sur liste noire », promet « la voix de Donald Trump » sur les pages support de Truth Social. Et d’enfoncer le clou : « Truth+ est alimenté par une infrastructure spécialement conçue avec ses propres serveurs [CDN (11), ndlr], routeurs et quantité de logiciels propriétaires, rendant la plateforme non annulable par Big Tech » (12). Truth+ va apparaître progressivement dans l’application Truth Social sous la forme d’une nouvelle icône, sans que l’on sache encore si ce service de streaming sera gratuit, freemium ou payant. Il proposera un guide électronique interactif sur 14 jours, de la télévision instantanée (TV linéaire) jusqu’à 7 jours après la diffusion des émissions, des directs (live streaming), un enregistreur vidéo dans le cloud, des vidéos à la demande et bien d’autres contenus. Edition Multimédi@ a constaté que le bouton « Live TV » proposait déjà une dizaine de chaînes, dont Euronews. « Depuis l’annonce de notre accord en juillet 2024 pour acquérir la technologie de streaming TV [auprès de la société JedTec du magnat américain de l’énergie James Davison, Républicain et grand donateur au profit du candidat Trump, ndlr], nous avons mis sur pied, en moins de quatre mois, notre propre réseau national de distribution de contenu télévisuel, lancé sur Truth Social le live streaming TV et lancé notre propre service OTT TV, Truth+, sur le Web et avec des applications natives pour iOS, Android et les téléviseurs connectés », s’est félicité Devin Nunes (13). La plateforme de streaming Truth+ est déjà disponible sur Apple TV, Android TV et Amazon Fire TV.
Donald Trump, 45e président des Etats-Unis en passe de devenir le 47e, compte bien élargir encore son écosystème au-delà de son Bureau ovale, avec l’ambition de faire de Truth Social une véritable plateforme d’actualités, de divertissement et de discussions – et ce, en « maximisant [son] indépendance par rapport aux Big Tech » (dixit le PDG de TMTG le 5 novembre).

Les deux fils, Donald Jr et Eric, en coulisses
Chroniquement déficitaire mais pas endetté, Trump Media voit encore plus loin : « TMTG continue d’explorer des possibilités de croissance supplémentaires, telles que des fusions et acquisitions potentielles avec des entreprises qui bénéficieraient de la technologie et de l’image de marque de Trump Media, y compris dans le domaine de la fintech ». Fintech ? Le 22 août 2024, Donald Trump a posté sur Truth Social : « Depuis trop longtemps, les grandes banques et les élites financières ont écrasé le citoyen américain moyen. Il est temps de prendre position – ensemble » (14), en ajoutant un lien « Defiant » vers sa chaîne sur la messagerie Telegram baptisée « World Liberty Financial » consacrée à la finance décentralisée (DeFi) et à son projet de plateforme de cryptomonnaie. Mi-octobre, Donald Trump – avec l’aide de ses deux fils Donald Jr et Eric – a lancé sa crypto WLFI (15), dont la capitalisation reste encore embryonnaire, sans qu’elle ne profite de l’élection présidentielle. @

Charles de Laubier

Le portefeuille digital Wero veut damer le pion aux PayPal, Apple Pay et autres Google Wallet

Le portefeuille numérique Wero, lancé par European Payments Initiative (EPI) en Allemagne, en France, en Belgique et bientôt dans d’autres pays des Vingt-sept, veut être une « alternative souveraine » européenne à PayPal, Apple Pay, Google Wallet, Amazon Pay ou encore Samsung Pay.

« Wero est unique. C’est une solution de pointe souveraine, conçue par et pour les Européens, qui permet de proposer tous les types de paiements, en commençant par ceux de personne à personne, tout en intégrant la promesse de l’immédiateté et de la sécurité bancaire. Nous arrivons à point nommé de l’ère des paiements numériques », s’est félicitée le 30 septembre l’Allemande Martina Weimert (photo), PDG du consortium European Payments Initiative (EPI), basé à Bruxelles. Créé en 2020 par plusieurs banques (1) avec le soutien de la Commission européenne pour concurrencer les américains Visa et Mastercard, cet organisme vient de lancer le système de paiement Wero comme alternative aux GAFAM.

Fini les Paylib, Giropay, iDeal, Blik, …
Avec Wero, constitué d’un réseau de paiement, de portefeuilles numériques et d’un système international de paiements instantanés de compte à compte, l’Union européenne a l’ambition d’être une alternative crédible non seulement aux solutions nationales européennes telles que Swish (Suède), iDeal (Pays-Bas), Bizum (Espagne), Blik (Pologne) ou encore Paylib (France), mais aussi pour contrer dans les Vingt-sept les solutions de e-paiement instantané où se sont imposés PayPal, Apple Pay, Google Wallet (ex-Google Pay), Amazon Pay ou encore Samsung Pay. Wero de l’EPI est présentée comme étant « une alternative de paiement souveraine » mais aussi comme « une plateforme européenne du paiement dans un environnement mondial très concurrentiel ».

L’objectif est que tous les clients des banques européennes et établissements financiers partenaires du consortium EPI – plus d’une quinzaine de membres fondateurs et actionnaires, dont ABN Amro, Belfius, Crédit Mutuel, BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Deutsche Bank, Sparkassen, DZ Bank, ING, KBC, La Banque Postale, Nexi, Rabobank ou encore Société Générale – adoptent Wero. Le consortium EPI procède aussi à des acquisitions de solutions nationales pour imposer Wero dans les pays concernés. Par exemple, il y a un an, ont été clôturées les acquisitions des solutions de paiement néerlandaise iDeal et luxembourgeois Payconiq. Ces marques préexistantes ont été amenées à disparaître pour laisser place à Wero. Objectif : « Fournir un système et une plateforme de paiement instantanés unifiés pour l’Europe », en l’occurrence Wero (2). Cette stratégie d’acquisition et de substitution paneuropéenne au profit d’une seule solution de portefeuille numérique se fait avec la bénédiction de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Eurosystème dont elle est membre avec ses homologues de la zone euro sous la houlette de l’Union européenne (3). Mais cette entente entre les banques européennes pourrait-elle être considérée comme illégale au regard du droit de la concurrence dans l’UE ? La question pourrait se poser si ETI se mettait à son tour à restreindre indûment la concurrence sur le marché du paiement mobile en Europe. C’est loin d’être le cas de figure, l’heure étant plutôt actuellement à l’ouverture aux solutions tierces un marché du e-paiement largement dominé par les GAFAM.
Le portefeuille numérique (wallet) peut être présent sur les terminaux de l’utilisateur – son smartphone le plus souvent (mobile-first wallet) – soit via son application bancaire habituelle, soit via l’application Wero elle-même disponible au téléchargement à partir d’un QR code mis en ligne (4) ou sur toutes les boutiques d’applications (Play Store, App Store, AppGallery, …). « L’application Wero, développée par EPI, sera disponible dans tous les magasins d’applications pour smartphones dès la deuxième quinzaine d’octobre 2024. La première campagne de la marque Wero sera lancée en France le 14 octobre », précise le consortium, à l’occasion du lancement dans l’Hexagone fin septembre de ce portefeuille des paiements numérique européen (5). Le calendrier du déploiement est le suivant : BNP Paribas à partir du 24 octobre 2024, le groupe BPCE du 2 septembre au 2 octobre 2024, le Crédit Agricole le 26 septembre 2024, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale du 25 septembre au 6 novembre 2024, La Banque Postale le 28 octobre 2024, la Société Générale à partir du 24 octobre 2024, et le Crédit Mutuel Arkéa en janvier 2025.

Solution d’e-paiement (wallet) paneuropéen
Wero, ex-Paylib en France, va non seulement se confronter aux PayPal, Google Wallet (ex-Google Pay) et autres Apple Pay, mais aussi aux solutions de e-paiement indépendantes telles que Lydia de la fintech française du même nom, laquelle a aussi lancé sa néobanque Sumeria, ou le suédois Klarna. L’opérateur télécoms Orange avait bien lancé en 2015 le service de paiement mobile sans contact Orange Cash (réservée aux clients Orange et Sosh), mais celuici a été arrêté en 2019 pour ne garder qu’Orange Bank créé deux ans plus tôt (les client d’Orange Bank seront ensuite rachetés en juin 2023 par BNP Paribas via sa banque en ligne « Hello bank! »). La France n’est pas le premier pays européen où est disponible l’application Wero : le service de paiement en ligne a déjà été lancé en Allemagne (6) en juillet dernier (avec les banques Sparkassen, Volksbanken, Raiffeisenbanken et bientôt Postbank de Deutsche Bank), tandis qu’il a commencé à être ouvert en Belgique (avec d’abord KBC). Le Luxembourg et les Pays-Bas suivront.

Transfert d’argent Person-to-Person (P2P)
Quel sera l’avantage pour les utilisateurs qui adopteront Wero ? Le premier service de l’EPI à être lancé est celui des transactions dites P2P (Person-to-Person, ou P2P) : les consommateurs peuvent rapidement envoyer et de recevoir de l’argent, en utilisant simplement un numéro de téléphone ou une application générée par QR code personnel ou une adresse e-mail. Et ce, dans les 10 secondes. L’argent transféré sera reçu ou envoyé directement et instantanément sur le compte bancaire destinataire, sans avoir besoin d’un compte intermédiaire. Les virements au-delà des frontières nationales seront également disponibles, les paiements transfrontaliers étant également intégrés. « Wero donnera aux utilisateurs une vue d’ensemble complète de leur solde et de leurs dépenses en temps réel, directement depuis leur compte bancaire, et leur permettra de gérer leurs paiements de manière sécurisée et pratique », explique l’EPI.
En 2025, les services de Wero s’enrichiront de nouvelles fonctionnalités, notamment la possibilité de payer de « tout petits professionnels » (artisans, commerçants, TPE, …) à partir de ce portefeuille en ligne et sur facture via un QR code. Cela inclura la possibilité pour les consommateurs de gérer les paiements récurrents pour les abonnements ou les versements, mais aussi de payer dans les applications des commerçants, au point de vente, sans passer par la caisse, ou dans tout autre situation où il faut payer. « Les paiements en magasin à la caisse enregistreuse seront également ajoutés en 2026, ainsi que d’autres fonctionnalités, comme le service “Acheter maintenant et payer plus tard”, la fidélisation des commerçants, l’intégration du programme, le partage des dépenses, etc. », prévoit aussi l’EPI.
Le paiement sans contact, qui est déjà entré dans les moeurs grâce aux technologies sécurisées Near-Field Communication (NFC) voire Radio-Frequency Identification (RFID), pourra se faire dans les magasins et restaurants avec un QR code, surtout si l’enseigne, la boutique ou l’établissement n’accepte pas de carte bancaire. A terme, grâce au règlement européen sur les marchés numériques, le Digital Markets Act (DMA), les banques européennes vont être en mesure de concurrencer les solutions « Pay » des géants américains et asiatiques. Par exemple, Apple a dû ouvrir sa puce NFC – à laquelle Apple Pay était le seul portefeuille mobile pouvant y accéder – pour que les solutions tierces qui le souhaitent puissent exploiter directement et gratuitement la fonction sans contact des iPhone, sans être obligés de passer par les applications maison Apple Pay et Apple Wallet. La Commission européenne, qui avait considéré que la firme de Cupertino abusait de sa position dominante dans le paiement mobile sur iOS, s’était réjouie le 11 juillet 2024 des « engagements juridiquement contraignants » pris la marque à la pomme. Depuis lors, Apple est tenu d’autoriser l’accès au NFC en mode « émulation de carte hôte » (Host Card Emulation, ou HCE) et de permettre aux utilisateurs de définir facilement une application de paiement HCE en tant qu’application par défaut pour les paiements en magasin (7).

Portefeuille numérique et portefeuille d’identité
L’Union européenne avance ainsi à son rythme avec une solution « souveraine » de paiement mobile, tout comme elle avance dans son ambition de créer par ailleurs des portefeuilles d’identité numérique pour chaque Européen (EU Digital Identity Wallets), comme moyen d’identification numérique sûr, fiable et privé dans les Vingtsept (8). Chaque Etat membre offrira au moins une version du portefeuille « EUDIW » d’ici 2026 à chacun de ses citoyens. Et il sera a priori compatible avec Wero de l’EPI en particulier et avec le futur Euro numérique en général. @

Charles de Laubier

Les fintech et les Big Tech pourraient aller jusqu’à faire disparaître la banque traditionnelle

Lors des 5èmes Assises des Technologies financières, qui se sont tenues le 23 novembre à l’initiative de l’agence Aromates, le scénario du démantèlement des services bancaires n’est pas un sujet tabou. Mais selon la Fondation Concorde une « coopétition » entre banques et fintech serait préférable. Les fintech poursuivent plus que jamais leur conquête des services bancaires, au point que « la distinction entre banques et fintech devient ténue », souligne la Fondation Concorde dans son rapport consacré aux banques et aux fintech, dévoilé le 23 novembre par l’économiste Christian de Boissieu (photo) aux Assises des Technologies financières. En plus de services financiers innovants et fluides proposés aux utilisateurs, elles développent des solutions disruptives « appliquées à des maillons de la chaîne de valeur considérées comme cœur de métier des banques ». Exemple : le crédit constitue une des activités historiques des banques ; des fintech y interviennent désormais dans l’acquisition de données, les modèles d’analyse de risque, le processus d’octroi ou encore le paiement fractionné. Résultat : les demandes d’agréments auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) pour obtenir le statut d’établissement de crédit ont augmenté. Crise existentielle au Comité de Bâle « Les fintechs se transforment de plus en plus en établissements bancaires en termes réglementaires », constate la Fondation Concorde, think-tank pluridisciplinaire et indépendant créé il y a 25 ans. Pourtant, il y a un paradoxe français : la Banque de France rappelle que l’Hexagone est considéré comme le premier grand pays européen dans l’usage d’Internet pour les services bancaires. Or les fintech y sont moins nombreuses – 900 selon l’association France FinTech – que dans d’autres pays : en Allemagne ou en Grande-Bretagne, le secteur bancaire traditionnel est plus fragmenté et donc plus favorable aux fintech et néo-banques. Alors qu’en France, le monde bancaire est très concentré (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Caisses d’Epargne, Crédit Mutuel/CIC, La Banque Postale, …). Le Comité de Bâle – dont sont membres l’ACPR et la Banque de France parmi les superviseurs bancaires de 27 pays dans le monde (2) – envisage plusieurs scénarios possibles pour la transformation du paysage bancaire : de la survie de la banque traditionnelle « se modernis[a]nt à l’aide d’une expérience client numérique renforcée », à la fin de la banque traditionnelle avec « disparition de la fonction d’intermédiation bancaire ». Pour l’ACPR, qui a publié en juillet une analyse sur « les acteurs numériques de la finance » (3), le scénario où « les services bancaires sont “démantelés” pour être offerts sur des plateformes numériques » n’est pas à exclure. Ce démantèlement laisserait la place aux opérations et transactions financières directes entre parties prenantes (particuliers, entreprises, …), grâce au peer-to-peer (P2P), à la blockchain et aux cryptomonnaies. Même le Fonds monétaire international (FMI) reconnaît, dans un rapport d’avril 2022 (4), qu’« en portant l’innovation à un niveau inédit, une forme d’intermédiation financière fondée sur des cryptoactifs, dite “finance décentralisée” (DeFi), a connu une croissance extraordinaire ces deux dernières années, et est susceptible d’offrir une efficience accrue et des possibilités d’investissement » (5). Le président du conseil scientifique de la Fondation Concorde, Christian de Boissieu (6), écrit dans sa préface du rapport présenté aux Assises des Technologies financières : « Grâce à leur taille souvent modeste, grâce à leurs plateformes performantes dans la collecte et le traitement des données – les fameuses data– grâce à des coûts de transaction extrêmement compétitifs, les fintechs sont venues bousculer les banques » (7). Lorsque ce ne sont pas des Big Tech américaines (GAFAM) ou chinoises (BATX) qui, en ayant accès à des gros volumes de données (big data), « détiennent un avantage concurrentiel majeur visà- vis des banques traditionnelles », ce sont les fintech qui interviennent dans différents domaines financiers : services de paiement, compensation et règlement, crédit, assurance, gestion d’actifs, cryptoactifs, … Il y aurait plus de 25.000 fintech en activité dans le monde, d’après Statista. Lorsqu’elles marchent sur tout ou partie des plates-bandes des banques traditionnelles, on les désigne comme des « néobanques ». « L’approche souvent disruptive des fintech leur permet de challenger les services financiers de base traditionnellement proposés par les banques, tant en termes de qualité que de coût », constate la Fondation Concorde. « Tout est une question d’équilibre » Mais, selon son rapport, « tout est une question d’équilibre : disposer d’un secteur bancaire fort et solide est un atout pour l’économie d’un pays, pourvu que cela ne bride pas l’innovation ». Et pour Jacques Marceau (photo de droite), organisateur des Assises des Technologies financières (agence Aromates) et administrateur et animateur de la commission « banques et services financiers » de la Fondation Concorde, les fintech sont « à la fois des partenaires stratégiques et un atout pour les banques traditionnelles ». @

Charles de Laubier

Le géant chinois Tencent accélère sa conquête du monde, notamment en Europe et en Afrique

Le « T » de BATX se déploie plus que jamais hors de Chine. Son président cofondateur, Ma Huateng, veut conquérir le monde. Après avoir pris 10 % dans Universal Music (Vivendi), il étend sa propre plateforme musicale Joox à l’international. Et multiplie les investissements tous azimuts : streaming musical, jeux vidéo, fintech, …

En avril, le cofondateur président de Tencent – Ma Huateng, alias Pony Ma (photo) – est devenu l’homme le plus riche de Chine, devançant son compatriote Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, se hissant ainsi à la vingtième place mondiale des milliardaires. Selon le classement Forbes, la fortune de Ma Huateng (48 ans) approche les 47 milliards de dollars (au 08-05-20).
Il possède encore aujourd’hui 8,58 % du capital du groupe Tencent Holdings Limited, qui est enregistré dans le paradis fiscal des Iles Caïmans, distantes de 15.000 kilomètres de Hong Kong où le géant du Net chinois a été créé en 1998 et où il est coté en Bourse depuis 2004. La valorisation boursière de Tencent est l’une des plus importantes au monde, avec 513,7 milliards de dollars (l’équivalent de 473,9 milliards d’euros au 08-05-20). Au point d’avoir dépassé un temps les capitalisations d’Alibaba et de Facebook ! Ma Huateng est en outre actionnaire, majoritaire cette fois (à 54,29 %), de la société Tencent Computer qu’il avait initialement cofondée il y a vingt-deux ans à Shenzhen, ville située dans le sud de la Chine et en périphérie de Hong Kong, où le groupe dispose de son siège social dans ses propres « twin towers » – les Tencent Seafront Towers – construites de 2015 à 2017.