Le futur OpenAI sera plus lucratif que non lucratif

En fait. Le 11 septembre, dans un communiqué commun laconique, Microsoft et OpenAI ont annoncé la signature d’un « protocole d’accord non contraignant pour la prochaine phase de [leur] partenariat » en vue d’un « accord définitif ». Ce qu’ils n’évoquent pas, c’est la prochaine évolution d’OpenAI.

En clair. Près de dix ans après avoir été fondée (1) en tant qu’organisation à but non lucratif par Sam Altman, Elon Musk, Ilya Sutskever ou encore Wojciech Zaremba, la start-up OpenAI – devenue grâce à l’IA générative ChatGPT une méga-licorne (non cotée et valorisée 300 milliards de dollars) – s’apprête à faire évoluer sa structure et son capital. Cette société mère à but non lucratif – OpenAI Inc. – détient et contrôle la société commerciale à but lucratif mais à profit plafonné OpenAI LLC (ex-OpenAI LP), créée en mars 2019.
C’est cette entité (la lucrative) qui va être transformée en une société d’intérêt public (PBC), un statut particulier reconnu dans certains Etats américains dont le Delaware où la future société OpenAI PBC devrait être enregistrée (sinon en Californie où des discussions ont aussi lieu). Quel est l’intérêt d’une « PBC » (Public Benefit Corporations) ? Elle combine dans ses statuts à la fois une mission d’intérêt public que ses actionnaires doivent respecter (l’IA doit bénéficier à l’humanité), et la possibilité de lever des fonds comme n’importe quelle autre entreprise (2). Le capital de cette future PBC fait l’objet de toutes les convoitises : après avoir investi environ 13 milliards de dollars au total dans la lucrative OpenAI LLC depuis 2019, Microsoft ne voulait pas d’un strapontin dans la future OpenAI PBC. La firme de Redmond pourrait obtenir « environ 30 % » du capital de cette nouvelle entité lucrative (moyennant 170 milliards de dollars au regard de sa valorisation actuelle), aux côtés de (suite) la non lucrative société mère OpenAI Inc, laquelle pourrait détenir « entre 20 % et 30 % » du capital de la PBC, soit une participation au capital d’« au moins 100 milliards de dollars », selon le Financial Times (3).
A l’issue des négociations particulièrement difficiles – mais sur la bonne voie si l’on en croit le communiqué laconique commun OpenAI-Microsoft publié le 11 septembre sur la signature d’un « protocole d’accord non contraignant » (4) –, la future OpenAI PBC pourrait atteindre une valorisation de 500 milliards de dollars – contre les 300 milliards actuellement. L’accord définitif pourrait être signé d’ici la fin de l’année, si le procès intenté par le cofondateur Elon Musk – décidé à bloquer la restructuration – ne venait pas contrarier l’issue de l’opération. Quoi qu’il en soit la non lucrative OpenAI Inc. gardera le contrôle de l’ensemble et nommera la majorité du conseil d’administration. @

Le sort de TikTok US est devenu une affaire d’Etats

En fait. Le 17 septembre est la deadline pour TikTok US, filiale américaine du chinois ByteDance. Il s’agit de la troisième échéance fixée en juin par Donald Trump, faute d’avoir pu obtenir l’aval de la Chine – en pleine négociations commerciales sur les droits de douane. Vers un quatrième report ?

En clair. Le président chinois Xi Jinping avait fait savoir le 9 avril 2025 que tout accord pour TikTok US devait avoir l’aval du gouvernement chinois, ce qui a mis en stand-by tout accord sur la vente des actifs américains de ce réseau social. Le président des Etats-Unis Donald Trump avait été alors contraint de reporter une troisième fois – via un nouvel Executive Order daté du 19 juin dernier (1) – l’échéance à laquelle les actifs de TikTok US doivent être séparés des intérêts de la maison mère chinoise ByteDance. Le 17 septembre est donc la nouvelle deadline.
C’est compter sans le durcissement des droits de douane envers la Chine décidé par le locataire de la Maison-Blanche, lequel avait affirmé le 4 juillet qu’il allait entamer le 7 ou le 8 juillet des discussions avec la Chine sur un éventuel accord avec TikTok US. Le bras de fer commercial entre les Etats-Unis et l’Empire du Milieu s’est à nouveau intensifié lorsque Donald Trump a lancé du Bureau ovale le 25 août : « Ils [la Chine, ndlr] doivent nous donner des aimants [des aimants en terres rares à haute densité d’énergie magnétique, très demandés dans les l’électronique ou les moteurs électriques, ndlr]. S’ils ne nous en donnent pas alors nous leur imposerons des droits de douane autour de 200 % ». Depuis le printemps dernier, la Chine a restreint l’exportation de ses terres rares en représailles aux droits de douanes imposés par les Etats-Unis aux importations de véhicules, d’acier et d’aluminium chinois (2). Dans ces conditions, il est peu probable que Xi Jinping (suite) accède à la demande de Donald Trump de donner son feu vert à la séparation de TikTok US de ByteDance. Alors que selon Reuters (3), le réseau social chinois aux 170 millions d’utilisateurs américains se prépare à lancer en septembre une « application autonome » aux Etats-Unis (projet « M2 »), déconnectée de la plateforme mondiale TikTok.
Objectif : faire fonctionner TikTok US avec un algorithme de recommandation et un système de données distincts de ceux de ByteDance, afin de vendre la filiale américaine à un acquéreur ne présentant pas de risque pour la « sécurité nationale » des Etats-Unis (4). La maison mère chinoise conserverait une participation minoritaire dans une coentreprise formée par des investisseurs américains tels que Oracle, General Electric, KKR (5), Blackstone, Andreessen Horowitz ou encore SIG. @

Cafeyn devient plus qu’un simple kiosque numérique

En fait. Le 2 septembre, le kiosque numérique Cafeyn a lancé une nouvelle fonctionnalité baptisée « A la Une », un rendez-vous quotidien proposant – « par un algorithme » – une synthèse de l’actualité du jour, qui donne accès aux articles à l’origine de cette sélection. D’autres innovations sont testées.

En clair. Avec ses algorithmes de recommandation, le kiosque numérique Cafeyn devient de plus en plus un agrégateur d’information, qui plus est d’envergure européenne. Dernière innovation en date : « un algorithme développé en interne par les équipes data ». Il permet depuis le 2 septembre de générer une synthèse des différents sujets d’actualité sélectionnés parmi un catalogue de plus de 2.500 titres issus de plus de 500 éditeurs qui ont fait confiance à Cafeyn.
Ce qui donne une nouvelle fonctionnalité baptisée « A la Une », présentée comme un « rendez-vous quotidien pour comprendre l’actualité du jour en un instant et explorer la pluralité des points de vue ». Cette synthèse d’actualité, « en cinq sujets clés », provient d’articles de la presse française et internationale. « Cette fonctionnalité incarne notre mission : offrir un accès structuré à une information de qualité, tout en respectant la richesse et le pluralisme du paysage médiatique », déclare Kevin Eon, directeur produit chez Cafeyn, (suite) cité dans un communiqué. « A la Une » s’ajoute à d’autres innovations qui viennent enrichir l’expérience des plus de 2,5 millions d’utilisateurs en France, mais aussi en Belgique, aux Pays-Bas, au RoyaumeUni, au Luxembourg, en Italie, au Canada, en Irlande et aux Etats-Unis. « L’audio est toujours en test autour d’une vingtaine de titres », précise à Edition Multimédi@ Julia Aymé, directrice des affaires publiques (1) du groupe Cafeyn. Mais la nouveauté vient de la vidéo, dont les tests débutent comme auprès des abonnés de SFR : Euronews, LCP et La Tribune du Dimanche y participent. L’agrégateur d’information teste aussi des jeux de réflexion, comme dans des journaux : mots fléchés, mots croisés, sudoku, …
Créée il y a près de 20 ans (2), l’entreprise LeKiosque.fr édite depuis 15 ans LeKiosk devenu Cafeyn en novembre 2019. Sa croissance se fait aussi par acquisitions, telles que SFR Presse et miLibris en 2020, le néerlandais Blendle la même année, la plateforme américaine Kidjo en 2021, puis Readly France/ Toutabo/ePresse (3) en 2024. Il y a un an, Cafeyn a nommé Pascal Rialland (ex-SAP, Virgin Mobile et Altice) comme président du conseil d’administration pour « accélérer la stratégie de consolidation du marché européen de Cafeyn ». Marion Assuied, épouse du cofondateur Ari Assuied (4) décédé en octobre 2023, est l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. @

Culture et médias, l’UE vise 8,5 milliards d’euros

En fait. Le 16 juillet, la Commission européenne a présenté son projet de budget pluriannuel 2028-2034 pour l’UE, à près de 2.000 milliards d’euros. Parmi les priorités : la création d’un programme « culture, audiovisuel et médias » appelé AgoraEU, de 8,5 milliards d’euros. Il remplacera Creative Europe/Media.

En clair. 8.582.000.000 euros. C’est le mondant de l’enveloppe financière proposée le 16 juillet par la Commission européenne sur la période 2028-2034 pour le futur programme AgoraEU. Il est destiné à « promouvoir des valeurs communes, notamment la démocratie, l’égalité et l’état de droit », et à « soutenir la diversité culturelle européenne, ses secteurs audiovisuel et créatif, la liberté des médias et la participation de la société civile ». Ce montant fait partie des près de 2.000 milliards d’euros du budget de l’Union européenne (1) – en baisse de – 4,25 % par rapport à l’actuel budget 2021-2027 – qu’a proposé le 16 juillet la Commission européenne (2), l’AgoraEU pesant seulement 0,43 % de ce total.
La proposition de règlement établissant le programme AgoraEU, abrogeant les règlements « Europe Active » de 2021 (culture, programme Media et journalisme) et « Cerv » de 2021 également (Citoyens, égalité, droits et valeurs), va être discutée, cet été au sein du Conseil de l’UE (les Etats membres). Puis les négociations avec le Parlement européen débuteront avant la fin de l’année. Le programmes AgoraEU (3) comprend trois (suite) volets que sont : Creative Europe-Culture doté de 1,796 milliard d’euros (soutien à la création artistique, à la diversité culturelle, à la mobilité des artistes et à la coopération transnationale), Media+ avec 3,194 milliards d’euros (renforcement de l’industrie audiovisuelle européenne : production, distribution, coproduction, éducation à l’image, liberté des médias), et Cerv+ crédité de 3,593 milliards d’euros (promotion des droits fondamentaux, de l’égalité, de la démocratie, de la participation citoyenne et du soutien à la société civile).
Cela représente pour chaque volet environ plus de 120 % de hausse par rapport aux actuels programmes respectifs. Le volet Media+ concerne désormais non seulement l’audiovisuel, le cinéma et le jeu vidéo, mais aussi les « Actualités » (news), à savoir, indique la proposition de règlement « AgoraEU » : « Contribuer à un écosystème d’information libre, viable et diversifié dans de l’UE, notamment en soutenant le journalisme et les médias d’information libres et indépendants, en améliorant l’accès des citoyens à une information fiable et en luttant contre la désinformation ». Les organisations professionnelles du cinéma et de l’audiovisuel (Cepi et Fiad) regrettent, eux, la « dilution » de l’actuel Europe Creative dans Media+. @

Redditors, discutez ensemble, Reddit récolte la pub

En fait. Le 16 juillet, le réseau social américain Reddit a été victime d’une panne mondiale qui a impacté plus de 100.000 utilisateurs, d’après Downdetector. Il est probable que certains des 10,4 millions d’utilisateurs actifs en France en aient fait partie. Cela fait désordre en pleine campagne française.

En clair. Basé à San Francisco (Californie), Reddit a fêté ses 20 ans d’existence en juin en ayant franchi pour la première fois la barre des 100 millions d’utilisateurs actifs quotidiennement, à 108,1 millions précisément grâce à une hausse de 31 % sur un an. Et si ce n’est pas chaque jour, ce sont 400 millions de redditors (surnom donné aux utilisateurs de Reddit) qui s’y rendent au moins une fois par semaine.
C’est aussi le moment de ses 20 ans que le PDG cofondateur de Reddit, Steve Huffman, a choisi pour faire depuis fin juin jusqu’à septembre une campagne publicitaire – télé, affichage et réseaux sociaux – en France. Le réseau social américain revendique 10,4 millions d’utilisateurs français actifs chaque semaine, soit une croissance de + 90 % sur un an. Cela fait 15 ans que Reddit a pris des airs francophones, et 10 ans que des subreddits – ces forums thématiques qui constituent ce réseau de discussions par des communautés – sont français (r/france (1), r/AskFrance, r/livres, etc.). Quant à la filiale Reddit France créée en mars 2022 à Paris et dirigée par Benjamin Lee, le directeur juridique de l’entreprise américaine, elle a fait état sur l’année 2023 – avant de ne plus publier ses résultats – d’un chiffre d’affaires de 458.200 euros, pour un bénéfice net de 19.693 euros. Autant dire que la France (suite) reste encore embryonnaire pour le groupe Reddit Inc., lequel a franchi pour la première fois de son histoire la barre du milliard de dollars de chiffre d’affaires, à 1,3 milliard précisément. Mais la rentabilité – perte nette de 484,2 millions de dollars en 2024 – n’a jamais été au rendez-vous. Du moins jusqu’au premier trimestre 2025, où Reddit a affiché pour la première fois un bénéfice net de 26,2 millions de dollars. Son cours de Bourse au Nasdaq en a été boosté (+ 35 % au 27-07-25). Et les résultats du second trimestre 2025, qui seront présentés ce 31 juillet, devrait à nouveau dépasser les attentes (2).
Le fonds de commerce de Reddit, ce sont les quelque 22 milliards de publications et de commentaires de ses utilisateurs qui sont monétisés par de la publicité, laquelle représente plus de 90 % de ses revenus. Le recours à l’IA, via notamment les nouveaux outils « Reddit Insights » et « Conversation Summary Add-ons » lancés pour les annonceurs aux Cannes Lions en juin (3). Selon Warc Media, le chiffre d’affaires 2025 pourrait grimper à 1,8 milliard de dollars. @