A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Comment le droit d’auteur se met en ordre de bataille

En fait. Le 16 mars, la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac) – qui regroupe les « Sacem » dans le monde – a interrogé Francis Gurry, DG de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) en prévision du Sommet mondial du droit d’auteur début juin.

En clair. Le Sommet mondial du droit d’auteur, qui est organisé tous les deux ans par
la Cisac et dont la troisième édition se tiendra à Bruxelles les 7 et 8 juin prochains, sera décisif pour les industries culturelles – musique en tête – dans leur quête de « création
de valeur dans l’économie numérique » (slogan de l’événement). Pour cela, elles doivent s’organiser au niveau international comme l’explique Francis Gurry, DG de l’Ompi, qui interviendra pour la première fois au Copyright Summit. « Dans un monde en réseau,dans lequel les œuvres de l’esprit ne connaissent pas de frontières, l’absence de système mondial cohérent hypothèque sérieusement le financement de
la culture à l’avenir », met-il en garde. C’est une critique à peine voilée des systèmes
de gestion collective des droits d’auteur nationaux, qui sont de véritables patchworks faisant obstacles – selon la Commission européenne – au développement de l’offre légale de catalogues d’œuvres sur Internet. D’autant que le commissaire européen Michel Barnier, en charge du Marché interne et des services, a prévu dès cette année une « loi européenne sur la gestion collective », afin d’éviter « le morcellement des droits entre auteurs, éditeurs, artistes, producteurs » et « la difficulté d’obtenir des licences sur mesure [qui] entrave le développement de nouveaux services en ligne » (1). Résultat : « De grands sites de vente de musique en ligne ne sont accessibles que sur certains territoires de l’Union », a-t-il déploré. Le patron de l’Ompi est sur la même longueur d’onde : « D’où la nécessité d’un système mondial, permettant un accès rapide et efficient à un répertoire très étendu d’œuvres de l’esprit à un prix compétitif », a expliqué Francis Gurry au Cisac. Rappelons que la Cisac a eu maille à partir avec l’exécutif européen depuis sa condamnation en 2008 pour entente illicite (2) par Neelie Kroes, alors en charge de la Concurrence – elle est maintenant à l’Agenda numérique. Michel Barnier a, en outre, prévu de dévoiler ce printemps un «Plan d’action de lutte contre la contrefaçon et le piratage » en s’appuyant notamment sur l’Observatoire européen de la contrefaçon et du piratage, créé il a maintenant deux ans (avril 2009)
et remis au goût du jour par le rapport Gallo (3) (*) (**) (***). Et, selon nos informations, c’est en avril que la Commission européenne a prévu d’adopter la proposition de ratification de l’accord commercial anticontrefaçon – Anti-Counterfeiting Trade Agreement (ACTA) – signé le 15 novembre dernier par onze pays (4). @

Stéphane Bodier, président de l’OJD : « Nous pourrions aboutir fin 2011 à une mesure hybride avec trois instituts »

En tant que seul organisme de contrôle de la fréquentation sur Internet en France, le président de l’OJD – reconduit pour deux ans – explique à EM@ comment il se prépare à la mesure hybride (quantitative et qualitative), ainsi
qu’à la diffusion de « super procès verbaux » prenant en compte tous les supports d’une marque.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Cela fait dix ans cette année que l’OJD certifie l’audience des sites web : quel bilan faites-vous ?
Stéphane Bodier :
Nous approchons en effet les 10 ans
de certification Internet. En novembre 2001 était diffusé le premier communiqué comportant les quatre premiers sites web (1) contrôlés et certifiés sur le mois précédent. Nous sommes aujourd’hui à plus de 250 sites web majeurs certifiés tous les mois et nous continuons d’enregistrer de nouvelles adhésions. Ces dix dernières années nous ont enseigné qu’il n’est pas toujours facile de proposer à un marché jeune et en croissance de se faire contrôler par un tiers, afin de lui permettre de se professionnaliser. L’OJD a pu passer et passe encore, aux yeux de certains éditeurs, pour l’empêcheur de tourner en rond et surtout celui qui pourrait divulguer au marché les vrais chiffres de fréquentation de leurs sites web. « Je suis OJD, je n’ai rien à cacher », titrait un quotidien national en 1978. Ce slogan est toujours d’actualité et peut s’appliquer à ces nouveaux médias.

Ephéméride

25 mars
• Le CNC publie son étude sur le marché français de la vidéo en 2010, dont la VOD.
• Canal+, craignant la TV connectée, lancera en novembre 2011 une chaîne généraliste gratuite « de qualité » (Le Figaro).

24 mars
• L’OJD tient son AG qui, « à titre exceptionnel », proroge de deux ans le mandat de son président, Stéphane Bodier (lire p. 1 et 2).
• L’OJD organise le 21e Observatoire de la presse : les « étoiles 2011 » Internet sont remises à Lequipe.fr, Midilibre.com, Agriaffaires.com, Impact-Sante.fr et Lemonde.fr.
• Le Prix Bayeux des correspondants de guerre lance le Prix webjournalisme pour récompenser un « reportage multimédia ».
• La Commission européenne lance un débat jusqu’à fin juillet sur la régulation des jeux d’argent et de hasard (livre vert).
• Médiamétrie publie l’étude annuelle Eurodata TV : la durée d’écoute moyenne augmente à 3h10 par jour, grâce au différé.
• Médiamétrie fait le bilan 2010 de l’Internet en France : 38,3 millions d’internautes (+10 %) et 15,5 millions de mobinautes (+ 27%).
• Le gouvernement soutient finalement la clause d’extraterritorialité du Sénat imposant aux sites web étrangers le prix unique du livre numérique, selon « Actua Litté.com ».

Prendre le numérique à la lettre

Une semaine de vacances, et c’est encore et toujours l’occasion de faire un clin d’œil amical à nos proches, en
leur faisant partager nos coups de cœur le temps d’une carte postale. Celle-ci viendra illuminer une boîte aux lettres qui n’a plus si souvent l’occasion de s’émerveiller. Le courrier se fait rare en ces temps de bourrasques numériques. Les faits sont implacables qui, année après année, ont vu s’effriter
les piliers de la poste que nous avions toujours connus.
Les postes états-uniennes ou françaises, qui distribuaient chaque année respectivement plus de 170 milliards et plus de 19 milliards d’objets, ont connu une baisse régulière des volumes traités, de plus de 20 % en dix ans. Le courrier des particuliers, qui représentait moins de 17 % de l’ensemble des revenus des envois
de correspondance en 2010, a encore vu sa part décliner en raison de l’accélération
de la dématérialisation des communications personnelles. On n’a jamais autant communiqué qu’aujourd’hui, mais différemment des époques précédentes.

« Nous commençons à nous envoyer des cartes personnalisables sur papier électronique souple utilisant les dernières générations d’encre numérique. »

Statut de Dailymotion : pourquoi la Cour de cassation change son fusil d’épaule

En confirmant le 17 février 2011 le statut d’hébergeur à Dailymotion, la Cour de cassation procède à un revirement de jurisprudence par rapport à sa seule autre décision en la matière, l’arrêt « Tiscali » du 14 janvier 2010. Sans préjuger des décisions à venir.

Par Christophe Clarenc et Mahasti Razavi, associés, et Anne-Laure Falkman, counsel, August & Debouzy.

La Cour de cassation a eu peu de fois l’occasion de se prononcer sur la problématique de la qualification juridique
des intermédiaires du Web 2.0. Elle vient de le faire par
arrêt en date du 17 février 2011, dans l’une des nombreuses affaires de Dailymotion. Elle a ainsi confirmé l’arrêt rendu
par la Cour d’appel de Paris, le 6 mai 2009 (1), aux termes duquel le statut de simple hébergeur était reconnu à Dailymotion, par opposition à celui d’éditeur, et, en conséquence, sa responsabilité écartée pour l’accessibilité du film « Joyeux Noël », via ses services.