A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Après le GIE E-Presse, un “GIE E-Edition” avec Orange

En fait. Le 8 novembre, lors des 3e Assises professionnelles du livre, Antoine Gallimard – PDG des Editions Gallimard et président du Syndicat national
de l’édition (SNE) – nous a indiqué qu’une plateforme de « bibliothèques personnalisées » verra le jour avec Orange courant 2012.

En clair. Après le GIE E-Presse Premium constitué l’an dernier avec des journaux (1), c’est au tour de s’organiser autour d’une plate-forme commune. « Le projet consiste à créer une plateforme de gestion de bibliothèques personnalisée, ouvert au grand public, qui fédèrera des maisons d’éditions, des libraires, des distributeurs et des opérateurs [télécoms] comme Orange et d’autres. Les expérimentations pourraient commencer
dès le premier semestre 2012 avec un prototype », explique Antoine Gallimard. La filière française du livre cherche ainsi à lancer une alternative aux environnements fermés des Kindle d’Amazon et des iPad d’Apple. Les lecteurs pourront ainsi gérer leur bibliothèque personnelle stockée à distance et consultable quel que soit leur terminal (tablette, ordinateur, smartphone), grâce au cloud computing. Gallimard est partie prenante au travers de la plate-forme Eden Livres dédiée aux libraires, créée il y a deux ans par les éditions Gallimard, La Martinière et Flammarion. Comme pour le GIE E-Presse Premium,
il s’agit de regrouper les différents partenaires dans un consortium qui pourrait être là aussi un groupement d’intérêt économique (GIE). Et comme pour le kiosque numérique
de la presse, Orange est appelé à jouer un rôle central (2) en assurant la plate-forme technique qui s’appuie notamment sur la solution Read & Go de la société miLibris.
« D’autres opérateurs comme ePagine [librairie numérique lancée par la société Tite-Live en 2008, utilisée notamment les éditions Eyrolles, ndlr]. », nous indique le patron des Editions Gallimard. Il n’exclut pas en outre le ralliement de SFR. Le Syndicat de la
Librairie Française (SLF), qui soutient le site 1001Libraires.com, s’associerait au projet.
Reste à savoir si de grands éditeurs comme Hachette (avec sa plate-forme Numilog), Editis (avec E-Plateforme) et l’Harmattan avec l’Harmathèque rejoindront le groupement. France Télécom reste le moteur du projet. Le financement se fait en deux temps :
« Un premier dossier vient d’être déposé auprès du fonds Oseo et du pôle de compétitivité Cap Digital. Un second est soumis à la commission du Grand emprunt », précise
Alban Cerisier, secrétaire général des Editions Gallimard et président de la commission numérique du SNE. Selon Le Monde du 6 novembre, Orange demanderait 3 à 5 millions d’euros au Grand emprunt pour financer le prototype de la plateforme. @

Newsroom

18 novembre
• Le Forum d’Avignon publie une étude : « Vif intérêt de 60 % des sondés pour les “expériences et services culturels connectés” ».

17 novembre
• Motorola Mobility annonce que ses actionnaires approuvent son rachat par Google pour 12,5 milliards de dollars.
• L’Arcep réévalue à 21 milliards d’euros la couverture complète de la France en fibre sur 15 ans, dont près de 2 ont déjà été investis.
• Le Parlement européen veut que l’on veille à la neutralité du Net.
• Amazon pourrait sortir un smartphone fin 2012, selon « Citi ».
• Paypal lance une appli d’échange d’argent sur Facebook.
• Le Parlement européen pour une TVA réduite pour les ebooks.
• Google dévoile Google Music, accessible aux Etats-Unis.
• Le Forum d’Avignon, 4e édition, ouvre sur trois jours sur le thème « Investir la Culture », avec le « Sommet culturel G8/G20 ».

Des ebooks plein les poches

Avant de l’être par des terminaux numériques, mes poches ont longtemps été déformées par les bouquins. Trimbalés, annotés et cornés, ces livres de poche étaient pour moi
un univers familier, facile d’accès et inépuisable. Moins intimidants que les grands formats, ils ont permis à des générations d’ados d’accéder simplement à tous les genres littéraires. Librairies, bouquinistes, bibliothèques familiales
ou collectives, étagères des copains étaient autant d’endroits où l’on pouvait découvrir un auteur en « Livre de poche ».
Et l’emporter partout avec soi, le temps d’une lecture. Pour l’adolescent d’aujourd’hui,
celui qui lit encore, la découverte d’un livre se fait le plus souvent sur la Toile, au détour d’un « search », d’un « surf » ou d’une recommandation sur les réseaux sociaux, lorsque ce n’est pas en consultant sa bibliothèque en ligne personnelle dans le « cloud ». Et son choix ne se fait plus entre deux ouvrages rivalisant de couverture attrayante sur une même étagère, mais entre un ebook, une vidéo ou une émission en direct. Le glissement
a été général et le rapport à l’écrit, la gestion du temps et les références collectives ont profondément changé. Rares sont les lecteurs de 2020 qui évoquent encore avec nostalgie le toucher et l’odeur du papier des livres d’antan.

« Les éditeurs proposent l’ebook en même temps que la sortie du livre papier grand format, mais avec une décote de plus de 35 % »

Terminal ouvre-toi !

Aujourd’hui comme hier, un même rêve reste encore inaccessible : quel que soit le terminal utilisé (smartphones, tablettes, télévisions, …), quels que soient les applications
et services concernés (musique, vidéo, vie pratique, …),
je passe des uns aux autres sans plus me soucier de compatibilité ou de disponibilité. Autant de contraintes dépassées. Autant d’obstacles levés. Seuls comptent les contenus et les services délivrés, toujours accessibles.
Les terminaux – simples écrans de taille différentes selon
les lieux et les usages, avec leurs cortèges d’applications – sont devenus des commodités, certes indispensables, mais qui savent se faire oublier. Il me suffit de demander à haute voix ce dont j’ai besoin, et quelque part un écran s’allume pour me satisfaire, dans ma poche, sur mon bureau ou dans mon salon. Les progrès vers l’interopérabilité des systèmes d’exploitation (OS), Graal des développeurs et des utilisateurs, n’est cependant pas pour tout de suite. Les magasins d’équipements sont encore bien remplis d’un bric-à-brac complexe. Il faut se souvenir que l’univers numérique fut à l’origine une addition de mondes clos, les téléphones mobiles ayant été conçus dès le début comme des terminaux fermés : chaque constructeur en maîtrisait autant le hard que le soft. Cet ensemble d’univers parallèles, forgés au cœur des télécoms, a été anéanti par le big bang de l’Internet. Une course de vitesse a alors été lancée : quels seraient les rares élus à se partager le contrôle du terrain hautement stratégique des OS ? Les équipementiers historiques se sont lancés dans la bataille mais n’ont pu que regarder, impuissants, l’arrivée de nouveaux entrants.

« Les terminaux sont devenus des commodités. Mais le progrès vers l’interopérabilité des systèmes d’exploitation (OS) n’est pas pour tout de suite. »

La pression fiscale sur les opérateurs télécoms augmente au profit des industries culturelles

Vaches à lait, têtes de Turc,… Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) expriment un sentiment général de ras-le-bol envers les taxations de toute sorte que les pouvoirs publics leur imposent, à commencer par celles destinées au cinéma,
à l’audiovisuel et bientôt la musique

Par Katia Duhamel, avocate, cabinet Bird & Bird

Les taxes s’entassent sur la tête des opérateurs télécoms, sans doute coupables de faire encore des profits en temps
de crise. Alors qu’ils n’ont toujours pas digéré la taxe introduite par le gouvernement pour compenser la suppression de la publicité payante sur les chaînes publiques de télévision, de nouvelles idées de taxation du secteur germent dans l’esprit de certains. Après l’audiovisuel public, les opérateurs pourraient ainsi être mis à contribution pour financer la création musicale.