Les Indés Radios : la 1ère audience radio en France devant RTL, NRJ ou Europe 1, mise sur la RNT

Le groupement Les Indés Radios existe depuis 25 ans maintenant et compte à ce jour 132 radios indépendantes qui se maintiennent devant RTL, NRJ, Europe 1 ou de celles de Radio France en termes d’audience cumulée. Contrairement aux grandes radios privées, Les Indés Radios croient à la RNT.

Le groupement Les Indés Radios, ce sont pas moins de 132 radios locales régionales et thématiques indépendantes qui revendiquent ensemble « plus d’auditeurs que n’importe quelle radio nationale, sur la base de l’audience cumulée comparée à chacune des radios nationales ». Leur audience cumulée (1) vient encore d’augmenter de 0,1 point à 15,7% de la population en France, selon les dernières mesures de Médiamétrie publiée le 19 janvier, loin devant RTL (12,7 %), NRJ (10,7 %), France Inter (11,2 %), ou encore Europe 1 (8,1%).
« Les Indés Radios confirment ainsi pour la cinquantième vague de leur histoire leur position de 1ère audience de France », s’est aussitôt félicité ce groupement d’intérêt économique (GIE) qui fêtera ses 25 ans en novembre prochain. Quant à sa part d’audience (2), elle enregistre une hausse de 0,3 point à 11,2 % de part de marché de l’écoute globale de la radio en France. Et si l’on considère cette fois tous les programmes locaux, le groupement s’arroge 80 % de l’audience !

Du « mur du son » à la radio numérique terrestre (RNT)
Les Indés Radios rassemblent désormais sur tous supports multimédias plus de 8,4 millions d’auditeurs – excusez du peu – et couvre 95 % de la population française à travers 900 fréquences opérationnelles sur l’ensemble du territoire – complétées sur Internet et sur appli mobile par « le mur du son » (3) pour écouter en direct et visualiser les titres musicaux en cours de diffusion selon la situation géographique de l’auditeur, et suivre quelque 200 webradios.
En 2016, le groupement a réalisé 161,9millions d’euros de chiffre d’affaires (-1,8 % sur un an), pour environ 2.500 salariés, et constitue aussi « la 1ère rédaction de la FM avec 500 journalistes ». TF1 publicité (Bouygues) assure la régie publicitaire pour la publicité nationale et l’appli mobile, tandis que Advideum (Prisma Media) est la régie digitale et vidéo. Mais c’est avec la radio numérique terrestre (RNT) que Les Indés Radios comptent se démarquer encore plus des grands groupes de radios privées grâce à Lire la suite

Radio numérique terrestre (RNT) : la France osera-t-elle suivre l’exemple de la Norvège ?

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) va lancer une consultation publique pour recueillir les prises de position en vue des prochains appels à candidatures – prévus en septembre – pour l’extension de la RNT dans vingt villes – au-delà de Paris, Marseille et Nice déjà desservies depuis un an.

Après Paris, Marseille et Nice, la radio numérique terrestre (RNT) pourrait être étendue à vingt autres villes que sont Nantes, Lyon, Strasbourg et Lille, Béthune-Douai-Lens, Mulhouse, Metz, Valenciennes, Nancy, Bayonne, Le Havre, Grenoble, Brest, Bordeaux, Toulouse, Rennes, Clermont- Ferrand, Montpellier, Rouen et Toulon. Si l’appel à candidatures était bien lancé à partir de septembre prochain, les émissions pourraient démarrer alors en octobre 2016, selon le calendrier avancé par le CSA, le temps que les sociétés candidates sélectionnées s’installent sur leur multiplexe pour être diffusées.

Patrice Gélinet (CSA) y croit
Mais les oppositions sont nombreuses, à commencer par les grandes radios privées – RTL, Europe1/Lagardère Active, NRJ, BFM/ NextradioTV – qui ne croient pas du tout
à la RNT, lui préférant la radio sur IP (webradio). Réunis dans Le Bureau de la Radio, elles sont vent debout contre cette nouvelle technique numérique de radiodiffusion car, selon elles, non seulement les auditeurs ne seraient pas prêts à investir dans de nouveaux récepteurs, mais surtout la RNT n’aurait pas trouvé son modèle économique (1). « Surtout ne faisons rien ! Surtout ne modifions pas les équilibres financiers »,
a lancé Denis Olivennes, président du directoire de Lagardère Active, qui possède Europe 1, RFM et Virgin Radio, lors d’une table ronde organisée le 13 mai dernier
par la commission de la Culture, de l’Education et de la Communication du Sénat.
Et l’ancien haut fonctionnaire d’ajouter : « Patrice Gélinet se trompe complètement. Pourquoi, diable, se lancer dans ce projet ? Un produit numérique qui au bout de 20 ans a si peu de pénétration… Il faut s’interroger. N’ajoutons pas d’investissements inutiles. Nous commettrions une erreur sur cette technologie dépassée ». Car s’il y a bien quelqu’un au CSA qui croit dur comme fer à la RNT, c’est bien Patrice Gélinet (photo). Membre du collège du régulateur de l’audiovisuel depuis janvier 2011, ce dernier est un ardent défenseur de radio numérique par voie hertzienne : « Il n’est pas question de nier le succès d’Internet. Mais ce n’est qu’un moyen parmi d’autres pour écouter la radio. Si l’auditeur n’écoute pas la RNT, c’est tout simplement qu’elle existe seulement à Paris, Marseille et Nice. Et puis, il ignore jusqu’à l’existence même de la RNT », a-til regretté lors de la même table-ronde. Selon un sondage exclusif OpinionWay pour Raje, réseau de radios locales associatives, 45 % des Français ont entendu parler de la RNT et nombreux sont ceux qui comprennent son intérêt. Ce nouveau moyen de diffusion mériterait d’être promue par le gouvernement, ce qu’il ne fait pas, et de concerner aussi Radio France, ce qui n’est pas le cas (2). D’autant que le coût de diffusion en RNT est bien moindre que celui des grandes ondes et de la FM : 10.000 euros par an et par zone. Patrice Gélinet admet qu’elle progresse lentement en Europe, mais assure qu’elle commence à s’imposer. Ainsi, la Norvège vient de décider de basculer de l’analogique à la RNT en 2017. Le gouvernement norvégien a été convaincu par la qualité sonore, les coûts de transmission moins élevés et les nouvelles fonctionnalités du DAB+. D’ici deux ans, tous les Norvégiens auditeurs devront avoir changé de récepteur radio – au nombre de 8 millions, dont plus de la moitié sont déjà
à la norme DAB (Digital Audio Broadcasting). Ce sera une première en Europe (3). D’autres pays en Europe et dans le reste du monde pourraient suivre la Norvège sur laquelle tous les regards radiophoniques se portent. Le Royaume-Uni, qui a lui aussi lancé la RNT il y a 20 ans et où près des deux tiers des véhicules neufs intègrent le DAB+ en standard, pourrait à son tour renoncer à la bande FM. Cela pourrait aussi être le cas du Danemark (où 26 % de l’écoute radio est déjà numérique), de la Suède, de la Suisse ou encore de la Corée du Sud. Et pourquoi pas la France ?

Voie de retour en vue
Le WorldDMB, organisation qui fait la promotion au niveau mondial de la RNT, en vante la technologie et l’écosystème jusque dans l’automobile. Surtout que la technologie DAB devrait s’enrichir d’ici à cinq ans d’une voie de retour pour permettre l’interactivité par voie hertzienne en mode IP. De quoi être à terme une sérieuse alternative à la radio sur Internet. « Il ne faut pas jouer les apprentis sorciers en disant qu’en deux ans ou cinq ans, la France va faire comme la Norvège, alors que cela lui a pris vingt ans pour en arriver là », nuance Xavier Filliol, co-organisateur des Rencontres Radio 2.0 consacrées à l’avenir de ce média. Raison de plus pour ne pas tarder… @

Charles de Laubier

Le lancement de Radio France en RNT (radio numérique terrestre) serait déterminant

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vient, en janvier, de remettre au gouvernement et au parlement son rapport sur la radio numérique terrestre (RNT), laquelle est lancée à Paris, Marseille et Nice depuis l’été dernier. Son avenir serait conforté si Radio France rejoignait les pionniers.

« A défaut d’avoir l’adhésion des grands groupes privés radiophoniques [RTL, Europe1/Lagardère Active, NRJ, BFM/ NextradioTV], le rôle du service public dans le déploiement
de la radio numérique apparaît en France, comme en Europe, être un enjeu important », affirme le CSA dans son rapport rendu public le 21 janvier dernier (1). Un projet circulait depuis mi-décembre accompagné de six questions auxquelles les professionnels concernés devaient répondre jusqu’au 9 janvier.

Au gouvernement de se décider
Mais les contributions des uns et des autres n’ont pas influé sur les constats du régulateur de l’audiovisuel quant à l’avenir de ce nouveau mode de diffusion numérique de la radio. « La présence de la radio publique sur la RNT peut avoir un rôle d’impulsion et devrait être un des éléments structurants de la RNT », considère encore le CSA. Autrement dit, bien que boudée par les grands réseaux privés, la radio numérique par voie hertzienne pourrait voir son avenir conforté en France si le gouvernement décidait d’y lancer les radios du groupe Radio France – présidé par Mathieu Gallet (photo) – ainsi que Radio France International (RFI) du groupe France Médias Monde. « Loin d’être symbolique, la présence du service public sur la radio numérique hertzienne apparaît, dans les pays où la radio numérique terrestre se déploie, comme un élément moteur et structurant », insiste le régulateur présidé par Olivier Schrameck. France Inter, France Info, France Musique ou encore RFI pourraient très bien rejoindre la centaine de radios qui se sont déjà lancées depuis l’an dernier sur Marseille, Nice et Paris où la RNT a été lancée le 20 juin dernier. D’autres pays européens : « montrent généralement une présence forte du service public, élément moteur de la construction de réseaux de diffusion grâce au financement tiré de la redevance (Royaume-Uni, Norvège, Suisse, …) et entraînant dans son sillage les éditeurs privés », constate encore le rapport du CSA. Mais alors, que fait Radio France ? Ou plus précisément : que fait le gouvernement ? Car les deux sont liés : c’est en effet le gouvernement qui, seul, peut décider préalablement de préempter une (ou des) fréquence(s) sur la RNT. Dans un premier temps, en 2009, le gouvernement avait bien réservé des fréquences en RNT pour Radio France et Radio France Internationale. Mais en 2012, le gouvernement change d’avis et ne fait aucune réservation sur Paris, Nice et Marseille. Le gouvernement précise juste qu’il «se réservait la possibilité d’un engagement futur de ces deux sociétés nationales de programme en fonction des résultats des travaux initiés sur le sujet » (2). Fermez le ban ! Le CSA, encouragé par plusieurs radios privées indépendantes (Oüi, FG, France Maghreb 2, Trace, Raje, …) et organisations favorables à la RNT en France (Sirti, SNRL, Alliance pour la RNT, WorldDMB, …), en appelle donc à une clarification du rôle du service public. « Il pourrait être utile que la tutelle des deux sociétés nationales de programmes concernées actualise sa position sur ce sujet. (…) Les valeurs véhiculées par la RNT (gratuité de l’écoute, anonymat, disponibilité) sont par ailleurs particulièrement adaptées au service public », écrit le CSA. La balle est dans le camp du gouvernement Valls… @

Comment le gouvernement pourrait aider la RNT

En fait. Le 12 juin, le Syndicat interprofessionnel des télévisions et radios indépendantes (Sirti) s’est félicité que le CSA ait reçu 178 candidatures pour
la radio numérique terrestre (RNT) à Paris, Marseille et Nice, malgré le boycott
des grandes radios privées. Aux pouvoirs publics d’agir.

En clair. « Nous avons pris rendez-vous avec le gouvernement pour demander aux pouvoirs publics d’apporter clairement leur soutien au lancement de la RNT. Il faut maintenant un coup de pouce du gouvernement, de la part des ministères de la Culture
et Communication, de l’Economie numérique et du Redressement productif », a indiqué
le président du Sirti, Philippe Gault, qui attend beaucoup du projet de loi audiovisuelle
qui sera débattu avant le printemps 2013. Le syndicat des radios indépendantes a
aussi évoqué plusieurs aides financières possibles qui viendraient consolider le modèle économique de la RNT basé sur la gratuité financée par de la publicité. « L’une des pistes serait de faire basculer vers la RNT tout ou partie des 150 millions d’euros du fonds d’aide au passage au tout numérique de la TNT, somme non utilisée par le GIP France Télé Numérique [sur un total de 326 millions d’euros inscrit au plan initial de juin 2009, ndlr] », explique Mathieu Quétel, vice-président du Sirti. D’autant que ce fonds d’aide n’est plus utilisé depuis le 30 mai 2012. Autre piste : « Le CNM, dont le Sirti est un des signataires, pourrait contribuer à la RNT qui, comme s’en est félicité le Snep (1), va contribuer à la diversité musicale », indique Philippe Gault. Le Sirti souhaite en outre l’instauration d’un crédit d’impôt en faveur des PME que sont souvent les radios indépendantes. Et comme pour la TNT, il souhaite que le gouvernement incite les équipementiers (2) à prévoir des composants « RNT » dans les nouveaux récepteurs radio.
En attendant, le CSA (3) se retrouve entre deux feux. D’un côté, le Bureau de la Radio est opposé à la RNT et défend les intérêts des groupes privés de radios nationales Lagardère (Europe 1, Virgin Radio, RFM), NextRadioTV (BFM, RMC), NRJ (NRJ, Nostalgie, Chérie FM, Riche & Chansons) et RTL (RTL, RTL2, Fun Radio). De l’autre, le Sirti est pour la RNT et représente 153 membres, essentiellement des radios (une quinzaine de télévisions), parmi lesquels des porteurs de nouveaux projets en RNT (Trace Radio, Lounge Radio, Oui FM Collector, Ma Génération, Météo Life, …). Le Bureau de la Radio ne croit pas en l’avenir de la RNT mais à la radio sur IP, notamment sur les réseaux très haut débit (4G et fibre). Le Sirti, lui, considère la radio sur IP comme une simple « vitrine », pas plus, les “webradios” dépourvues de modèle économique viable. @

Philippe Gault, président du SIRTI : « Le CSA n’a aucun argument valable pour refuser de lancer la RNT »

Le président du Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (SIRTI) – représentant environ 200 membres, près de 10 millions d’auditeurs – dénonce « l’ornière dans laquelle le CSA place la RNT ». Il en appelle au lancement de la Radio Numérique pour Tous.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@: En quels termes le CSA (1)
a répondu à votre « appel » du 13 octobre où vous demandez la délivrance des autorisations de radio numérique terrestre (RNT) de 2008 à Paris, Marseille
et Nice (2) ?
Philippe Gault :
La réponse du CSA est contraire à nos attentes et à celles des radios sélectionnées qui sont prêtes à lancer sans plus attendre la Radio Numérique pour Tous. La RNT, c’est la radio numérique selon le modèle historique qui a fait le succès de la radio (3). C’est la FM en mieux. Cette RNT-là, que nous préparons depuis près de 15 ans, le CSA n’en veut curieusement pas en ce début 2012, et le régulateur privilégie une autre radio numérique, payante, qui est la négation du paysage radio français construit depuis le début des radios libres. Le CSA répond à nos demandes de délivrance des autorisations en RNT de manière dilatoire. Il nous annonce l’ajout d’une nouvelle norme (4) : il sait très bien que, ce faisant, il enterre le dossier en recréant un affrontement de spécialistes et d’ingénieurs. S’il avait procédé ainsi pour la TNT, celle-ci ne serait pas encore lancée.

EM@ : Allez-vous saisir le Conseil d’Etat ?
P. G. :
Nous étudions toutes les possibilités pour sortir de l’ornière où nous place le CSA : juridique comme le Conseil d’Etat, mais aussi le débat public en cette année propice.

EM@ : Patrice Gélinet (CSA) a dit que la RNT est la solution à la saturation de la bande FM qui fête ses 30 ans : y a-t-il divergence au CSA ? Préserve-t-on les radios nationales privées ?
P. G. : Ce qui est visible, ce sont les errements de cette autorité de régulation sur le projet de la radio numérique : elle ne parvient toujours pas à faire appliquer la loi de 2007 (5), alors qu’elle est pour beaucoup dans ses termes. Quand les groupes radiophoniques nationaux réclamaient la RNT, le CSA préparait son lancement à marche forcée. C’est de là que viennent les présélections de radios pour lesquelles nous demandons la délivrance des autorisations. Depuis que les groupes de radios nationales [Europe 1, RTL, NRJ ou encore RMC, ndlr] ont créé le Bureau de la Radio, début 2009, ils ne veulent plus de la RNT et, depuis, le CSA n’a rien fait concrètement pour la lancer. Nous sommes allés de consultations en observatoires ; le champ de l’appel aux candidatures a été ramené de
19 villes à 3 villes (Paris, Marseille, Nice). Et maintenant, on enterre les sélections effectuées, sous couvert d’une norme qui n’est pas nouvelle. Le CSA accorde le moratoire du lancement de la RNT, sans date d’échéance. Le président du CSA, Michel Boyon, n’a même pas parlé de la radio numérique lors de ses voeux 2012, alors que cette année est la dernière de son mandat, ainsi que du conseiller en charge de la RNT [Rachid Arhab, ndlr].

EM@ : Accepteriez-vous que les fréquences de la bande III soient utilisées à autre chose que la RNT ?
P. G. :
Les fréquences de la bande III et L sont planifiées en France pour les éditeurs de
la RNT. Il n’est pas question qu’elles soient confisquées pour d’autres usages. Ce sont des décisions politiques. Si nos dirigeants ne veulent plus du média radio, parce qu’il
est encore trop libre et qu’il y a à la radio encore trop d’indépendance, qu’ils le disent franchement aux Français : c’est le moment !

EM@ : Lyon expérimente depuis un an la RNT. Nantes l’expérimente depuis 2007 et, depuis fin janvier 2012, l’étend à la Loire-Atlantique. Ces expérimentations locales doivent-elles s’étendre à toute la France ?
P. G. :
Les expérimentations ou démonstrations locales sont des initiatives portées par les radios indépendantes ou associatives, ainsi que par certains diffuseurs. Les participants ont bien du mérite, car ils entreprennent à contrecourant. Bien sûr, on pourrait imaginer un scénario de débordement dans lequel une série de diffusions locales sans autorisation lanceraient en fait la RNT. Evoquer ce scénario nous ramènerait avant 1981 : à l’époque,
il n’y avait pas de liberté des ondes, pas de loi, pas d’autorité de régulation. En est-on arrivé à ce point ? Est-ce ce que souhaitent les membres du CSA qui encouragent ces expérimentations sans délivrer les autorisations dans les zones où elles sont prêtes ? Il serait si simple d’appliquer la loi, de délivrer les autorisations dans les trois zones où il y a des sélections, et de donner un signal clair selon lequel il y aura la Radio Numérique pour Tous en France.

EM@ : Pourquoi ne pas miser sur la radio sur IP (6) ?
P. G. :
La radio sur IP existe déjà, mais elle n’est pas une alternative à la radiodiffusion hertzienne : l’IP ne remplacera pas la Tour Eiffel pour diffuser la radio à Paris. Où sont les réseaux mobiles à haut débit prêts à alimenter 45 millions d’auditeurs qui écoutent la radio près de 3 heures par jour en France ? Et combien leur en coûtera-t-il ? L’IP c’est très bien, mais c’est un mode de diffusion de complément. Le modèle de la radio depuis plus d’un siècle (7) est robuste (même en situation de crise), accessible à tous ; il ne peut pas être remplacé par l’IP dont la disponibilité s’effondre notamment dès que tout le monde demande le même service, sans parler des limitations imposées par les opérateurs.

EM@ : Le CSA a publié un appel à candidatures – jusqu’au 27 février – pour la distribution de services de radio numérique ou autres (8) par voie hertzienne terrestre sur la bande L. Que répondent les radios indépendantes du Sirti ?
P. G. :
Cet appel c’est du grand n’importe quoi ! Dans un pays qui a une des offres de radios existantes les plus diversifiées au monde, et où nombre des radios existantes demandent qu’on leur délivre les autorisations pour la RNT, on prétend lancer une offre
de radio numérique payante avec quelques dizaines de radios nouvelles qui seront pour
la plupart réalisées par une société du groupe Lagardère. Voudrait-on mettre dans les mains d’un seul distributeur privé la capacité de diffusion de la radio numérique ?

EM@ : Le Sirti se dit très attaché à la gratuité du média radio et s’oppose à la RNT payante sur la bande L : pourquoi, alors que le Bureau de la Radio ne l’exclut pas ? P. G. : Le Bureau de la Radio est très discret, car son travail de sape est en fait difficile
à justifier. Des groupes qui font énormément de profit, en particulier en radio en France,
ne sont pas prêts à payer quelques millions d’euros pour un réseau de radio numérique. C’est surréaliste, car la RNT leur promet une couverture nationale, une amélioration technique réelle, des données associées, une interactivité accrue, … Mais il y a deux points qui effarouchent ces groupes. Le premier est très court terme : depuis le début
de la crise, l’activité radio doit leur produire du cash qui leur préserve leur taux de marge pour investir dans d’autres domaines (télévision, Internet, téléphonie, et à l’international). Le second point est que ces groupes ont obtenu en France de réels privilèges en fréquences FM – et un tel renforcement du déséquilibre par rapport aux radios indépendantes dans ce qu’on a appelé FM+ – qu’ils craignent que la RNT ne relance
la concurrence.

EM@ : Quel sera le modèle économique de la RNT ? Fautil privilégier le DAB+ moins coûteux ?
P. G. :
Le modèle économique est simple : il faut une volonté politique, délivrer les autorisations à Paris, Marseille et Nice, faire la promotion des récepteurs disponibles, mettre en place des aides temporaires et limitées aux PME de la radio (sans commune mesure avec ce qui est accordé à la presse ou aux institutions culturelles), et la RNT sera lancée. On peut la lancer avec la norme qui est autorisée puis en ajouter une autre demain au choix des éditeurs, à l’instar de ce que nous a montré l’histoire de la TNT. @

La radio numérique retardée faute de modèle viable

En fait. Début novembre, le CSA a réuni les acteurs de la radio numérique terrestre (RNT) pour relancer le compte à rebours, après avoir annoncé, le 20 octobre,
le report de « six mois maximum » des premières émissions prévues initialement avant fin 2009. Le rapport “Tessier” estime la RNT trop chère.

En clair. Silence radio… Rachid Arhab n’a pas de chance. Il fêtera en janvier 2010
ses trois ans comme membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), où il est notamment président du groupe de travail RNT (1), mais n’aura toujours pas le plaisir d’inaugurer le lancement des premières émissions de radio numérique. L’ancien journaliste de France 2 s’est consolé en allumant « symboliquement » avec TDF, VDL
et Towercast un premier émetteur. C’était le 20 octobre au salon des médias et de l’audiovisuel (Siel-Satis-Radio) qui a bénéficié d’une « fréquence provisoire ».
Le gouvernement et le président du CSA, Michel Boyon, promettaient pourtant la RNT
« pour Noël » la réception numérique – sur Paris, Marseille et Nice – de 40 à 55 stations radio, dont 7 à 13 nouveaux projets selon les villes. La décision a été prise de décaler une nouvelle fois le calendrier « au milieu de l’année prochaine ». Bien que les autorisations d’émettre soient signées et les tout premiers postes de réception disponibles pour 40 à 200 euros (2), les problèmes techniques et surtout économiques ont eu raison du calendrier initial. Le rapport RNT de Marc Tessier estime les coûts de lancement et
de couverture trop élevés. Les opérateurs de multiplexe, qui assureront la diffusion hertzienne sur les trois premières zones, ne sont pas prêts. Les radios ont du mal à se regrouper par multiplexe (3), en fonction de leur catégorie et de leur objectif de couverture. Et certains groupes veulent regrouper leurs stations afin de mutualiser les coûts.
Autre problème : certaines radios souhaiteraient ne pas avoir à payer les frais de diffusion analogique et numérique en même temps. Car, contrairement au signal analogique de la télévision qui dispose d’une date butoir fixée à novembre 2011 pour son extinction totale au profit de la TNT, celui de la radio analogique n’en a pas… Mais le CSA a déjà préparé les esprits à la mise en place d’une échéance, à 2020. Pour l’heure, il faudra attendre
mi-2010 la « radio à images » qui permettra de recevoir non seulement une qualité de
son numérique mais aussi de voir sur écran des textes, des photos ou des illustrations.
Une interactivité sera en outre proposée avec Internet ou les mobiles multimédias (forums, achats, infos trafic, etc), ainsi que la fonction podcast ou catch-up radio pour (ré)écouter hors antenne. @