A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Vers la disparition de la filiale Le Monde Interactif ?

En fait. Le 28 juin, Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel publient un communiqué à l’issue du vote du conseil de surveillance du Monde SA (LMSA)
qui leur est favorable, au détriment de l’offre concurrente Perdriel-Prisa-Orange. L’investissement numérique est au coeur de leur stratégie.

En clair. Toute la question est de savoir ce qu’il adviendra de la filiale Le Monde Interactif, détenue à 34 % par Lagardère. Ce dernier aurait été prêt à céder sa participation stratégique pour 33 millions d’euros au trio Perdriel-Prisa-Orange (lire EM@16 p. 3), mais pas apparemment au trio vainqueur, Pigasse- Bergé-Niel. Pour ces derniers, qui prônent l’intégration web-papier des rédaction, Le Monde Interactif pourrait disparaître.
En effet, dans le document détaillé de leur offre daté du 21 juin, ils sont pour que « le site Internet et l’activité numérique du Monde [soient] réintégrés dans le périmètre du
quotidien ». Autrement dit : « Les rédactions papier et numérique seront décloisonnées afin de réellement travailler ensemble. La combinaison des forces des rédactions papier
et numérique fera du Monde le premier éditeur d’information numérique en France, loin devant ses concurrents ». Pour y parvenir, les trois protagonistes envisagent ni plus ni moins qu’un rapprochement des structures juridiques – Le Monde SA et Le Monde Interactif – et des équipes éditoriales. A leurs yeux, il s’agit de « la seule option sérieuse ». Ils s’inscrivent ainsi en faux par rapport à toutes la stratégie menée jusque-là par les dirigeants successifs du Monde Interactive. Le précédent PDG de la filiale Internet du Monde, Bruno Patino, avait instauré et maintenu – jusque dans son livre
« Une presse sans Gutenberg » (Grasset) – cette séparation des deux médias (papier et web). Son successeur, Philippe Jannet, ancien directeur des éditions électroniques du groupe Les Echos, n’avait pas remis en cause cette approche dichotomique. Avec
« Le Monde Libre », société des futurs propriétaires, « cette activité [numérique] doit revenir au journal et se placer au cœur de sa nouvelle stratégie éditoriale ». Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel critiquent au passage la stratégie de l’actuelle direction du Monde : « La déclinaison numérique des différents magazines du groupe [Le Monde Magazine, Télérama, La Vie, Courrier International, ndlr] paraît avoir été handicapée par un sous-investissement chronique. Ce retard est aujourd’hui dommageable à l’ensemble du groupe ». Le trio de l’offre dite « BNP » (leurs initiales, pas la banque !) prévoient donc « des moyens supplémentaires (…) pour que chacune des publications puisse sans délai mettre en oeuvre l’accélération de sa mutation numérique ». @

Comment « Le Monde Libre » veut sauver Le Monde

En fait. Le 28 juin, le conseil de surveillance du Monde SA (LMSA) et le conseil
du Monde et Partenaires associés (LMPA) ont voté (respectivement 13 pour/5 abstentions et 11 pour/9 abstentions) en faveur de l’offre Pigasse-Bergé-Niel, assortie d’un investissement dans le groupe Le Monde de 110 millions d’euros.

En clair. Le Monde ne déposera pas son bilan cet été, le trio formé par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel ayant débloqué, début juillet, 10 millions d’euros pour éviter au quotidien d’être en cessation de paiement. D’ici fin septembre, leur nouvelle société « Le Monde Libre » (1) devrait détenir 64,6 % du Monde SA pour un investissement « initial » d’investissement de 110 millions d’euros (2). Et ce,
« hors valorisation de la participation de Lagardère dans Le Monde Interactive »,
filiale Internet du groupe. Alors que les négociations exclusives vont se poursuivent jusqu’à fin septembre, la grande question est de savoir comment sortir Le Monde de l’ornière du déficit où il est tombé depuis dix ans. En 2009, le groupe de presse a perdu
25 millions d’euros en 2009, pour un chiffre d’affaires de 390 millions et une diffusion en baisse à 318.805 exemplaires en moyenne sur l’année, sans parler de son endettement total de 94 millions d’euros.
Si la concurrence de l’Internet est une des causes de cette érosion du papier, l’ironie de l’histoire est que l’avenir du journal passe par le numérique. Or Lagardère possède 34% de la filiale Le Monde Interactive. Arnaud Lagardère ne serait plus vendeur de sa participation. Du côté du trio repreneur, Xavier Niel – milliardaire fondateur du fournisseur d’accès à Internet Free – reste discret sur ses intentions vis à vis des 37 % de Lagardère dans Le Monde Interactive, que l’extrio concurrent Perdriel-Orange-Prisa étaient prêt à racheter 33 millions d’euros. Dans leur courrier du 2 juin adressé au président du directoire du Monde, Louis Schweitzer, le trio avait effleuré le sujet en se contentant de parler de « conquête de nouveaux territoires, physiques ou virtuels »,
« d’information en ligne » et de « nouveaux supports ». Le document « strictement confidentiel » du 21 juin détaillant le « Projet World » est plus disert sur la question.
« Le développement accéléré du Net et des supports numériques offre une immense opportunité aux médias qui savent produire des contenus de qualité. Le groupe Le Monde doit se repenser dans cet univers où ces nouveaux médias deviennent progressivement la première source d’information de ses lecteurs », expliquent Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel. Quant au papier, à leurs yeux, il « restera un élément central du paysage de l’information ». @

Le marché de la télévision de rattrapage s’organise

En fait. Le 5 juillet, France Télévisions a lancé Pluzz, son service gratuit de télévision de rattrapage commun à l’ensemble des chaînes publiques. Il s’agit
d’un « player » unique. Selon TV-Replay, 64 % des programmes des principales chaînes françaises sont déjà proposés en catch up TV.

En clair. Les télévisions se déchaînent et les téléspectateurs s’affranchissent de la grille. La catch up TV, qui permet de (re)voir une émission, un « JT », un épisode d’une série, un documentaire ou encore un film après qu’ils aient été diffusés à l’antenne, s’impose aux chaînes. Pluzz rejoint ainsi M6 Replay, Canal+ à la demande, Arte+7 et TF1 Player/MyTF1/WatTV sur le marché prometteur de la télévision de rattrapage. D’autant qu’au-delà de quelques jours après l’antenne, sept pour Pluzz, le visionnage devient payant. Sans compter les recettes publicitaires des spots placés en début et milieu de vidéo, dont les tarifs sont jusqu’à dix fois plus chers que de simples bannières. France Télévisions passe ainsi à la vitesse supérieure après avoir fait ses premiers pas avec Orange, dans le cadre d’un accord exclusif de deux ans. Contesté jusque devant l’Autorité de la concurrence (1) (*) (**) et par le rapport Hagelsteen remis au Premier ministre en janvier dernier (EM@5 p. 3), cet accord décrié avait finalement été toléré mais limité dans le temps. L’exclusivité France Télévisions- France Télécom autour d’un service baptisé « 24/24 TV » (ex- Rewind TV) s’est en effet terminée le 21 avril. Mais cela n’empêche pas Xavier Couture, le patron des contenus d’Orange, de continuer à négocier le groupe audiovisuel public, pour proposer Pluzz aux 3 millions d’abonnés télévision via l’ADSL.
« Nous négocions avec France Télévision un accord [non exclusif cette fois, ndlr] de catch up TV, qui pourrait porter sur trois ans », avait-il répondu mi-juin à Edition Multimédi@, lors d’un déjeuner de l’Association des journalistes médias (AJM). Maintenant que Pluzz permet de centraliser les différés des chaînes France 2, France 3, France 4, France 5 et RFO, France Télévisions est mieux à même de nouer des partenariats tous azimuts. Au-delà des fournisseurs d’accès à Internet, comme Free qui proposera Pluzz dès septembre, des accords peuvent être noués avec des « guides »
de télévision de rattrapage comme TV-Replay (ex- TVàrevoir). Créé en 2007 sur le site web Totalvod, TV-Replay a fait l’objet le 18 juin d’un jugement favorable à la suite d’une plainte de M6 l’accusant de concurrence déloyale et de « parasitisme ». La concurrence rend fébrile. Il y a un an, M6 avait négocié avec TF1 et Canal+ la création d’une plateforme commune de catch up TV pour parer à l’arrivée prochaine en Europe de l’américain Hulu, pionnier en la matière. Les chaînes historiques craignent cette nouvelle concurrence. @

Orange va investir aussi dans le livre numérique

En fait. Le 5 juillet, Stéphane Richard, directeur général de France Télécom,
a présenté son plan « Conquêtes 2015 » et clarifié ses ambitions dans les contenus, dont Orange ne sera plus producteur. Des partenariats « avec prises de participation minoritaire » sont envisagés, jusque dans le livre numérique.

En clair. S’il y a bien un domaine qui reste à investir pour France Télécom, c’est bien
le marché de l’e-book et des liseuses. Interrogé en marge de la présentation de son
plan à cinq ans, Stéphane Richard a précisé à Edition Multimédi@ être intéressé à se développer dans le livre dématérialisé : « Nous allons aller dans le livre numérique,
nous regardons des opportunités de partenariat », a-t-il indiqué. Et la présence de l’ancienne ministre de la Culture et de la communication Christine Albanel, directrice de
la communication et du mécénat d’Orange depuis avril, en charge de la stratégie dans
les contenus (1) (*) (**), pourrait l’aider à trouver un partenaire dans le monde du livre. D’autant que cette dernière est l’auteur du rapport intitulé « Pour un livre numérique créateur de valeurs » et remis au Premier ministre en avril dernier.
Conformément à sa nouvelle stratégie de partenariat dans les contenus et si l’occasion
se présente, Orange pourrait prendre une participation minoritaire « à dimension technologique ». Le marché du livre numérique est un marché à fort potentiel, déjà occupé par Amazon (Kindle), Apple (iPad) et Sony (eReader). Stéphane Richard avait déjà indiqué que les boutiques Orange pourraient commencer à commercialiser à l’automne prochain la tablette multimédia de la marque à la pomme. C’est dire qu’un partenariat dans le livre numérique avant ce lancement serait le bienvenu. Deux forfaits bloqués 3G pour l’iPad sont déjà prêts. Mais France Télécom a aussi sa propre tablette qui, lancée fin 2009, est moins connue : le Tabbee. Celle-ci fait un peu pâle figure comparée à l’iPad, mais présente des fonctionnalités similaires (connexion, baladeur,
1 Go, …). Cependant, bien que Tabbee soit multi-usage (Internet, radio, télévision presse ou cadre-photo), force est de constater que le livre numérique y est absent. Pour l’heure, France Télécom est plus parrain du livre qu’investisseur dans l’e-book.
En juin dernier, a été remis le Prix Orange du Livre 2010 par Christine Albanel, dans
le cadre de la seconde édition annuelle de cette sélection (2). Par ailleurs, Orange a donné à Bourg-en-Bresse (Cap3B) un coup de pouce à une « première bande dessinée multimédia interactive », conçue par Zanimôme. Des flashcodes peuvent y être scannés par les smartphones pour accéder à des vidéos touristiques. L’hyperlivre a aussi son mot à dire avec Orange. @

Contrefaçon : le cinéma veut se passer de l’Hadopi

En fait. Le 28 juin, la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) a expliqué lors d’un « point d’étape » qu’elle sera opérationnelle « dans les prochains jours ». Les ayants droits de la musique peuvent la saisir de cas de piratage. Quant au cinéma…

En clair. Selon nos informations, l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa) – qui a eu fin juin l’aval de la CNIL (1) pour utiliser les radars de la société TMG
(2) – envisage directement des actions judiciaires au pénal ou au civil, sans forcément passer par l’Hadopi. Les ayants droits de l’audiovisuel et du cinéma veulent saisir eux-mêmes la justice sur le terrain de la contrefaçon, laquelle est passible de trois ans de prison et de 300.000 euros d’amendes pour violation de la propriété intellectuelle. Alors que l’Hadopi a une action limitée au manquement à l’obligation – stipulée dans la loi
« Création & Internet » – de surveillance de son accès à Internet. L’abonné incriminé risque, si la Commission de protection des droits (CPD) de l’Hadopi transmet son dossier au juge, une contravention de 1.000 euros ou 3.000 en cas de récidive (montants multipliés par cinq pour les personnes morales) et une coupure d’accès au réseau d’un mois maximum. L’Alpa entend pouvoir envoyer directement devant le juge d’importants contrefacteurs ou des organisations professionnelles. Contactée par Edition Multimédi@, l’Alpa n’a pas répondu. L’association présidée par Nicolas Seydoux (patron de Gaumont) a prévu de « flasher » quotidiennement 25.000 adresses IP sur les réseaux peer-to-peer au regard d’un catalogue de 100 films, séries et documentaires, renouvelé régulièrement. De leur côté, les quatre sociétés de droits d’auteur de la musique – SCPP, SPPF, Sacem et SDRM – vont aussi collecter jusqu’à 25.000 adresses IP mais par rapport à un catalogue de 10.000 titres. Même si les ayants droits de la musique peuvent aussi saisir directement la justice, et indépendamment du fait que la Sacem et sa SDRM sont aussi membres de l’Alpa (3), la filière musicale est plus disposée à passer par les fourches caudines de l’Hadopi.
« La voie de la procédure directe au pénal ou au civil peut être intéressante pour les gros contrefacteurs ou ceux qui diffusent la première fois des œuvres non encore publiées officiellement. Ou pour des entreprises ou autres personnes morales, pour lesquelles l’Hadopi n’est pas bien adaptée. Toutefois, un juge saisi d’une plainte directe des ayants droits, pourrait interroger l’Hadopi pour savoir si l’abonné concerné a déjà reçu une mise en garde », nous explique Marc Guez, directeur général de la SCPP. Les procédures judiciaires pour contrefaçon sont en tout cas plus longues (jusqu’à trois ans) et plus coûteuses. @