Média public d’information en continu : radio filmée

En fait. Le 3 novembre, se tenait le 22e colloque NPA-Le Figaro sur le thème :
« Vers la société de l’omnimedia ? ». Intervenait notamment Frédéric Schlesinger, directeur délégué aux antennes et aux programmes de Radio France : il a esquissé ce que pourrait être la chaîne d’information en continu avec France Télévisions.

En clair. M-10. C’est dans dix mois, en septembre 2016, que sera lancé le médias public d’information en continu auquel réfléchissent ensemble Mathieu Gallet et Delphine Ernotte, respectivement PDG de Radio France et présidente de France Télévisions. Le compte à rebours est largement engagé : « Il faut qu’avant la fin de l’année, au plus tard le 15 décembre, nous soyons absolument d’accord sur le concept, sur le projet qu’il faudra partager et porter ensemble. Il reste donc un grand mois de travail pour parvenir à cet accord, à cette mutualité. Si les fondamentaux ne sont pas posés à Noël, il sera impossible de démarrer au mois de septembre 2016 », a prévenu Frédéric Schlesinger, directeur délégué aux antennes et aux programmes de Radio France.
Ce sont Laurent Guimier, directeur de France Info, et Germain Dagognet, directeur délégué à l’information de France Télévisions, qui pilotent ce projet commun voulu
par Mathieu Gallet et Rémy Pflimlin (prédécesseur de Delphine Ernotte), après que le rapport Schwartz de février 2015 sur France Télévisions ait épinglé la volonté initiale des deux groupes publics de lancer chacun son média d’information en continu…

Quoi qu’il en soit, ce projet commun préfigure-t-il l’idée d’un grand service public audiovisuel, pas seulement limité au numérique ? François Hollande en a rêvé dès
fin 2013 (1), le tandem Gallet-Ernotte le fera-t-il ?
La Belgique fait office de modèle, où « l’ORTF existe toujours ! » : dixit Frédéric Schlesinger. « La RTBF, c’est la radio et la télé, explique-t-il. Elle s’est mise à réfléchir sur les mêmes bases que notre propre réflexion sur un média d’information en continu du service public : sera-t-il piloté par la télévision ou par la radio ? Il y a là aussi une obligation de maîtrise des coûts mais il ne s’agit pas de faire du low cost. Finalement,
la RTBF a décidé que la radio allait piloter l’offre d’information en continu du service public en Belgique. C’est en filmant la radio – je ne parle pas de “radio filmée” – qu’ils continuent d’offrir une radio, VivaCité, qui reste de la radio, et cette même radio qui, quand on la voit par l’image, devient une télévision d’information en continu, réellement, qui réinvente des codes de proximités et de ressemblances – de miroirs ». Questionné à propos de BFM Business, partant d’une radio devenue aussi télé, il répond : « Oui, c’est aussi un bon modèle ». @

Virginie Courtieu, YouTube France : « Nous offrons de nouvelles sources de revenus en vidéo »

La directrice des partenariats de YouTube en France estime positif l’entraînement suscité par les 13 chaînes françaises exclusives lancées il y a deux ans. Elle répond aussi sur Netflix, la VOD, la musique – dont la prochaine offre par abonnement – ou encore la radio filmée. La publicité est au cœur de l’écosystème.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Que sont devenues les 13 chaînes originales françaises qui ont signé en octobre 2012 avec YouTube une exclusivité sur trois 3 ans, assortie d’un revenu garanti (MG) la première année ? Mis à part Studio Bagel racheté en mars dernier par Canal+ et à la bonne audience de X-Treme Video, la plupart font une audience décevante. Est-ce un échec pour YouTube en France ?
Virginie Courtieu-Peyraud :
Notre objectif avec ce programme de chaînes originales était de catalyser l’arrivée de contenus originaux
sur la plateforme. Le pari est largement réussi lorsque l’on observe que de nombreux partenaires ont depuis décidé de lancer eux-mêmes, sans contribution de YouTube, leurs propres chaînes originales, comme par exemple Golden Moustache, Euronews Knowledge, ou les chaînes de Endemol Beyond.
Ces chaînes originales ont aussi permis de fidéliser une audience toujours plus large
et engagée (1) : nous observons que le temps passé sur YouTube par les Français augmente de plus de 30 % chaque année. Enfin, les annonceurs et investisseurs sont eux aussi aujourd’hui beaucoup plus engagés sur la plateforme.

EM@ : Est-ce par ailleurs de nouvelles chaînes françaises autres que les
13 initiales bénéficient de l’aide avec minimum garantis (MG) de YouTube ?
V. C-P. :
Non. Comme je vous le disais, notre objectif avec ce programme n’était pas
de le généraliser à toutes les chaînes, mais simplement de catalyser l’arrivée de contenus originaux sur la plateforme – et le pari est réussi ! Nous continuons à investir dans l’écosystème par de nombreux biais, comme par exemple avec la campagne d’affichage que vous avez pu découvrir dans Paris récemment visant à soutenir les YouTubers phares de la plateforme, ou d’autres investissements comme les studios
« YouTube Space » à Los Angeles, New York, Londres et Tokyo. A cet égard, nous avons aussi lancé en septembre un programme inédit avec l’ESRA [Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle, ndlr] pour encourager les partages d’expériences entre YouTubers et étudiants. Ce programme est basé sur l’échange d’expertises entre les YouTubers accomplis et les étudiants, créateurs en devenir.

EM@ : Netflix a lancé en France, le 15 septembre, sa plateforme de SVOD.
Quelle incidence aura sur YouTube l’arrivée de Netflix ?
V. C-P. :
Les marchés du payant et du gratuit sont en général très différents. Ceci dit,
la concurrence est toujours une bonne chose, peu importe d’où elle vient ! Elle nous oblige à nous concentrer sur l’innovation et le service aux utilisateurs. Nous avons passé ces dernières années à développer notre plateforme, en investissant dans nos créateurs et la construction de nos solutions de monétisation. Et nous continuons à observer une très forte croissance.

EM@ : Est-ce que la présence accrue de Netflix en Europe peut inciter YouTube
à rationaliser sa propre offre de VOD, notamment en France et si une offre de SVOD est envisagée ?
V. C-P. :
Les plateformes Google comme Google Play proposent déjà en France
des films à la location ou à l’achat (2). Par ailleurs, quelques dizaines de partenaires YouTube ont choisi de proposer de nouvelles vidéos à travers l’offre de chaînes YouTube payantes avec abonnement mensuel ou annuel (3). Ces chaînes payantes constituent une nouvelle catégorie sur YouTube, en plus de l’offre croissante de chaînes gratuites.

EM@ : Combien de visiteurs uniques par mois compte YouTube en France ?
V. C-P. :
YouTube rassemble près de 26 millions d’utilisateurs chaque mois en France, selon Médiamétrie.

EM@ : YouTube et NRJ ont annoncé début septembre un partenariat par lequel la 1re radio de France va diffuser sur la plateforme de partage des vidéos musicales « les plus populaires [vues sur YouTube] » qui seront commentées à l’antenne. NRJ envisage-t-il aussi de la « radio filmée » diffusée sur YouTube comme le font déjà les BFM Business, France Inter et quelles autres ?
V. C-P. :
C’est déjà le cas. La chaîne YouTube de l’animateur Cauet est en grande partie de la radio « filmée » de son émission C’Cauet sur NRJ, et elle rencontre un
très grand succès [plus de 2,1 millions d’abonnés à ce jour, ndlr]. De même, la chaîne YouTube de Guillaume Pley, autre animateur sur NRJ, fonctionne très bien.
Nous sommes en tous cas très heureux de ce partenariat avec NRJ qui va permettre aux artistes les plus populaires sur YouTube en France de partager leur musique
avec les auditeurs de NRJ et atteindre une audience toujours plus large. Cette émission est une première pour nous en Europe, après notre partenariat avec SiriusXM aux Etats-Unis.

EM@ : Quelle est la politique de partenariat vidéo de YouTube en France ?
Le Revenu pour mille impressions (RPM) est-il toujours de 0,50 euro à 2 euros
les 1.000 vues, en fonction des clics enregistrés sur les vidéos publicitaires ? Comment se répartissent actuellement vos partenariats vidéo entre les médias (audiovisuel ou presse) et les créateurs indépendants ?
V. C-P. :
Nous ne sommes pas en mesure de communiquer les revenus de nos partenaires. Le modèle est toujours le même et il est identique pour tous : il s’agit
d’un partage des revenus publicitaires qui se fait à l’avantage du partenaire. Il existe plusieurs formats publicitaires sur YouTube, et les annonceurs ont la possibilité d’acheter l’inventaire à la réservation ou à l’enchère. L’un des formats stars de la plateforme est le format « Trueview », qui permet aux internautes de choisir les publicités vidéos qu’ils souhaitent – ou non – regarder.
Nous avons par ailleurs lancé récemment l’offre « Preferred », qui permet simplement aux marques de préempter les chaînes YouTube les plus plébiscitées par leurs audiences cibles. Cet inventaire est déterminé par un algorithme qui sélectionne les chaînes avec des audiences significatives, et un niveau d’engagement important. Nous avons lancé cette offre en France en septembre avec GroupM et Vivaki [respectivement groupes WPP et Publicis, ndlr], et sommes impatients de la mettre avec eux au service des marques et de leurs objectifs sur YouTube.

EM@ : Le différend sur les conditions de rémunération, qui oppose depuis le printemps les producteurs de musiques indépendants et YouTube, sur le point
de lancer la plateforme de streaming musical « YouTube Music Key », inquiète
de nombreux ayants droits de la musique ou du cinéma. Qu’en est-il exactement de ce conflit et que dites-vous à ceux qui se méfient de YouTube ?
V. C-P. :
Notre objectif principal est de proposer de nouvelles sources de revenus aux labels et artistes. D’ailleurs, 95 % des partenaires ont déjà signé ! Nous restons optimistes et espérons rapidement finaliser les négociations avec la petite fraction de l’industrie restante.
Nous travaillons dur pour continuer à proposer à nos utilisateurs de nouvelles façons
de profiter de leurs contenus favoris sur YouTube, et pour permettre à nos partenaires de générer toujours plus de revenus sur la plateforme. C’est dans cet esprit que nos équipes se penchent sur le lancement d’une fonctionnalité « abonnement » pour la musique sur YouTube, mais nous n’avons pas de détails à annoncer à ce sujet pour
le moment. @

Alain Weill, PDG de NextRadioTV, n’exclut pas « des collaborations » avec son deuxième actionnaire Fimalac

La holding du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, déjà à la tête de la société de médias numériques Webedia constituée en un an, monte discrètement en puissance depuis 2012 au capital de NextRadioTV. Alain Weill nous dit qu’ « il est tout à fait envisageable de développer des collaborations entre les deux groupes ».

Par Charles de Laubier

Alain WeillSelon nos informations, près de quinze ans après avoir créé, en 2000, NextRadioTV (1), Alain Weill (photo) n’a plus la majorité des droits de vote de son groupe depuis le 4 juillet – jour où il est passé sous la barre des 50 %.
Le PDG fondateur n’en détient plus que 49,5 % par l’intermédiaire de sa société WMC. « Ce franchissement de seuil [à la baisse] résulte d’une augmentation du nombre de droits de vote de la société », a expliqué le PDG de NextRadioTV à l’AMF, l’Autorité des marchés financier (2). D’après nos constatations, cette modification dans les droits de vote s’est faite au profit de Fimalac, la holding de Marc Ladreit de Lacharrière, qui détient maintenant 8,9 % des droits de vote contre 4,9 % auparavant.
Même si la participation d’Alain Weill au capital de NextRadioTV reste, elle, quasiment inchangée au cours de ces dernières années, à 37,7 % aujourd’hui, tout comme celle de Fimalac à 6,8 %, cette montée en puissance des droits de votre de Fimalac au sein de NextRadioTV n’est pas anodine.

Fimalac voit ses droits de vote monter à 8,9 %
Depuis que Fimalac Développement a franchi en mai 2012 le seuil de 5 % du capital de la société dirigée par Alain Weill, le milliardaire avance à pas feutrés au sein du groupe audiovisuel. Après s’être hissé en un an – et à coup d’acquisitions (Webedia/ Pure Media, Allociné, Overblog, Jeuxvideo.com, 750g, …) pour 240 millions d’euros – parmi les plus importants acteurs de l’Internet en France (3), quelles sont les intentions de Fimalac Développement vis-à-vis de NextRadioTV ?
« Nos relations avec le groupe Fimalac sont excellentes et il est tout à fait envisageable de, peut-être un jour, développer des collaborations entre le groupe NextRadioTV et celui de Marc Ladreit de Lacharrière. Cependant, chaque entreprise mène son projet digital de façon autonome sans qu’il y ait aujourd’hui de projet commun précis », a expliqué Alain Weill à Edition Multimédi@, en précisant que ses droits de vote avaient baissé « mécaniquement » en raison de la distribution de dividende en actions. « Je considère ne pas avoir de problème de contrôle de la société et il me sera facile, prochainement, et à tous moments, de remonter au-delà des 50 % », nous a-t-il assuré. Sollicité, Fimalac – deuxième actionnaire de NextRadioTV – ne nous a pas répondu. Tout juste sait-on que Webedia, le pôle de médias numériques constitué par Fimalac Développement, vise pour 2015 les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre
80 millions attendus cette année) et veut poursuivre les acquisitions en France et à l’international (4). Il y a un an, on disait Marc Ladreit de Lacharrière tenté par Dailymotion (5). Alors pourquoi pas NextRadioTV, valorisé en Bourse près de 400 millions d’euros ?

Convergence radio-télé-web
Quoi qu’il en soit, Alain Weill veut lui aussi accélérer la croissance de son groupe. Quinze ans après avoir racheté la radio RMC au groupe NRJ, dont il était alors directeur général, il prépare pour 2015 le lancement de RMC TV (6). Cette chaîne
de télévision sera diffusée par ADSL, câble et satellite, et surtout couplée avec la radio RMC. L’ex-Radio Monte Carlo filme déjà depuis quatre ans ses émissions de radio mais, cette fois, le studio radio deviendra un plateau de télévision.
Cette convergence est la spécialité de NextRadioTV : BFM Business est à la fois
de la radio (ex-BFM Radio) et, depuis le lancement en novembre 2010 de la chaîne éponyme, de la télévision. Quant à la chaîne d’information continue BFMTV, laquelle fêtera ses dix ans en novembre, elle établit aussi des synergies audiovisuelles avec la radio RMC. Pour le patron de NextRadioTV, « BFMTV est à la fois un site, une télé et une radio ». RMC Découverte, elle aussi sur la TNT, rediffuse également de la radio. Pionnier en France de l’abolition des frontières entre radio et télé, Alain Weill se défend de faire de la simple « radio filmée » : « Il faut faire de la vraie télévision, et non pas mettre des caméras de surveillance dans les studios », at- il prévenu. Le personnel de la radio est donc formé à la télévision, et la radio est installée dans un vrai studio télé. S’inspirant de ce qui se pratique aux Etats-Unis (CNBC, Bloomberg, …), Alain Weill y trouve son compte : cela lui coûte « beaucoup moins cher » que d’avoir deux matinales (télé et radio) et cela permet à la radio de recruter de nouveaux auditeurs (et vice versa pour la télé).
La convergence s’étend en outre à Internet. BFM Business TV est diffusée en direct sur le site BFMTV.com et sur l’application mobile. Il en va de même pour la radio qui est elle aussi en ligne et en live. Lancé en septembre 2012, BFMTV.com est présenté comme « un site d’information politique générale conçu sur le modèle de CNN.com ». Ce portail est alimenté par une rédaction dédiée, mais aussi par les autres médias du groupe : politique et international (BFMTV), économie (BFM Business), sport et débats (RMC). Il se situe en sixième position des sites web français d’information (7) avec 22 millions de visites, d’après l’OJD au mois de juillet. L’appli mobile, elle, affiche 5,6 millions de visites et place BFMTV.com en huitième position dans cette même catégorie. Et c’est sur la vidéo – convergence audiovisuelle oblige – qu’Alain Weill veut se différencier de la concurrence : il espère atteindre les 50 millions de vidéos vues par mois d’ici fin 2014, y compris sur YouTube et Dailymotion. « BFMTV.com se positionne comme la première marque d’information vidéo sur le web, devant ses principaux concurrents », revendique le groupe (8). Alain Weill veut faire de BFMTV.com l’un des premiers sites multimédias d’information en France. Il vient de débaucher le directeur délégué des rédactions du Figaro, Jean-Michel Salvator, qui chapeautait jusqu’ici Lefigaro.fr et le portail vidéo Figaro TV. Il devient directeur général adjoint de NextRadioTV, directeur de la rédaction de la radio-télé BFM Business, mais aussi directeur de la rédaction de BFMTV.com. Bien que la division digitale – BFMTV.com
et 01net.com (7 millions de visites par mois) – continue de réduire ses coûts, elle est toujours en pertes. « Etant donné l’absence de visibilité sur le marché digital, l’objectif d’atteindre l’équilibre financier est reporté à l’exercice 2015 », a indiqué le groupe lors de la présentation le 31 juillet de ses résultats du premier semestre – où le digital affiche des recettes en recul de 1 %.
Mais le groupe entend bien accélérer les investissements dans le numérique, lequel devrait représenter cette année 10 % du chiffre d’affaires du groupe NextRadioTV (contre 8,7 % des 173,8 millions d’euros réalisés en 2013). Alain Weill a décidé de donner aussi les moyens à la chaîne-phare BFMTV de monter en puissance, maintenant que le CSA a refusé cet été à la chaîne LCI du groupe Bouygues/TF1 de passer en gratuit sur la TNT. « Nous allons porter le budget de la chaîne de 55 millions d’euros en 2013 à 70 millions d’euros, avec un objectif de 2,5 % de part d’audience vers 2015-2016, contre 2 % actuellement », a annoncé fin août le patron du groupe.
Et d’ici fin 2015, la rédaction de BFMTV devrait passer de 250 à 275 journalistes.

De bons résultats malgré la crise
Débarrassé de la menace d’un « LCI gratuit », fort de ses bons résultats du premier semestre (presque doublement du bénéfice net sur un an) et soutenu par des actionnaires solides comme Fimalac, Alain Weill se sent pousser des ailes malgré la crise économique, et son groupe se prépare à franchir la barre des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. @

Joël Ronez, groupe Radio France: « Devenir un média de référence sur smartphone et en radio filmée »

Le directeur des nouveaux médias et du Mouv’ à Radio France, Joël Ronez, explique à EM@ comment les sept stations du groupe public de radiodiffusion s’adaptent aux mutations numériques et à la mobilité des auditeurs. Cela passe par les smartphones, les réseaux sociaux et la radio filmée.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Joël RonezEdition Multimédi@ : Vous avez dit, aux rencontres Radio 2.0 du 15 octobre, que la radio avait une décennie d’écart dans le numérique sur la presse écrite : la radio peut-elle rattraper son retard dans les 3 révolutions digitales (écrit, vidéo et réseaux sociaux) ?
Joël Ronez :
Oui, bien sûr. Il ne s’agit pas d’un retard à proprement parler, mais d’un impact de la révolution numérique qui est plus tardif. Nous sommes aujourd’hui dans le grand mouvement de numérisation des médias broadcast, de la musique, et de l’avènement de l’Internet mobile et des smartphones. C’est pour l’écosystème de la radio un vrai défi, mais cela représente aussi de nombreuses opportunités.

EM@ : Quel budget consacrez-vous en 2012 et 2013 au numérique sur l’ensemble de Radio France ?
J. R. :
Environ 6 millions et demi d’euros hors taxes par an sont consacrés à la direction des nouveaux médias, pour le compte de l’ensemble du groupe Radio France, dans les domaines techniques, marketing, éditorial, etc.

EM@ : Votre direction Nouveaux médias et Le Mouv’ ne font plus qu’un : le nouveau Mouv’ prévu en janvier 2014 sera-t-il tout-online ?
J. R. :
Non, Le Mouv’ est et restera une radio. Simplement, son offre se déploiera simultanément sur le web et les mobiles.

EM@ : Radio France, c’est 10.249.000 podcasts téléchargés au mois de septembre (France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, France Musique, Le Mouv’ et FIP) : allez-vous les monétiser ? Allez-vous par ailleurs lancer des webradios ?
J. R. :
Nous n’avons pas vocation, à court terme, à faire accompagner l’écoute de nos podcasts de publicité. Les revenus publicitaires sont importants pour Radio France, mais complémentaires, étant donné que nous sommes principalement financés par la redevance audiovisuelle [L’Etat a versé 610 millions d’euros en 2012 à Radio France,
qui a dégagé un bénéfice net de 3,1 millions, ndlr]. La stratégie numérique de Radio France consiste à proposer, dans le champ du web, des produits et offres respectant
les nouveaux modes de consommation des auditeurs, et en leur apportant une plus-value. Nous allons ainsi lancer en début d’année 2014 un nouveau site, RF8, qui permettra de découvrir la richesse musicale de Radio France. Il ne s’agira pas pour autant d’une webradio linéaire, mais de bien plus que cela.

EM@ : Vous suivez le « bruit twitter » généré par Radio France (Twitter.radiofrance.fr) : ce flux a-t-il vocation à être monétisé ?
J. R. :
Nous ne cherchons pas à monétiser le « bruit twitter », mais à faire en sorte que nos auditeurs et internautes puissent interagir avec nos programmes par ce biais, et assurer également leur diffusion.

EM@ : La radio ne peut pas parler de second écran comme la télé : aussi, comment les radios de Radio France se déploient sur les écrans compagnons ?
J. R. :
La radio ignore en effet la notion de second écran : nous démarrons avec notre premier écran ! L’objectif est d’être un média de référence dans l’univers du smartphone, sur les contenus audio, tout en proposant également une offre vidéo la plus riche possible, avec de la radio filmée, mais aussi des production vidéo propres.

EM@ : Europe 1 revendique 14 heures de direct vidéo par jour. Comment les stations de Radio France proposent de la vidéo, entre la radio filmée des programmes de flux, le reportage vidéo et les programmes vidéo proches de la TV ? La radio ne va-t-elle perdre son âme à concurrencer la télé et à être diffusée sur les plateformes vidéo ?
J. R. :
Nous diffusons des extraits de nos programmes sur YouTube et Dailymotion depuis plus de cinq ans, et nous avons vocation à accroître l’offre. Tout ne peut pas et
ne doit pas se filmer. Mais les programmes de talk et de flux sont susceptibles d’exister également sous une forme filmée.
A nous d’inventer « l’image de radio » qui respecte la radio ! Cette image de radio n’est pas une image que l’on regard, mais une image sur laquelle on jette un œil. C’est une dimension complémentaire à un programme, et c’est un axe de développement important.

EM@ : Que doivent faire les éditeurs de radios en France pour avoir un même référentiel, afin de lancer un « Radio Player » commun comme en Grande-
Bretagne ?
J. R. :
Il faut se parler, et évoquer le sujet ensemble. Nous sommes favorables à ce genre d’initiative, que j’ai découverte via l’UER [Union européenne de radio-télévision, ndlr] et son groupe de travail « new radio » dont je suis membre.

EM@ : Il y a un peu plus d’un an, le gouvernement décidait de ne pas préempter de fréquences RNT pour Radio France et RFI. Pourtant, Radio France est favorable à
la RNT, contrairement aux radios privées NRJ, RTL, Europe 1 et RMC : pourquoi ?
J. R. :
En terme de média et de loisirs culturels, tout ce qui peut se numériser se numérisera, la radio aussi. Radio France est favorable à un futur numérique, et n’est pas promoteur d’une technologie en particulier (RNT, DAB+, etc.). La radio numérique n’est pas une question technologique, c’est une question stratégique.
Nous avons besoin pour cela d’un consensus entre les acteurs du marché, consensus qui n’existe pas à l’heure actuelle. Mais nous sommes attentifs à la situation, notamment européenne, où la plupart des grands pays ont déployé des multiplex en DAB+.

EM@ : Maintenant que l’arrêté DAB+ a été publié le 28 août, le gouvernement
doit-il changer d’avis ? Croyez-vous en outre à la 4G pour diffuser en broadcast
la radio numérique en mobilité ?
J. R. :
Il appartient au gouvernement de prendre les décisions qu’il juge utile, au regard de la situation qui est complexe. Nous sommes à sa disposition, ainsi qu’à celle de tous les acteurs français de la radio pour en parler. Et quand on parle de l’avenir numérique de la radio, ce n’est pas pour supporter une technologie en particulier mais, à ce stade, d’être attentif à toutes les pistes.

EM@ : Les Assises de la radio – organisées par le ministère de la Culture et de
la Communication et la DGMIC (Premier ministre) – auront lieu le 25 novembre : qu’en attendez-vous ? Le plafond de concentration radio a-t-il un sens à l’heure du numérique ? Par ailleurs, le Sirti réclame 1.000 fréquences FM et celles du Mouv’ : qu’en pensez-vous ?
J. R. :
Tout ce qui fait que les acteurs de la radio discutent ensemble de l’avenir est bon, et les Assises de la radio arrivent à point nommé pour cela. Mais de mon point de vue,
il vaut mieux réfléchir ensemble à un avenir numérique, plutôt que de s’opposer sur un dividende analogique… @

ZOOM

Entre numérique et politique : Radio France en pleine transition
Alors que le mandat du PDG de Radio France, Jean-Luc Hees, se termine en mai 2014,
le groupe de radios publiques est en peine réorganisation du numérique pour adapter les 700 journalistes de la maison ronde au multimédia. Ce n’est pas une mince affaire pour la direction des Nouveaux médias de Joël Ronez. Mais cette évolution vers les nouveaux médias et « l’image de radio » – en plus de l’antenne (1) – se fait non sans mal avec les organisations syndicales, surtout dans cette période de transition (la loi sur l’indépendance de l’audiovisuel public doit être adoptée définitivement le 31 octobre). Parmi les noms de successeurs à Jean-Luc Hees, celui de Bruno Patinot, actuel directeur général délégué aux programmes, aux antennes et aux développements numériques de France Télévisions (à moins que la parité ne plaide en faveur d’une femme, comme Catherine Sueur). En attendant, France Inter et France Info font face à une érosion de leur audience, passant respectivement selon Médiamétrie de 11 % à 9,9 % et de 9 % à 8,2 % sur un an en avril-juin (voir p.10). @