Fip, « meilleure radio du monde », fête ses 50 ans et s’internationalise grâce à ses webradios et applis mobiles

La radio locale « France Inter Paris », d’où son nom, fut lancée le 5 janvier 1971. Au fil de cinq décennies, Fip est devenue culte auprès d’un public grandissant et fidèle malgré sa diffusion FM incomplète – à laquelle le DAB+ va remédier. Ses déclinaisons sur Internet (fip.fr, webradios, podcasts) lui ont ouvert une audience internationale.

Née radio locale à Paris il y a 50 ans, en ondes moyennes, Fip s’est progressivement développée sur la bande FM, où elle dispose aujourd’hui de dix fréquences hertziennes sur l’Hexagone (1), avant d’étendre son audience au monde entier via Internet : non seulement sur fip.fr mais aussi sur les smartphones avec ses deux applications mobiles (l’une sous Android, l’autre sous iOS). L’ex-France Inter Paris s’est faite un nom en trois lettres en étant l’unique radio dans le monde à proposer une programmation éclectique de tous les genres musicaux et de tous les pays. Se succèdent à l’antenne ou en ligne rock, jazz, blues, classique, groove, électro, reggae ou encore rap, ainsi que les musiques de tous les horizons (occidentales, africaines, sud-américaines, orientales, asiatiques, …). Sa programmation musicale sans frontières, interrompue sans excès et en douceur par des animatrices (les « fipettes » aux voix suaves) faisant part de rendez-vous culturels ou de coups de coeurs musicaux, séduit de plus en plus à l’international.

Un quart de son audience digitale vient de l’étranger
« Cela tient à la richesse et à la diversité de la programmation de Fip et à l’univers musical qu’elle a su créer en développant ses webradios qui aujourd’hui représentant 30 % de son audience. L’écoute des huit webradios a progressé, à elle seule, de 43 % en un an », explique à Edition Multimédi@ Bérénice Ravache (photo), directrice de Fip depuis août 2017. Car au-delà de ses 680.000 auditeurs qui l’écoutent aujourd’hui sur la FM en France, soit une part d’audience de 1,2 % tout à fait honorable au regard de sa diffusion hertzienne partielle auprès de la population hexagonale, Fip rayonne de plus en plus à l’international. Son site web, créé en 2004 à l’adresse fipradio.fr puis modernisé en 2014 sur fip.fr, draine un public d’internautes grandissant : près de 2,9 millions de visites par mois au total (2), dont 23 % venues hors de France, selon le dernier relevé de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Fip étend aussi son audience sur l’Hexagone et par-delà les frontières grâce à ses deux applications mobiles pour Continuer la lecture

La radio numérique par les ondes tient tête à l’audio

En fait. Les 5 et 6 novembre, à Toulouse et Montauban, d’une part, et à Bordeaux et Arcachon, d’autre part, a été lancée la diffusion numérique hertzienne de dizaines de radios nationales et locales. Le DAB+ couvre maintenant 28,8 % de la population française. Un pied de nez aux podcasts, aux webradios et à l’audio du Net.

En clair. « Le DAB+ est aujourd’hui un investissement stratégique de toute première nécessité pour les radios, car il leur permet de préserver l’indépendance de leur mode de distribution historique – la radiodiffusion par les ondes – vis-àvis des fournisseurs d’accès à Internet fixes et mobiles », explique Nicolas Curien, président du groupe de travail radios et audio numérique du CSA, à Edition Multimédi@. Et de poursuivre : « En effet, il n’est pas nécessaire d’être connecté à Internet ni de payer un quelconque abonnement pour écouter la radio en DAB+ : le son passe par les ondes, l’écoute est gratuite et anonyme, exactement comme pour la FM, dont le DAB+ n’est autre que le successeur numérique ».
A l’heure où les podcasts explosent de partout, où les plateformes de musique en ligne (YouTube, Spotify, Deezer, …) s’adonnent au streaming jusque dans les enceintes connectées (les GAFA y donnent de la voix), à l’heure où encore les webradios et l’audio digital consacrent la radio sur IP (via Internet), la radio par voie hertzienne, elle, s’est modernisée avec le DAB+ pour ne pas être disqualifiée. A l’instar de la télévision numérique terrestre (TNT), la radio numérique terrestre (RNT), elle, permet aux éditeurs de stations de garder une part d’indépendance vis-à-vis des plateformes du Net, où dominent les GAFA. L’anonymat offert par le DAB+, comme la FM, est un atout majeur au moment où l’exploitation des données personnelles des internautes se fait dans des conditions parfois illégales. Sans être pisté, du moins tant que les récepteurs ne seront pas connectés à Internet, l’auditeur « DAB+ » peut écouter – avec une qualité de son inédite – des certaines radios en mobilité, sans se soucier des fréquences, tout en obtenant en plus le titre de la chanson, de l’info trafic, etc.
Le code européen des communications électroniques prévoit qu’à partir de décembre 2020 tous les autoradios devront intégrer obligatoirement une puce « DAB+ ». La France fait déjà mieux puisque « cette obligation, indique Nicolas Curien, est en vigueur depuis juillet dernier pour tous les récepteurs y compris les autoradios, et même depuis 2019 pour les récepteurs fixes » (1). Depuis le lancement du DAB+ sur la France en 2014, 564 autorisations d’émettre ont été délivrées par le CSA à des éditeurs, privés ou publics, pour un total de 246 radios différentes. @

RNT : le seuil décisif des 20 % de couverture de la population française sera enfin atteint en 2018

L’année 2018 sera déterminante pour le déploiement de la radio numérique terrestre (RNT) en France. Le seuil des 20 % de couverture de la population française à partir duquel les fabricants de récepteurs auront l’obligation d’y intégrer le DAB+ – et le T-DMB ? – devrait être atteint en septembre.

Le seuil des 20 % de couverture de la population française
à partir duquel les fabricants de récepteurs ont l’obligation d’intégrer la radio numérique terrestre (RNT) dans leurs appareils n’a finalement pas été atteint en 2017, contrairement
à ce qu’avait indiqué Patrice Gélinet à EM@ dans une interview parue en mai 2016 (1), alors qu’il était encore membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Son mandat s’étant achevé il y a un an, en janvier 2017, c’est Nicolas Curien – son successeur depuis lors – qui pourra annoncer le franchissement de ce seuil décisif des 20 % d’ici la fin de l’année.

Déclenchement attendu en septembre
La loi de 2007 sur la modernisation de la diffusion audiovisuelle a en effet fixé ce taux de couverture de la RNT comme le déclencheur de l’intégration obligatoire des normes RNT – DAB+ en tête – dans les récepteurs radios et autoradios. « Le seuil de 20 % de couverture, déclenchant l’obligation légale d’installation du DAB+ dans les récepteurs, sera en tout état de cause atteint avant la fin 2018, après le démarrage des émissions
à Lille, Lyon et Strasbourg », a déjà promis le CSA. Pour l’heure, seules les villes de Paris, Marseille et Nice bénéficient de la RNT depuis le 20 juin 2014, date à laquelle les premières émissions ont pu commencer en France avec plus d’une centaine de radios numériques. Selon son nouveau calendrier accéléré du déploiement de la RNT en France, la région lilloise et une grande partie des Hauts-de-France devraient être couvertes dès le mois d’avril par les premières retransmissions. Elles seront suivies d’ici le mois de septembre par les zones étendues de Lyon et de Strasbourg. C’est à ce moment-là que le seuil des 20 % sera enfin atteint. C’est du moins ce qui devrait arriver si le CSA respecte son « calendrier accéléré ». L’organisme professionnel WorldDAB table sur ce mois de septembre qui sera un tournant industriel pour la RNT. Début 2019 devraient suivre les régions de Rouen et de Nantes (après la sélection des candidatures en janvier 2018), puis vers le milieu de l’année 2019 celles de Toulouse
et de Bordeaux. Quant aux deux prochains appels à candidatures pour de futures nouvelles retransmissions en RNT qui ne débuteront pas avant fin 2020, pour totaliser cette fois 70 % de la population française couverte, ils seront lancés en juillet 2018 pour l’un (Dijon, Poitiers, Pau, Grenoble, Toulon…) et en juillet 2019 pour l’autre (Caen, Clermont-Ferrand, Nancy, Rennes, Montpellier…), portant chacun sur 15 villes et leurs environs. Pour les 30 % restants de la population métropolitaine, il faudra patienter jusqu’en 2022 pour bénéficier des retransmissions RNT, pour peu que les appels à candidatures soient enclenchés l’année précédente. Le président du CSA, Olivier Schrameck (photo), lors de ses vœux du 23 janvier, a bien évoqué le seuil tant attendu des 20 % mais sans être précise sur la période de déclenchement. Et pour cause.
Le CSA n’a pas encore fait connaître sa méthode de calcul de population en RNT permettant de déclarer franchi le seuil de couverture des 20 %. « Le 20 décembre dernier, le Conseil a décidé du lancement d’appels multi-régionaux en 2018 et 2019,
ce qui permettra d’atteindre plus rapidement le seuil de 20 % de couverture de la métropole déclenchant l’obligation d’équipement de tous les récepteurs ». Quand bien même le régulateur de l’audiovisuel aurait trouvé sa méthode, il lui sera difficile de se prononcer sur le taux de couverture de la RNT dès le mois de septembre, une fois les émissions sur Lille, Lyon et Strasbourg démarrées. Car le taux de couverture de la RNT dépend du choix des sites que feront les opérateurs de multiplex, ces derniers ayant des obligations de couverture progressive des allotissements mis en appel et peuvent constituer le réseau de diffusion qu’ils souhaitent. « Dès lors, le taux de couverture ne pourra être connu qu’a posteriori, une fois que les opérateurs de multiplex constitués auront choisi leurs sites », nous avait expliqué Patrice Gélinet en 2016.
Mais la mise en oeuvre industrielle du déploiement des récepteurs RNT va poser un autre problème : celui de la norme que devront intégrer les fabricants dans leurs récepteurs radios et autoradios. En effet, de par la loi française, ils sont obligés d’intégrer dans les dix-huit mois à la suite du seuil déclencheur à la fois la norme DAB+ plébiscitée par les éditeurs de radios mais aussi la technologie T-DMB spécifique à la France et inutilisée ! Imaginez votre radio-réveil doté de deux puces RNT dont l’une moribonde…

T-DMB et DAB+ : deux normes obligatoires ?
C’est d’ailleurs ce qu’avait déjà dénoncé dès 2014 en parlant d’« aberration » (2)
le Syndicat des industriels de matériels audiovisuels et électroniques (Simavelec), fusionné depuis au sein de l’Alliance française des industries du numérique (Afnum). Car dans sa grande bonté, le législateur français a habillé la RNT de deux arrêtés, l’un n’allant pas sans l’autre : l’arrêté du 3 janvier 2008 retenait – il y a dix ans maintenant – la norme technique T-DMB pour la France, tandis qu’un second arrêté du 16 août 2013 modifiant le précédent autorisait – cinq ans après – l’utilisation aussi d’une norme plus populaire en Europe, le DAB+. Ainsi, l’obligation est double pour les industriels qui vont se retrouver avec un surcoût si rien n’est fait pour rectifier le tir. De quoi donner du souci aux membres industriels de l’Afnum qui suit de près la RNT à travers ses deux commissions, « Technique & Services » et « Audio-Vidéo ».

Ne m’appelez plus jamais « RNT »
Quant au Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (Sirti), qui réunit 160 radios locales privées, il demande au CSA « d’abord, le retrait de la norme
T-DMB de l’arrêté dit “signal”, et ensuite l’établissement de la méthode de calcul de population en RNT permettant notamment de déclarer franchi le seuil de couverture des 20 %, ce qui permettrait immédiatement la mise en oeuvre industrielle du déploiement des récepteurs ».
Sans attendre le seuil déclencheur, des industriels n’ont pas attendu pour se mettre à la norme. Selon WorldDAB, Jato et l’institut GfK, le nombre cumulé de récepteurs DAB+ vendus à ce jour en France dépasse largement 1,2 million d’unités. Alors que le marché français des « transistors » classiques (les postes de radio) est en recul de près de 10 % sur un an, le segment des récepteurs de radios numériques est, lui, en plein boom avec une croissance annuelle de plus de 20 %. Quant aux autoradios DAB+, ils sont déjà proposés en option par les constructeurs automobiles. Mais si l’on circule hors de Paris, Marseille et Nice, plus de signal numérique. Mais le CSA devrait lancer mi-2018 un appel à candidatures pour deux multiplex nationaux pour couvrir en réception
« outdoor » l’ensemble du territoire et en particulier les grands axes autoroutiers français. Si ce calendrier était respecté, c’est à partir de fin 2019 et début 2020 que les auditeurs conducteurs pourront écouter une station sans interruption et sans réglage durant de longs voyages à travers les routes de France.
Une chose est sûre : le régulateur ne parle plus de T-DMB. Le président du CSA préfère en effet rebaptiser « DAB+ » la radio numérique terrestre, plutôt que de dire
« RNT » – « précisément pour mieux la distinguer de la diffusion hertzienne des services de télévision », la TNT (3). Peut-être aussi pour faire oublier les débuts difficiles et laborieux de la RNT, « alors que sa crédibilité avait été fortement entamée par tant d’analyses sévères, de retards et d’atermoiements et par des expériences jusque-là inégalement satisfaisantes » (dixit Olivier Schrameck lors de ses voeux). Sur la centaine de stations disponibles en DAB+, essentiellement des radios indépendantes ou associative (Radio FG, Latina FM, Skyrock, Sud Radio, MFM, Ouï FM, Nova, etc), force est de constater que les quatre groupes privés nationaux des radios NRJ, RTL Europe 1, et RMC/BFM (entre autres stations) boudent depuis le début les appels à candidatures. Ils craignent une multiplication de l’offre de stations qui constituent pour une nouvelle concurrence, avec le risque d’une baisse de leurs recettes publicitaires. Le gouvernement, lui, a demandé au CSA en novembre 2016 à préempter des fréquences pour Radio France (FIP à Lille et Lyon, Mouv’ à Strasbourg) et pour France Médias Monde (RFI à Lille, Lyon et Strasbourg). Les émissions publiques devraient démarrer en 2018, à moins que les finances publiques et la réforme de l’audiovisuel public ne viennent contrarier cette perspective… Et dire que la RNT avait été promise
– du moins sur les trois premières agglomérations prévues Paris, Marseille et Nice –
« pour fin 2008 » par Nicolas Sarkozy, alors président de la République… Il y a dix ans ; il y a un siècle ! Une décennie et quatre rapports plus tard (Kessler de mars 2011, Tessier de novembre 2009, Hamelin d’octobre 2009 et CSA de 2015), la radio numérique accélère en France à partir de cette année et les trois ans qui viennent.
Et ce, pour le plus grand confort des auditeurs (voir encadré ci-dessous). Reste à savoir si la France rattrapera sont retard « DAB+ » par rapport à ses voisins européens, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse ou les Pays-Bas. La Norvège est le pays le plus avancé après un « Digital Switch Over » (DSO) qui a abouti fin 2017 à l’extinction de la FM (4). La Suisse devrait procéder son DSO entre 2020 et 2024. @

Charles de Laubier

ZOOM

Le DAB+, c’est mieux que la FM
Le Digital Audio Broadcasting amélioré (DAB+) garantit un son numérique de qualité, d’une grande clarté et sans interférences : le signal passe partout et occupe la bande de fréquences VHF, dite « bande III », qui était utilisée par la télévision analogique avant l’avènement de la TNT en 2005. L’écoute est largement améliorée par rapport à la FM.
Cette norme de diffusion numérique permet en outre d’accéder plus simplement aux stations de radio, directement par leur nom. Fini les recherches laborieuses à travers les fréquences. De plus , l’auditeur peut avoir accès à des données associées provenant de la station qu’il écoute : textes d’information affichés sur de petits écrans digitaux pour les postes les plus simples, voire visuels tels que des illustrations d’album, de photo d’un animateur, ou encore d’actualités générales comme la météo ou le trafic routier, à voir sur des postes de radio numérique dotés d’un écran couleur. Le tout : toujours gratuitement comme la FM. Et contrairement aux webradios accessibles sur
IP (Internet), l’écoute du DAB+ a l’avantage de rester entièrement anonyme : pas d’exploitation de données personnelles @

Le CSA accélère le déploiement de la RNT, mais l’arrêt de la FM en France n’est pas pour demain

Alors que la Norvège a commencé à couper avec succès la FM au profit de la RNT, la France n’y songe pas. Mais le CSA propose d’« accélérer le déploiement » dès 2018. Après la RNT diffusée à Paris, Marseille et Nice depuis 2014, c’est au tour de Lille, Lyon et Strasbourg de se préparer.

« Les appels à candidatures pour la radio numérique terrestre (RNT) sur Bordeaux et Toulouse seront lancés avant la fin de l’année », a indiqué Nicolas Curien (photo), membre du CSA et président du groupe « radio », à Edition Multimédi@. Tandis que Rouen et Nantes font actuellement l’objet d’un appel à candidatures lancé fin juillet : les dossiers peuvent être déposés jusqu’au 17 octobre. Quant à celui lancé il y a un an sur Lille, Lyon et Strasbourg, il vient d’aboutir à la sélection des éditeurs de radio.

Accélération de 2018 à 2020
« A Lille, les autorisations ont été délivrées en mai et publiées au Journal Officiel en juin, tandis que les dossiers des opérateurs de multiplex sont actuellement examinés, pour un début des émissions prévu en mars. Lyon et Strasbourg suivront avec un petit décalage », nous précise Nicolas Curien (1). Ainsi, en France, le déploiement de la RNT par le CSA poursuit son petit bonhomme de chemin – depuis le 20 juin 2014, date à laquelle les premières émissions en technologique DAB+ ont pu commencer à Paris, Marseille et Nice (2). Et encore : avant d’en arriver là, il aura fallu patienter le temps de trois rapports consacrés à la radio numérique (rapport Kessler de mars 2011, rapport Tessier de novembre 2009 et rapport Hamelin d’octobre 2009), sans oublier une consultation de la DGMIC (ministère de la Culture et de la Communication) en octobre 2012 sur la norme technique à utiliser, et le rapport du CSA de 2015 intitulé « Evolution des modes de diffusion de la radio : quel rôle pour la radio numérique terrestre ? ».

Et dire que la RNT avait été promise – du moins sur les trois premières agglomérations prévues Paris, Marseille et Nice – « pour fin 2008 » par Nicolas Sarkozy, alors président de la République, puis par Michel Boyon, alors président du CSA (3), « pour Noël 2009 »… Mais cette fois, le CSA dit vouloir mettre les bouchées doubles. « Afin de réussir le déploiement du DAB+ en France (4), le CSA propose d’accélérer le déploiement sur la période 2018-2020 et envisage diverses modalités d’organisation d’un appel aux candidatures métropolitain. Il souhaite recueillir les observations des acteurs sur ces deux voies », a justifié le régulateur de l’audiovisuel au moment de lancer la consultation publique fin juillet et jusqu’au 4 octobre prochain (5). En fait, il est prévu
« un double déploiement, à l’échelle locale et à l’échelle métropolitaine ». Il s’agit notamment, selon Nicolas Curien, d’éviter « les multiplex incomplets ou non constitués » qui aboutirait à « un réseau RNT en forme de gruyère à trous » et d’« un échec assuré ». En complément des allotissements étendus (métropoles régionales) pour
le déploiement de la RNT sur l’Hexagone, il est donc prévu aussi des allotissements locaux. Par exemple, aux trois allotissements étendus de Lille, Lyon, et Strasbourg et aux 13 allotissements locaux associés prévus, ont été ajouté en plus un allotissement dans chacune de ces métropoles régionales et deux allotissements locaux (l’un en Alsace, l’autre dans le Rhône).
Alors que les autorisations sur ces trois agglomérations sont sur le point d’être délivrées, force est de constater que – comme pour Paris, Marseille et Nice – les
quatre groupes privés nationaux des radios NRJ, Europe 1, RTL et RMC (entre autres stations) n’ont pas répondu à l’appel aux candidatures. Le gouvernement, lui, a demandé au CSA en novembre 2016 à préempter des fréquences pour Radio France (FIP à Lille et Lyon, Mouv’ à Strasbourg) et pour France Médias Monde (RFI à Lille, Lyon et Strasbourg). «Le CSA a réservé une suite favorable à ces demandes et a délivré l’autorisation à RFI et FIP à Lille, le 24 mai 2017. Pour les autres zones (Lyon, Strasbourg), les autorisations seront actées en même temps que celles des radios privées. A ce jour, il n’y a pas d’autres demandes de préemption en RNT pour le service public », nous indique François-Xavier Meslon, directeur au CSA des médias radio. Pour l’heure, le régulateur constate qu’« à l’exception d’un émetteur RNT dans l’Est parisien de couverture limitée, les antennes du service public les plus écoutées demeurent pour l’instant absentes de la RNT, notamment France Bleu, alors que la couche des allotissements étendus est la seule qui puisse répondre à ses besoins
de desserte de la population ». Qu’à cela ne tienne : les trente plus grandes agglomérations devraient être couvertes à la fin de 2020.

Limite de l’obligation de couverture
Pour justifier l’accélération du déploiement de la RNT à l’aide d’appels à candidatures au niveau plus local, axes autoroutiers compris, le CSA explique qu’il ne pouvait pas uniquement tabler sur le renforcement des obligations de couverture des éditeurs de radios. Ces obligations de couverture sont par exemple pour Lille, Lyon, Strasbourg, Rouen et Nantes de 40 % de la population au démarrage des émissions, 60 % de la population deux ans après ce démarrage, 80 % de la population quatre ans après ce démarrage. Pour Paris, Marseille et Nice, c’est seulement 20 %, 40 % trois ans après
le démarrage, et 80 % cinq ans après. « Si l’accélération de la montée en charge des obligations de couverture est un moyen nécessaire pour favoriser l’apparition d’un cercle vertueux de développement de la RNT, il n’est pas suffisant. En effet, il ne peut compenser la faible attractivité pour les éditeurs, à ce stade du développement de la RNT, de certains allotissements locaux dans les zones à faible densité de population », explique le CSA dans le texte de sa consultation publique. C’est la raison pour laquelle le régulateur de l’audiovisuel voudrait « tenir compte de cette faible attractivité » en prévoyant que « les prochains appels aux candidatures pourraient ne porter que sur
les principaux “bassins de vie” (6) de la France métropolitaine où, jusqu’à présent, le nombre de candidatures a excédé la capacité des multiplex mis en appel ».

Bassins de vie et axes autoroutiers
Partant de ce constat, le CSA envisage donc dès 2018 que les prochains appels à candidatures locaux portent « exclusivement » sur les allotissements locaux constitués par 30 bassins de vie les plus peuplés non encore concernés par un appel aux candidatures déjà lancé (hors Bordeaux et Toulouse dont les appels sont prévus d’ici
la fin de l’année, en même temps qu’une deuxième vague sur Paris, Marseille et Nice) et sur les allotissements étendus les contenant. Cela va du bassin de vie de Toulon et ses 577.264 habitants à celui de La Rochelle et ses 174.933 habitants. Mieux : le déploiement de la radio numérique hertzienne dans l’Hexagone va ainsi être accéléré : « Afin de favoriser l’apparition d’un cercle vertueux de développement de la RNT, le CSA envisage d’avoir lancé tous les appels locaux portant sur les principaux bassins
de vie d’ici fin 2020, alors que le calendrier adopté en décembre 2015 prévoyait de
finir cette étape du déploiement de la RNT en 2023 ». Le régulateur de l’audiovisuel envisage l’hypothèse de mener deux appels à candidatures par an, de 2018 à 2020,
un appel portant en moyenne sur les allotissements associés à cinq bassins de vie principaux. Les réponses à la consultation publique diront s’il faut ou pas viser une cadence plus élevée. En outre, il est prévu de mettre en appel plus d’un allotissement local dans certains bassins de vie : « Si un bassin de vie compte, par exemple, plus de 400 000 habitants, le Conseil pourrait examiner la faisabilité technique de dégager un second multiplex local ».

Au niveau national, cette fois, le CSA propose de lancer un appel aux candidatures métropolitain qui aurait pour but de délivrer une ou plusieurs autorisations permettant
à des radios d’être entendues par voie hertzienne terrestre en mode numérique sur l’ensemble du territoire métropolitain dans le cadre d’une procédure unique d’appels aux candidatures. Et de plaider dans ce sens : « Ce déploiement de la RNT à l’échelle métropolitaine pourrait notamment s’inscrire dans une logique de couverture des principaux axes routiers afin d’assurer la continuité géographique de réception des services à vocation nationale. Un tel déploiement pourrait s’inscrire en complément
du déploiement des réseaux mobiles dont il n’est pas exclu qu’à terme ils puissent également offrir une telle continuité ». Le régulateur de l’audiovisuel indique d’ailleurs que des obligations d’intégration de la RNT dans les récepteurs radio sont en vigueur depuis le franchissement du seuil de 20 % de la population française auprès de laquelle sont diffusées les radios en RNT (7). Fixer l’obligation de couverture entre 50 % et 60 % de la population métropolitaine semblerait approprié aux yeux du CSA, sachant qu’une autorisation « RNT » est délivrée pour dix ans. Le coût de diffusion d’un multiplex reviendrait alors entre 11 et 14 millions d’euros par an. L’appel aux candidatures au niveau national serait destiné soit aux éditeurs de radios eux-mêmes, soit aux distributeurs. Pour ces derniers, cela peut-être un acteur proposant un bouquet de services tout ou partie payante sous forme d’abonnement, ou bien un opérateur de multiplex composant lui-même le bouquet de radios numériques reçues librement.
« Un troisième modèle consiste à inclure dans le prix de vente des récepteurs RNT
ou de certains d’entre eux les coûts de diffusion et à préserver la faculté de librement recevoir les services du bouquet une fois que l’auditeur est équipé ». L’appel métropolitain ne devra pas oublier les autres services que la radio tels que la diffusion de données liées au trafic routier, à la norme TPEG (8) par exemple. @

Charles de Laubier

ZOOM

Presque toute l’Europe se met à la RNT
Plusieurs pays européens – Allemagne, Danemark, Italie Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse – ont lancé la RNT en optant pour la norme DAB ou DAB+ (9). La Norvège a choisi d’amener les radios à abandonner progressivement la FM pour basculer en RNT, région après région, à commencer par le comté de Nordland où la
FM a cessé.
La région d’Oslo, la plus peuplée du pays, devrait arrêter la FM ce mois-ci. Seules des radios associatives dans des zones norvégiennes peu peuplées devraient pouvoir rester sur la FM. La présence d’un récepteur RNT dans presque toutes les voitures neuves et le développement du marché des kits d’adaptation des autoradios non incompatibles favorisent ce « switch-off » de la FM. Le Danemark pourrait être le prochain pays à basculer de la FM au DAB+.
En Suisse, plus du quart du volume d’écoute de la radio bénéficie à la RNT. Au Royaume-Uni, c’est un tiers du volume d’écoute de la radio. En Allemagne, un cinquième des véhicules neufs est équipé d’un récepteur RNT et 11 millions des foyers sont équipés. Aux Pays-Bas, une campagne TV vante les mérites de la RNT. @

Patrice Gélinet, membre du CSA : « Sans Radio France et France Médias Monde, la RNT ne peut réussir »

Au sein du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), dont il est membre, Patrice Gélinet préside le groupe « Radios analogiques et numériques ». Pour EM@, il fait le point sur la RNT. Un deuxième appel à candidatures est prévu début juin. Le gouvernement pourrait donner cette fois le feu vert à Radio France.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Le CSA s’apprête à lancer un appel à candidatures en vue de la diffusion de la RNT sur Lille, Lyon et Strasbourg. Le calendrier initial le prévoyait avant fin mars : pourquoi ce retard (1) et quand est-il prévu de le lancer ? Puis quand l’appel à candidatures suivant – sur Nantes, Rouen et Toulouse cette fois – se déroulera ?
Patrice Gélinet :
Les études d’impact d’éventuelles autorisations en radio numérique terrestre (RNT) et la consultation publique, qui doivent précéder les appels à candidatures à Lille, Strasbourg et Lyon, ont pris plus de temps que prévu. Ce sont quatre études d’impact
– une pour chacune de ces trois villes et une nationale – qui ont été rendues publiques le 19 avril dernier (2). Les réponses à la consultation doivent être rendues au plus tard le 13 mai, si bien que les appels pourraient être lancés le 1er juin en fonction de ces réponses. Les candidats devront remettre leur candidature dans la seconde quinzaine de juillet au plus tard ; la sélection devrait se faire au mois d’octobre. Quant aux appels suivants prévus à Nantes, Rouen et Toulouse, ils devraient pouvoir être lancés au quatrième trimestre de cette année.

EM@ : Alors que les grandes radios privées boudent toujours la RNT qu’elles considèrent non rentable (3), que ressort-il de ces quatre études d’impact en termes de viabilité économique, de publicité et de complémentarité avec la FM
et Internet ?
P. G. :
Il ressort des études d’impact que, dans la phase de déploiement et d’initialisation du parc des récepteurs compatibles, la RNT devrait engendrer des dépenses supplémentaires sans recettes publicitaires suffisantes pour les financer. Mais selon les estimations faites à partir des expériences de Paris, Marseille et Nice,
le coût de diffusion de la RNT est inférieur à celui de la FM lorsque les couvertures
FM et RNT sont équivalentes. L’impact de la RNT sur l’audience et les marchés publicitaires locaux étudiés ne pourra devenir sensible qu’à moyen et long termes. Toutefois, l’enrichissement de l’offre radiophonique – que permet la RNT dans la
quasi-totalité des zones couvertes par ces études – pourrait être perçu par l’auditeur équipé en récepteur compatible avec la RNT dès le démarrage des émissions.

EM@ : Cela fera bientôt deux ans, le 20 juin, que les 107 éditeurs de radios sur
19 multiplex autorisés par le CSA avaient la possibilité de démarrer la diffusion de leurs émissions en RNT à Paris, Marseille et Nice. Quel 1er bilan dressez-vous, économiquement et publicitairement ?
P. G. :
En raison du faible équipement du public en postes RNT, il est encore trop
tôt pour tirer un bilan économique du lancement de la RNT dans les zones de Paris, Marseille et Nice. L’enrichissement de l’offre est d’ores et déjà bien notable : même
à Paris, des formats nouveaux ont vu le jour ! Concernant les éditeurs n’ayant pas démarré leurs émissions à Paris, Marseille et Nice, le CSA a entamé un chantier destiné à permettre la gestion de cette ressource inexploitée. La première phase
s’est traduite par le retrait des autorisations délivrées aux 34 éditeurs qui ne se sont
pas mis d’accord sur le choix conjoint d’un opérateur de multiplex.
En prévision de l’appel aux candidatures sur ces zones prévu en 2017, ce plan d’action va se poursuivre dans les prochaines semaines par l’étude de la composition des multiplex actuellement exploités au regard des souhaits que certains éditeurs nous ont déjà transmis.

EM@ : Cela fait maintenant un peu plus d’un an que la Cour des comptes a dit que Radio France « gagnerait à la clarification de la position du gouvernement sur la RNT et pourrait s’engager dans des expérimentations, en complément de
la FM, dans des lieux pertinents ». Quand l’Etat actionnaire va-t-il enfin se prononcer ?
P. G. :
La présence du service public – Radio France et France Médias Monde (avec RFI) – est une des conditions nécessaires au succès de la RNT. Elle permettrait en outre à Radio France de compenser la perte de couverture provoquée par l’arrêt des ondes moyennes et des grandes ondes, et à certaines de ses stations (FIP, Le Mouv’) de pouvoir couvrir des zones où elles ne sont pas entendues en profitant des avantages que procure la RNT par rapport aux autres modes de diffusion : qualité
du son, gratuité, anonymat, données associées, faible coût de diffusion, ou encore meilleure ergonomie des récepteurs. C’est d’ailleurs ce que préconise le rapport de
la Cour des comptes du 1er avril 2015 consacré à Radio France (4). Jusqu’à présent, en refusant de préempter les fréquences mises en appel à Paris, Marseille et Nice, le gouvernement s’est mis dans une position d’attente. Nous verrons ce qu’il fera lors des prochains appels.

EM@ : La loi de 2007 sur la modernisation de la diffusion audiovisuelle a fixé
un seuil de 20 % de la population française à partir duquel s’impose l’intégration des normes RNT dans les récepteurs : autoradios et « transistors » : ce seuil des 20 % sera-t-il atteint avec en plus Lille, Lyon et Strasbourg ?
P. G. :
Le seuil des 20 % de couverture à partir duquel les fabricants de récepteurs
ont l’obligation d’y intégrer la RNT n’ayant pas été atteint, le parc de récepteurs compatibles est encore insuffisant. En outre, la RNT est encore peu connue du grand public, y compris des propriétaires de certaines marques de voitures équipées en première monte d’autoradios disposant du DAB (5). Le déploiement de ce mode de diffusion numérique, accompagné d’une campagne de communication, devrait permettre une croissance rapide du parc de récepteurs une fois dépassé le seuil des
20 %, ce qui pourrait être le cas dès 2017.
Il est en effet très difficile de se prononcer sur le taux de couverture de la RNT, une fois les émissions sur Lyon, Lille et Strasbourg démarrées. D’une part, le CSA devra fixer
sa méthode d’évaluation de la couverture de la RNT. D’autre part, le taux de couverture de la RNT dépend du choix des sites que feront les opérateurs de multiplex. Ces derniers ont des obligations de couverture progressive des allotissements mis en
appel et peuvent constituer le réseau de diffusion qu’ils souhaitent. Dès lors, le taux
de couverture ne pourra être connu qu’a posteriori, une fois que les opérateurs de multiplex constitués auront choisi leurs sites.

EM@ : Les smartphones bénéficieront-ils de l’obligation d’y intégrer la RNT une fois ce seuil atteint ? Cela pourrait contribuer à son succès…
P. G. :
Les smartphones ne sont pas nécessairement concernés par cette obligation
car la loi ne vise que les équipements qui permettent à titre principal la réception de services de radio : un smartphone peut permettre la réception de services mais il permet également de nombreux autres usages sans rapport avec la radio, à commencer par la communication privée. L’intégration de la RNT dans les smartphones relève donc de l’initiative de leurs constructeurs. Certains ont choisi, comme LG, d’intégrer un « tuner » (syntoniseur) RNT dans un modèle de smartphone : espérons que ce modèle rencontre le succès. Cette intégration présente un avantage pour l’auditeur : l’écoute de la RNT par ce type de smartphone n’est pas décomptée dans la consommation des données transmises souvent plafonnées par les forfaits 3G ou 4G. Dans ce cas, l’écoute de la radio peut être illimitée ! @