Presse en ligne, au numéro ou à l’article : la guerre des kiosques numériques est engagée

LeKiosk, PressReader, ePresse, Articly, Blendle, Apple News, Google News, SFR Presse, Discover, Instant Articles, News Republic, La Presse Libre, … Pendant que les kiosques des rues souffrent, les kiosques numériques, eux, prospèrent. Quotidiens et magazines se vendent entiers ou à l’article. Passage en revue non exhaustif.

Principaux e-kiosques, par ordre alphabétique.

• Apple News : apple.com/news
News d’Apple est l’application de kiosque numérique proposée sous le système d’exploitation iOS 9 (depuis septembre 2015) et iOS 10 (depuis septembre 2016) des iPhone, iPad et iPod Touch. Apple News remplace Newsstand, qui avait été lancé en octobre 2011 et reste opérationnel jusqu’à la version iOS 8.4.1. Apple News propose des articles à la demande et prévoit aussi des abonnements payants.

• Articly : articly.com
Articly est un kiosque numérique de vente d’articles de presse, développé depuis deux ans par la start-up française du même nom. Ouvert depuis mi-septembre 2016, Articly
à démarré avec les articles de Femme Actuelle, Neon, Geo, Capital (groupe Prisma Media), Le Magazine littéraire et Historia (Sophia Publications), Le Parisien (LVMH),
ou encore Le Télégramme.

• Blendle : blendle.com
Lancé il y a près de trois ans, la start-up néerlandaise Blendle (au capital de laquelle
il y a l’allemand Axel Springer) a été la première à se lancer dans la vente d’articles à l’unité. Ce kiosque numérique est disponible aux Pays-Bas, en Allemagne et aux Etats-Unis – et bientôt en France.

• ePresse : epresse.fr
E-Presse Premium fut créé en novembre 2010 par Les Echos, L’Equipe, Le Figaro, Libération, Le Parisien, L’Express, Le Nouvel Observateur et Le Point, lesquels s’étaient associés pour développer le kiosque numérique ePresse. Mais d’autre titres comme Le Monde n’y ont pas cru. C’est Toutabo qui a racheté ePresse fin 2915.

• Facebook Instant Articles : instantarticles.fb.com
Lancé en mai 2015 par le numéro un des réseaux sociaux, Instant Articles permet aux éditeurs de journaux de publier en affichage rapide des articles en ligne sur l’application mobile de Facebook.

• Google News : news.google.fr
Il ne s’agit pas d’un e-kiosque à proprement parler mais d’un moteur de recherche d’informations, que Google a lancé en avril 2002 (en mai 2009 en France après une phase bêta). C’est « Googlebot » qui repère sur le Web et indexe en continu les nouveaux articles qui sont ensuite analysés par des algorithmes.

• Google Play Kiosque : play.google.com/newsstand
Google Play Kiosque, lancé en novembre 2013 (mai 2014 en France), est accessible à partir de la boutique Play et offre un espace permettant de consulter sur les terminaux Android des articles d’actualité gratuits et payants, et de s’abonner à des magazines ou des news.

• La Presse Libre : lapresselibre.fr
Ouvert depuis août 2016, La Presse Libre est un kiosque numérique français créé à l’initiative de Next Inpact et Arrêt sur images. Il permet de s’abonner à plusieurs sites
de presse en ligne (Next Inpact, Arrêt sur Images, Hors-Série, Les Jours, Gamekult, Nolife, …), lesquels veulent s’affranchir le plus possible de la publicité et des subventions pour garantir leur indépendance.

• LeKiosk : lekiosk.com
Créé en 2007, LeKiosk revendique quelque 800.000 utilisateurs, dont 200.000 abonnés payants. En septembre 2014, la société a signé un accord de partenariat avec l’opérateur télécoms SFR. Malgré le lancement de SFR Presse en avril 2016, le partenariat perdure. LeKiosk, qui propose deux forfaits, donne l’accès illimité à certains clients SFR.

• Lire l’actu : lirelactu.fr
La kiosque numérique Lirelactu a été lancé par la société miLibris, avec le soutien de la presse écrite d’information générale. Depuis la rentrée 2016, il est accessible dans tous les établissements scolaires (collèges et lycées) qui ont accès gratuitement aux journaux.

• News Republic : news-republic.com
Fondé en 2008 à Bordeaux et présent aujourd’hui dans une douzaine de pays, News Republic a été racheté en juin 2016 par la société chinoise Cheetah Mobile pour 57 millions de dollars. Il agrège les articles de plus de 1.600 médias (flux RSS) , proposés gratuitement aux utilisateurs selon leurs centres d’intérêt grâce à un algorithme maison.

• PressReader : pressreader.com
PressReader (ex-PressDisplay) est un kiosque numérique international édité par la société canadienne NewspaperDirect, laquelle fut créée en 1999 puis rebaptisée aussi PressReader. Présent en France depuis 2012, PressReader propose aujourd’hui 5.000 titres.

• Relay : relay.com
L’e-kiosque Relay.com a été lancé en 2006 par le groupe Lagardère (HDS Digital). C’est l’un des premiers kiosques numériques à se lancer en France. Depuis 2015, il s’appuie sur la technologie de la société new-yorkaise Zinio (qui opère un ekiosque mondial).

• SFR Presse : magazine-presse.sfr.fr
Le kiosque numérique du groupe Altice, lancé en avril 2016, propose non seulement les titres appartenant à la galaxie média du milliardaire Patrick Drahi (Libération, L’Express, L’Etudiant, Stratégies, …), mais également des titres d’autres éditeurs tels que Le Parisien (LVMH) et Le Journal du Dimanche (Lagardère), ainsi que des journaux provenant de ePresse et LeKiosk.

• Snapchat Discover : snapchat.com
Créé il y a cinq ans, le réseau social « éphémère » Snapchat – les photos et vidéos partagées ayant une durée de vie de une à dix secondes – a lancé Discover en janvier 2015 pour diffuser de l’actualité quotidienne. En France, où Snap ouvre un bureau à Paris, huit premiers médias se sont lancés : Le Monde, Paris Match, L’Equipe, Melty, Cosmopolitan, Vice, Konbini et Tastemade. @

Presse écrite : l’abandon du papier par certains éditeurs se poursuit au profit du tout-numérique

Il y a ceux qui disparaissent corps et biens ; il y en a d’autres qui résistent en se délestant du papier. Les journaux – quotidiens en tête – ont tendance à tourner la page du papier, dont les ventes déclinent, pour miser sur le numérique. Et ce, afin d’alléger leurs coûts – mais aussi leur revenus…

Bien que la presse magazine résiste le mieux à la baisse continue des ventes
« papier », les quotidiens, eux, accuse le coup. En France, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ex-OJD/Audipresse), la presse quotidienne a vu ses ventes baisser de -1,4 % en 2015 par rapport à l’année précédente. A elles seules, les ventes en kiosque ont même chuté de – 8,6 %. Les abonnements « papier » sont eux aussi en baisse. Ce déclin de la presse quotidienne papier touche tous les titres
(Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Parisien, …).

Quotidien : chute des ventes en kiosque
Et comme si cela ne suffisait pas, il y a aussi une désaffection des annonceurs pour le journal imprimé : les investissement publicitaires dans les quotidiens papier ont chuté de – 12,4 %, selon l’Institut de recherches et d’études publicitaires (Irep). Résultat : de plus en plus de kiosques physiques ferment, dont rien qu’un millier l’an dernier pour tomber à 24.877 points de vente, selon le Conseil supérieur des messageries de presse (CSMP). D’autres signes ne trompent pas : Le Monde a fermé en septembre son imprimerie historique d’Ivry-sur-Seine ; le groupe Amaury a fait de même pour la sienne à Saint-Ouen, avant de céder Le Parisien à LVMH (Les Echos) pour ne garder que L’Equipe. Quant aux prix des quotidiens, ils ont encore augmenté : Le Monde est devenu depuis janvier le quotidien papier le plus cher, à 2,40 euros l’exemplaire, au risque pour la presse imprimée de devenir un produit de luxe de moins en moins diffusée (1).
En cinq ans, trois quotidiens papier ont disparu en France : France Soir n’est plus imprimé depuis fin 2011 et n’existe plus que sur Internet ; La Tribune a fait de même début 2012 mais en gardant une édition hebdomadaire imprimée (2) ; Metronews a déclaré forfait en mai 2015 et son propriétaire TF1 n’a gardé que le site web. L’abandon du papier par la presse est une tendance mondiale, même si l’on voit de nouvelles initiatives « imprimées » comme The New Day lancé fin février (3). Le quotidien britannique The Independent, fondé en 1986, va imprimer sa dernière édition papier
le 26 mars prochain, soit quelques jours après son édition dominicale The Independent on Sunday. Au Canada, les quotidiens La Presse et Guelph Mercury ont cessé aussi le papier pour se rabattre à leur tour sur le tout-numérique. La Presse a tout de même gardé une édition imprimée le samedi. Aux Etats-Unis, le quotidien centenaire The Christian Science Monitor – une sorte de La Croix américain – a été parmi les premiers quotidien à abandonner le papier. The Onion, né comme hebdomadaire parodique en 1988, est devenu entièrement numérique fin 2013. National Journal a, lui, franchi le pas du tout-digital début 2016. Sans parler de nombreux magazines américains dont la version papier a été sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. L’érosion des ventes papier
et les arrêts de journaux imprimés ne datent pas d’hier et ces deux phénomènes liés
ne sont pas prêts de s’arrêter. Selon les chiffres de la Newspaper Association of America (NAA), le nombre de quotidiens a chuté de – 13 % aux Etats-Unis en vingt
ans. The Rocky Mountain News, un quotidien de Denver (Colorado), fondé en 1859,
a complètement disparu des radars en octobre 2009, tandis que The Seattle Post-Intelligencer (surnommé P-I) né en 1863 est devenu uniquement online en mars
2009. La troisième voie consiste à ne plus imprimer qu’une à trois fois par semaine, comme The Times-Picayune, journal de La Nouvelle-Orléans fondé en 1837, qui
paraît seulement trois jours dans la semaine. D’autres tablent sur l’édition dominicale. Qu’adviendra-t-il des rescapés de la presse papier dans trois à cinq ans ? The New York Times, The Wall Street Journal ou encore The Washington Post – ce dernier ayant été racheté en août 2013 par Jeff Bezos, patron d’Amazon, pour 250 millions de dollars – vont-ils eux aussi à terme tourner la page du journal papier ? Question de rentabilité : selon le Pew Research Center, la presse imprimée rapporte encore en moyenne cinq fois plus que le site web du même journal.

Papier subventionné par le numérique ?
Pour que le numérique devienne plus rapidement leur relais de croissance (4), certains éditeurs se diversifient en ligne. Le Figaro, dont les ventes papier ont reculé de – 0,8 % l’an dernier et surtout de -11,4 % en kiosque pour accuser une perte opérationnelle, a poursuivi sa diversification sur Internet en rachetant CCM Benchmark (Linternaute.com, Commentcamarche.net, Journaldesfemmes.com, …). Le quotidien du groupe Dassault s’est déjà développé dans les services en ligne (Explorimmo.com, Cadremploi.fr, Bazarchic.com, …). C’est à se demander si, à l’avenir, le numérique ne subventionnera pas le papier des journaux et le e-commerce leurs rédactions. @

Charles de Laubier

Le Monde « souhaite bonne chance » au kiosque E-Presse

En fait. Le 13 janvier, Orange et le GIE E-Presse Premium ont confirmé à l’AFP l’information de La lettre de l’Expansion, selon laquelle ils avaient échoué à se mettre d’accord avec Lagardère Services (Relay) pour tenter de lancer un kiosque numérique unifié. Le Monde ne croit pas à une telle alliance.

En clair. « Nous voulons créer le guichet unique de la presse française sur Internet », promettait, il y a plus de trois ans, Frédéric Filloux (1), nommé directeur général du GIE
E-Presse Premium, au moment de son lancement en novembre 2010 par Les Echos, L’Equipe, Le Figaro, Libération, Le Parisien, L’Express, Le Nouvel Observateur et Le Point.
Mais, depuis, les choses en sont au même point : la presse française ne s’est pas entendue pour faire de ce kiosque numérique un « guichet unique », susceptible de faire poids face aux géants du Net, tels que Apple avec son Newsstand ou Google avec son nouveau Play Kiosque. Son successeur, en mars 2012, Philippe Jannet (2), n’a pas non plus réussi à fédérer autour de E-Presse les éditeurs français de journaux. C’est parce que beaucoup d’entre eux, Le Monde en tête, n’ont jamais cru à une telle initiative.
« Nous sommes présents sur un seul kiosque numérique : Newsstand d’Apple, depuis novembre », s’est encore félicité Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, lequel n’a jamais voulu rallier le kiosque numérique E-Presse. Questionné le
16 décembre dernier par l’Association des journalistes médias (AJM) sur ce dernier,
il n’a pas mâché ses mots : « Je leur souhaite bonne chance ! E-Presse a un raisonnement qui est : ‘‘Si tous les acteurs de presse se tenaient la main, on pourrait construire une alternative crédible à Apple’’. C’est une conviction qui est sympathique, mais probablement un peu naïve ». Explication : « D’une part, on servirait inutilement de locomotive, Le Monde vendant largement bien plus de versions numériques que nos frères. D’autre part, l’outil technologique proposé par E-Presse est bien moins performant que celui d’Apple : on télécharge plus facilement et il y a mille fois moins de bugs… On a pas accès directement aux informations des abonnés, mais Apple fait pas mal d’efforts pour nous donner accès
à ces informations », a déclaré Louis Dreyfus, n’excluant cependant pas d’aller aussi
sur le nouveau Play Kiosque de Google. « Il n’y a pas d’exclusivité avec Apple ».
Pour la presse, le kiosque numérique est l’opportunité de vendre des abonnements – contrairement aux kiosques physiques vendant au numéro et de façon aléatoire.
Selon l’OJD, Relay.com détient 44,6 % du marché de la vente de journaux en ligne, suivi de Lekiosk.fr (33 %) et, loin derrière, Zinio (10,3 %) et le GIE E-Presse (7,8 %). @