Le marché de la SVOD (sans pub) semble saturé ; des plateformes s’ouvrent à l’AVOD (avec pub)

The Walt Disney Company l’a confirmé le 4 mars : sa plateforme Disney+, jusqu’à maintenant par abonnement (SVOD), offrira aussi à partir de fin 2022 un accès peu cher financé par la publicité (AVOD). La pression des annonceurs est tellement forte que même Netflix pourrait céder à son tour.

« L’élargissement de l’accès à Disney+ pour un public plus large et à un prix plus bas est avantageux pour tout le monde – les consommateurs, les annonceurs et nos conteurs », a justifié Kareem Daniel (photo), président de Disney Media and Entertainment Distribution (DMED), lors de la confirmation faite le 4 mars du lancement d’ici fin 2022 aux Etats-Unis et courant 2023 pour le reste du monde – d’une offre moins chère de Disney+ financée par de la publicité. Et Rita Ferro, présidente en charge de la publicité chez DMED d’ajouter : « Depuis son lancement, les annonceurs réclament à cor et à cri la possibilité de faire partie de Disney+ ». La pression des annonceurs en quête d’espaces sur les services de streaming vidéo, encore très dominés dans les foyers par les plateformes par abonnement et sans publicités (SVOD), est telle que The Walt Disney Company a dû céder aux sirènes des marques. Pourtant, en juin 2021, devant des investisseurs réunis par le Credit Suisse, le PDG du groupe, Bob Chapek, avait écarté l’idée d’une offre financée par la publicité (AVOD) : « Nous n’avons pas de tels plans maintenant. Nous sommes satisfaits des modèles que nous avons en ce moment », avait-t-il assuré.

Comment Disney a cédé à la pression des annonceurs
Neuf mois après, c’est le contraire. C’est surtout le moyen d’espérer engranger plus rapidement des abonnés, certes low cost, afin de parvenir à son objectif d’atteindre lors de son exercice 2024 (clos fin septembre) de 230 à 260 millions d’abonnés au total à Disney+, soit cinq ans après son lancement aux Etats-Unis. Pour le mythique conglomérat du divertissement et major d’Hollywood, qui fêtera son centenaire en octobre 2023, ce serait la consécration de son déploiement mondial réussi dans le streaming – sous la houlette de Bob Chapek, successeur de Bob Iger depuis plus de deux ans maintenant. La date de lancement et le prix allégé par rapport aux 7.99 dollars par mois actuels (ou 8,99 euros) seront connus dans le courant de l’année. Conséquence de l’ouverture dès cette année de Disney+ à l’AVOD, outre le fait que Disney+ Hotstar (1) fasse déjà de la publicité en Inde et en Asie du Sud-Est, ce marché mondial de l’ « Advertising Supported Video on Demand » devrait largement dépasser les Continuer la lecture

Spotify fait gagner beaucoup d’argent aux labels et majors de la musique mais reste encore déficitaire

Fondée par Daniel Ek en 2006 et éditrice de la plateforme de streaming musical ouverte au public en 2008, la société suédoise Spotify reste désespérément déficitaire. Pourtant, grand paradoxe de la filière musicale, elle est la première à contribuer aux revenus de la musique en ligne dans le monde.

De Paris à Washington, les producteurs de musique – les majors Universal Music, Sony Music et Warner Music en tête – sont unanimes : les plateformes de streaming, au premier rang desquelles Spotify, leur rapporte de plus en plus d’argent. Le streaming musical est même devenu leur première source de revenu, loin devant les ventes physiques et les téléchargements de musiques enregistrées. Pourtant, depuis sa création en avril 2006, la société suédoise dirigée par Daniel Ek (photo) est toujours déficitaire.

La RIAA et le Snep se frottent les mains
Selon le rapport annuel de la Recording Industry Association of America (RIAA), publié le 25 février par l’organisation basée à Washington (1), le streaming a représenté 8,8 milliards de dollars sur l’année 2019 aux Etats-Unis, soit 79,5 % des recettes – lesquelles s’élèvent au total à 11,1 milliards de dollars (physiques et numériques). En France, le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) a présenté à Paris le même jour que la RIAA son bilan annuel (2) : là aussi, le streaming est aussi devenu la locomotive de la musique enregistrée en générant 59 % des ventes en 2019 – soit 368,2 millions d’euros, sur un total des ventes de 624,5 millions d’euros (physiques et numériques). Dans le reste du monde, la tendance de fond est la même. Les chiffres globaux de la fédération internationale – l’IFPI (3) – seront consolidés dans quelques semaines. Mais, selon les estimations de Edition Multimédi@, les revenus mondiaux du streaming auraient représenté pour la première fois l’an dernier plus de la moitié du chiffre d’affaires global des ventes de musiques enregistrées – contre 46,6 % des 19,1 milliards de dollars de 2018. De part et d’autre de l’Atlantique, le streaming musical est porté par les abonnements payants : la RIAA se félicite que ces derniers contribuent à hauteur de 61 % du total des recettes de la musique enregistrée aux Etats- Unis où l’on compte environ 60,4 millions d’abonnés l’an dernier (contre 46,9 millions en 2018, soit un bond de 29 %) ; le Snep fait aussi état de son côté d’abonnements payants qui pèsent 45,7 % du total des ventes de musiques enregistrées en France où l’on compte 9,4 millions d’abonnés à une plateforme de streaming. Que cela soit aux Etats-Unis, en France et dans la plupart des 79 pays où elle est présente, la première plateforme mondiale de streaming musical – forte de plus de 50 millions de titres – fait désormais les choux gras des producteurs de musique et des Big Three. Universal Music, Sony Music et Warner Music sont d’ailleurs non seulement les premiers bénéficiaires de Spotify, dont ils sont en plus actionnaires minoritaires historiques de la société suédoise – en guise de droit de regard sur sa stratégie de plus en plus orientée « abonnements payants ». Pour autant, malgré ses 271 millions d’utilisateurs actifs à fin 2019, dont 124 millions d’abonnés payants (en hausse de 29 % en un an et loin devant Apple Music), Spotify perd toujours de l’argent. Le 5 février dernier, son PDG Daniel Ek a présenté des résultats financiers 2019 avec une perte nette qui a plus que doublé en un an à 186 millions de dollars. Et ce déficit est d’autant plus inquiétant que le chiffre d’affaires, lui, fait un bond de 28,6 % à 6,7 milliards de dollars. Pour mémoire, et en s’en tenant aux cinq dernières années, les pertes nettes de Spotify ont été de 78 millions de dollars en 2018, 1,2 milliard en 2017, 539 millions en 2016, 230 millions en 2015 ou encore 188 millions en 2014.
La situation est-elle tenable à moyen ou long termes pour la société enregistrée au Luxembourg et cotée depuis septembre 2018 à New York où elle est valorisée plus de 27 milliards de dollars (au 05-03-20) ? L’action, elle, fait du yoyo (4). Selon le Financial Times, Spotify est en pourparler pour renégocier ses accords onéreux de redevances musicales avec les détenteurs de catalogues (5) – les majors en tête, encore elles. La société de Daniel Ek leur verse la majeure partie de ses revenus en leur payant notamment un « minimum garanti » sur les abonnements, peu importe la quantité de musique que les utilisateurs consomment. De l’issue de ces négociations en cours au niveau mondial, confirmées par Bruno Crolot, directeur général de Spotify France sur Franceinfo le 25 février dernier, dépendra l’avenir du numéro un mondial du streaming musical.

« Marquee » : faire payer labels et artistes
Les producteurs de musique pourraient faire des concessions à leur nouvelle « vache à lait », afin d’éviter de la voir de diversifier encore plus vers les podcasts (6) qui sont plus rentables pour elle que les catalogues chèrement payés. Par ailleurs, l’agence Bloomberg a révélé le 2 mars que Spotify lance « Marquee », un outil publicitaire payant pour labels et artistes (Justin Bieber l’utilise déjà), qui envoie des notifications aux auditeurs en cas de nouveautés musicales. @

Charles de Laubier