Ebook : Orange arrête MO3T, à cause d’Hachette ?

En fait. Le 22 février, Orange confirme à Livres Hebdo et à ActuaLitté l’abandon du projet de plateforme professionnelle ouverte de livres numériques MO3T – en gestation depuis 2012. « Certains acteurs n’ont pas suivi », comme Hachette. Née aussi en 2012, la plateforme TEA de Decitre se développe, elle.

En clair. Les éditeurs, les libraires et les opérateurs télécoms n’ont pas réussi en France à s’entendre en quatre ans en vue de mettre en place une plateforme de gestion commune ouverte de livres numériques. Le projet baptisé MO3T, pour « modèle ouvert trois tiers » (édition-librairie-numérique), est mort-né. Ainsi en a décidé Orange faute d’avoir réussi à réunir dans le consortium « l’ensemble des acteurs du marché », à commencer par Hachette qui avait dès le début en 2012 qualifié le projet de « flou ». L’absence du numéro un français de l’édition (groupe Lagardère) a instillé le doute
chez beaucoup d’autres tout au long des développements et des négociations interprofessionnelles.
MO3T devait associer les opérateurs télécoms Orange, SFR et Bouygues Telecom (sans qu’il soit jamais question d’ailleurs de Free), ainsi que les maisons d’édition Editis, La Martinière, Gallimard, et les libraires Dialogues, Lamartine, La Procure ou en encore les prestataires ePagine et Dilicom. Cette plateforme B2B devait servir aux vendeurs pour gérer la distribution de livres numériques auprès du grand public via tous les canaux possibles : sites web, applications mobile, boutiques physiques, etc. MO3T avait l’ambition d’être aux ebooks ce que Dilicom (1) est aux livres imprimés, une plateforme interprofessionnelle entièrement ouverte. Transparente pour le lecteur final, elle aurait permis à ce dernier d’acheter son livre numérique n’importe où – en librairie ou en ligne – pour le stocker dans son cloud personnel, sans souci d’interopérabilité entre ses terminaux. MO3T voulait être ouvert là où Amazon, Apple ou Adobe étaient fermés, voire verrouillés. Malgré un budget de 7 millions d’euros, dont 3 millions obtenu du « Grand emprunt » (investissements d’avenir financés par le contribuable via l’Etat), le GIE ne verra jamais le jour faute d’entente entre les parties. Pourtant, en Allemagne, un consortium similaire – Tolino – a, lui, réussi sous la houlette de Deutsche Telekom grâce au soutien des éditeurs et libraires.
La plateforme française TEA (« The Ebook Alternative »), lancé en 2012, par les librairies Decitre, se verrait bien, elle, comme « le Tolino français » (2) qui propose sa solution DRM (Digital Rights Management) anti-Adobe baptisée Care (Content and author rights environment). Pas sûr que cela soit suffisant pour adapter toute la filière du livre au numérique. @

Ventes d’ebooks : vers 400 millions d’euros en 2017

En fait. Le 7 février, Xerfi a publié une étude intitulée « La distribution de livres face aux enjeux du numérique. Prévisions et perspectives à l’horizon 2017 ». Les ventes d’ebooks en France devraient progresser de près de 20 % par an en moyenne d’ici là, après avoir généré 190 millions d’euros en 2013.

En clair. Après avoir été embryonnaire, le marché français du livre numérique va enfin décoller, si l’on en croit le cabinet d’étude Xerfi. L’an dernier, le chiffre d’affaires des ventes de ebooks en France a atteint 190 millions d’euros pour représenter 4,5 % du marché global du livre. Et la croissance à deux chiffres devrait se poursuivre d’ici à 2017, à raison de 20 % en moyenne chaque année. Dans trois ans, le poids du livre numérique dans l’Hexagone devrait être proche de 400 millions d’euros. Ce décollage s’explique par le fait que les Français adoptent de plus en plus la lecture numérique et s’équipent en liseuses et tablettes.
Les maisons d’édition, qui ont numérisé leurs catalogues au cours des deux dernières années, publient désormais les nouveautés quasi systématiquement en format imprimé
et en numérique. A cet élargissement de l’offre de ebooks, s’ajoute le fait que les éditeurs pratiquent des « décotes » sur les prix des livres digitaux par rapport aux livres-papier,
ce qui favorise les ventes de livres numériques.

Parallèlement, et ceci explique en partie cela, les ventes au détail de livres imprimés vont continuer à décliner : d’un peu plus de 4 milliards d’euros en 2013 à environ 3,8 milliards d’euros en 2017, à raison d’un recul de 1 % en moyenne par an. « Hégémonie grandissante d’Amazon, faillite de Virgin, libraires indépendants à l’agonie, démantèlement du réseau Chapitre, offensives de Carrefour et E. Leclerc, etc. : les cartes ne cessent d’être redistribuées entre vendeurs de livres. La bataille s’annonce féroce dans un marché du livre imprimé qui a décroché de 2% (en valeur) en 2013 », prévient Gabriel Giraud, auteur de l’étude. Alors que les libraires « papier » voient leurs parts de marché s’effriter (1), certains résistent.
Le lyonnais Decitre a par exemple créé une plate-forme en marque blanche. Système U ainsi a pu lancer son site Uculture.fr. Il aide aussi les détaillants à commercialiser des ebooks avec sa plate-forme The Ebook Alternative (Tea). De grandes surfaces passent aussi à l’offensive, comme Carrefour avec Nolim, en partenariat avec Bookeen (2). Quoi qu’il en soit, Xerfi prévoit que « Amazon devrait devenir le premier libraire de France d’ici quelques années » mais que le géant américain devra toutefois composer avec les autres pure players, Apple, Google ou encore Numilog. @

Les librairies ne doivent pas se replier sur le papier

En fait. Le 27 avril, journée mondiale du livre et du droit d’auteur, 450 libraires indépendants de France et de Belgique francophone ont offert à leurs clients
une rose et un livre intitulé « Libraires, regardez-vous dans le papier ». Ils leur expliqueront « l’esprit de résistance de leur profession ».

En clair. Les librairies françaises, qui organisaient avec leurs homologues belges la
« 15e Fête de la librairie par les libraires indépendants » (1), sont sur la défensive face aux sites web de vente de livres sous toutes leurs formes (imprimés, dématérialisés, augmentés, etc). « Il convient aussi d’accompagner les libraires dans la transition numérique, car l’avenir, me semble-t-il, est là », a bien déclaré la ministre de la Culture
et de la Communication, Aurélie Filippetti, le 23 mars dernier lors du 33e édition du Salon du Livre de Paris. Elle annonçait ce jour-là un plan de 9 millions d’euros en faveur de la librairie indépendante, dont 5 millions pour doter un fonds d’avance de trésorerie pour les libraires géré par l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC).
Ce soutien aux librairies doit être l’occasion pour elles de ne pas tourner le dos au numérique, mais au contraire de saisir l’opportunité qu’il représente. « Des projets,
comme leslibraires.fr ou lalibrairie.com fonctionnent déjà (2). Il s’agit aussi de mieux les faire connaître, tant auprès des libraires eux-mêmes que du public. Il convient de faire la promotion de ces sites qui n’ont d’autre défaut que d’avoir moins de moyens que d’autres acteurs mondialisés », a expliqué Aurélie Filippetti, en pensant fortement à Amazon, le grand absent du Salon du Livre (3), mais aussi à Google et Apple. On est loin de la déclaration tonitruante de feu Jean-Marc Roberts (4), qui fut gérant et directeur éditorial des éditions Stock (Hachette) : « Le lieu unique c’est la librairie, c’est pas la vente en ligne. La vente en ligne, moi je crois que c’est ça qui, peu à peu, va détourner le vrai lecteur de son libraire et donc de la littérature ! », avait-il lâché sur Europe1 le 17 août 2011. Puis, après avoir déclenché une polémique à ce sujet, il était revenu à la charge dans une tribune à Livres Hebdo parue le 26 août : « La vente en ligne doit rester aux mains des libraires ». Cela en dit long sur l’état d’esprit de bon nombre de maisons d’éditions en France.
Quoi qu’il en soit, un «médiateur du livre » est sur le point d’être institué en tant qu’autorité administrative indépendante. Il aura un pouvoir de règlement des différends comme ceux concernant le respect du prix unique du livre papier (loi de 1981) et du livre numérique (loi de 2011). @