Comment « Le Monde Libre » veut sauver Le Monde

En fait. Le 28 juin, le conseil de surveillance du Monde SA (LMSA) et le conseil
du Monde et Partenaires associés (LMPA) ont voté (respectivement 13 pour/5 abstentions et 11 pour/9 abstentions) en faveur de l’offre Pigasse-Bergé-Niel, assortie d’un investissement dans le groupe Le Monde de 110 millions d’euros.

En clair. Le Monde ne déposera pas son bilan cet été, le trio formé par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel ayant débloqué, début juillet, 10 millions d’euros pour éviter au quotidien d’être en cessation de paiement. D’ici fin septembre, leur nouvelle société « Le Monde Libre » (1) devrait détenir 64,6 % du Monde SA pour un investissement « initial » d’investissement de 110 millions d’euros (2). Et ce,
« hors valorisation de la participation de Lagardère dans Le Monde Interactive »,
filiale Internet du groupe. Alors que les négociations exclusives vont se poursuivent jusqu’à fin septembre, la grande question est de savoir comment sortir Le Monde de l’ornière du déficit où il est tombé depuis dix ans. En 2009, le groupe de presse a perdu
25 millions d’euros en 2009, pour un chiffre d’affaires de 390 millions et une diffusion en baisse à 318.805 exemplaires en moyenne sur l’année, sans parler de son endettement total de 94 millions d’euros.
Si la concurrence de l’Internet est une des causes de cette érosion du papier, l’ironie de l’histoire est que l’avenir du journal passe par le numérique. Or Lagardère possède 34% de la filiale Le Monde Interactive. Arnaud Lagardère ne serait plus vendeur de sa participation. Du côté du trio repreneur, Xavier Niel – milliardaire fondateur du fournisseur d’accès à Internet Free – reste discret sur ses intentions vis à vis des 37 % de Lagardère dans Le Monde Interactive, que l’extrio concurrent Perdriel-Orange-Prisa étaient prêt à racheter 33 millions d’euros. Dans leur courrier du 2 juin adressé au président du directoire du Monde, Louis Schweitzer, le trio avait effleuré le sujet en se contentant de parler de « conquête de nouveaux territoires, physiques ou virtuels »,
« d’information en ligne » et de « nouveaux supports ». Le document « strictement confidentiel » du 21 juin détaillant le « Projet World » est plus disert sur la question.
« Le développement accéléré du Net et des supports numériques offre une immense opportunité aux médias qui savent produire des contenus de qualité. Le groupe Le Monde doit se repenser dans cet univers où ces nouveaux médias deviennent progressivement la première source d’information de ses lecteurs », expliquent Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel. Quant au papier, à leurs yeux, il « restera un élément central du paysage de l’information ». @

RNT : Kessler va remettre l’auditeur au centre

En fait. Le 29 juin, le ministre Frédéric Mitterrand et la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet (Economie numérique) ont officiellement lancé la mission
– confiée à David Kessler, ancien de Radio France – sur « l’avenir numérique
de la radio ». Elle fait suite aux rapports Hamelin et Tessier.

En clair. L’actuel conseiller cuture-éducation-recherche du maire de Paris, et ancien directeur délégué de Radio France en charge de la stratégie et des contenus, doit trouver dès cet été « la troisième voie » (comme il dit) de la radio numérique. Et ce, après les deux premiers rapports rendus l’an dernier, respectivement en octobre (Hamelin) et novembre (Tessier), qui n’avaient pas trouvé de consensus économique
et technologique (1) (*) (**) sur le lancement de la radio numérique terrestre (RNT). En marge de la réunion du lancement officiel de sa mission, en présence d’une soixantaine de radios (moitié grands réseaux, moitié radios associatives) dans les locaux du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), David Kessler a indiqué qu’il entendait
« remettre l’auditeur au cœur de la réflexion » et que « l’intérêt de l’auditeur sera déterminant ». Cet ancien conseiller culture et communications du Premier ministre Lionel Jospin il y a plus de dix ans doit rendre à l’actuel Premier ministre François Fillon ses « premières conclusions » le 30 septembre et ses « recommandations complètes » au plus tard pour le 30 novembre 2010. Contrairement aux deux premiers rapports,
le sien ne portera pas uniquement sur la RNT (2). Dans sa lettre de mission datée
du 27 mai, François Fillon lui demande justement de s’interroger sur « l’opportunité
d’un recours – alternatif ou complémentaire à la RNT – aux deux autres modes de distribution envisageables de la radio numérique (…), la voie satellitaire [et] le mode
dit IP [sur Internet, ndlr], en particulier sur les réseaux mobiles [3G et 4G] ». Tout est presque dit : l’auditeur gardera le choix de sa radio : antenne, webradio, mobile ou satellite. Pour la RNT, Olivier Huart, directeur général de TDF, a précisé à Edition Multimédi@ que son groupe allait « rendre ces réseaux encore “plus économiques” »
et que « c’est un des axes majeurs dont nous discuterons avec la mission Kessler » (lire interview p. 1 et 2). Une fois que l’obstacle financier sera levé et que l’utilisation
de la norme DAB+ sera légalement possible avec le T-DMB, la RNT pourra alors être déployée. « C’est un objectif à 10-15 ans », a précisé Rachid Arhab, président du groupe de travail RNT au CSA. Et de prévenir : « Avec la radio sur IP, il y a un risque
de dépendance vis-à-vis des opérateurs télécoms et de manque de maîtrise de sa diffusion. Qu’advient-il alors en cas de dégradation du signal ? C’est la question de la Net Neutrality ». @

Le Monde convoité par Orange et Free : qui l’aura ?

En fait. Le 25 juin, la Société des rédacteurs du Monde (SRM) s’est dite favorable
au trio Pigasse- Bergé-Niel. Le 21 juin, quatre candidats s’étaient déclarés pour recapitaliser « Le Monde » : Perdriel- Orange-Prisa, Pigasse-Bergé-Niel, Groupe Revenu Multimédia et le Russe Gleb Fetisov.

En clair. L’avenir du quotidien Le Monde, menacé de cessation de paiement dès juillet, se fera dans la convergence web-papier-mobile ou ne se fera pas. Deux des quatre dossiers qui ont été déposés à l’échéance du 21 juin, d’ailleurs seules retenues (1), impliquent deux opérateurs télécoms : Free allié à l’homme d’affaire Pierre Bergé et le banquier Matthieu Pigasse (2) d’une part, Orange associé au patron du « Nouvel Obs » Claude Perdriel et à l’espagnol Prisa d’autre part. Dimanche 20 juin, le conseil d’administration de France Télécom a approuvé l’offre conjointe avec le patron du Nouvel Observateur et l’éditeur du quotidien espagnol El Pais.
L’opérateur télécoms historique s’engage à investir 53 millions d’euros sur les 140 millions du trio, dont 20 millions dans le tour de table du nouveau groupe Le Monde et 33 millions pour racheter les 34 % que détient le groupe Lagardère dans la filiale Le Monde Interactif (Lemonde.fr, LePost, …). Selon l’OJD pour le mois de mai, lemonde.fr arrive en cinquième position des sites web certifiés avec 44,6 millions de visites et en seconde position des applications mobiles mesurées avec près de 5,3 millions de visites. « Apporter nos connaissances des réseaux pour aider Le Monde à prendre
le virage numérique m’est apparu comme une évidence », a déclaré le jour même au JDD le patron de France Télécom, Stéphane Richard (3). Devant l’Association des journalistes médias (AJM) le 16 juin (lire ci-dessus), Xavier Couture, patron des contenus d’Orange, a estimé que « cela faisait sens de rapprocher le portail orange.fr
et lemonde.fr ».
La publicité en ligne est centrale dans la candidature de France Télécom, avec une mise en commun des régies publicitaires. Face à cette candidature de poids, le milliardaire Xavier Niel, patron-fondateur de Free (groupe Iliad) – en trio avec Matthieu Pigasse et Pierre Bergé pour une offre de 110 millions d’euros répartis à parts égales – a désormais les faveurs de la SRM. Pierre Bergé s’est étonné que « Claude Perdriel puisse s’allier à un envoyé du président de la République en service commandé (Denis Olivennes, proche de Nicolas Sarkozy, ndlr) ». Xavier Niel y va en son nom propre, non pas avec Free. Le trio compte mettre en place une intégration web-papier. La décision du conseil de surveillance du groupe Le Monde est attendue lundi 28 juin. @

Droits d’auteur : vote du rapport Gallo reporté…

En fait. Le 1er juin, la Commission des affaires juridiques du Parlement européen
a adopté le rapport de la Commission européenne sur le « Renforcement de l’application des droits de propriété intellectuelle sur le marché intérieur »,
établi par l’eurodéputée Marielle Gallo (UMP, PPE).

En clair. Le débat sur la propriété intellectuelle à l’heure du numérique ne fait que commencer. Le rapport de Marielle Gallo sur le « renforcement de l’application des droits de propriété intellectuelle » doit encore faire l’objet d’un vote en assemblée plénière au Parlement européen. Cela aurait dû se faire le 15 juin à Strasbourg mais, selon nos informations, le groupe d’opposition (socialistes et verts) a obtenu le report du vote au 6 ou 7 juillet. Entre temps, le 1er juillet, une conférence des présidents doit dit si ce rapport est « stratégique » (amendements possibles seulement) ou pas (rapport alternatif possible). Pour l’heure, le scrutin de la Commission des Affaires juridiques du 1er juin lui a été favorable : 15 pour, 8 contre et aucune abstention. Partant du constat que « des lacunes persistent en en ce qui concerne la lutte contre
le piratage sur Internet », ce rapport parlementaire prône « une législation européenne adéquate sur les mesures pénales » et soutient « une coopération stratégique et opérationnelle étroite entre toutes les parties intéressées au sein de l’Union européenne, en particulier Europol (1) (…) ».

Nuit des médias : Pascal Rogard apostrophe NKM

En fait. Le 7 juin, s’est tenue la 4e Nuit des médias qui affirme être « à ce jour
la seule à réunir le temps d’une soirée des professionnels de l’audiovisuel,
du cinéma, des télécommunications et des acteurs de l’Internet ». Objectif :
trouver des sources de financement pour la création « multi-écran ».

En clair. Jessica Miri-Marcheteau et Rosa Luna-Palma, à l’origine de cette événement annuel, entendent mettre un terme à « un dialogue parfois demeuré de sourds ». Le Web et les mobiles suscitent à la fois crainte et enthousiasme comme l’a encore démontré le débat « Internet, nouvelles ressources pour la création ? », en présence de dirigeants venus de différents horizons : Google, Orange, M6, Blue AM, l’ARP (1) ou encore la SACD (2). Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, n’a pas manqué de regretter que « Internet provoque un peu de rage chez Pascal Rogard ».
Le directeur général de la SACD, qui a animé le débat de façon partiale, venait en effet
de lancer « une apostrophe un peu rageuse » [dixit l’intéressée] en direction de NKM :
« On parle beaucoup d’Internet, mais pour le financement on attend de voir ! », a-t-il déploré. Réplique de la ministre en partant : « Je prends la salle à témoin, s’il [Pascal Rogard] dit des bêtises, vous me rappelez ! ». Juste avant, NKM avait lancé une pique
en direction du cinéma : « La chronologie des médias est-elle adaptée au monde de l’Internet ? On peut se le demander. Estce que l’on ne peut pas aller plus loin [dans
le rapprochement de la VOD de la salle, ndlr] ? » (3). Quoi qu’il en soit, les œuvres
« multi-écrans » (télévision, Internet, mobile, console de jeux, tablette, …) sont en quête
de reconnaissance, comme l’illustre le « Prix révélation Nuit des médias » qui a été décerné cette année par Alain Chamfort au projet « Chico Chica Boom Bam ». Treize projets multimédias ont été soumis au jury présidé par Pierre Lescure. Ces réalisations nouvelle génération trouvent tant bien que mal des fonds auprès du CNC (4), de Transmedia Lab d’Orange Vallée (les Ateliers de la création) ou encore de la bourse Formats innovants créée par l’Association Beaumarchais-SACD et Orange (lire EM@ 3
p. 7). France Télévisions a organisé, pour sa part, ses premières « Journées de la création » en février dernier. Mais cela ne suffit pas. Pour le directeur général de la SACD, cité par Electron Libre le 2 juin, il faut « réfléchir enfin à une fiscalité de la création numérique ». Encore faut-il que les services du Premier ministre, le ministère de la Culture et de la Communication, celui de l’Economie, de l’Industrie et l’Emploi se réunissent avec le secrétariat d’Etat à l’Economie numérique autour d’une table. @