TDF, pionnier de la 5G Broadcast en Europe, pour recevoir la télévision en direct sur smartphone

TDF (ex-Télédiffusion de France) a profité du Mobile World Congress (MWC) à Barcelone début mars pour annoncer « le passage du pilote au déploiement » de la 5G Broadcast, technologie de diffusion hertzienne de la télévision directement sur smartphone. Ses homologues européens s’y préparent aussi.

« Nous lançons le déploiement opérationnel de la 5G Broadcast dès 2026 : une vingtaine de sites en France dès cette année pour couvrir plus de 12 millions d’habitants, puis une montée en puissance progressive jusqu’à fin 2028 avec plus de 320 sites partout sur le territoire et plus de 40 millions de personnes qui seront couvertes. Dès cet été, la 5G Broadcast sera également déployée dans le métro de Rennes, afin de faire une démonstration concrète de sa capacité à fonctionner en mobilité, y compris dans des environnements complexes », indique Karim El Naggar (photo), directeur général de TDF depuis un an.
La France va ainsi être un des pays pionniers à lancer cette évolution de la télévision numérique terrestre (TNT) vers la mobilité, la 5G Broadcast étant la technologie de diffusion audiovisuelle hertzienne à destination des smartphones et tablettes, et complémentaire de la réception sur les téléviseurs. « La 5G Broadcast permet de recevoir la télévision en direct sur smartphone : sans Wifi, sans consommation de données mobiles, avec une très faible latence et une consommation énergétique bien inférieure aux réseaux data classiques. […] C’est aussi un enjeu stratégique : garantir un accès gratuit, sécurisé et fiable aux contenus audiovisuels, même en cas de saturation des réseaux », souligne en outre Karim El Naggar dans son post publié sur LinkedIn le 4 mars (1).

Tests en cours à Paris, Bordeaux et Nantes
Contrairement au streaming mobile, la 5G Broadcast offre le même contenu audiovisuel à un nombre illimité d’utilisateurs sans congestion des réseaux mobiles ni consommation de données utilisateur – en fonctionnant sur la bande ultra haute fréquence (UHF) de la TNT (2). Parallèlement à ce coup d’envoi en France de « l’industrialisation » de la 5G Broadcast, TDF poursuivra ses expérimentations techniques, que lui a autorisées à nouveau l’Arcom jusqu’en novembre 2026 dans les villes de Paris, Bordeaux et Nantes (3). Parmi les pilotes décisifs, il y a eu celui mené avec succès lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 avec France Télévisions. Ce fut, rappelle Karim El Naggar, « un test grandeur nature, dans un contexte d’audience massif et d’exigence maximale ». Cette expérimentation d’envergure, réalisée (suite) à l’été 2024, a permis de déterminer les paramètres techniques afin d’assurer une couverture optimale et en tenant compte des contraintes spécifiques des smartphones. Et ce, avec l’application InsTNT (4) mise en place lors de ces JO.

Des Jeux Olympiques, à toute l’Europe
TDF n’est pas le seul opérateur d’infrastructures réseaux en Europe, et a fortiori dans le monde, à miser sur la 5G Broadcast. Toujours dans le cadre des Jeux Olympiques, mais cette fois les JO d’hiver de 2026 (6 au 22 février), le groupe audiovisuel public italien Rai – avec l’Union européenne de radio-télévision (UER) qui détient les droits médias des JO en Europe avec Warner Bros. Discovery (WBD), jusqu’en 2032, y compris pour la diffusion free-to-air – a expérimenté lui aussi la 5G Broadcast à grande échelle à Milano Cortina où se déroulaient ces JO d’hiver. La robustesse du service hertzien mobile a aussi été éprouvée à Rome et à Turin. « Paris 2024 a montré que la diffusion 5G peut dépasser le laboratoire, avec des démonstrations sur des centaines d’appareils grand public. Milano Cortina 2026 est une autre étape importante : valider la performance dans un environnement opérationnel réel », s’est félicité Antonio Arcidiacono, directeur technique et des systèmes d’information de l’UER (5).
Si les JO de Paris puis ceux de Milano Cortina ont permis de valider la technologie de la « TNT mobile », près de 25 tests de la 5G Broadcast ont été menés entre 2017 et 2025 dans dix-huit pays européens. Les acteurs industriels sont mobilisés au sein de la 5G Broadcast Strategic Task Force (5BSTF), un groupe de travail stratégique européen dédié, créé en septembre 2024 par TDF et son homologue allemand Media Broadcast (MB), puis rejoints par la RAI (Italie), BTCY (Belgique), Emitel (Pologne), CRA (République tchèque) et Cordiant Capital (Royaume-Uni). Objectif : couvrir une population totale de 125 millions d’habitants, en Allemagne, France, Italie, Pologne, République tchèque et Belgique. « La diffusion 5G permet une variété de nouveaux services multimédias avec une latence plus faible et une qualité de service (QoS) garantie, améliorant ainsi la qualité globale de l’expérience (QoE) pour le consommateur, avec un impact minimal sur l’environnement, des émissions minimales de CO2 et une réduction [tarifaire] permettant aux consommateurs de profiter de contenus premium zero-rated avec une durée de vie plus longue de la batterie », promet la 5BSTF, laquelle est rattachée à l’organisation européenne Broadcast Networks Europe (BNE), dont Arnaud Lucaussy (photo ci-dessus), secrétaire général de TDF, est le président. Basé à Bruxelles, le lobby BNE cofondé par TDF et ses homologues opérateurs nationaux de diffusion télé/radio Arqiva (Royaume-Uni), ORS (Autriche) et Rai Way (Italie) défend – face au streaming – la TNT (6), et sa déclinaison mobile 5G Broadcast, auprès des instances européennes. La France est prête au déploiement industriel et TDF le fait savoir depuis août 2025, date de parution de son livre blanc intitulé « Déployer la TV en 5G Broadcast en France : modalités techniques, économiques et réglementaires » (avec un sondage favorable réalisé par Kantar), mais sans mentionner les noms des « éditeurs de télévision » qui ont participé à son groupe de travail – pas même France Télévisions (7).
« Les réseaux de diffusion terrestre renforcent la démocratie, la souveraineté et la prospérité durable européennes. Leur rôle est donc primordial pour atteindre les priorités fixées par les dirigeants européens, compte tenu des perturbations technologiques et des défis géopolitiques », a assuré Arnaud Lucaussy (8). Lors du Mobile World Congress à Barcelone, début mars, il a « appelé les constructeurs de terminaux à intégrer nativement la fonctionnalité 5G Broadcast dans les smartphones à horizon 2028 ». Le fabricant américain Qualcomm, en position dominante dans les puces pour smartphones (9), et la société Motorola Mobility, filiale depuis 2014 du chinois Lenovo, ont confirmé « la maturité des chipsets et leur capacité d’intégration dans les terminaux ». Le chinois Xiaomi a aussi coopéré avec les opérateurs de diffusion audiovisuelle pour rendre ses smartphones compatibles.
Bien que la 5G Broadcast soit présentée aujourd’hui comme complémentaire à la TNT, les « TDF » européens restent discrets sur l’avenir des fréquences UHF de cette dernière, lesquelles sont censées basculer à partir de 2031 du monde de l’audiovisuel vers le secteur des télécoms. C’est du moins le calendrier envisagé par la Conférence mondiale des radiocommunications (CMR), organisée tous les quatre ans par l’Union internationale des télécommunications (UIT), laquelle dépend de l’ONU. Prochaine réunion décisive de la CMR : 2031 (10). Ce n’est d’ailleurs pas l’Arcep (télécoms) qui est compétente pour la 5G Broadcast, mais bien l’Arcom (audiovisuel).

TDF, domination étendue à la 5G Broadcast
Le concurrent de TDF en France, TowerCast (filiale de NRJ) a testé la diffusion 5G en 2022 et 2023 à Paris (11), sans renouvellement d’autorisation depuis. Contrôlé par un consortium d’investisseurs (12) menés par le canadien Brookfield (45 % du capital), dont un français à 10 % (Crédit Agricole), TDF est bien parti pour être incontournable dans la 5G Broadcast avec ses 8.600 pylônes et antennes dans l’Hexagone, qui le placent déjà en position dominante pour la TNT, la FM et le DAB+. Ses résultats 2025 seront publiés le 18 mars 2026. @

Charles de Laubier

Huawei fête ses 20 ans en France, où le chinois bénéficie d’une indulgence qu’il n’a pas ailleurs

La filiale française du numéro un mondial des réseaux télécoms, Huawei Technologies France, a été créée le 1er décembre 2003. En deux décennies, le chinois a pris goût à l’Hexagone qui le lui rend bien. L’Etat français lui déroule le tapis rouge, contrairement aux Etats-Unis qui l’ostracisent.

Officiellement directeur général (président) de Huawei Technologies France depuis le 17 novembre dernier, le Chinois Enshuo Liu – alias Léo Liu (photo) – a succédé à son compatriote Weiliang Shi qui occupait ce poste depuis six ans. Le nouveau PDG de la filiale française du numéro un mondial des télécoms a été intronisé à l’occasion de la troisième édition de son plus grand événement européen, Huawei Connect Europe, qui s’est tenu les 15 et 16 novembre à Paris Porte de Versailles. De plus, le dirigeant fraîchement nommé a l’honneur de fêter ce 1er décembre les 20 ans de Huawei France.

A Strasbourg, n’en déplaise à Bruxelles
Cet anniversaire de deux décennies de présence de la firme de Shenzhen dans l’Hexagone a une valeur d’autant symbolique qu’il correspond aussi au coup d’envoi de la construction de la grande usine de production de Huawei dans la région Grand-Est, à Brumath dans le Bas-Rhin, à proximité de Strasbourg. Léo Liu a confirmé, lors de l’annonce de sa nomination le 30 octobre dernier, que ce projet industriel en Alsace ouvrait « un nouveau chapitre passionnant pour Huawei en France » (1).
Déjà le 22 juin, à l’occasion des journées « 360 Grand Est » à Strasbourg, le directeur général adjoint de Huawei France, Minggang Zhang, avait assuré sur place que le géant chinois maintenait son projet d’usine à Brumath (2). Et ce, malgré l’appel du commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, qui avait – sept jours plus tôt de Bruxelles – demandé aux Vingt-sept de « bannir les fournisseurs à haut risque » au regard de la sécurité de la 5G : « Les décisions prises par certains Etats membres de restreindre ou d’exclure complètement Huawei et ZTE de leurs réseaux 5G sont justifiées », avait-il lancé en ciblant nommément les deux chinois (3).

Depuis le lancement officiel du projet de l’usine alsacienne en février 2021, Huawei ne s’est pas laissé intimidé par cette défiance à son égard au nom (ou sous prétexte, c’est selon) de « la sécurité collective de l’Union européenne ». La commune de Brumath accueillera bien la première usine hors de Chine de fabrication d’équipements télécoms du groupe Huawei, notamment pour les réseaux 5G. La firme de Shenzhen prévoit d’y produire l’équivalent de 1 milliard d’euros par an d’équipements télécoms à destination des marchés européens, avec la création « à terme » de 500 emplois directs (4). En février dernier, soit deux ans après le lancement du projet et à l’occasion du Mobile World Congress à Barcelone, l’ancien directeur général de Huawei France, Weiliang Shi, formé à Reims et à Shanghai, avait réaffirmé les engagements pris. Il est notamment question d’investir 200 millions d’euros dans cette nouvelle usine. Il avait même ajouté : « La France a pris une décision équilibrée » (5), en faisant référence à la loi française « antiHuawei » du 1er août 2019 prise – au sujet de « l’exploitation des réseaux radioélectriques mobiles » – sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron au nom des « intérêts de la défense et de la sécurité nationale » (6). Les restrictions françaises envers le chinois – soupçonné sans preuves de cyber espionnage au profit de Pékin – sont en effet moins strictes que celles prises par les Etats-Unis sous Trump (7) et maintenues sous Biden (8).
L’anniversaire des 20 ans de Huawei France sera d’autant plus festif que l’industriel chinois a de nouveau obtenu cette année 2023 de nouvelles preuves de bienveillance de la part du gouvernement français : après une rencontre entre Emmanuel Macron et le président chinois Xi Jinping en avril, et le déplacement en juillet à de son ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire (tous deux venus à Pékin), le gouvernement français a assoupli les restrictions à l’encontre de Huawei. N’en déplaise à Thierry Breton. Comment ? En autorisant SFR (Altice) et Bouygues Telecom à garder certaines de leurs antennes mobiles 5G Huawei au-delà de 2028, selon L’Informé (9). Orange et Free, eux, n’en disposent pas. Ces autorisations de pouvoir continuer à les utiliser trois ans de plus, soit jusqu’en 2031, ont été signées (conformément à la loi de 2019) par la Première Ministre, Elisabeth Borne sur proposition de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) qui lui est rattachée.

« La Chine apprécie la décision de la France »
La décision en France est « secret défense » mais cela n’a pas empêché la Chine d’exprimer haut et fort sa satisfaction, par la voix de son vice-Premier ministre en charge des finances, He Lifeng, devant Bruno Le Maire présent à Pékin le 29 juillet 2023 pour le 9eDialogue économique et financier de haut niveau Chine-France : « La Chine apprécie la décision de la France d’étendre la licence 5G de Huawei dans certaines villes françaises. […] Et nous souhaitons que la Chine réfléchisse à de nouveaux investissements industriels majeurs en France » (10). La confiance règne à Paris mais pas à Bruxelles. @

Charles de Laubier