Licence légale : les webradios s’impatientent

En fait. Le 6 décembre, Edition Multimédi@ a recontré Xavier Filliol, directeur
des contenus chez Baracoda Media, agrégateur de webradios et régie publicitaire et par ailleurs président de la commission « Musique en ligne » du Geste. Il a évoqué le sort des radios sur Internet et de la licence légale.

En clair. Alors que Emmanuel Hoog, le médiateur chargé de trouver un consensus sur la gestion collective des droits musicaux sur Internet, doit rendre son rapport avant la
fin du mois, les webradios ou les agrégateurs de radios sur Internet comme Baracoda Media attendent leur heure. Si, depuis le rapport Zelnik du début de l’année, on parle plus de plateforme de téléchargement de musique, les webradios attendent elle aussi beaucoup. Jusqu’à maintenant, elles doivent négocier avec les sociétés de gestion
des droits de la filière musicale, la SCPP (1) et la SPPF (2). « Le problème est que
les webradios ne sont toujours pas traitées de la même manière que les radios hertziennes, puisqu’elles ne peuvent toujours pas bénéficier de la licence légale [rémunération dite équitable de 4% à 7% prélevée sur le chiffre d’affaires par le SPRE (3), ndlr] pour pouvoir diffuser de la musique en ligne, alors que ces mêmes webradios sont à-présent soumises au respect des quotas », souligne Xavier Filliol.
Malgré deux amendements déposés lors des débats parlementaires DADVSI en 2005
et Hadopi en 2009, mais rejetés, les webradios n’ont pas eu gain de cause. Le rapport Création & Internet de la mission Zelnik avait bien identifié le cas des webradios :
« Pour la diffusion musicale linéaire en ligne (webcasting), il faudra étendre le régime de la rémunération équitable aujourd’hui appliqué à la radiodiffusion hertzienne ». Mais rien n’a bougé depuis, mis à par la publication du décret daté du 27 avril 2010 qui étend aux webradios et agrégateurs de radio en ligne les quotas de diffusion de musique française applicables aux radios hertziennes (4). Or cette nouvelle disposition montre de façon plus criante la différence de traitement entre les webradios et les radios hertziennes face à la licence légale. Discrimination envers les webradios ? Barrière
à l’entrée sur le marché français de la radiodiffusion ? Concurrence déloyale ? Si la situation devait perdurer après la mission Hoog sur la gestion collective des droits musicaux sur Internet, Xavier Filliol n’exclut pas un recours qui pourrait passer par la DGCCRF. Pour l’heure, l’audience des webradios augmente : en septembre-octobre 2010, selon Médiamétrie, celles-ci cumulent 13 % de parts de marché du streaming live, contre 87 % pour les radios hertziennes reprises en ligne. Dans sa contribution à la mission Hoog, que EM@ a révélé (n°25 ,p. 7), le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste) a réitérer l’extension de la licence légale aux webradios. @

Le Geste se renforce dans l’audiovisuel en ligne

En fait. Le 23 novembre, Philippe Jannet, le président du Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste) a dressé – pour la dixième année – un bilan de son action lors de la 25e Assemblée générale qui s’est tenue dans les locaux du quotidien Le Monde (où il est PDG du Monde Interactif).

En clair. Si l’année 2010 du Geste a été marquée par l’évolution de la presse en ligne (statut de presse en ligne, première année du fonds SPEL (1), réforme du droit d’auteur des journalistes par l’Hadopi 2, le CFC générant plus de revenus du numérique que le papier, …), l’année 2011 sera en priorité placée sous le signe de l’audiovisuel en ligne. Lors de la 10e AG du Geste, son président a annoncé « pour tout début 2011 l’organisation d’une journée de réflexion et d’échanges sur les nouveaux supports, tablettes, mobiles et télévisions connectées ». Bertrand Gié, président de la commission « Audiovisuel et nouveaux médias » du Geste et par ailleurs directeur délégué des nouveaux médias du groupe Le Figaro (2), a précisé que cette « journée prospective » se tiendra en deux temps : une matinée sur la TV connectée et une aprèsmidi sur les tablettes et nouveaux supports audiovisuel connectés. « Les questions du modèle économique, de la publicité, des possiblité techniques y seraient précisément traitées », indiquet- il. Un des deux juristes du Geste, Maxime Jaillet, constitue un groupe de travail juridique sur le sujet (neutralité des terminaux, affichage des widgets, …). Des discussions auront lieu courant 2011 avec les opérateurs télécoms et les fabricants de téléviseurs. Il s’agit pour l’organisation professionnelle
de faire entendre la voix des éditeurs intéressés par la TV connectée, qui ne sont pas forcément des Google, Yahoo ou Apple… « Un média spécialisé comme Equidia, des opérateurs de jeux en ligne comme Betclic, le distributeur multi-contenus Zaoza et maintenant Allociné [nouvel adhérent, tout comme MySkreen, ndlr] sont des exemples de membres du Geste positionnés sur ce terminal », explique-t-on à EM@. Cet ancrage dans l’audiovisuel en ligne concerne aussi la TNT (3), avec l’Association pour le développement des services TV évolués et interactifs (AFDESI), dont le délégué général, Jean Dacie, nous indique qu’un dossier d’expérimentation a été déposé au CSA en vue d’obtenir l’autorisation « dans les prochaines semaines ». Un portail baptisé « Mes Services TV » et basé sur la technologie de TV connectée HbbTV sera testé au premier semestre 2011. Le Geste y mettra son flux RSS « Alerinfo » renvoyant vers les contenus de ses éditeurs membres. La commission « Audiovisuel et nouveaux médias » se penche également sur le sort des webradios (4). Celles-ci demandent à bénéficier d’une extension de la licence légale (4 % à 7 % des revenus) appliquée aux seules radios hertziennes. @

Bruno Chetaille, Médiamétrie : « La France sera le premier pays à mesurer l’Internet mobile et ses applications »

Le PDG de l’entreprise de mesure d’audiences explique à Edition Multimédi@
les évolutions majeures à attendre à l’heure du cross-media et de la fragmentation de l’audience. Après la téléphonie mobile, dont les premiers résultats sont attendus fin octobre, d’autres baromètres sont prévus.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : au-delà de la télévision, de la
radio et des sites web, où en est Médiamétrie dans l’instauration de nouveaux baromètres, notamment
pour l’Internet mobile, les jeux vidéo ou la vidéo à la demande ? Les « widgets » ou les livres numériques auront-ils bientôt leur mesure ?
Bruno Chetaille (photo) :
Notre activité se développe
selon deux axes : l’enrichissement de la mesure d’audience de référence de chaque média – radio, TV, internet – et le développement de nouveaux services destinés à mieux comprendre notre environnement numérique et à suivre les nouveaux usages. Mieux comprendre l’environnement, c’est notamment suivre l’équipement des foyers
et leurs dépenses. Nous savons ainsi qu’il y a en France 43 millions d’utilisateurs du téléphone mobile. Suivre les nouveaux usages, c’est savoir combien d’entre eux utilisent leur téléphone mobile pour surfer sur Internet – 30 % en l’occurrence, en progression de 6 % en un an – et mesurer l’audience des sites par cet accès. La France sera le premier pays à disposer d’un tel service incluant les applications. Ce service est partagé avec nos clients. Nos premiers résultats trimestriels seront publiés fin octobre. De la même façon, nous suivons l’équipement des foyers en tablettes et avons créé des baromètres spécifiques sur la télévision de rattrapage (catch up TV)
ou sur les jeux vidéo. Pour ne donner qu’un chiffre, 35 millions de Français ont déjà joué à un jeu vidéo. Une pratique qui respecte la parité homme-femme. Et près de
2,5 millions de personnes pratiquent la vidéo à la demande. Quant aux widgets sur les postes de télévision connectés et aux livres numériques, nos dispositifs « Référence
des équipements multimédias » avec GfK, l’étude « Media in Life » sur les comportements médias et notre mesure Internet montrent qu’ils sont encore marginaux. Nous les mesurerons lorsque leur utilisation sera significative.

RNT : Kessler va remettre l’auditeur au centre

En fait. Le 29 juin, le ministre Frédéric Mitterrand et la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet (Economie numérique) ont officiellement lancé la mission
– confiée à David Kessler, ancien de Radio France – sur « l’avenir numérique
de la radio ». Elle fait suite aux rapports Hamelin et Tessier.

En clair. L’actuel conseiller cuture-éducation-recherche du maire de Paris, et ancien directeur délégué de Radio France en charge de la stratégie et des contenus, doit trouver dès cet été « la troisième voie » (comme il dit) de la radio numérique. Et ce, après les deux premiers rapports rendus l’an dernier, respectivement en octobre (Hamelin) et novembre (Tessier), qui n’avaient pas trouvé de consensus économique
et technologique (1) (*) (**) sur le lancement de la radio numérique terrestre (RNT). En marge de la réunion du lancement officiel de sa mission, en présence d’une soixantaine de radios (moitié grands réseaux, moitié radios associatives) dans les locaux du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), David Kessler a indiqué qu’il entendait
« remettre l’auditeur au cœur de la réflexion » et que « l’intérêt de l’auditeur sera déterminant ». Cet ancien conseiller culture et communications du Premier ministre Lionel Jospin il y a plus de dix ans doit rendre à l’actuel Premier ministre François Fillon ses « premières conclusions » le 30 septembre et ses « recommandations complètes » au plus tard pour le 30 novembre 2010. Contrairement aux deux premiers rapports,
le sien ne portera pas uniquement sur la RNT (2). Dans sa lettre de mission datée
du 27 mai, François Fillon lui demande justement de s’interroger sur « l’opportunité
d’un recours – alternatif ou complémentaire à la RNT – aux deux autres modes de distribution envisageables de la radio numérique (…), la voie satellitaire [et] le mode
dit IP [sur Internet, ndlr], en particulier sur les réseaux mobiles [3G et 4G] ». Tout est presque dit : l’auditeur gardera le choix de sa radio : antenne, webradio, mobile ou satellite. Pour la RNT, Olivier Huart, directeur général de TDF, a précisé à Edition Multimédi@ que son groupe allait « rendre ces réseaux encore “plus économiques” »
et que « c’est un des axes majeurs dont nous discuterons avec la mission Kessler » (lire interview p. 1 et 2). Une fois que l’obstacle financier sera levé et que l’utilisation
de la norme DAB+ sera légalement possible avec le T-DMB, la RNT pourra alors être déployée. « C’est un objectif à 10-15 ans », a précisé Rachid Arhab, président du groupe de travail RNT au CSA. Et de prévenir : « Avec la radio sur IP, il y a un risque
de dépendance vis-à-vis des opérateurs télécoms et de manque de maîtrise de sa diffusion. Qu’advient-il alors en cas de dégradation du signal ? C’est la question de la Net Neutrality ». @

Catch up Radio : des podcasts et bientôt du streaming

En fait. Le 19 mai, l’institut de mesure d’audience Médiamétrie a publié – pour
le sixième mois consécutif – son baromètre mensuel de la radio de rattrapage,
ou « catch up Radio ». Il porte cette fois sur le mois d’avril et sur huit radios : France Inter compte toujours le plus de podcasts téléchargés.

En clair. La radio sur Internet n’a pas attendu la radio numérique terrestre (RNT), laquelle a été renvoyée à 2011 (1), pour répondre aux nouveaux modes de consommation des stations. Bien que le nombre de téléchargement de podcasts
– ces fichiers audio(ou vidéo) disponibles à tout moment sur Internet pour être écoutés (ou visionnés) sur ordinateurs, mobiles ou baladeurs – ait été en légère baisse en avril, la radio délinéarisée s’impose. Selon nos informations, les nouvelles mesures du streaming dit « en différé » (par rapport à l’antenne et via Dailymotion) – qui devaient être publiées mi-mai – ne sont pas encore prêtes. Quant aux résultats du streaming
« live » (en direct), ils seront rendus publics mi-juillet. L’écoute par Liveradio (Orange), par iPhone (Apple) et Android (Google) seront pris en compte. « Les résultats du streaming [fichier audio ne nécessitant pas de téléchargement pour être lu, ndlr] ne
sont plus publiés (2), le temps que les radios homogénéisent leurs “players“ », indique Médiamétrie à Edition Multimédi@. Pour l’heure, les huit stations mesurées en avril totalisent 13.818 podcasts téléchargés en France.
Ne sont mesurées que les radios et les webradios ayant souscrit au dispositif.
La baisse de 3,5 % – par rapport au mois précédent et sur le même nombre de radios mesurées – s’expliquerait par les périodes de vacances scolaires de Printemps. France Inter reste en tête avec 4.621 podcasts, suivi d’Europe 1 avec 4.377 téléchargés –
en petite augmentation. A noter que RMC et BFM Radio, les deux stations du groupe NextRadioTV, sortent de la mesure. Quant à RTL2 et Fun Radio, deux stations du groupe RTL/Bertelsmann, elles ont quitté le baromètre depuis décembre après y avoir fait une brève apparition en novembre lors de la première mesure. Cependant, la radio RTL elle-même est restée cliente de Médiamétrie. « Pour une radio musicale, la catch up Radio n’a pas grand intérêt et elle n’a pas forcément les droits pour diffuser les titres en podcast », explique Médiamétrie à Edition Multimédi@. « Pour la mesure du podcast, cette technologie consiste à intégrer un “tag“, invisible et inaudible par l’internaute dans le lien de téléchargement », précise l’institut de mesure. L’institut de mesure d’audience indique que « le travail en commun avec les stations a porté ses fruits, puisqu’à ce jour tous les “tag“ sont parfaitement insérés sur les “players“ des stations ». @