A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Conservation des données et libertés de l’internaute : « L’Etat veut-il tuer Internet en France ? »

Bis Repetita. Quatre ans après la première polémique déclenchée par le projet de décret sur la conservation des données, voici que finalement la publication au J.O. du 1er mars de ce même décret remis au goût du jour reprovoque une levée de boucliers de la part des FAI et des hébergeurs.

Début 2007, souvenez-vous, Nicolas Sarkozy était alors ministre d’Etat-ministre de l’Intérieur, sous l’autorité du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin…
Cette année-là fut présentée une toute première mouture du décret imposant aux opérateurs télécoms, fixes ou mobiles, fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et aux hébergeurs des contenus du Web de conserver – durant un an – toutes les données
et les traces des internautes. A l’époque déjà, cette obligation prévue par la loi du
21 juin 2004 sur la confiance dans l’économie numérique (LCEN), avait déclenché
l’ire des acteurs du Net.

Livre numérique : l’avenir se joue à Bruxelles

En fait. Le 18 mars, ouvrira durant quatre jours le 31e Salon du livre de Paris qui consacre pour la 4e année consécutive un espace dédié à l’édition numérique et
à la lecture sur liseuses (e-books), smartphones et tablettes. Mais les conditions réglementaires de ce marché naissant dépendent de Bruxelles.

En clair. Selon nos informations, la Commission européenne ne dispose pas de plaintes formelles sur une éventuelle entente sur le prix du livre numérique en France, mais seulement des « lettres de citoyens et de parlementaires » qui confortent ses soupçons. Mais ces lettres sont sous le sceau de la confidentialité. Contacté par Edition Multimédi@, la filiale française d’Amazon – que d’aucuns disent être à l’origine des informations fournies à Bruxelles – répond qu’elle « ne fait aucun commentaire ».
Sur O1net, Francis Esménard, le président d’Albin Michel – visité la veille par des inspecteurs de la direction antitrust de Bruxelles (comme chez Hachette, Flammarion
et Gallimard) – a affirmé le 2 mars que « cette opération est téléguidée par Amazon ». Aux Etats-Unis, par exemple, le numéro un mondial du e-commerce et fabricant de la liseuse Kindle n’a pas à se soumettre à un prix unique du livre (tarif vertical fixé par l’éditeur à toute la chaîne), que le Parlement vient d’étendre au numérique (1), ni à
des ententes entre maisons d’édition pour fixer le prix des e-books (tarif horizontal sur lequel s’alignent les éditeurs). Basé au Luxembourg, Amazon aurait donc tout à gagner à la libéralisation du prix du livre en Europe. Ce qui lui permettrait, comme aux autres librairies en ligne, de vendre des livres en dépassant la limite légale française des 5 % de remise sur le prix exigé des éditeurs. La Commission européenne, qui a confirmé le 2 mars ses inspections « au seins d’entreprises d’édition opérant dans le secteur des e-books (livres électroniques ou numériques), et ce dans plusieurs Etats membres », n’a pas de contrainte de calendrier pour mener à bien son enquête. La France n’est pas la seule visée (la Grande-Bretagne l’est aussi) mais, à quelques jours du Salon du livre de Paris, cela fait désordre. Cela risque en plus de compromettre le souhait du Syndicat national de l’édition (SNE), qui a créé cet événement il y a maintenant trente ans, d’obtenir dès cette année l’application de la TVA réduite à 5,5 % pour le livre numérique – et non pas le 1er janvier 2012 comme le prévoit la loi de Finances 2011. Car il faudrait aussi convaincre fiscalement l’Union européenne, via la mission de Jacques Toubon (2), qu’il y a « discrimination » et « frein aux offres légales » (et donc risque de piratage). Reste à savoir si la loi Lang d’il y a trente ans (3), qui a instauré le principe du prix unique, est devenue obsolète face à la mondialisation du e-commerce via Internet. @

Après le basculement, de la VOD sur la TNT en vue

En fait. Le 8 mars, les 11,5 millions de Franciliens ont basculé dans la télé numérique avec l’extinction de la diffusion analogique : sont concernés
3,3 millions de foyers recevant la TNT via leur antenne (pas par ADSL,
fibre ou satellite). Prochaine étape : des services interactifs en plus sur la TNT.

En clair. La télévision numérique terrestre (TNT) est maintenant à huit mois d’achever
sa mue, avec l’extinction totale le 30 novembre prochain de la diffusion analogique des
19 chaînes gratuites, des 11 chaînes payantes et de plusieurs dizaines de télévisions locales (au nombre de 7 en Ile-de-France). Au-delà du fait que le tout-numérique libère
des fréquences pour de nouvelles chaînes de télévision et des accès haut débit à l’Internet mobile, la bataille entre les accès à la télévision va maintenant vraiment pouvoir commencer. Face à l’ADSL, au câble, à la fibre et au satellite, qui permettent aussi la réception numérique audiovisuelle, la TNT n’a pas encore dit son dernier mot avec la norme HbbTV (pour Hybrid Broadcast Broadband TV). Autrement dit, les chaînes de la TNT reçues par les antennes sur les toits vont pouvoir proposer d’ici la fin de l’année des services interactifs, de la vidéo à la demande (VOD), de la télévision de rattrapage ou encore des informations en tout genre. Bref, la TNT va prendre des petits airs de FAI ! Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) supervise actuellement des expérimentations de services supplémentaires sur les fréquences de la TNT. Ainsi, il
a prolongé les tests HbbTV de Normandie TV jusqu’à fin juin. Son service interactif T-Seniority (du nom d’un programme européen) propose de la catch up TV, des sites d’information comme WikiManche, voire des alertes météo ou événementielles. L’expérience est menée en partenariat avec notamment les prestataires techniques HTTV et Hyperpanel, membres de l’Afdesi (1). Cette association, qui va organiser le
6 juin les 6e Assises de la TV interactive à Paris, va elle aussi expérimenter avant la
fin du semestre un service HbbTV baptisé « Mes Services TV », dont le dossier est examiné par le CSA. Selon nos informations, le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste) y mettra son flux RSS « Alertinfo », lequel renvoie vers les contenus de ses éditeurs membres. L’Afdesi cherche ainsi à fédérer des éditeurs indépendants autour d’un bouquet de services interactifs et à lancer son portail au second semestre 2011. De son côté, Télédiffusion de France (TDF) prévoit aussi de lancer à la fin de l’année pour lancer des services de « push VOD » et de catch up TV sur le signal de la TNT en fonction de la ressource spectrale disponible (2). TDF a expérimenté avec succès ce type de service non linéaire avec TF1, France Télévisions, Arte et NRJ 12, notamment à Rouen. @

Jeux d’argent : pourquoi les médias ont mal misé

En fait. Le 9 mars, « La Tribune » révèle que France Pari et France Poker sont intéressés par EurosportBet (SPS), filiale de paris sportifs et de poker en ligne
du groupe TF1. Bien que ce dernier soit en négociation exclusive pour vendre
au fondateur de Chilipoker (Chiligaming), Alexandre Dreyfus.

En clair. Les médias ont-ils misé trop vite sur le marché naissant des jeux d’argent et
de hasard en ligne, ouvert il y a maintenant neuf mois à la concurrence (1) ? « Tous les opérateurs ont perdu de l’argent en 2010 », a indiqué Jean-François Vilotte, président
de l’Arjel (2), le 2 mars au Sénat. Le groupe TF1 déclare forfait car ce « nouvel eldorado » médiatique n’en était pas un.«Le marché des paris et jeux sportifs en ligne ne correspond pas à toutes les études qui avaient été faites par les consultants, à toutes les attentes qu’on avait pu mettre en lui », avait regretté le 17 février Nonce Paolini, le PDG du groupe TF1, lors de la présentation de ses résultats annuels. EurosportBet, qui accuse 23,6 millions d’euros de pertes en 2010, va changer de mains. Quant au groupe Canal+, qui a créé une joint venture – Canalwin SAS – avec
le britannique Ladbrokes, il a été le premier opérateur à qui l’Arjel a retiré le 28 janvier l’agrément : la société n’a jamais lancé son site et est en liquidation ! Mauvais présages pour les autres médias. Le groupe Amaury, éditeur de L’Equipe et du Parisien, détient avec Bwin la coentreprise Sajoo (Sajoo.fr, Poker.sajoo.fr). Le groupe Turf Editions, qui publie des quotidiens hippiques (Tiercé Magazine, Bilto, Paris Courses, Paris-Turf), édite via sa filiale Beturf le site de paris en ligne Leturf.fr. D’autres ont joué la prudence en s’en tenant à des partenariats : M6-Mangas Gaming (BetClic et Everest), AB-Partygaming, RMC-Unibet, RTL-PMU ou encore Yahoo-FDJ. Selon l’Arjel, les Français ont misé 5,1 milliards d’euros sur Internet au 31 décembre 2010. Mais la dépense réelle des joueurs est en fait dix fois moindre, en raison du « taux de recyclage des gains en mises ». Les nouveaux entrants déchantent, d’autant que les budgets de publicité respectifs se chiffres en plusieurs millions d’euros. Ce que corrobore une étude de Francis Merlin, délégué général du Monaco iGaming Exchanges (3) : «Le marché des jeux en ligne en France est en dessous des prévisions de 20 %, [voire] 25 %. Ce sont les dispositions législatives qui sont majoritairement responsables ». Tablant sur la notoriété de ses chaînes sportives payantes Eurosport en Europe, TF1 avait lancé le
11 juin 2010 EurosportBet.fr – le jour même du coup d’envoi de la Coupe du monde de football. « Les deux piliers éditoriaux de TF1 sont l’information et le divertissement », avaient alors affirmé les dirigeants, comptant bien attirer une partie des 17 millions de visiteurs uniques par mois de ses différents sites web de la chaîne. Désenchantement. @

Le kiosque E-Presse ne sera ouvert qu’en avril

En fait. Le 9 mars, la société miLibris – partenaire technologique d’Orange pour
sa solution de lecture en ligne Read and Go – indique à Edition Multimédi@ que
le kiosque E-Presse du GIE de titres de journaux ne sera pas ouvert en mars,
mais en avril. Il vient de nouer un partenariat avec Microsoft.

En clair. Cinq quotidiens – Le Parisien, Libération, Le Figaro, L’Equipe, Les Echos –
et trois hebdomadaires – Le Nouvel Observateur, Le Point et L’Express – avaient
prévu d’ouvrir avant fin mars leur kiosque numérique dans lequel ils ont investi via
un groupement d’intérêt économique : le GIE E-Presse. Mais selon nos informations, l’ouverture est décalée à avril et ne proposera dans un premier que la vente à l’acte
de numéros ou d’articles. Pour s’abonner à un titre, il faudra patienter. Une première présentation a été faite aux éditeurs de services en ligne à l’occasion de la réunion du conseil d’administration du Geste (1) le 20 janvier dernier. Xavier Spender, le président
du GIE et par ailleurs PDG de L’Equipe du groupe Amaury (2), a notamment indiqué
que le GIE est hébergé par Les Echos. Grand absent : Le Monde, dont les nouveaux actionnaires Bergé-Niel-Pigasse ne veulent pas en faire partie. « On a peur de rien.
(…) On n’est pas obligé d’ériger des forteresses ou des forts Chabrol ! », avait ironisé Matthieu Pigasse devant l’Association des journalistes médias (AJM) en janvier dernier (3). Avant même d’ouvrir ce kiosque numérique, son directeur général Frédéric Filloux a noué un partenariat « local » avec Microsoft France autour de son moteur de recherche Bing qui a été lancé le 1er mars en France. Pour mieux se poser comme alternative face aux plateformes de presse en ligne concurrente de Google, Apple et Yahoo, le GIE E-Presse s’est ainsi rallié à Microsoft qui offre aux éditeurs une rupture par rapport aux autres géants du Net. Malgré ses efforts en faveur de la presse avec le lancement le 16 février de Google Pass Média pour tenter de faire oublier les griefs des éditeurs contre Google News (4), le numéro un mondial des moteurs de recherche semble avoir perdu la confiance de la presse. Là où Google News est accusé de ne pas partager les fruits de la e-pub avec les journaux, Microsoft joue la proximité locale en prévoyant un partage des recettes publicitaires avec les fournisseurs de contenus. L’algorithme de recherche ne fait plus la loi : Bing offre une amélioration de la « pertinence » en faveur de ses partenaires (5), ainsi qu’une fenêtre de recherche directement sur le site web
du journal. Mais le président de Microsoft France, Eric Boustouller, n’a pas révélé les reversements consentis aux éditeurs. Chez Apple, c’est 70 % voire 61 % (si TVA luxembourgeoise non récupérée). La régie de Google, elle, reverse 51 % ou 68 %
des recettes publicitaires à ses partenaires. @