A propos Charles de Laubier

Rédacteur en chef de Edition Multimédi@, directeur de la publication.

Les « Net-goinfres » sont dans le collimateur

En fait. Le 21 août, le DG de la Fédération française des télécoms (FFT) a dû monter au créneau – dans Le Parisien et Le Figaro – pour tenter de mettre un terme au buzz lancé par le site web Owni qui, le 19 août, a révélé que la FFT prônait « débit
IP maximum » et « plafond de consommation ».

En clair. Selon les opérateurs télécoms et fournisseurs d’accès à Internet (FAI) membres de la Fédération française des télécoms (FFT), ce n’est pas « la fin de l’Internet illimité » contrairement à ce qu’affirmait le site d’information en ligne Owni. « L’illimité est et restera accessible à tous », a tenu à rassurer Yves Le Mouël, DG de la FFT, dans Le Parisien.
« Aucun opérateur n’a de projet en ce sens aujourd’hui », ajoute-t-il dans Le Figaro. Seuls les internautes gros consommateurs de bande passante « pourraient être mis davantage à contribution » : « Pour ceux qu’on appelle les “Net-goinfres”, on verra sans doute des offres avec des tarifs plus élevés que ce qu’on voit aujourd’hui », explique-t-il dans le premier quotidien. « Ce sont ces 5 % à 10 % de consommateurs qui utilisent 80 % de la bande passante, car ils passent leur temps à télécharger des films, font de la vidéo en permanence, passent la journée sur Facebook avec de la vidéo, YouTube, Dailymotion », précise-til dans le second quotidien. La FFT a dû faire cette mise au point après la mise
en ligne de sa réponse de neuf pages à l’appel à propositions que l’Arcep avait lancé en septembre 2010 « pour promouvoir un Internet neutre et de qualité ». Dans l’annexe III
de la réponse de la FFT datée du 21 juillet 2011, ses membres (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Omea Telecom, etc) ne parlent pas de « Net-goinfres » mais seulement
d’« usage raisonnable » ou anglais fair use : ils proposent non seulement un tableau
de « découpage par gamme pour la data mobile » (1), mais surtout – et c’est nouveau –
un « découpage par gamme pour le fixe » avec « débit IP [descendant] maximum de
l’offre », de « plafond de consommation » et de « limitation de téléchargement par
session ». Si l’Internet mobile est déjà soumis systématiquement à une telle gestion de trafic en raison de la ressource rare que constituent les fréquences mobiles, il n’en va
pas de même de l’Internet fixe aux capacités extensibles. Free, qui n’est pas membre de la FFT, a dit à Owni être « plus que réservé sur la pertinence d’une telle proposition ». L’association de consommateur UFC-Que Choisir estiment, elle, que « les opérateurs cherchent à rançonner des deux côtés : d’abord les fournisseurs de contenus comme Google, puis les consommateurs ». Les opérateurs de réseaux voudraient à la fois la
fin de la neutralité d’Internet et la fin de l’Internet illimité qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. @

Pourquoi Netflix pourrait être tenté par la France

En fait. Le 26 août est parue au « Journal Officiel » l’ordonnance de transposition du Paquet télécom qu’Eric Besson – ministre en charge notamment de l’Economie numérique – avait présentée en Conseil des ministres le 24 août,
ainsi que le rapport correspondant au Président de la république.

En clair. Ne cherchez pas « neutralité des réseaux » et encore moins « neutralité d’Internet » dans le texte de l’ordonnance de transposition du Paquet télécom : ce principe n’y apparaît pas explicitement. Certes, le texte soumis ce 24 août au président de la République Nicolas Sarkozy mentionne bien dans ses motifs deux objectifs :
« garantir la neutralité des réseaux » et « promouvoir la neutralité des réseaux », mais l’ordonnance elle-même ne repend pas ces termes. En fait, il faudra désormais s’en remettre aux opérateurs télécoms, dont les obligations sont accrues, et à l’Arcep, dont les pouvoirs sont renforcés. Pour les internautes et les mobinautes, l’article 3 complète le Code des postes et des communications électroniques pour que « [le ministre chargé des communications électroniques et l’Arcep] veillent (…) à favoriser la capacité des utilisateurs finals à accéder à l’information et à en diffuser ainsi qu’à accéder aux applications et services de leur choix ». S’il n’est pas satisfait, le consommateur pourra faire jouer la concurrence en changeant d’opérateur télécoms ou de fournisseur d’accès
à Internet (FAI). Encore faut-il que ces derniers informent correctement leurs abonnés. C’est ce que prévoit l’article 33 de l’ordonnance. Sur les treize informations que doivent donner les fournisseurs aux consommateurs « sous une forme claire, détaillée et aisément accessible », quatre touchent de près ou de loin la neutralité du Net : niveau de qualité, procédures pour mesurer et orienter le trafic, restrictions à l’accès à des services et à leur utilisation (ainsi qu’à celle des équipements terminaux fournis), mesure afin de réagir à un incident ayant trait à la sécurité ou à l’intégrité (1). Cela suppose qu’en amont le gouvernement et le régulateur « veillent à l’exercice de la concurrence relative à la transmission des contenus (…) », et « fixent des obligations en matière d’accès » et fassent respecter le « principe de non discrimination ». Pour y parvenir, l’Arcep « peut [c’est-à-dire qu’elle n’est pas obligée, ndlr] fixer des exigences minimales de qualité de service » (article 16) et « peut également être saisie des différends portant sur (…) les conditions réciproques techniques et tarifaires d’acheminement du trafic entre un opérateur et une entreprise fournissant des services de communication au public en ligne [tels que Google/YouTube, Facebook, Dailymotion, etc, ndlr] » (article 17). Les rapports de force peuvent commencer, comme dans la plainte récente de Cogent contre Orange. @

Facebook, un iTunes et un YouTube en puissance

En fait. Le 22 août, Mike Lang, le directeur général du studio de cinéma Miramax,
a annoncé sur son blog la mise à disposition immédiate de certains films sur Facebook. Ils sont disponibles en streaming sur le réseau social à partir du service expérimental « eXperience » de Miramax. Internationalisation en cours.

En clair. Facebook est en passe de devenir un super-Netflix. Reed Hastings, le DG
du loueur américain de vidéo sur DVD et en ligne, n’est-il pas entré en juin au conseil d’administration de Facebook. Ce dernier pourrait rivaliser avec iTunes Store (1) et YouTube (2). Miramax est le deuxième studio de cinéma américain à rallier le réseau social. Warner Bros fut le premier, dès le mois de mars, à proposer des films sur Facebook (3). Dans les deux cas, les longs métrages sont loués en streaming. « Notre objectif est d’atteindre 150 millions d’amis sur Facebook dans les 18 prochains moins »,
a indiqué Mike Lang, le patron de Miramax (ancienne filiale de Disney). « Nous commençons par louer nos films, mais nous proposerons à terme l’achat des vidéos et le stockage sur notre propre “cloud” pour que les utilisateurs puissent y accéder de partout quel que soit le terminal », a-t-il poursuivi. Pour Miramax comme pour Warner, les films sont loués 3 dollars pour 48 heures ou contre des « Facebook Credits ». Les studios hollywoodiens tablent aussi sur les boutons de recommandation « J’aime » pour le bouche à oreille. Mais les quelque 750 millions d’amis de Facebook n’auront pas tous accès à ces contenus vidéo pour des questions de droits d’auteur : les films de Warner sont encore limités aux seuls Etats-Unis, tandis que ceux de Miramax y ajoute la Grande- Bretagne et la Turquie. Comme pour Netflix ou Hulu, la France reste l’un les pays les plus difficile à approcher. Pour l’heure, malgré plus de 20 millions d’utilisateurs français sur le réseau social, seuls Arte et TF1 ont signé avec le réseau social pour lancer respectivement en avril une « web-fiction » et en juin un service de « VOD sociale ». D’autres groupes de médias discutent avec Facebook qui entend se diversifier dans les contenus comme il l’a fait dans les jeux en ligne (social gaming) grâce à des éditeurs comme Zynga ou Kobojo. Le réseau social de Mark Zuckerberg se rémunère par la publicité en ligne et par des prélèvements de 30 % sur les transactions Facebook Credits. A l’instar de Google, Facebook apporte de plus en plus de trafic à la presse en ligne où des partenariats pourraient émerger. A noter que le conseil d’administration du réseau social compte aussi Donald Graham, PDG du groupe Washington Post. Facebook s’apprête aussi, selon « Mashable » et « Reuters », à lancer le 22 septembre aux Etats-Unis un service de musique en ligne avec Spotify, Rdio, Mog, Rhapsody et Slacker. @

Newsroom

1er septembre
• Hervé Bourges, ancien président du CSA, affirme qu’« une nouvelle norme [DVB-T2] est inutile » pour la TNT.
• Iliad a assigné Numericable en justice pour avoir utilisé le terme « Révolution » (nom de la box de Free), et lui demande 10 millions d’euros de dommages et intérêts, révèle « PCINpact ».
• Hulu se lance au Japon.
• Netflix n’obtient pas de Starz Entertainment le renouvellement du contrat de diffusion vidéo.
• YouTube lance au Canada plus d’un millier de films (EM@32, p. 4).

31 août
• Facebook va lancer un service de musique en ligne, en partenariat avec Spotify, Rdio et Mog, selon le blog « Mashable », et avec Rhapsody, Slacker, selon Reuters (lire p. 3).
• Rémy Pflimlin, PDG de France Télévisions, déclare : « On doit pouvoir voir et revoir sur tous les écrans ».
• Alexandre Bompard, PDG de la Fnac, appelle « les acteurs français du livre [à] ne pas laisser des acteurs américains de l’Internet se retrouver en situation de quasi monopole sur le livre numérique ».
• Vivendi (SFR, Canal+, Universal Music, …) confirme sa perspective de résultat net « supérieur à 3 milliards d’euros » pour 2011.
• Lagardère revoit à la baisse ses prévisions de croissance dans les médias pour 2011, « de 5 % à 7 % », contre 10 % envisagés.
• Wikio lève 25 millions de dollars et se rebaptise Ebuzzing, TF1 ne détenant plus que 10 % du capital.
• Hi-Media décide de ne pas céder son activité micro-paiement en ligne (Allopass et Hi-Pay).
• Le Financial Times retire son « appli » de l’App Store d’Apple.

Google veut faire d’Android l’iPhone de demain

En fait. Le 15 août, Google a annoncé qu’il rachetait le fabricant américain de téléphones portable Motorola Mobility pour 12,5 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros). Cette acquisition, la plus grosse jamais réalisée par le géant du Net, devrait être finalisée d’ici fin 2011 ou début 2012.

En clair. Si les autorités de concurrence et les actionnaires de Motorola Mobility donnent leur feu vert à cette méga acquisition, Google aura alors les coudées franches pour rivaliser pleinement avec Apple et contrer l’alliance Nokia-Microsoft. La firme de Mountain View, dont le cofondateur Larry Page a repris la direction générale en avril dernier, espère ainsi ouvrir un second front – avec ses propres « Google Phone » cette fois – pour renforcer sa place de leader dans les smartphones déjà acquise grâce à son système d’exploitation Android.
Selon le cabinet d’études Gartner, ce dernier devrait équiper près de 50 % des téléphones multimédias dans le monde (49,2 % précisément) d’ici la fin de l’année prochaine, contre moins de 20 % pour Apple (18,9 %), loin devant Microsoft et son Windows Phone (1). Mais c’est surtout l’écosystème iPhoneiTunes – fermé mais dominant – que Google entend concurrencer frontalement en misant plus que jamais sur un système matériel-logiciel ouvert. « Android est encore ouvert », a d’ailleurs tenu à assurer Larry Page. Autrement dit, Android devrait continuer à être disponible librement et gratuitement pour tous les fabricants de mobiles qui le souhaitent comme HTC, Samsung, LG Electronics
ou encore Sony Ericsson – Motorola étant également déjà client. Encore faut-il que les 17.000 brevets qu’apporte la mariée Motorola Mobility dans la corbeille n’amènent Google à faire du « protectionnisme technologique » et à être tenté de créer son propre walled garden. L’avenir le dira. Pour l’heure, les brevets sont là pour protéger Android des attaques d’Apple et de Microsoft sur le terrain de la propriété intellectuelle. Mais à terme,
si la marque défraîchie Motorola devait laisser la place aux « Google Phone », le géant
du Net pourrait se mettre à dos ses fabricants de mobiles, clients aujourd’hui qui deviendraient ses concurrents.
Ce parachutage du numéro 1 mondial des moteurs de recherche et de la publicité en ligne sur le marché mondial de la fabrication de mobiles en a surpris plus d’un. Il est un autre marché sur lequel la firme de Mountain View s’apprête à jouer les trouble-fêtes, celui des infrastructures en fibre optique : aux Etats-Unis, Google avait en effet lancé en février 2010 un appel à candidature auprès des collectivités locales souhaitant accueillir son propre réseau très haut débit. En mars dernier, c’est Kansas City que Google a retenu pour le tester. @