Neutralité du Net : les régulateurs n’attendent plus que les lignes directrices européennes

Le super-régulateur européen des télécoms (ORECE) a publié le 8 octobre 2010 sa réponse à la consultation publique de la Commission européenne sur la neutralité du Net. Il prône une approche prudente de la réglementation. En attendant des lignes directrices communautaires.

Par Winston Maxwell (photo), avocat, Hogan Lovells

Laisser une grande place à la concurrence pour régler d’éventuel dérives. Telle est la préconisation de l’ORECE, qui constate que
les incidents en matière de neutralité d’Internet sont rares en Europe. Ceux qui ont eu lieu ont pu être réglés rapidement sans l’intervention du régulateur. La neutralité stricte – à savoir le traitement non-discriminatoire de tous les flux – n’existe pas dans la réalité, car
des opérateurs appliquent d’ores et déjà tout genre de mesures
de gestion de trafic.

Après le smartphone, le « mobile sapiens » ?

En fait. Le 19 octobre, l’Association française des opérateurs mobiles (Afom) et l’institut de sondages TNS Sofres ont publié la sixième édition de l’Observatoire sociétal du téléphone mobile. Les smartphones progressent de 6 points sur un an, à 16 % des abonnés au mobile pour accéder à l’Internet mobile.

En clair. Alors que tous les opérateurs, les fabricants et les médias ne cessent de vanter les capacités multimédias des mobiles, notamment depuis l’arrivée de l’iPhone en 2007, force est de constater que le smartphone ne suscite pas encore l’engouement auquel on aurait pu s’attendre. Seuls 16 % des personnes 1.217 personnes interrogées et représentatives de la population française en possèdent un à titre personnel, soit une hausse de 6 points par rapport à l’an dernier, ce qui ne représente que moins d’un utilisateur sur six. « Avec 16 %, c’est peu, mais la progression est rapide. On est
encore dans l’enthousiasme ; il n’y a pas encore dans la déception », nuance Edouard Lecerf, directeur général de TNS Sofres. Il y a bien une progression plus importante
– de 13 points – chez les détenteurs de mobile à titre professionnel, mais ils sont à peine 10 % de la population sondée. Les 88 % de détenteurs de mobiles classiques constituent encore une écrasante majorité (1). Cependant, selon Laurence Bedeau, directrice d’études stratégiques d’opinion de TNS Sofres, « l’année 2010 marque une rupture avec l’entrée du Prince charmant qu’est le smartphone. D’où le réenchentement du mobile dans les usages. On passe du “doudou” au “sésame”, qui favorise l’ouverture vers les autres et les échanges entre communautés ». L’année 2010 constitue-t-elle vraiment un basculement du parc mobile vers les mobiles multimédias ? « Il y a une rapidité à s’emparer des nouveaux usages. Après le creu (2) constaté en 2009, toutes les utilisations progressent », constate Edouard Lecerf : envoyer des SMS reste en tête
(82 %) et gagne 5 points ; prendre des photos (64 %) progresse de 2 points ; filmer en vidéo (39 %) fait un bond de 8 points, tout comme écouter de la musique (38 %) ; jouer
(25 %) augmente de seulement 2 point. TNS Sofres identifie en outre « quatre services
qui vont décoller » grâce aux smartphones : la consultation de sites Internet (18 %) en hausse de 6 points, la connexion à des réseaux communautaires (11 %) gagnant 4 points, la géolocalisation (9 %) avec 3 points de mieux, et regarder la télévision (5 %) en légère progression de 1 point. Les « smartphoners » font partie du peloton de tête de l’Internet mobile : 86 %, contre 29 % chez les détenteur de téléphone portable classique (3) – pour accéder au Web, aller sur des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, MySpace,…) ou encore télécharger des applications mobile. Mais on est encore loin du « mobile sapiens »… @

Pourquoi Akamai Technologies intéresserait Apple

En fait. Le 27 octobre, la société américaine Akamai Technologies – leader mondial des réseaux de distribution de contenus sur Internet – publie des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Apple, qui fait partie de ses
gros clients, serait tenté de le racheter. Rumeur non démentie à ce jour…

En clair. « Nous ne commentons pas les rumeurs », a répondu le porte-parole d’Akamai, Jeff Young, à EM@. Ce n’est pas la première fois que Akamai fait l’objet
de rumeurs de rachat. Il y a presque un an jour pour jour, Google était cité comme repreneur potentiel, jusqu’à ce que le PDG d’Akamai, Paul Sagan, démente. Cette
fois, Appel serait intéressé. Son patron, Steve Jobs, n’a pas caché le 18 octobre – lors de la présentation des résultats de son quatrième trimestre – « qu’une ou plusieurs opportunités très stratégiques pourraient se présenter prochainement ». Or, dès le lendemain, un analyste financier américain, Brian Marshall a indiqué à l’agence Bloomberg que la société Akamai pourrait être une cible « importante » pour Apple en quête d’acquisitions. A la différence de Google, Apple est l’un des grands clients d’Akamai. Et ce, depuis 1999. Cette société du Massachusetts créée en 1998 et cotée au Nasdaq est ce que l’on appelle un Content Delivery Network (CDN), autrement dit un réseau de distribution de contenus sur Internet. Son métier : apporter au plus près des internautes ou des mobinautes les contenus qu’ils demandent pour les rendre disponibles plus rapidement. Pour ce faire, Akamai stocke localement – sur ses 73.000 serveurs dans 70 pays et connectés à ses 1.000 réseaux – les sites web, les vidéos et les applications mobiles les plus demandés. Autant dire que les CDN (1) ont le vent en poupe, au point de susciter des inquiétudes chez les opérateurs télécoms craignant cette concurrence sur le Net. Parmi les clients d’Akamai : Apple, mais aussi Microsoft, MTV Networks, MySpace, Nintendo, TF1, Dailymotion ou encore Allociné. Son chiffre d’affaires devrait franchir cette année la barre du milliard de dollars, contre 859,8 millions de dollars en 2009 pour 2.000 salariés. Le partenariat entre Apple et Akamai s’est même renforcé en 2003, lors du lancement de iTunes Music Store. Depuis, avec l’iPhone et l’iPad, iTunes est devenu depuis non seulement la première plateforme mondiale de téléchargement de musique (2) mais aussi de plus en plus présent dans la vidéo en ligne (20.000 épisodes de télévision et plus de 2.000 films de cinéma). Akamai se fait le champion de la « gestion optimisé des flux » et délivre jusqu’à 20 % du trafic quotidien du Web. L’activité est très lucrative : 145,9 millions de dollars de bénéfice net en 2009. Cela pourrait coûter cher à Steve Jobs. Qu’à cela ne tienne : Apple dispose d’une trésorerie de plus de 50 milliards de dollars ! @

TV sur mobile : TDF « regarde » MediaFLO et DVB-SH

En fait. Entre le 25 octobre et le 15 novembre, opérateurs mobiles, éditeurs de chaînes télévisées, producteurs de contenus, fabricants de téléphones mobiles, industriels de l’électronique et institutionnels contribuent à l’appel lancé par TDF sur la future norme de télévision mobile personnelle (TMP).

En clair. Télédiffusion de France (TDF) préparerait le terrain à la révision – voire à l’abrogation – de l’arrêté du 24 septembre 2007 (paru au J.O. du 30 septembre) qu’il ne
s’y prendrait pas autrement avec sa consultation TMP 360°. Décidé à lancer au second semestre 2011 le réseau broadcast de Virgin Mobile, l’ancien monopole public de radiotélédiffusion va – selon nos informations – préconiser une technologie pour la TMP
« fin 2010 ». Il en a été question le 26 octobre lors de l’entretien de Olivier Huart (patron
de TDF) et Pascal Rialland (Omer Telecom) avec Nathalie Kosciusko-Morizet. Dans ce fameux arrêté, cosigné par les actuels ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde, et Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au Commerce et aux PME (1),
la norme DVB-H (Digital Video Broadcasting Handheld) est rendue obligatoire pour la TMP en France sous son numéro de norme délivré par l’institut européen ETSI (2) :
« EN 302 304 ». Soutenue par le finlandais Nokia avec Motorola, Philips ou encore Sagem, cette norme semble mort-née (arrêt en Suisse et limitée ou déclinante en Italie, Autriche, Finlande et Pays-Bas). Or, le Conseil des ministres européen des télécoms
du 29 novembre 2007 avait décidé que le DVB-H ne serait pas obligatoire pour la TMP. C’est ce qui pourrait arriver en France, à l’issue de la consultation de TDF. Surtout que d’autres technologies broadcast pour mobile sont apparues et s’avèrent moins coûteuses. Exemple : MediaFlo de l’américain Qualcomm, lequel avait écrit le 15 mars 2007 au gouvernement français pour qu’il respecte – en vain – la neutralité technologie. Il a lancé, il y a un an, le service FLO TV aux Etats-Unis.
Alors que Qualcomm annonçait début octobre la mise en vente sa filiale FLO TV, d’autres technologies pour la TMP sont soumises à commentaires par TDF : DVB-SH (3), DVB-T2, DVBNGH, CMMB, ISDB-Tmm. « Concernant la norme, nous discutons actuellement avec Qualcomm au sujet de sa technologie MediaFLO et nous regardons aussi la norme chinoise CMMB [équivalent du DVB-SH, ndlr] », avait indiqué Olivier Huart, dans une interview (4) à Edition Multimédi@. De son côté, Emmanuel Gabla, membre du CSA, a rencontré en juillet Sprint Nextel, Fox et NBC qui testent ensemble depuis mars le standard américain ATSC-H. Mais TDF l’écarte d’emblée, tout comme le DVB-H : « Ces technologies ont un intérêt limité, en raison de leur limite en réseau et flexibilité de service ou de performance ». @

Futur décret SMAd : désaccord entre cinéma et vidéo

En fait. Le 26 octobre, NPA Conseil a organisé la 12e édition de son colloque
« Quelles stratégies industrielles pour les médias numériques ? », sur fond de multiplication des écrans (télé, PC, mobile, TV connectée…). Il a été beaucoup question de l’avis surprise du CSA contre le projet de décret SMAd.

En clair. L’avis défavorable que le CSA a rendu au gouvernement le 27 septembre sur
le projet de décret fixant les obligations d’investissement des SMAd (1) – vidéo à la demande et télévision de rattrapage – dans les films de cinéma français et européens, n’en finit pas de faire des vagues. La filière cinématographique (UPF, APC, SPI, ARP, …) a exprimé sa surprise et son désaccord avec le CSA. Lors du colloque «NPA Conseil-Le Figaro », Marc Tessier – président de Video Futur et président du Syndicat des éditeurs de vidéo à la demande (SEVD) – s’est félicité de cet avis. « Le CSA a eu la sagesse d’adopter un taux progressif avec une clause de réexamen dans 18 ou 24 mois. Cela aurait été une anomalie que d’appliquer aux SMAd un taux [de contribution financière calculée sur le chiffre d’affaires] identique à celui de la télévision. Nous n’avons pas les mêmes marges ! », a-t-il souligné. Le président du CSA, Michel Boyon, a profité du colloque pour rappeler le caractère « nouveau » de ces services audiovisuels à la demande, lesquels affichent encore une « rentabilité fragile » et sont confrontés à une « concurrence frontale de services transnationaux », avec la crainte de voir débarquer en Europe les Google TV, Apple TV et autres Hulu. Si l’on y ajoute les « difficultés d’accès aux droits de diffusion », le régulateur a préféré conseiller au gouvernement de ne pas prendre le risque de voir les SMAd nationaux se délocaliser hors de France pour échapper à des « obligations excessives ». Et comme l’a relevé Laurence Franceschini, directrice générale de la DGMIC (2), « c’est la première fois que le CSA communique
sur l’aspect “défavorable” d’un avis ». Si les plateformes de VOD se sont dite rassurées, notamment par la voix de la Fédération française des télécoms demandant une progressivité des obligations sur sept ans, les chaînes de télévision – TF1, M6, Canal+, … –, qui misent aussi sur la délinéarisation, le sont aussi. Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6, a profité du débat pour ironiser :
« Je soutiens l’avis du CSA car (…) lorsque la Mafia raquette une pizerria, elle attend qu’il y ait de l’argent. Alors qu’en France, on raquette la pizerria avant même de savoir si elle a de l’argent ! ». Ce qui n’a pas manqué d’agacer Hervé Rony et Pascal Rogard, directeurs généraux respectivement de la Scam (3) et de la SACD (4), soucieux de
« préserver la diversité culturelle ». @