Walt Disney : un géant fragilisé par le numérique ?

En fait. Le 11 novembre, le groupe Walt Disney a publié les résultats de son
année fiscale achevée le 2 octobre 2010 : bénéfice net en hausse de 20 % à
près de 4 milliards de dollars, pour un chiffre d’affaires en augmentation de 5 %
à 38 milliards. Un conglomérat en quête de stratégie numérique.

En clair. Le plus gros conglomérat au monde avec ses 144.000 salariés (dont 300 personnes en France) et ses cinq grandes activités – réseaux de télévisions, parcs
et hôtels, studio de cinéma, produits, médias interactifs – termine son année fiscale sur une fausse note : notamment une baisse significative de la télévision (réseau câblé sportif ESPN, Disney Channel et chaîne ABC) durant son quatrième trimestre, tant en chiffre d’affaires (- 7 %) qu’en résultat opérationnel (- 18 %). Comme cette activité pèse pour 45 % du total des revenus du groupe, ce fléchissement dû à un « changement dans les recettes de la TV payante » a déçu. Le modèle de la TV payante subirait-il
le contrecoup de la vidéo sur le Net ? Cinq ans après le départ de son ancien PDG, Michael Eisner, Disney semble chercher une vraie stratégie numérique. Il n’a pas le contrôle de Hulu – plateforme de VOD et de catch up TV dans laquelle Disney/ABC a coinvesti en 2007 avec Fox et NBC Universal – et regarde déjà du côté de l’Apple TV. ABC a réduit ses effectifs et se numérise, tandis que Disney espère que sa plate-forme de VOD, KeyChest, sera prête en fin d’année. Heureusement, le succès record de
« Toy Story 3 » au cinéma et en DVD (Blu-Ray compris) a compensé le manque à gagner. L’acquisition de Pixar en 2006 commence à porter ses fruits et Disney en espère encore beaucoup lors de la sortie à l’été 2011 de « Cars 2 » (1), qui sera aussi en exclusivité sur la PS3. Au printemps dernier, Disney a annoncé la fermeture des studios ImageMovers Digital. Disney est, en outre, tenté de bousculer la chronologie des médias, « Alice au pays des merveilles » ayant déclenché une polémique en Europe après sa sortie DVD moins de trois mois après sa sortie en salle. Dans la branche produits (rentable) et les médias interactifs (déficitaire), le DG de Disney, Robert Iger, a précisé qu’il allait maintenant « moins investir dans les consoles de jeu, mais plus dans les jeux vidéo en ligne ». En juillet dernier, Disney a fait deux acquisitions : Playdom, éditeur spécialisé dans les jeux pour réseaux communautaires comme MySpace avec Mobster ou encore Facebook avec Treetopia ; Tapulous, éditeur de jeux pour l’iPhone/iPod/iPad, pour « devenir le leader du divertissement mobile ». Quant aux livres numériques, Disney entend adapter sa e-librairie DineyDigitalBooks aux tablettes. « Les médias numériques évoluent encore, nous en sommes au début
du début », avait lancé Robert Iger en début d’année. @

Convergence des médias : quelle régulation ?

En fait. Le 16 novembre, l’agence de relations publiques Aromates a lancé ses invitations pour les 4e Assises de la convergence des médias qui se dérouleront
le 13 décembre à l’Assemblée nationale avec l’Idate, à l’initiave de Patrice Martin-Lalande. Thème : « Quels médias dans le monde de l’Internet ? ».

En clair. Entre le DigiWorld Summit de Montpellier de mi-novembre et les 4e Assises de la convergence des médias de mi-décembre à Paris, il y aura une constante dans les débats : la nécessité de faire évoluer la réglementation face à la domination de grands acteurs du Net : Google-YouTube, Apple, Yahoo, Facebook, Hulu, Dailymotion, etc. Si l’on y ajoute la montée dans la chaîne de valeur des fabricants de terminaux interactifs, tels que téléviseurs connectés, smartphones ou tablettes, force est de constater que la régulation reste très éclatée face à une économie numérique convergente. Les 4e Assises se tiennent à l’Assemblée nationale, où justement un rapport a été rendu le 28 octobre sur les autorités administratives indépendantes.
Il propose de « regrouper dans le cadre de la convergence numérique le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) et la Haute autorité pour la diffusion des œuvres
et la protection des droits sur Internet (Hadopi), en lien avec le Forum des droits sur l’Internet (FDI) ». Les deux auteurs, les députés René Dosière et Christian Vanneste, renvoient « après le 30 novembre 2011, date du passage de la télévision hertzienne au numérique » le moment de cette fusion, « pour ne pas entraver les travaux en cours ». Illustration de la convergence des médias : la publication au BOAMP (1) le 18 octobre d’un « groupement de commandes » pour une étude sur « les nouveaux usages et services sur les réseaux très haut débit et leur impact sur le modèle économique de la fibre ». Il émane de trois régulateurs – le CSA, l’Arcep et de l’Hadopi –, ainsi que de trois organisations gouvernementales que sont la DGMIC (2), le CNC (3) et la DGCIS (4). Tablant sur 50 % des foyers ayant accès au très haut débit d’ici à 2015, l’étude devra identifier les nouveaux services audiovisuels (HD comprise), les SMAd (VOD, catch up TV, …), les offres multiécrans, la télévision en 3D, les services interactifs (notamment implantés dans les téléviseurs), les jeux vidéo. Il y sera aussi question
de consommation linéaire ou non linéaire – « complémentaire ou substituable » –
de programmes audiovisuels, «en incluant le streaming via Internet ». Enfin, l’étude évaluera « la consommation de contenus audiovisuels illégaux, eu égard notamment
au développement des offres de téléchargement illégal grâce au peer-to-peer et au streaming ». Date limite des candidatures : 23 novembre et rapport au printemps 2011. @

Pub en ligne : 34 milliards d’euros sur le DigiWorld

En fait. Les 17 et 18 novembre, à Montpellier, a eu lieu le 32e DigiWorld Summit de l’Idate sur le thème de « Qui finance l’Internet du futur ? ». Au-delà des acteurs eux-mêmes (opérateurs, FAI/abonnés, moteurs, portails, …), la publicité en ligne – « taxe Google » comprise – était dans tous les esprits.

En clair. La publicité est plus que jamais le nerf de la guerre numérique. Surtout qu’un vent de reprise publicitaire – constaté au troisième trimestre par différents médias (presse, télévision, web) – a aussi soufflé sur Montpellier lors des deux journées internationales de l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate). Selon ce dernier, les publicités vidéos, mobiles et réseaux sociaux constituent les trois « nouveaux marchés » de la publicité en ligne dans le monde, laquelle enregistre une croissance annuelle (à deux chiffres) supérieure à celle (à un chiffre) des médias traditionnels. Bien que ces trois segments émergents soient encore de taille modeste, à savoir 6,6 milliards d’euros en 2010 sur un marché mondial de la publicité en ligne estimé à 34 milliards d’euros (1), ils sont promis à un bel avenir. Grâce notamment au « poids gigantesque des usages de Facebook, YouTube ou de l’App Store ». Pour l’instant, les réseaux sociaux arrivent en tête avec, rien qu’en Europe,
383 millions d’euros de recettes publicitaires cette année, suivis des vidéos online générant 261 millions et des mobiles affichant 191 millions. Mais, prévoit Vincent Bonneau, directeur Internet à l’Idate, « la publicité vidéo sera le format le plus dynamique » – au point de dépasser les réseaux sociaux dès 2012 et de franchir
1 millard d’euros de revenus publicitaires (2) en Europe courant 2013 ! Même scénario pour l’Internet mobile qui, en Europe, se placera en seconde position de ces trois marchés publicitaires prometteurs – mais en s’arrogeant la première place au plan mondial. Malgré une audience massive, les réseaux sociaux relégués au troisième
plan « connaîtront une progression un peu moins soutenue ».
Cet engouement des annonceurs pour la vidéo est aussi constaté par le cabinet d’études PricewaterhouseCoopers : « Le rich media [multimédia interactif, ndlr] et
la vidéo porteront la croissance de la publicité en ligne », d’autant que « les taux d’interaction se révèlent 20 à 50 fois supérieurs aux taux de clics ». Pour l’heure, ce sont les moteurs de recherches – Google en tête mais visé par la taxe de 1% par les sénateurs français (3) – qui captent plus de la moitié du marché mondial de l’e-pub avec leurs liens sponsorisés – soit 18,6 milliards d’euros en 2010 selon l’Idate. Un poids qui dépassera les 60 % à l’horizon 2014, non sans soulever des questions de position dominante, de transparence des moteurs, de protection des consommateurs ou encore de… taxation de l’e-pub. @

Les industries culturelles font appel aux internautes pour cofinancer leurs oeuvres

La musique, le cinéma, le livre ou encore la presse auraient-ils trouvé, à travers
les internautes, un nouveau filon pour cofinancer leurs productions ? MyMajorCompany, EditionduPublic, WeareProducteurs, Jaimelinfo, …
Les sites web participatifs se multiplient.

Chaque industrie culturelle a sa propre logique de financement, dans un univers économique et réglementaire qui lui est propre, son mode de production, d’investissement et de subventions : la musique avec sa licence légale et ses minimums garantis, le cinéma avec sa chronologie des médias et ses taxes « Cosip », le livre avec sa loi dédiée et son prix unique, ou encore la presse avec ses aides
d’Etat et sa publicité. C’est dans ce contexte bien établi qu’émerge un nouvel investisseur : l’internaute, celui-là même que les ayants droits soupçonnent d’être
pirate à ses heures ! Si faire appel aux dons du public – financement appelée crowdfunding – reste encore marginal, ce recours est prometteur.

Pourquoi Akamai Technologies intéresserait Apple

En fait. Le 27 octobre, la société américaine Akamai Technologies – leader mondial des réseaux de distribution de contenus sur Internet – publie des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. Apple, qui fait partie de ses
gros clients, serait tenté de le racheter. Rumeur non démentie à ce jour…

En clair. « Nous ne commentons pas les rumeurs », a répondu le porte-parole d’Akamai, Jeff Young, à EM@. Ce n’est pas la première fois que Akamai fait l’objet
de rumeurs de rachat. Il y a presque un an jour pour jour, Google était cité comme repreneur potentiel, jusqu’à ce que le PDG d’Akamai, Paul Sagan, démente. Cette
fois, Appel serait intéressé. Son patron, Steve Jobs, n’a pas caché le 18 octobre – lors de la présentation des résultats de son quatrième trimestre – « qu’une ou plusieurs opportunités très stratégiques pourraient se présenter prochainement ». Or, dès le lendemain, un analyste financier américain, Brian Marshall a indiqué à l’agence Bloomberg que la société Akamai pourrait être une cible « importante » pour Apple en quête d’acquisitions. A la différence de Google, Apple est l’un des grands clients d’Akamai. Et ce, depuis 1999. Cette société du Massachusetts créée en 1998 et cotée au Nasdaq est ce que l’on appelle un Content Delivery Network (CDN), autrement dit un réseau de distribution de contenus sur Internet. Son métier : apporter au plus près des internautes ou des mobinautes les contenus qu’ils demandent pour les rendre disponibles plus rapidement. Pour ce faire, Akamai stocke localement – sur ses 73.000 serveurs dans 70 pays et connectés à ses 1.000 réseaux – les sites web, les vidéos et les applications mobiles les plus demandés. Autant dire que les CDN (1) ont le vent en poupe, au point de susciter des inquiétudes chez les opérateurs télécoms craignant cette concurrence sur le Net. Parmi les clients d’Akamai : Apple, mais aussi Microsoft, MTV Networks, MySpace, Nintendo, TF1, Dailymotion ou encore Allociné. Son chiffre d’affaires devrait franchir cette année la barre du milliard de dollars, contre 859,8 millions de dollars en 2009 pour 2.000 salariés. Le partenariat entre Apple et Akamai s’est même renforcé en 2003, lors du lancement de iTunes Music Store. Depuis, avec l’iPhone et l’iPad, iTunes est devenu depuis non seulement la première plateforme mondiale de téléchargement de musique (2) mais aussi de plus en plus présent dans la vidéo en ligne (20.000 épisodes de télévision et plus de 2.000 films de cinéma). Akamai se fait le champion de la « gestion optimisé des flux » et délivre jusqu’à 20 % du trafic quotidien du Web. L’activité est très lucrative : 145,9 millions de dollars de bénéfice net en 2009. Cela pourrait coûter cher à Steve Jobs. Qu’à cela ne tienne : Apple dispose d’une trésorerie de plus de 50 milliards de dollars ! @