L’avenir des autoradios dans les voitures neuves est entre les mains de l’Union européenne

Le sort des récepteurs de radio FM et DAB+ dans les véhicules neufs vendus en Europe dépend du futur Digital Networks Act (DNA), en cours d’examen au Parlement européen. Des constructeurs automobiles ont déjà remplacé les autoradios par des systèmes CarPlay, Android Auto ou autres.

« Les artistes-interprètes, les producteurs, les auteurs-compositeurs et éditeurs de musique appellent les autorités européennes, dans le cadre de l’examen du Digital Networks Act et de la révision du code européen des communications électroniques, à garantir la présence d’un récepteur radio FM et DAB+ dans tous les véhicules commercialisés dans l’Union européenne. Ils appellent également les autorités françaises à soutenir activement cette démarche », a déclaré l’industrie de la musique en France.

Tesla, Renault, Citroën, Fiat, …
Dans leur communiqué commun, daté du 17 mars, les syndicats français de producteurs de musique enregistrées Snep et Upfi, d’une part, et les organismes de gestions collective des droits d’auteur et droits voisins Adami, SPPF, Sacem et Spedidam, d’autre part, alertent sur le risque de voir disparaître les autoradios des voitures. « Le maintien de la radio dans les véhicules n’est pas seulement une question technologique : il en va de la préservation d’un média accessible à tous, qui est essentiel à la diversité musicale européenne et au pluralisme » (1).
Parmi les constructeurs automobiles qui ont décidé de retirer les récepteurs radio des nouvelles gammes de véhicules, au profit exclusif d’équipements connectés de type Apple CarPlay, Android Auto de Google, ou d’applications connectées comme Spotify, TuneIn, YouTube Music, ou liaisons Bluetooth avec les smartphones, l’américain Tesla est

sans doute le plus radical. Le constructeur détenu à près de 30 % par Elon Musk, qui le dirige, est le premier grand constructeur à supprimer totalement la radio hertzienne sur certains modèles (Model 3 Standard et Model Y) à partir de 2026 : fini les récepteurs radio (AM, FM, DAB+) et les antennes radio ; l’audio repose exclusivement sur le streaming Internet, les connexions Bluetooth ou les applications natives. Les français Renault et Citroën ne sont pas en reste, puisque certains de leurs modèles sont ou seront dépourvus d’autoradios au profit de systèmes de connexion – comme CarPlay ou Android Auto – pilotés par les smartphones présents dans l’habitacle. Ce sera le cas dans certaines versions de la C3 en 2026, notamment l’électrique. L’italien Fiat est dans cette logique pour la Grande Panda d’entrée de gamme. La tendance touche surtout les modèles low-cost pour réduire les coûts. Avantages : plus moderne, plus riche (des millions de contenus à la demande), mise à jour logicielle régulière, pas de doublons (le téléphone fait déjà tout). Inconvénients : dépendance à la connexion Internet (plus rien si zone blanche, tunnel et abonnement data limitée), pas d’accès gratuit et fiable à la radio hertzienne en cas d’urgence, de crise ou de blackout du réseau, et perte d’un média universel et gratuit pour tous les passagers. En France, 1.200 stations radio sont autorisées à émettre en Métropole et dans les territoires ultramarins. L’industrie de la musique rappelle que la radio est non seulement « un rempart pour la diversité culturelle » mais aussi « un média régulé au service de la création », soumis notamment à des obligations de diffusion d’œuvres francophones et de soutien aux nouveaux talents, contribuant au renouvellement de la scène artistique. La radio est aussi considérée comme « un vecteur essentiel au pluralisme et à la démocratie », « un accès universel et gratuit à une information fiable », et même « un outil d’alerte en cas de crise » avec le système d’alerte et d’information des populations (SAIP) qui s’appuie sur un partenariat avec Radio France.
Lors de la Journée mondiale de la radio (2), le 13 février 2026, Romain Laleix (photo ci-dessus), membre de l’Arcom et président du groupe de travail « radios et audio numérique », s’est inquiété que les autoradios soient supprimés des voitures. « Ce choix des constructeurs équivaudrait à condamner la radio », a-t-il lancé dans une tribune publiée dans Les Echos (3). Avec le président de l’Arcom, Martin Ajdari, Romain Laleix avait annoncé – lors des Rencontres annuelles du DAB+ le 18 décembre 2025 – la création d’un « groupe de travail d’experts consacré à la place de la radio en voiture ». Mais celui-ci se fait attendre.

DNA européen, sauveur de l’autoradio ?
La balle est plus dans le camp de l’Union européenne, dont le projet de Digital Networks Act (DNA) reprend et maintient les dispositions du code européen des communications électroniques de 2018, lequel prévoit de maintenir (et non de supprimer) l’obligation pour les constructeurs automobiles d’équiper les véhicules neufs de catégorie M (voitures particulières) de récepteurs radio. Mais le lobby des constructeurs automobiles, soucieux de réduire les coûts et de nouer des partenariats avec les Gafam, pourrait avoir raison de l’autoradio. @

Charles de Laubier