En mai, l’US Copyright Office aux Etats-Unis, l’EUIPO en Europe et le CSPLA en France ont chacun publié un rapport où est abordée la manière de rémunérer les auteurs lorsque leur création est utilisée par les IA génératives : licences légales obligatoire, gestion collective, place de marché, …
Les ChatGPT, Claude, Perplexity, Meta Ai et bien d’autres intelligences génératives vont devoir mettre la main au portefeuille pour rémunérer équitablement les auteurs et les créateurs lorsqu’elles utilisent leurs œuvres. Trois organismes ont chacun publié leur rapport dans le courant du mois de mai 2025 : l’US Copyright Office (USCO) aux Etats-Unis le 9 mai, l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) en Europe le 12 mai et le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) en France le 16 mai.
Du fair use aux accords de licences
La question commune à ces trois rapports est de savoir comment les IA génératives doivent rémunérer les ayants droit. L’USCO, rattaché au Congrès américain, estime dans les conclusions de son rapport – intitulé « Copyright and Artificial Intelligence, Part 3: Generative AI Training » (1) – que la doctrine du fair use propre aux Etats-Unis – qui consacre un « usage raisonnable » sans devoir de rétribution ni autorisation des ayants droit – « peut jouer un rôle ». Mais cette « tolérance » a ses limites. « L’exploitation commerciale de vastes corpus d’œuvres protégées dans le but de générer du contenu expressif susceptible d’entrer en concurrence sur les marchés existants, notamment lorsqu’elle repose sur un accès illégal aux œuvres, dépasse les limites du fair use », considère le Copyright Office américain.
Et de constater, sans pour autant donner d’exemples chiffrés, que « des accords de licence pour l’entraînement de l’IA – individuels comme collectifs – sont en train d’émerger rapidement dans certains secteurs, bien que leur disponibilité demeure encore inégale ». Pour autant, il estime (suite)
Le rapport européen estime que « les organismes de gestion collective [des droits d’auteurs, OGC en français ou CMO (5) en anglais, ndlr] pourraient gérer des licences collectives étendues pour les usages liés à l’entraînement des modèles d’IA, incluant des œuvres de titulaires non-membres, sauf en cas d’opposition explicite ». Ces organismes, tels que la Gema en Allemagne ou la Sacem en France, pourraient, toujours selon l’EUIPO, garantir « une distribution transparente et équitable des revenus générés par les accords de licence avec les développeurs d’IA ». Certains OGC/CMO, comme PRS for Music au Royaume-Uni, participent d’ailleurs à l’initiative RightsAndAI où les titulaires de droits gèrent leur « réserves de droits » vis-à-vis des développeurs d’IA.
Rémunération proportionnelle versus forfaitaire
En France, dans son rapport « Rémunération des contenus culturels utilisés par les systèmes d’IA » (6) qui sera examiné le 23 juin, le CSPLA suggère – au législateur – la création d’une « place de marché » jouant le « rôle d’accélérateur » des négociations de licence et de rémunération. Celle-ci devrait être proportionnelle plutôt que forfaitaire, selon ce rapport, et en fonction du chiffre d’affaires réalisé par l’exploitant de l’œuvre. Pour le tarif des licences, la méthode « pay to train » pratiquée par l’audiovisuel et la photo est utilisée par OpenAI ou Google. La CSPLA appelle à « consacr[er] la gestion individuelle adossée, le cas échéant, à une gestion collective volontaire », afin de bien préserver le « monopole » de l’auteur sur son œuvre. @
Charles de Laubier