Le CFC fédère la presse autour d’une e-plateforme

En fait. Le 17 juin, le Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC)
a présenté aux éditeurs de presse son bilan 2009 dans la perception des
droits numérique d’articles (7,6 millions d’euros, soit + 38 %) et son projet de
plateforme en ligne adossée à celle de son homologue britannique, la NLA.

En clair. Le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste) en a rêvé ; le Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) va le faire ! Une plateforme numérique pour les éditeurs de la presse va être testée en France à partir de septembre prochain. Objectif pour le CFC, unique société de gestion collective de la presse et du livre agréée par le ministère de la Culture et de la Communication : standardiser et distribuer les contenus numérisés des journaux (1) aux différents prestataires de services de panorama de presse, de coupures et de reproductions d’articles de presse dites press clippings (Argus de la presse, Kantar Média/TNS, Press Index, Médiacompil, …).
D’ici le début de l’année prochaine, le CFC proposera en ligne à ces intermédiaires professionnels, qui eux-mêmes diffuseront auprès de leurs entreprises ou administrations clientes, les articles numériques autorisés par les 260 éditeurs (pour 1.500 publications françaises). A condition que ces derniers aient signé – avant le 1er octobre 2010 – un avant à leur contrat mandatant le CFC. Cet avenant, qui leur sera envoyés fin juin, prévoit aussi une nouvelle grille tarifaire. « Nous avons finalement décidé de nous adosser à la technologie au britannique NLA Newspaper Licensing Agency) qui a déjà développé sa plateforme numérique [eClips, ndlr]. Ce qui nous permettra de mutualiser nos coûts et de faire des économies d’échelle. Un pilote sera testé à l’automne prochain et, si nous sommes satisfait du test, la plateforme sera ouverte à partir du 1er janvier 2011 », a expliqué Philippe Masseron, directeur général adjoint du CFC, lors d’une rencontre avec les éditeurs. En marge de son intervention,
il a indiqué à Edition Multimédi@ que le CFC était par ailleurs « en discussion avec
le Geste » qui souhaite également fédérer ses membres de la presse en ligne
(Le Figaro, Le Monde Interactive, Libération, etc) autour d’une plateforme commune.
Le Geste souhaite leur permettrait de distribuer non seulement leurs articles directement aux clients mais aussi « via le CFC (2), via des opérateurs mobiles ou Internet, et surtout via leurs propres sites [web] » (3) (*) (**). Pour Philippe Masseron,
« rien n’est arrêté avec le Geste, dont le président Philippe Jannet est aussi membre
du comité du CFC et nous en discutons ». Il n’exclut rien comme « adossement ou partenariat », la plateforme du CFC pouvant instaurer une relation de « back office »
vis à vis du projet de plateforme du Geste. @

Le Monde convoité par Orange et Free : qui l’aura ?

En fait. Le 25 juin, la Société des rédacteurs du Monde (SRM) s’est dite favorable
au trio Pigasse- Bergé-Niel. Le 21 juin, quatre candidats s’étaient déclarés pour recapitaliser « Le Monde » : Perdriel- Orange-Prisa, Pigasse-Bergé-Niel, Groupe Revenu Multimédia et le Russe Gleb Fetisov.

En clair. L’avenir du quotidien Le Monde, menacé de cessation de paiement dès juillet, se fera dans la convergence web-papier-mobile ou ne se fera pas. Deux des quatre dossiers qui ont été déposés à l’échéance du 21 juin, d’ailleurs seules retenues (1), impliquent deux opérateurs télécoms : Free allié à l’homme d’affaire Pierre Bergé et le banquier Matthieu Pigasse (2) d’une part, Orange associé au patron du « Nouvel Obs » Claude Perdriel et à l’espagnol Prisa d’autre part. Dimanche 20 juin, le conseil d’administration de France Télécom a approuvé l’offre conjointe avec le patron du Nouvel Observateur et l’éditeur du quotidien espagnol El Pais.
L’opérateur télécoms historique s’engage à investir 53 millions d’euros sur les 140 millions du trio, dont 20 millions dans le tour de table du nouveau groupe Le Monde et 33 millions pour racheter les 34 % que détient le groupe Lagardère dans la filiale Le Monde Interactif (Lemonde.fr, LePost, …). Selon l’OJD pour le mois de mai, lemonde.fr arrive en cinquième position des sites web certifiés avec 44,6 millions de visites et en seconde position des applications mobiles mesurées avec près de 5,3 millions de visites. « Apporter nos connaissances des réseaux pour aider Le Monde à prendre
le virage numérique m’est apparu comme une évidence », a déclaré le jour même au JDD le patron de France Télécom, Stéphane Richard (3). Devant l’Association des journalistes médias (AJM) le 16 juin (lire ci-dessus), Xavier Couture, patron des contenus d’Orange, a estimé que « cela faisait sens de rapprocher le portail orange.fr
et lemonde.fr ».
La publicité en ligne est centrale dans la candidature de France Télécom, avec une mise en commun des régies publicitaires. Face à cette candidature de poids, le milliardaire Xavier Niel, patron-fondateur de Free (groupe Iliad) – en trio avec Matthieu Pigasse et Pierre Bergé pour une offre de 110 millions d’euros répartis à parts égales – a désormais les faveurs de la SRM. Pierre Bergé s’est étonné que « Claude Perdriel puisse s’allier à un envoyé du président de la République en service commandé (Denis Olivennes, proche de Nicolas Sarkozy, ndlr) ». Xavier Niel y va en son nom propre, non pas avec Free. Le trio compte mettre en place une intégration web-papier. La décision du conseil de surveillance du groupe Le Monde est attendue lundi 28 juin. @

Viktor Arvidsson, Ericsson : « Les consommateurs doivent pouvoir accéder aux contenus légaux de leur choix »

Le directeur de la stratégie et des affaires réglementaires chez Ericsson France, filiale du numéro un mondial des réseaux mobiles, répond aux questions d’Edition Multimédi@ sur l’émergence d’un nouvel écosystème à l’heure de la convergence entre télécoms et audiovisuel.

Propos recueillis par Charles de Laubier

Edition Multimédi@ : Comment Ericsson perçoit-il
le souhait de l’industrie du cinéma français que les fabricants de terminaux interactifs puissent être obligés comme les fournisseurs d’accès à Internet d’investir dans des films? Viktor Arvidsson (photo) :
Il nous
semble que cette approche, qui consisterait à obliger les équipementiers télécoms à investir dans les contenus, n’est pas nécessairement la meilleure. A notre sens, les différents acteurs de l’écosystème contribuent conjointement au développement du marché. S’il n’y avait pas de vidéo à la demande, il y aurait moins de terminaux interactifs et inversement. Il faut donc être extrêmement prudent avant d’attribuer un succès – que l’on serait tenté de considérer comme un peu « parasitaire » – à un des acteurs d’un écosystème. Dans ce contexte, le réflexe qui consiste à « punir » les acteurs qui réussissent est plutôt contre-productif. Cette approche nous semble également assez inédite et l’on voit mal, par exemple, l’industrie de l’automobile financer les constructeurs d’autoroutes ! S’il y a des problèmes conjoncturels ou structurels dans une industrie, il faut les traiter en tant que tels. Il ne nous semble donc pas légitime et efficace de taxer ainsi les équipements télécoms.

Ephéméride

24 juin
l Neelie Kroes, commissaire européenne « Agenda numérique », dit à « EurActiv », que l’interopérabilité sera la règle dans les écosystèmes de l’Internet (lire p 5).
l Vivendi pourrait début 2011 racheter à l’opérateur mobile britannique Vodafone les 44 % qu’il détient toujours dans SFR, pour 7 à 8 milliards d’euros, selon Reuters.

23 juin
l L’Hadopi est auditionnée « à huis clos » à l’Assemblée nationale par la commission des Affaires culturelles.
l La Sacem va signer un accord avec YouTube sur les droits musicaux, après trois ans de négociations, indique Catherine Kerr-Vignale, chargée des relations clients.
l L’ADIJ, Association pour le développement de l’informatique juridique, annonce pour ses 40 ans une journée-débat « Générations numériques » le 30 septembre.
l Lagardère Active nomme Olivier Boutin directeur de programme « ereader » pour se développer sur les tablettes.
l YouTube présente son projet « Lean Back » disponible cet été, un bouquet de chaînes de télévision accessible en streaming. En outre, la vidéo payante est à l’étude.
l Viacom (MTV, …) perd son procès pour piratage de vidéos contre YouTube, lequel bénéficie du statut d’hébergeur grâce au Digital Millennium Copyright Act (DMC).

L’invasion des Serious Games

Cette semaine, mes journées de travail vont être légèrement perturbées par une série de séances de formation consacrées aux nouvelles techniques de négociation commerciale par “téléprésence”. Mon intérêt mesuré pour ce type d’exercice
est cette fois aiguisé par un e-mail que je viens de recevoir sur ma tablette. Il me précise que les sessions se déroulent avec l’aide d’un serious game de nouvelle génération, l’un des ces jeux dits sérieux qui ont littéralement envahi la planète sans que nous n’y prenions vraiment garde. Mais, cette semaine un peu particulière n’est cependant pas exceptionnelle tant les jeux sérieux se sont glissés en douceur dans notre quotidien.
Il s’agit, une fois encore, de l’histoire d’une diffusion ultra-rapide d’une innovation numérique.

« Il n’est plus aujourd’hui un domaine ou une profession qui ne disposent de son propre catalogue de jeux sophistiqués mariant immersion, 3D, jeu en réseau et mobilité, voire même robotique. »