Jean-Marc Ayrault devrait faire de l’éducation au numérique la « grande cause nationale » de 2014

Près d’un an après avoir fixé la « feuille de route numérique », le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pourrait accélérer la cadence en faisant de l’éducation au numérique la « grande cause nationale » de cette année. Ce serait le meilleur moyen de préparer la France au « choc de la numérisation ».

(Depuis la publication de cet article dans Edition Multimédi@ n°94, c’est l’engagement associatif qui a finalement été retenu comme « grande cause nationale » 2014)

Par Charles de Laubier

Jean-Marc AyraultC’est début février que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault (photo), devrait annoncer quelle sera la « grande cause nationale » pour cette année. Ce label décerné chaque année, depuis 1977, que se dispute aujourd’hui une demi-douzaine de collectifs, permettra à l’heureux gagnant de bénéficier du soutien des pouvoirs publics et d’avoir droit à une campagne de communication gratuite, sur les radios ou télévisions publiques.
Parmi les « grandes causes » prétendantes cette année (1), il y
en a une qui concerne « l’éducation au numérique ».
Elle est à l’initiative de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), présidée par Isabelle Falque-Pierrotin, qui a su fédérer, depuis novembre 2012, un collectif comprenant aujourd’hui une cinquantaine d’organisations (Cnam, Inria, Institut Mines-Télécom, Caisse des Dépôts, France Télévisions, Isoc France, UFC Que-Choisir, FFTélécoms, Geste, Syntec Numérique, …).

Un collectif de 50 organisations emmenés par la Cnil
Cette grande cause « Education au numérique » a également le soutien de deux membres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault : Fleur Pellerin, ministre déléguée en charge de l’Economie numérique et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication.
Gare à l’exclusion numérique et au retard de la France « il est essentiel et urgent que chaque citoyen devienne un acteur du numérique audacieux et responsable, aussi bien
en termes d’usages que de maîtrise des outils. (…) Notre pays (…) accuse un retard important dans le développement des infrastructures technologiques et dans la prise en compte du numérique, comme levier de croissance », a plaidé le collectif dans son dossier de candidature de 15 pages, qu’il a remis le 7 janvier à Jean-Marc Ayrault (2) et que Edition Multimédi@ s’est procuré.
« Le numérique est également le lieu de nouvelles exclusions et de nouveaux risques, souvent liés à sa méconnaissance », a prévenu le collectif. Le collectif « Education au numérique » a prévu de lancer un concours national, dès le 11 février, le jour du Safer Internet Day, afin de récompenser les meilleures actions en faveur de l’éducation au numérique. Le prix sera décerné lors d’un colloque organisé sur ce thème en juin prochain.

Moins de 500.000 abonnés FTTH
Un « portail de référence » sera, en outre, lancé sur Internet et des mini-séries seront diffusées par France Télévisions. Pour les jeunes, deux kits pédagogiques de sensibilisation au numérique leur seront proposés. Pour les entreprises, un outil d’auto-évaluation leur permettra de mesurer leur degré de maturité numérique.
Le Premier ministre serait donc bien inspiré de faire de l’éducation au numérique la grande cause nationale de 2014. D’autant qu’il y a près d’un an, maintenant, le 28 février 2013, Jean-Marc Ayrault présentait la « feuille de route numérique » de son gouvernement, dictée par l’objectif ambitieux du président de la République, de « couvrir 100 % de la France en très haut débit d’ici à 2022 » et « très majoritairement » en fibre optique jusqu’à domicile (FTTH). Mais le très haut débit pour tous de François Hollande a du plomb dans l’aile. Malgré un peu plus de 2,7 millions de foyers en France éligibles à la fibre jusqu’à domicile, soit tout juste 10 % des 27 millions de foyers français, seuls 465.000 abonnés répondent à l’appel. Il ne reste plus que huit ans pour atteindre les 100 %. Le temps presse, mais la France tarde, et la fracture numérique se le dispute à la fracture sociale, sur fond de crise économique historique. Pire : la note du FTTH devrait être plus salée que prévue, soit de 40 à 45 milliards d’euros (encadré ci-dessous). Les 3,3 milliards que l’Etat a prévus pour les collectivités, dans le cadre du plan national pour le très haut débit, semblent insuffisants et les 900 millions d’euros d’aides, d’ici à 2017, du Fonds pour la société numérique (FSN), dérisoires au regard des enjeux. La mission « France Très haut débit », confiée il a plus d’un an à Antoine Darodes de Tailly (ex- Arcep), doit justement dresser un premier bilan à Bercy, le 6 février. Or, près d’un département sur deux n’a pas déposé de projet à ce jour (3).
Un an après la feuille de route numérique, Jean-Marc Ayrault doit se rendre à l’évidence : « Les acteurs privés et publics n’ont toujours pas pris la mesure de ces bouleversements, et ne sont pas préparés à affronter ce choc de la numérisation », dixit trois ministres de son gouvernement, le 16 janvier, à l’occasion du lancement d’une énième mission pour, cette fois, « préparer la transformation numérique de notre économie ». Pierre Moscovici (Economie et Finances), Arnaud Montebourg (Redressement productif) et Fleur Pellerin (Economie numérique) ont, en effet, demandé à Philippe Lemoine de leur remettre un rapport dans ce sens, d’ici le mois de juillet.
De son côté, le Syntec Numérique (représentant 1.200 entreprises du secteur) a interpellé, le 15 janvier, le gouvernement pour que soit lancé « un plan national de formation » aux métiers du numérique, « afin d’accélérer la diffusion des compétences
du numérique, dès le plus jeune âge ». Cette organisation professionnelle, qui fait partie des 51 du collectif « Education au numérique », chiffre à 36.000 le nombre de créations d’emplois nets possible en France, à horizon 2018. Les déplacements de la ministre Fleur Pellerin et du « patron des patrons » Pierre Gattaz au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, début janvier, illustrent aussi que le numérique devient bien la « grande cause nationale ». @

Charles de Laubier

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Extinction de l’ADSL d’ici à 2025 : est-ce bien raisonnable ?
Le président de la République en a rêvé ; son Premier ministre va-t-il le faire ? François Hollande a fixé, en 2012, l’objectif ambitieux de « couvrir 100 % de la France en très haut débit d’ici à 2022 » – moyennant 20 milliards d’euros d’investissement, comme l’avait précisé le 28 février 2013 Jean-Marc Ayrault, qui présidait un séminaire gouvernemental sur le numérique, durant lequel a été présentée la « feuille de route du numérique ».
« C’est un chantier national qui coûtera entre 25 et 30 milliards d’euros », avait même estimé la ministre de l’Economie numérique, Fleur Pellerin, devant le 95eCongrès des maires de France. Pour favoriser le FTTH, le gouvernement a prévu d’organiser, d’ici à 2025, « l’extinction du cuivre », autrement dit la fin de l’ADSL qui fait pourtant le succès
du haut débit en France (4).
Mais, pour sacrifier le haut débit sur l’autel du très haut débit, il faudra en plus indemniser Orange à hauteur de 15 milliards d’euros pour le dédommager de cette extinction programmée de son réseau de cuivre historique – encore source majeure de revenus fixes et revigoré au VDSL2 par endroits. Ce surcoût lié à la valorisation de la boucle locale actuelle est évoqué par les sénateurs Yves Rome et Pierre Hérisson, dans leur rapport de février 2013 sur l’action numérique des collectivités locales.
Selon nos calculs, le déploiement national du FTTH au détriment de l’ADSL pourrait ainsi atteindre 40 à 45 milliards d’euros (5). Et, comme l’a souligné le 4 décembre dernier Paul Champsaur qui, selon nos informations, rend ces jours-ci à Fleur Pellerin son pré-rapport sur l’extinction de l’ADSL « les revenus issus du cuivre constituent pour une large part la source des investissements dans les réseaux de demain » et « il faudra mener un travail préalable de grande ampleur (…) de migration de l’ensemble de ces usages (6), et cette migration aura un coût ». @