La presse écrite disparaîtra si elle ne change pas

En fait. Le 14 octobre, le propriétaire de France Soir, le Russe Alexandre Pougatchev, a annoncé sa décision d’abandonner l’édition imprimée
– à partir de décembre prochain – pour basculer sur le Web avec un effectif rédactionnel réduit à 32 journalistes au lieu des 87 journalistes actuels.

En clair. Tous les quotidiens papier sont sous la menace du syndrome France Soir, premier quotidien national à quitter l’ère Gutenberg. Malgré les 70 millions d’euros investis dans l’ex-fleuron de la presse française, le fils de l’oligarque russe a échoué. Rien qu’en 2010, France Soir aurait perdu près de 35 millions d’euros et les ventes sont passées – en moyenne quotidienne sur un an – sous la barre des 70.000 exemplaires (1). Lors du lancement de la nouvelle formule, le 17 mars 2010, la direction de France Soir s’était fixée comme objectif 150.000 exemplaires par jour.
L’abandon du papier au profit du seul Web pourrait toucher d’autres quotidiens. La Tribune, que le tribunal de Commerce de Paris a placé début octobre « sous haute surveillance » hebdomadaire, sera fixée sur son sort le 5 janvier 2012. Bien que
Valérie Decamp, PDG de La Tribune, ait dit le 15 mars 2010 à l’AFP que le quotidien économique pourrait « ne plus être distribué en kiosque d’ici la fin de l’année » (2),
elle a affirmé depuis qu’elle n’avait pas l’intention de basculer entièrement sur Internet. Pourtant, durant quinze jours en août dernier, La Tribune n’est pas parue en kiosque pour n’être disponible qu’en version numérique. Résultat : le site web Latribune.fr a vu sa fréquentation augmenter « entre 40 % et 50 % » durant cette période, selon Jacques Rosselin, le directeur de la rédaction, qui a indiqué le renouvellement de l’opération l’an prochain.
Face à l’érosion quasi généralisée du lectorat de la presse payante, la question du basculement au tout-numérique n’est plus taboue. D’autant que les coûts de fabrication, du papier, de l’impression et de la diffusion peuvent, ensemble, ponctionner jusqu’à
60 % du prix de vente d’un quotidien. Mais au-delà de l’aspect comptable, c’est d’un sérieux changement éditorial dont ont besoin les quotidiens face aux flux numériques permanents de l’actualité (moteurs, sites, blogs, twitts, réseaux sociaux, mobiles, …) et aux agences de presse (AFP, Reuters, AP, …) diffusant de plus en plus leurs dépêches directement auprès des internautes et mobinautes. Vendre à « J+1 » les informations de la veille, à un prix supérieur à 1 euros le plus souvent, n’est plus acceptable. Le DG de l’OMPI (3), Francis Gurry, croit en la disparition des journaux papier d’ici à 2040, voire 2017 aux Etats-Unis et 2029 en France, comme le prétend une étude de Ross Dawson. @