Les éditeurs de services en ligne restent insatisfaits malgrés les assouplissements d’Apple

Le 9 juin, Apple a annoncé aux éditeurs de contenus un assouplissement de certaines règles à partir du 30 juin. En France, le Groupement des éditeurs de services en ligne (Geste) reste « insatisfait » et s’interroge sur l’envoie d’un courrier de griefs qu’il prévoyait d’adresser au PDG d’Apple, Steve Jobs.

Les éditeurs de services en ligne et le géant mondial Apple, qui leur impose sa loi, vont-
ils enterrer la hâche de guerre ? Liberté tarfaire sur iPhone, iPad ou iPod, et possibilité
de vendre leurs contenus en dehors d’App Store : telles sont les principales mesures concédées aux médias. Suffisant ? Selon nos informations, le président du Geste (1), Philippe Jannet, devait envoyer ces jours-ci un courrier à Steve Jobs – avec copie à
la direction de la filiale française – pour lui signifier le mécontentement généralisé des éditeurs, presse online en tête.

Abus de position dominante ?
Après avoir été auditionné le 9 mai dernier par l’Autorité de la concurrence, laquelle enquête sur les pratiques d’Apple en France, le Geste écarte l’idée d’une éventuelle action pour abus de position dominante. Car celle-ci serait difficile à démontrer sur le marché
de la presse, où la marque à la pomme n’est pas directement concurrente, contrairement au marché de la musique que les sages de la rue de l’Echelle ont mis sous surveillance.
« Nous n’avons aucun commentaire à faire », nous répond à ce propos le gendarme de
la concurrence. Au lieu d’une plainte, le Geste voudrait faire pression sur la firme de Cupertino avec une lettre de griefs adressée à Steve Jobs voire, si cela n’aboutit pas,
une campagne médiatique. Pour essayer d’extirper les vers de la pomme, une position commune européenne – voire internationale – pourrait être adoptée avec deux autres organisations : l’ENPA, l’Association européenne des éditeurs de journaux, et l’OPA, la Online Publishers Association basée à New York et sa branche européenne à Paris (2). Comme le Geste, l’ENPA s’est déjà inquiétée en février des restrictions imposées par Apple. La liste des griefs formulés à l’encontre du fabricant des iPhone et iPad ressemble à un véritable inventaire à la Prévert.
Pour commencer, le courrier pourrait être envoyé à Steve Jobs quelques jours avant la date du 30 juin 2011 qui marque l’entrée en vigueur de nouvelles conditions contractuelles qui devait rendre quasi incontournable App Store et son système de facturation « In App Purchase ». Tenté par une exclusivité sur les transactions, le patron emblématique avait déjà essayé de rassurer il y a quelque mois pour ne pas se mettre à dos tous les éditeurs de presse. Et surtout ne pas risquer d’être pris en flagrant délit d’abus de position dominante, en évinçant du marché les autres systèmes de paiement. Lors du lancement du service d’abonnement mi-février (3), Steve Jobs avait expliqué : « Notre philosophie est simple : quand Apple attire un nouvel abonné sur l’application, Apple gagne une part de 30 %. Quand l’éditeur amène un abonné – nouveau ou existant – sur l’application, l’éditeur garde 100 % et Apple ne gagne rien ». Mais les éditeurs étaient inquiets : qu’en était-il par exemple des futurs abonnés ayant cliqué à partir d’une application gratuite ? De plus, les éditeurs fustigeaint la clause garantissant à Apple le meilleur prix de vente des abonnements : « Ce qui empêche, de fait, la mise en place de toute offre marketing ou promotionnelle ». Apple renoncerait à cette clause, qui empêchait notamment de créer
des abonnements multi-plateformes. Mais les éditeurs devraient continuer à fustiger le fait de ne pas pouvoir connaître in fine les coordonnées des nouveaux abonnés. Pire : Apple serait en train de prévoir, sous certaines conditions, un « désengagement de la politique de confidentialité » qui permettrait à des tiers d’accéder à des données personnelles.
Si App Store devait fonctionner comme Facebook, cela aurait, selon les éditeurs, « des conséquences catastrophiques ». Le Geste souhaite en outre que soient dissociés le paiement/référencement et la partie marketing. Ainsi, au lieu de l’actuelle commission
de 30 % sur toutes les ventes à l’acte ou à l’abonnement, « seul un taux de 10 % serait acceptable ». Le Geste s’inquiète par ailleurs d’un alignement progressif des fabricants
de tablettes sur ce prélèvement de 30 %. Autre point de friction : la grille tarifaire et les paliers obligatoires qu’impose Apple (4). Les éditeurs ne peuvent pas se différencier
des contenus en ligne concurrents par les prix.

Les éditeurs de presse dénoncent
Quant à la TVA applicable en Europe dans le « walled garden » d’Apple (15 %, 9 %, …), elle fluctue selon les éditeurs ! Au point que le Geste a mandaté un fiscaliste pour démêler l’écheveau… Les résultats de cette expertise sans précédent seront connus courant juin 2011. Last but not the least, les éditeurs dénoncent la censure qu’exerce le géant américain sur certains contenus jugés à ses yeux répréhensibles (5). Autres motifs d’agacement : les refus répétés d’Apple de communiquer aux radios l’audience des podcasts (6). Et les interventions intempestives d’Apple dans la politique de communication commencent à échauder les éditeurs. @