SVOD : la fin de l’hégémonie de Netflix et d’Amazon

En fait. Le 17 avril, Netflix, le numéro un mondial de la SVOD, a fait état de 148,86 millions d’abonnés payants dans le monde – soit une hausse de 25 % sur un an. Amazon Prime Video, son premier concurrent, aurait plus de 100 millions d’abonnés. Mais les nouveaux entrants veulent mettre fin à ce duopole.

En clair. Le marché de la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) est à
un tournant. Le duopole d’acteurs globaux constitué par Netflix et Amazon est probablement arrivé au faîte de sa gloire. Leur hégémonie est plus que jamais contestée par la montée en puissance de plateformes de SVOD existantes telles que Hulu, mais surtout par le lancement cette année, voire l’an prochain, de nombreux nouveaux entrants : Apple TV+ sera « disponible cet automne », annonce la marque
à la pomme (1) ; Disney+ sera lancé en novembre prochain ; WarnerMedia (nouvelle filiale d’AT&T) prévoit un lancement de sa plateforme « dans le courant de l’année » ; NBCUniversal (groupe Comcast) fourbit ses armes pour se lancer à son tour en 2020 ; Mediaset (filiale de l’italien Fininvest) cherche à nouer des alliances en Europe pour donner la réplique ; BBC et ITV sont en train de s’allier pour lancer d’ici à la fin de l’année leur plateforme BritBox ; France Télévisions, TF1 et M6 espèrent avoir le feu
de l’Autorité de la concurrence pour lancer Salto. Les géants d’Hollywood – Disney, WarnerMedia et NBCUniversal – ne veulent pas dépendre dans la distribution d’un Netflix ni d’un Amazon qui sont, de plus, devenus leurs concurrents directs dans la production de films et séries à coup de milliards de dollars. La marque à la pomme,
elle, ne veut pas passer à côté du marché dynamique du streaming vidéo qui pourrait être le relais de croissance qu’elle cherche désespérément. Les groupes européens, eux, cherchent à constituer des offres de SVOD censées résister aux plateformes américaines décidément envahissantes.
Face à cet éclatement de l’offre, il y a pour les consommateurs une bonne nouvelle et une mauvaise. La bonne est que la pression sur les prix des abonnements mensuels
va s’accentuer sur les offres SVOD, alors que Netflix a osé en janvier augmenter aux Etats-Unis son abonnement de base de 7,99 à 8,99 dollars (2) – mais sans changement (pour l’instant) dans le reste du monde. Disney+ est déjà annoncé « moins cher que Netflix », à 6,99 dollars. Hulu, qui vient d’annoncer le 15 avril dernier le rachat à AT&T des 9,5 % que l’opérateur télécoms (maison mère de WarnerMedia) détenait dans son capital (3), est déjà à 5,99 dollars. La mauvaise nouvelle pour les consommateurs est qu’ils devront multiplier les abonnements s’ils veulent accéder à plusieurs catalogues de plus en plus « propriétaires ». @

Entre Série Mania de mars et CanneSéries d’avril, les webséries peinent à sortir de l’ombre

Malgré la bulle des séries qui agite le paysage audiovisuel, les webséries ont
du mal à se frayer un chemin dans le nouveau monde de la production et de la diffusion. Les festivals des séries ne leur donnent pas assez de visibilité, sauf
si la websérie a inspiré une série – à l’image d’« Osmosis ».

Avant de devenir une série que diffuse Netflix depuis le 29 mars, « Osmosis » était à l’origine une websérie créée par Audrey Fouché (photo) et produite par Arte Creative en 2015. L’histoire racontée par cette série part d’une application algorithmique qui garantit avec certitude de trouver l’âme soeur, grâce à un… implant avalé puis logé dans le cerveau. La marque Osmosis n’a pas été cédée à Netflix par la société de production Newen (filiale du groupe TF1) qui en est propriétaire, mais elle est louée en licence
de marque au géant mondiale de la SVOD pour lequel Newen a produit la série
« Osmosis » (1).

Webcréation, parent pauvre des festivals Netflix a acheté cette série pour le monde entier, avec des fenêtres de droits de diffusion sur plusieurs années. « Osmosis » est
la troisième production française financée par la firme de Reed Hastings, après
« Marseille » et « Plan Coeur ». Cette success story d’une websérie devenue l’une
des séries la plus en vue dans le monde entier (8 épisodes de 45 minutes) illustre la convergence de deux mondes de la création, a priori distincts. « Osmosis » a été sélectionné au festival Séries Mania (qui s’est tenu à Lille du 22 au 30 mars derniers). Pour autant, ne cherchez pas la websérie sur le site web d’Arte où elle était disponible via Arte.tv/osmosis ; elle n’est malheureusement plus disponible. Seul le premier épisode est resté disponible sur les sites webs d’AlloCiné (2) et de Vimeo (3), tandis que le sixième épisode est encore dans un coin d’Arte.tv (4). Ne cherchez pas non plus de webséries à Séries Mania ; elles n’ont pas le droit de cité dans la capitale des Hauts-de-France. Pas plus qu’elles n’intéresseront le festival CanneSéries qui se déroule sur la Croisette du 5 au 10 avril, parallèlement au MipTV. Quant au Festival de Cannes, dont la 72e édition se tiendra du 14 au 25 mai, il ne s’intéresse qu’aux oeuvres cinématographiques de long métrage et à condition qu’elles soient diffusées dans les salles de cinéma. En revanche, la 14e cérémonie des Globes de Cristal, qui a eu lieu
à Paris le 4 février dernier, a récompensé des personnalités dans les catégories cinéma, musique, art vivant, littérature, télévision et… webséries. Parmi ces dernières, « Loulou » (saison 2), créée par Marie Lelong et Alice Vial (Arte Créative/La Onda Productions), a reçu le trophée en tant que meilleure websérie. Une autre reconnaissance de la websérie est venue du Festival des créations télévisuelles de Luchon, qui s’est déroulé du 6 au 10 février : le Prix de la websérie attribué par le public est allé à « Jean 2 Mahj la série » (Shaolin Shadow, YouTube) réalisée par Michel Nogara ; le Prix de la websérie dans la compétition « web & digital » est allé à « F++K » (Kiwi Collectif Créatif) réalisée par Simon Dubreucq. Plus récemment, le 18 mars à Paris au Trianon, les 25e Prix de la Procirep ont été remis notamment – pour le Prix du producteur animation – à la société Doncvoilà Productions (Virginie Giachino, Joris Clerté) qui produit la saison 2 de la websérie « La petite mort » pour France Télévisions. La 8e édition du Marseille Web Fest, qui s’est tenue du 18 au 20 octobre derniers, a lui aussi fait honneur à une websérie, « Gimel », réalisée par Assaf Machnes et Miki Fromchenko et ayant obtenu le Prix de la meilleure réalisation et le Prix « Coup de cœur-Première ».
Ce même festival de la cité phocéenne a aussi décerné le Prix « Coup de Cœur-La Provence » à la websérie « Les Engagés », créée par Sullivan Le Postec, ainsi que le Prix de meilleure série SACD pour « Yasmina & Rim », réalisée par Antoine Desrosières, une websérie adaptée de son film « A genoux les gars » sorti en juin 2018 et présenté au Festival de Cannes 2018 dans la section « Un certain regard ». Comme quoi, si la websérie « Osmosis » a inspiré une série, un film peut aussi inspirer une websérie. Il y a deux ans, au Festival Séries Mania 2017, le Prix de « la meilleure série digitale » avait été décerné à la saison 1 de « Loulou », la websérie cofinancée par Arte Créative et La Onda Productions, laquelle avait également reçu en 2018 le Prix du public et une mention du jury (pour l’interprétation du casting) au Festival de Luchon.

Webséries, marchepied pour le long-métrage ?
« On ne se disait pas au départ qu’on allait le vendre à une chaîne : on était plus sur une histoire pour YouTube… Je ne connaissais pas du tout le digital, mais un monde
de liberté s’est ouvert à nous. C’est un peu une affaire familiale : mon cousin est le producteur de Loulou. Il venait de monter sa société de production lorsqu’il a eu le pitch par hasard – il était en coworking avec Alice Vial [auteure et co-créatrice de la websérie ndlr]. Ça lui a plu et il s’est lancé avec nous. On a fait une campagne de financement participatif et on a tourné 5 épisodes avec 15 000 euros… », a raconté en 2018 au CNC la comédienne Louise Massin, alias Loulou, l’une des trois créatrices de « Loulou » (avec Marie Lelong et Géraldine de Margerie). Elle n’excluait pas à terme un long métrage. Le CNC soutient la plupart des webséries mentionnées, notamment à travers son fonds d’aide aux créateurs vidéo sur Internet, baptisé « CNC Talent » et créé en octobre 2017.

Des aides financières tous azimuts
Ce fonds est dédié aux projets en première diffusion gratuite sur Internet et aide les créateurs vidéo sur Internet d’œuvres d’expression originale française de tous formats avec un travail de scénarisation, dont les webséries. « L’aide à la création est plafonnée à 30.000 euros et chiffrée à partir d’un devis fourni par le porteur de projet. Attention,
la proportion de l’apport d’aide publique ne pourra excéder 50 % du budget total prévisionnel, conformément à la règlementation européenne », précise le CNC. Parmi d’autres webséries aidées par le CNC, il y a « Une séance presque parfaite » lancée par le magazine Première en collaboration avec les Youtubeurs Axel Lattuada, Fabrice et Marc de Boni de la chaîne « Et tout le monde s’en fout ». Depuis le 13 février dernier et chaque deuxième mercredi du mois, le magazine sur le cinéma publie sur son site web un nouvel épisode consacré à la culture cinématographique. En complément du fonds « CNC Talent » et dans le prolongement de l’ancien « Fonds nouveaux médias », l’organisme du boulevard Raspail a lancé en octobre 2018 le Fonds d’aide aux expériences numériques – surnommé « Fonds XN ». D’emblée, ce nouveau fonds est doté de 3 millions d’euros et soutient des oeuvres audiovisuelles innovantes fondées sur une démarche de création interactive et/ou immersive telles que la réalité virtuelle, la réalité augmentée, les narrations interactives conçues pour le Web ou les écrans mobiles (5).
De leur côté, la SACD et France Télévisions ont lancé en 2016 le Fonds Web Séries afin de favoriser l’émergence de talents, d’écriture et de formats de webséries.
« Destiné aux nouveaux talents comme aux auteurs confirmés de web séries, ce fonds est une aide à l’écriture de séries courtes, feuilletonnantes, prioritairement imaginées pour une pratique en mobilité, tournées vers l’innovation dans sa pratique des formats, des styles et des genres de fiction. La copie privée est une source de financement capitale pour les auteurs », explique la SACD. L’an dernier, pour la 3e édition, 14 lauréats ont été désigné en mai comme « Alien Ura », de Marc Bruckert et Etienne Labroue, « La petite fille qui rêvait d’être un lama » de Pablo Pinasco, ou encore « Pop Voyance », de Marion Dupas. « Ce fonds Web Séries est une première. C’est la première fois que la SACD s’associe à un grand groupe de télévision pour favoriser l’émergence de nouvelles créations », précise encore la société de gestion collective des droits d’auteur. Mais la 4e édition de ce Fonds Web Séries ne semble pas au programme cette année. Par ailleurs, France Télévisions a aussi lancé début 2018 une offre numérique gratuite, baptisée France TV Slash (6), qui rassemble webséries, documentaires et reportages à destination des jeunes adultes jusque sur les réseaux sociaux et plateformes vidéo. On y trouve des webséries telles que « Les Haut-parleurs », « Human Postcards », « Selfiraniennes » ou encore « Putain de nanas ». Fin 2018, le groupe public de télévisions lançait en plus « Culture Prime », un média social culturel 100 % vidéo pour la génération « Millennials » (7). France Télévisions dispose aussi de Studio 4, une plateforme de nouvelles écritures, qui a produit par exemple
« Zérostérone », une websérie réalisée par Nadja Anane et produite par la société de production La Dame de Coeur (pour Studio 4). Ne disposant pas du système de compte automatique, cette websérie d’anticipation a bénéficié de l’aide sélective à la production audiovisuelle du CNC. A noter que la 7e édition des SMA Awards, organisée le 11 décembre dernier par NPA Conseil, a récompensé parmi les meilleures réalisations numériques de l’année 2018 la websérie documentaire « La Grande Explication » produite par l’Ina avec la productrice Amandine Collinet et l’auteureréalisatrice Flore-Anne d’Arcimoles. Les 10 épisodes de la saison 1 de cette websérie, qui revient en 5 minutes à chaque épisode sur les événements qui ont marqué l’Histoire, sont diffusés sur les plateformes digitales de FranceTV Education, TV5Monde, RTS archives et Ina.fr, ainsi que sur les réseaux sociaux de Facebook, Instagram, IGTV et YouTube. Une deuxième saison est prévue fin avril pour les révisions du baccalauréat 2019. L’apparition des premières webcréations remonte à 2009, il y a dix ans. Cela a commencé par des webdocs, ces premières écritures interactives du monde non-linéaire. Après avoir créé « Addicts », qui fut l’une des toute premières webfictions d’Arte, la scénariste et réalisatrice d’histoires interactives, Camille Duvelleroy, en réalisé depuis une quinzaine d’oeuvres (bandes-dessinée, contes interactifs, documentaires mobiles, webfictions, …).

Des webséries pour les plateformes mobile
Aujourd’hui, les nouvelles plateformes vidéo pour mobiles commencent à miser sur des webséries. L’an dernier, l’une d’entre elles, Blackpills (fondée il y a près de deux ans avec le soutien de Xavier Niel, patron de Free) a financé et diffusé « The Show », du réalisateur Jan Kounen. Cette websérie tourne en dérision les GAFA et met en garde contre leur emprise sur la vie privée. Mais Blackpills, à l’instar de Brut et de Loopsider, mise encore essentiellement sur les vidéos – plus facilement monétisables par la publicité (8). Les webséries mériteraient une plateforme dédiée. @

Charles de Laubier

Consacré aux Emmy Awards pour une série, Hulu a l’ambition d’être disponible mondialement

Hulu fête ses dix ans avec bientôt 13 millions d’abonnés, tous aux Etats-Unis. Car, contrairement à Netflix et Amazon, la joint-venture de NBCUniversal, 21st Century Fox, Disney et Time Warner tarde à conquérir le monde depuis sa première tentative infructueuse au Japon en 2011.

Selon nos informations auprès de Digital TV Research, Hulu devrait atteindre 13 millions d’abonnés d’ici la fin de cette année 2017 et 17 millions en 2022. Quant au service Hulu Japon, lancé en 2011 mais revendu trois ans après à Nippon TV (1) faute de résultat, il est devenu indépendant du consortium et ses 1,5 million d’abonnés (1,79 millions prévus en 2022) ne sont comptabilisés dans les 13 millions de la plateforme américaine de catch up TV et de SVOD.

Le monde : « Un objectif à long terme »
Si la croissance prévisionnelle de 30 % en cinq ans – à 17 millions d’abonnés – semble faible, c’est que Hulu n’est pas Netflix (100 millions d’abonnés) ni Amazon Prime Video. Pendant que ses deux rivaux américains sont actifs dans le monde entier, Hulu continue de jouer à domicile – dix ans après sa création. « Hulu est disponible en streaming des Etats-Unis et à partir des bases militaires américaines, tandis que Hulu Japon est disponible au Japon. Vous ne pouvez actuellement pas utiliser Hulu dans aucune autre région », rappelle la plateforme de Catch up TV et de SVOD créée en mars 2007 par Fox (News corp), ABC (Walt Disney), NBCUniversal (General Electric/Comcast) et Providence Equity Partners. Cependant, la joint-venture – aujourd’hui détenue par Disney, 21st Century Fox, AT&T (via Time Warner) et Comcast (via NBCUniversal) – n’a jamais renoncé à envisager une expansion internationale, alors que ses rivaux Netflix et Amazon ont d’emblée une stratégie globale. « Alors
que l’un de nos objectifs à long terme est de rendre disponible mondialement la liste grandissante des contenus de Hulu, nous n’avons pas de calendrier ni aucune information à ce stade concernant cette expansion au-delà de Hulu Japon. Cette expansion exige de travailler avec les détenteurs de contenus pour fixer les droits pour chaque programme ou film dans chacune des régions spécifiques, et ces accords peuvent prendre un certain temps avant d’être conclus », explique toujours la société californienne basée à Los Angeles et dirigée par Mike Hopkins (photo). A la fois service de télé et de vidéo à la demande par abonnement, Hulu a toujours en tête l’international depuis sa première tentative infructueuse au Japon en 2011. Mais l’activité a ensuite été rachetée en 2014 par Nippon TV, qui continue d’opérer sous la marque Hulu Japan et à qui la joint-venture fournit ses contenus.
Hulu ronge son frein en restant cantonné aux Etats-Unis. La plateforme de Catch up TV/SVOD des géants de l’audiovisuel et du cinéma américains n’est pas non plus présente au Canada pour de multiples raisons telles que la pratique d’exclusivités
des ayants droits avec les câblo-opérateurs de ce pays. Hulu a bien songé en 2009 débarquer en Europe par le Royaume-Unis via un partenariat avec le groupe audiovisuel ITV, mais les négociations sur la diffusion de contenus exclusifs et une participation au capital de Hulu sont restées sans lendemain (2). Résultat : Hulu a beau se forger une notoriété internationale, celle-ci ne lui sert pas à grand-chose pour l’instant. La plateforme américaine reste la championne du geoblocking, ce blocage géographique qui refoule les non-résidents des Etats-Unis. Il y a bien des outils de contournement, tels que le VPN (Virtual Private Network) ou l’Anonymous Proxy, pour tenter d’accéder « illégalement » à Hulu. Mais, depuis le printemps 2014, la plateforme s’est mise à bloquer les utilisateurs indésirables en repérant non seulement l’origine des adresse IP mais aussi le recours à des VPN. « En raison des contrats avec nos partenaires et publicitaires, Hulu ne peut pas diffuser les vidéos en streaming auprès des utilisateurs de serveurs de proxy anonyme (en raison de possibles limitations géographiques) », justifie la plateforme vidéo. Cette chasse aux VPN ne va pas sans provoquer des dommages collatéraux sur le sol étatsunien. En effet, de nombreuses entreprises utilisent des VPN ou des VPS (Virtual Private Servers) pour gérer et sécuriser le trafic Internet de leurs employés (3).

Catch up TV, SVOD et maintenant Live TV
Hulu n’en finit pas de fourbir ses armes face à Netflix, Amazon, YouTube (Google), PlayStation Vue (Sony) ou encore Sling TV (Dish Network). Depuis le mois de mai,
« Hulu with Live TV » propose pour 40 dollars par mois (4) des flux directs de chaînes, de la télévision de rattrapage et de la SVOD (films et séries). A l’instar de Netflix et d’Amazon, Hulu investit dans des productions originales telles que « The Morning
After » mais surtout « La servante écarlate » (« The Handmaid’s Tale ») – élue meilleure série dramatique le 17 septembre aux prestigieux Emmy Awards. Hulu doit maintenant sortir de ses frontières. @

Charles de Laubier

Face au visionnage limité de la VOD, le téléchargement définitif (EST) devrait enfin décoller en 2015

Après Apple/iTunes et Orange/FilmoTV, c’est au tour de Numericable SFR de proposer en France le téléchargement définitif de films ou séries, appelé « EST » pour Electronic Sell Through. Malgré un prix d’achat encore élevé, cette pratique pourrait compenser la chute des DVD/Blu-ray.

Alors que la vidéo à la demande (VOD) à l’acte en France peine à progresser et que la VOD par abonnement (SVOD) est encore embryonnaire, la pratique du téléchargement définitif de films et séries – que l’on achète une fois pour le stocker numériquement chez soi – devrait prendre de l’ampleur en 2015. Selon le cabinet d’études audiovisuelles NPA Conseil, ce que les Anglo-saxons appellent EST (Electronic Sell Through) ne pesait en France que 5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2010.
L’an dernier, c’était dix fois plus – soit 50 millions d’euros, contre 40 millions en 2013.
Et en 2018, les prévisions font état de 80 millions d’euros (voir graphique ci-dessous).

20 millions de comptes UltraViolet
Bien qu’encore cher (entre 10 et 17 euros à l’achat pour un film récent sur iTunes par exemple), le téléchargement définitif devrait profiter en France d’une offre élargie avec Apple, principal fournisseur EST, Orange associé à Filmo TV (Wild Bunch) et maintenant Numericable SFR, nouvel entrant sur ce segment de marché depuis fin 2014. Quant à la solution hollywoodienne « UltraViolet », lancée discrètement en France fin 2013, elle pourrait contribuer à la démocratisation du téléchargement définitif dans l’Hexagone. Selon nos informations, UltraViolet a franchi le cap des 20 millions
de comptes ouverts dans le monde pour un chiffre d’affaires de plus de 500 millions
de dollars l’an dernier. Ce standard fut lancé en juillet 2010 par le consortium Derec (1) réunissant des industriels et les majors du cinéma NBC Universal, Paramount, Warner Bros et Sony Pictures. Cependant, Disney ne fait pas partie du consortium Derec et concurrence UltraViolet avec Digital Copy Plus (2).
UltraViolet permet aux utilisateurs d’acquérir une seule fois un film sur DVD ou Blu-ray puis de regarder aussi en VOD sur le terminal de leur choix (ordinateur, tablette, smartphone, console de jeu, téléviseur connecté, …). Il suffit de créer son compte sur
le site web UltraViolet (www.uvvu.com) ou d’un partenaire (Sony Pictures ou Flixster en France) pour se constituer un « panier de droits » interopérables. Contrairement à la VOD à l’acte ou la VOD en location, dont l’oeuvre est mis à disposition temporairement selon le principe d’une simple licence d’usage limitée dans le temps, le téléchargement définitif fait que vous détenez les droits d’utilisation de façon illimitée. « Votre Bibliothèque apparaît sous forme de liste des films et séries dont vous détenez les droits, accompagnée des informations sur les droits spécifiques impliqués tels que la qualité HD ou SD ou l’obtention d’une copie physique », explique le site uvvu.com.

Et de préciser cependant une limite dans le foyer : « Les bibliothèques UltraViolet sont gratuites, avec un accès illimité pour organiser vos films et séries TV, jusqu’à six identifiants ». Surtout, l’EST permet de visionner le contenu hors ligne : l’utilisateur peut emporter son films ou sa série en voyage, lors de ses déplacements, chez des proches ou amis, etc. Ce que ne permet pas de faire la VOD en streaming, qui plus est limitée dans son usage. Les Etats-Unis est le pays le plus consommateur d’EST, où le marché de l’achat définitif de vidéos (DVD, Blu-ray et EST) a été largement soutenu par « une évolution règlementaire de taille » pour reprendre l’expression du cabinet de conseil Kurt Salmon : une nouvelle fenêtre d’exclusivité de trois semaines pour l’EST, positionnée avant la fenêtre VOD, et cela couplé avec l’essor d’UltraViolet. Outre-Atlantique, selon NPD Group, les transactions en EST étaient en augmentation de 68 % au premier semestre 2014. @

Charles de Laubier

Malgré sa couverture médiatique et ses exclusivités avec Gaumont, Netflix devra encore convaincre

Défrayant la chronique depuis trois ans et fort de deux séries exclusives produites par le français Gaumont, en attendant sa propre série française – « Marseille » – prévue pour 2015, le numéro un mondial de la VOD par abonnement est attendu au tournant en France à partir du 15 septembre.

Par Charles de Laubier

Reed HastingsSelon nos informations, Netflix a reçu juste avant l’été en toute discrétion une petite poignée de journalistes de la presse française. Ce sont plus des hebdos que des quotidiens qui ont ainsi eu le privilège d’être invités au siège social à Los Gatos, en Californie. Ayant été soumis à un strict embargo fixé jusqu’à fin août, leurs premiers articles en avant-première commencent à être publiés (1).
Le 31 juillet dernier, plus nombreux ont été les journalistes français à recevoir un « Save the date. Bientôt sur vos écrans » afin de retenir la date du 15 septembre pour une « soirée à partir de 20 heures ». Et les invitations personnelles elles-mêmes, triées sur le volet, viennent de parvenir aux intéressés, conviés à festoyer sous le pont Alexandre III.
L’agence de communication MSL, filiale du groupe Publicis, a discrètement a été retenue par Netflix pour assurer en France les relations presse du numéro un mondial de la VOD par abonnement (SVOD). Et ce, sous la houlette de Joris Evers, fraîchement nommé en juillet vice-président de Netflix en charge de toute la communication en Europe.

Reed Hastings sera « sous le pont » le 15 septembre
Mais il nous est expliqué que « le 15 septembre n’était pas une soirée de lancement mais de célébration », quitte à entretenir encore un peu un secret de polichinelle sur
une disponibilité du service de SVOD prévue le même jour, si ce n’est la veille – le 14 septembre (2) étant un dimanche, cela pourrait laisser plus de temps aux Français pour le découvrir dans leur salon.
Quoi qu’il en soit, le cofondateur et directeur général de Netflix, Reed Hastings (photo), ancien prof de maths, sera présent physiquement ce jour-là. Il sera, nous dit-on, accompagné de Ted Sarandos, directeur des contenus, et de Neil Hunt, directeur produit. Ce dernier est le grand architecte depuis quinze ans du puissant portail audiovisuel donnant accès à plus de 2 milliards d’heures de programmes de télévision, dont un catalogue dépassant les 100.000 films et séries à multiples épisodes et saisons. « C’est plus que juste une boutique en ligne ou un catalogue. Nous poussons très fort les recommandations basées sur les évaluations des utilisateurs, afin d’aider les gens à trouver de grands films qui pourraient être plus intéressants pour eux que les seules nouveautés », se félicite Neil Hunt sur LinkedIn. Il ajoute en outre que « Netflix offre à de petits producteurs de films indépendants le canal de diffusion manquant ».

Netflix courtise les cataloguistes de films
En France, des membres de l’Association des producteurs de cinéma (APC) ont par exemple été approchés. Netflix sollicite soit des distributeurs de films de cinéma, soit des producteurs de séries télé. Une source proche du dossier nous indique que Netflix leur propose « un achat de droits pour une exploitation sur douze mois pour environ 4.000 euros pour chaque film, ce montant pouvant aller jusqu’à 40.000 euros » mais qu’« après avoir recruté suffisamment d’abonnés dans un pays, ses investissements sont sérieusement réduits d’après un producteur danois ». Fin août, l’agence MSL a diffusé son premier communiqué « Netflix », lequel annonce produire sa propre série française, « Marseille », réalisée par Florent Emilio Siri (en ligne en 2015). Mais le plus gros partenaire en France de la plateforme américaine reste Gaumont (3), la major française du cinéma lui ayant produit en exclusivité « Hemlock Grove » : la première saison a déjà été diffusée en 2013 et la seconde l’est depuis juillet. Le groupe présidé par Nicolas Seydoux vient en outre de lancer pour la firme californienne la production d’une seconde série : « Narcos » (4).
Par ailleurs, Netflix a signé en juillet un accord avec la Sacem. Quant à la sacro-sainte chronologie des médias, elle devrait être respectée par ce nouveau géant du Net.
« Nous ne chercherons pas à contourner quoi que ce soit. Nous voulons investir en France, dans des contenus français. Nous pourrions faire de “House of Cards” un “House of Versailles” – c’est une plaisanterie entre nous ! – mais ce serait une grosse production et pas seulement pour le marché français, pour le monde entier » a déclaré Reed Hastings le 21 juillet. Ironie de l’histoire : Netflix ne pourra pas proposer en SVOD la fameuse série « House of Cards », qui fut pourtant la première à être produite pour lui (5), car le studio Media Rights Capital en a cédé l’exclusivité à Canal+ pour la France.
Netflix.com et ses déclinaisons, dont la plupart de la technologie tourne sur le cloud d’Amazon, diffusent ainsi à la demande – à l’aide de puissants algorithmes de recherche et de suggestions « sociales » – plus de 60 millions d’heures de programmes par jour à un peu plus de 50 millions d’abonnés dans le monde, dont 13,8 millions en dehors des Etats-Unis. C’est que la France n’est pas le premier pays de conquête internationale pour Netflix, loin s’en faut : après le Canada en septembre 2010, l’Amérique du Sud en septembre 2011, la Grande-Bretagne et l’Irlande en janvier 2012 les pays scandinaves (Finlande, Danemark, Suède, Norvège) en octobre 2012 et les Pays- Bas en septembre 2013, six autres pays européens accueilleront Netflix dès mi-septembre. Outre la France, il s’agit de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Suisse
et le Luxembourg, d’où la plateforme de SVOD gère toutes ses opérations sur le Vieux Continent avec seulement une vingtaine de personnes (6). « Il n’y aura personne en France, ni même un bureau », nous est-il précisé.

En attendant le coup d’envoi mi-septembre dans ces six nouveaux pays, Netflix s’affiche timidement : « Profitez de films et séries TV où et quand vous le souhaitez. Abonnement mensuel très attractif », peut-on lire sur le site web accessible de France
– Netflix.fr renvoyant à un Netflix.com verrouillé géographiquement. Le champion américain de la SVOD se contente d’y afficher trois arguments censés faire mouche :
« Tous les contenus sont disponibles sur PS3, Wii, Xbox, PC, Mac, smartphone, tablette et bien plus [comprenez Smart TV, voire box, ndlr]… » ; « Tous les contenus sont instantanément diffusés en streaming » ; « Sans engagement, abonnement annulable en ligne à tout moment ». Mais cette toute première démarche avant-vente
– « Netflix bientôt disponible en France. Entrez votre adresse e-mail pour être averti
de sa disponibilité. » – apparaît bien maigre par rapport à l’effort marketing que devra fournir le champion de la VOD par abonnement s’il veut s’imposer dans l’Hexagone. Certes, grâce à la presse française et à ses journalistes (sic), Netflix a bénéficié depuis plus de trois ans d’une couverture médiatique gratuite qui n’a rien à envier à une vaste et coûteuse campagne de publicité. Plusieurs millions de dollars seront sans doute nécessaires pour convaincre les Français de s’abonner à ce service de SVOD venu d’ailleurs, même si les tarifs d’abonnement mensuel – 7,99 euros pour un écran sans HD, 8,99 euros pour deux écrans avec HD ou 11,99 euros pour quatre écrans avec HD – se veulent plus attractifs que les 39,90 euros de Canal+ ou que les offres de SVOD françaises déjà en place (CanalPlay, Videofutur, FilmoTV, Universciné, Jook Vidéo, …).

La SVOD est encore moins fraîche que la VOD
Mais il n’y aura pas de films récents sur Netflix, car la chronologie des médias l’interdit : un film ne peut sortir en SVOD que 36 mois après la salle de cinéma (contre 4 mois pourla VOD). Et ce n’est pas son passage envisagé à 24 mois, qui plus est à condition d’être « vertueux » (lire p. 3) – c’est-à-dire de participer au financement de la création (7) pour les plateformes de SVOD – que la fraîcheur sera au rendez-vous. A quand un Netflix de la VOD ? @