Pierre Louette fête ses 1 an à la tête du « Groupe Les Echos-Le Parisien », plus digital et hors-presse que jamais

Il y a un an, le 12 mars 2018, Pierre Louette, auparavant directeur général délégué d’Orange, prenait ses fonctions de PDG de ce qu’il est convenu d’appeler depuis eux ans « Groupe Les Echos-Le Parisien » – sans que cette holding n’existe encore vraiment. Son prédécesseur, Francis Morel, conseille maintenant Google.

En un an, Pierre Louette (photo) a donné un coup d’accélérateur à la mutation numérique et « post-pub » du groupe de médias de LVMH. Cela passe d’abord par de nouvelles acquisitions (1). « Il y a de l’argent qui est là, pour financer nos propres opérations, nos logiciels, notre intégration, le développement et éventuellement des acquisitions comme il y en a eues, et il y en a quelques autres qui sont envisagées », a déclaré Pierre Louette, le 9 janvier dernier devant l’Association des journalistes médias (AJM). Quelques semaines après, le 4 février, il annonçait en effet le rachat au groupe Lagardère du site web Boursier.com édité par Newsweb ainsi que les activités de cette agence éditoriale. « Au sein du groupe Les Echos-Le Parisien, ces activités sont rapprochées de la société Investir Publications », a-t-on expliqué. Boursier.com comptait alors une dizaine de journalistes. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. L’investissement externe précédent est intervenu à l’automne dernier : le 3 décembre, le groupe Les Echos-Le Parisien annonce son entrée en tant qu’actionnaire minoritaire au capital de Binge Audio, une société éditrice et diffuseur de podcasts cofondée par Joël Ronez, ancien directeur des nouveaux media de Radio France et ex-responsable web d’Arte.

D’autres investissements en vue, y compris dans l’AdTech
Binge Audio produit déjà des flashs audio pour Le Parisien, diffusés à la demande sur les enceintes connectées et les assistants vocaux tels qu’Alexa d’Amazon (2). Le journal Les Echos aura son quotidien audio. D’autres productions sonores sont à venir pour Radio Classique, Investir et Connaissance des arts. Ce « rapprochement » va aussi se concrétiser par des synergies commerciales en direction d’annonceurs et de partenaires – « avec des formats audio premium et intégrés (brand content, sponsoring) ». Auparavant, le groupe « médias » de LVMH avait annoncé en mai 2017 l’acquisition de 78 % du capital de Netexplo, observatoire du digital et producteur de contenus académiques. L’année précédente, la diversification s’était faite dans la communication digitale d’entreprise avec la société Pelham Media (intégrée dans Les Echos Publishing). Pierre Louette a dit vouloir accélérer cette diversification : « On va avoir tout un ensemble de moteurs de croissance, à l’instar de ce que le groupe Le Figaro fait en allant jusqu’à avoir des agences de voyage dans la rue. Il faut  Lire la suite

Menacé depuis 10 ans par l’affaire d’Etat « CDR-Tapie », Stéphane Richard fêtera ses 10 ans chez Orange en 2019

Le troisième mandat en cours du PDG d’Orange, l’ex-France Télécom toujours détenu par l’Etat à hauteur de 23 %, sera-t-il le dernier ? A une quinzaine de semaines de son procès au pénal pour « complicité de détournement de fonds publics » dans l’arbitrage « CDR-Tapie », Stéphane Richard maintient le cap contre vents et marées.

Selon nos informations, il n’est pas prévu de nommer un président par intérim à la tête d’Orange pendant la période où Stéphane Richard (photo) sera devant la Justice, à partir du 11 mars prochain. « Nous avons déjà deux directeurs généraux délégués, Gervais Pellissier et Ramon Fernandez, qui ont en externe les mêmes pouvoirs que le président », justifie-t-on rue Olivier de Serres, siège social du groupe dans le XVe arrondissement de Paris. Le premier, actuellement chargé de la transformation du groupe et président d’Orange Business Services, et le second, responsable de la performance et de l’Europe, sont donc prêts à prendre la relève le moment venu et le temps qu’il faudra. Dans l’état-major d’Orange, il y a aussi Fabienne Dulac, directrice générale adjointe et directrice exécutive d’Orange France. Dans un peu plus de trois mois maintenant, soit dans une quinzaine de semaines, l’actuel PDG d’Orange va comparaître – du 11 mars au 5 avril prochains – devant le tribunal correctionnel de Paris (1), avec Bernard Tapie et quatre autres accusés.

One-man-show le 12 décembre (assistant Djingo, Livebox virtuelle, 5G, …)
Cela fait 10 ans cette année que Stéphane Richard a une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Depuis que la Cour de justice de la République (CJR) a ouvert – le 4 août 2008 – une enquête sur Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, pour « complicité de détournement de biens publics » dans l’affaire « Tapie », appelée aussi « CDR-Tapie » (2). Il est reproché à l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) un arbitrage, jugé frauduleux, rendu par un tribunal privé le 11 juillet 2008 en faveur de l’homme d’affaire et ancien politicien Bernard Tapie. Celui-ci percevra ainsi de l’Etat français 403 millions d’euros (indemnités et intérêts compris) pour régler son litige – de quinze ans d’âge – avec le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas. Montant indu et illégal, tranchera en substance la CJR. Stéphane Richard, Lire la suite

Alexa d’Amazon, Assistant de Google, Siri d’Apple, … La France commence à donner de la voix

Amazon relance la bataille des assistants vocaux en France avec, depuis le 5 juin, la disponibilité de son assistant vocal Alexa pour tout type d’appareils compatibles (dont sa gamme Echo). Google l’avait devancé mi-2017 avec Assistant sur Home. Apple s’est aussi lancé le 18 juin avec Siri sur HomePod. Mais pour quel marché ?

Des dizaines de milliers de « skills », comprenez des « compétences » ou des « talents ». C’est ce que cumule l’assistant vocal Alexa d’Amazon depuis son lancement en 2014, notamment avec ses enceintes connectées Echo – mais pas seulement. Pour qu’un service ou un contenu soit accessible par cette nouvelle génération de « moteur de recherche » sur Internet, qui répond oralement à la voix, il faut le rendre compatible « Alexa » dans l’écosystème Amazon, « Assistant » dans celui de Google, ou encore « Siri » dans l’univers Apple.Les kits de développement « vocal » de ces géants du Net sont disponibles gratuitement. C’est la course aux « partenariats ». Depuis quelques jours, l’on assiste à une déferlante d’annonces en tout genre de fournisseurs de services ou de contenus et de fabricants d’appareils désormais « compatibles Alexa ».

Développeurs et médias sollicités
Depuis le 5 juin en France, les développeurs peuvent en effet obtenir en libre-service l’Alexa Skills Kit (ASK) pour créer de nouvelles applications à commande vocale (les fameux skills) et l’Alexa Voice Service (AVS) pour intégrer le « cerveau » d’Amazon – dopé à l’intelligence artificielle – dans de nouveaux appareils connectés. « Grâce à l’ASK, les créateurs, développeurs et marques peuvent imaginer des expériences attractives et toucher plusieurs millions de clients aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Inde, au Japon, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et, désormais, en France », indique Fabrice Rousseau (photo), directeur chargé des « skills Alexa » en Europe. Développeurs et fabricants sont invités à rencontrer l’équipe Alexa d’Amazon lors d’ateliers mensuels ou durant les « Alexa Dev Days », lesquels se dérouleront notamment les 12 et 13 juillet à Paris ou en ligne via des webinars mensuels ou hebdomadaires. Amazon s’offre en outre sans frais une large couverture médiatique en laissant ses partenaires faire connaître leurs « skills » auprès du grand public. En annonçant le 5 juin la disponibilité en France d’Alexa, le géant du e-commerce Lire la suite

Comment le « Frenchie » Jean-Philippe Courtois est devenu le 2e dirigeant le mieux payé de Microsoft

C’est le Français le plus en vue de l’empire Microsoft : Jean-Philippe Courtois, entré en 1984 comme commercial dans l’entreprise fondée par Bill Gates, va gagner cette année presque autant que l’actuel patron de la firme de Redmond. Grâce à lui, Microsoft est devenu un « GAFAM » qui a su s’imposer dans le cloud – mais pas dans le mobile.

Au titre de la dernière année fiscale de Microsoft qui s’est achevée le 30 juin dernier, Jean-Philippe Courtois (photo) va toucher un total de 18,2 millions de dollars. C’est la première fois qu’un Français empochera la deuxième plus grosse rémunération de la firme de Redmond (Etat de Washington), après celle du PDG – Satya Nadella depuis 2014. Ce dernier
va en effet être rétribué 20 millions de dollars. Le « Frenchie » recevra ainsi la même somme que le patron Indo-américain obtenait il y a deux ans, après que celui-ci eut succédé à Steve Ballmer. Entré il y a 33 ans comme ingénieur commercial chez Microsoft France, dont il sera directeur général en 1994, Jean-Philippe Courtois est devenu le numéro deux de la multinationale américaine depuis sa nomination en juillet 2016 comme vice-président exécutif et président des ventes, du marketing et des opérations de Microsoft au niveau mondial (1). A cette fonction, pour le dernier exercice, il a ainsi perçu un salaire fixe de « seulement » 751.054 dollars mais a été récompensé en actions à hauteur de 14,7 millions de dollars (dont 8,6 millions de dollars en actions reçus lors de sa promotion), soit le « stock awards » le plus élevé du groupe devant celui du patron (11,4 millions de dollars). Ce à quoi il faut ajouter 2,7 millions de dollars d’intéressement au rendement, sans parler de 45.214 dollars reçus comme autres compensations.

Naissance en Algérie, consécration aux Etats-Unis
La rémunération de Jean-Philippe Courtois comme celles de ses quatre autres collègues du comité exécutif de Microsoft seront entérinées par l’assemblée générale des actionnaires qui se tiendra à Washington le 29 novembre. Avant d’être promu à la tête des 122 filiales du groupe dans le monde, Jean-Philippe Courtois était président de Microsoft International depuis juin 2005, après avoir été directeur général de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) dont il s’est occupé durant cinq ans.
Ce Français né en Algérie (57 ans), à Maison-Carrée dans la banlieue d’Alger, est par ailleurs président de l’école de commerce Skema Business School, d’où il avait obtenu à Nice son diplôme (2), juste avant d’être recruté par la PME de l’époque fondée par
Bill Gates, ainsi que membre du conseil d’administration de Positive Planet (ex-PlaNet Finance) de Jacques Attali (né lui aussi en Algérie et ancien conseiller spécial de François Mitterrand).

Succès et échecs du « M » de GAFAM
C’est Jean-Philippe Courtois qui incarne le mieux la globalisation du groupe Microsoft, lequel affiche pour son dernier exercice – clos le 30 juin – un chiffre d’affaires tutoyant les 90 milliards de dollars (3), en hausse de 5 % sur un an, pour un bénéfice net bondissant de plus de 26% à 21,2 milliards de dollars. La capitalisation boursière de Microsoft a dépassé les 600 milliards de dollars. Dans la notice et déclaration publiée le 16 octobre dernier en vue de la prochaine assemblée générale, Microsoft ne tarit pas d’éloges pour son top dirigeant français qui a réalisé « un exercice financier annuel fort, dépassant les objectifs de contribution à la marge (du groupe) et à la croissance de 4 % de l’Executive Incentive Plan (EIP) ». De plus, poursuit le patron Satya Nadella cosignataire du document remis au gendarme de la Bourse américaine (la SEC (4)), Jean- Philippe Courtois « a mené avec succès la transformation de l’organisation globale de nos ventes ». A son palmarès, il y a aussi « la croissance de 99 % du chiffre d’affaires d’Azure [services de cloud pour les développeurs et professionnels de l’informatique, ndlr], accélérant plus avant les capacités des forces de vente dans la stratégie de cloud » pour mieux rivaliser avec le numéro un mondial des nuages, Amazon Web Services (AWS).
A son actif, il a aussi « renforcé l’expérience client et l’expérience partenaire » ou encore « il a été l’avocat de la diversité et de l’inclusion ». Après le décès de son fils Gabriel à 22 ans, en 2015, Jean-Philippe Courtois a par ailleurs créé l’association
Live for Good pour aider à la création d’entreprises sociales. Enfin, il a été félicité pour avoir appliqué les principes « One Microsoft » édictés en 2013 par Steve Ballmer dans le but de casser les silos des divisions commerciales et marketing, avec à la clé des synergies entre activités, faisant ainsi de la firme de Redmond un seul et même interlocuteur vis-à-vis de ses clients. Néanmoins, Microsoft a confirmé début juillet que cela n’ira pas sans la suppression de milliers d’emplois dans le monde (jusqu’à 5.000 personnes selon des médias), à commencer chez les commerciaux. En creux, cette réorganisation que le Frenchie a menée a contribué à mettre en ordre de bataille le groupe Microsoft face à la nouvelle concurrence des « GAFA » – sigle auquel il ambitionne d’apposer son « M ». Or, l’appellation « GAFAM » a du mal à percer dans les mondes de l’Internet et des mobiles. Et pour cause, Microsoft n’a pas su s’imposer comme géant du Net, notamment avec son portail MSN (pourtant pionnier en 1995), ancêtre de Windows Live devenu aujourd’hui Office 365. Avec Windows, son système d’exploitation (OS) qui constitue encore une position dominante sur le marché des ordinateurs personnels, et Office 365 qui dématérialise dans le cloud la suite des logiciels Word, Excel, Powerpoint ou encore Outlook, Microsoft s’est constitué avec
ces deux activités une rente de situation. La moitié des ventes d’Office 365 en 2017 (5) se fait dans les nuages. Résultat, les segments d’activité « Productivity and Business Processes » (Office 365, LinkedIn, Dynamics, …) et « More Personal Computing » (Windows, Surface, Xbox, Bing, …) génèrent à eux deux 77 % du chiffre d’affaires du groupe, mais surtout plus de 90 % de sa marge opérationnelle. Windows et Office sont ainsi les deux « vaches à lait » de la firme de Redmond. Pour l’instant… Car l’érosion des revenus du segment « Windows » se poursuit ; elle a été de – 4 % pour l’exercice 2016/2017 passant sous la barre des 40 milliards de dollars (à 38,7 précisément). C’est que Microsoft subit là de plein fouet le déclin continu du PC, qui a fait son heure de gloire et la fortune de Bill Gates devenu l’homme le plus riche du monde (6).
Le problème est que, dans le même temps, Microsoft a échoué dans le mobile : après avoir acquis à prix d’or l’activité de fabrication de téléphones portables du finlandais Nokia en 2013 pour 7,5 milliards de dollars, l’opération initiée par Steve Ballmer fut un échec cuisant. Après les « Nokia » sous Windows Phone, la greffe des Lumia n’a pas pris sur un marché dominé par Google (Android) et Apple (iOS). En juillet dernier, Microsoft a annoncé qu’il abandonnait son OS mobile lancé sept ans plus tôt mais n’ayant pas dépassé les 0,2 % de parts de marché au niveau mondial (Windows Phone 8.1, dernière version de l’OS sortie en 2014, n’est plus mis à jour depuis juillet 2017). Cependant, la stratégie « mobile first, cloud first » de Satya Nadella montre que la firme de Redmond garde un pied dans le mobile avec Windows 10 Mobile, déclinaison de son OS 10 disponible depuis 2015 sur PC.

Intelligence artificielle et assistants vocaux
A l’image des trois principaux thèmes de l’événement eMicrosoft Experiences, qui
s’est déroulé début octobre à Paris, la multinationale veut imprimer sa marque dans l’intelligence artificielle (IA), la confiance numérique et la « collaboration innovante ». C’est dans ce sens que toutes les filiales, dont la française à Issy-les-Moulineaux
dotée d’un nouveau patron (7), doivent œuvrer. L’IA passe par les objets connectés du quotidien, dont les assistants vocaux. Microsoft ne peut manquer cet eldorado. Satya Nadella a donc parlé avec Jeff Bezos, le patron d’Amazon : ensemble, ils ont annoncé fin août que l’assistant vocaux virtuel Cortana (Microsoft) interagira avec son homologue Alexa (Amazon) et vice versa (8). Et plus si affinités ? @

Charles de Laubier